jeudi 21 mai 2009

Vers une police académique

Monsieur Jack Lang, homme politique français du siècle dernier, n'est pas mon cousin, et pourtant il reprend sans vergogne des expressions (comme "... en peau de lapin") chères à ma grand mère. Il est vrai qu'il a toujours veillé à user du langage de la jeunesse.

Reçu par Jean-Michel Aphatie, qui fait l'intelligent sur RTL, monsieur Lang a voulu placer un mot mûrement réfléchi sur les portiques détecteurs de métaux que monsieur Darcos n'excluait pas de faire placer à l'entrée des établissements scolaires:

Mais un mot sur les portiques. En plus ce qu'il annonce là ne relève d'aucune manière sa compétence, ce sont les collectivités locales, régions pour les lycées, conseils généraux pour les Collèges. Alors, c'est une proposition en peau de lapin, si j'ose dire. Et c'est une présentation d'un tigre de papier qui cherche à survivre quelques semaines encore.

On admirera la virtuosité du saut de cabri qui permet à notre causeur de passer de l'image de la "peau de lapin" à celle du "tigre de papier".

Précédemment, il s'était livré à une charge, métaphoriquement plus légère, contre le futur ancien ministre de l'éducation nationale:

(...) je crois qu'aujourd'hui l'équipe ministérielle est grillée, a perdu son autorité, n'a plus de relations véritables... Le ministre ne peut plus aller dans aucun établissement, sans craindre aussitôt... et un ministre qui ne peut pas se déplacer librement, n'est plus en mesure d'exercer.

Monsieur Darcos, qui n'était pas tenu d'apprécier le compliment, a dû consulter longuement son conseiller personnel en bons mots pour pouvoir répondre finement:

Il a estimé que l'ancien ministre socialiste dénonçait aujourd'hui le gouvernement "après avoir fait 'la danse du ventre' pour y entrer et n'avoir pu y arriver".

"Je n'ai rien contre M. Jack Lang en tant que personne mais tout le monde trouve extrêmement ridicule, d'ailleurs tout le monde finit par s'en moquer, cette espèce de 'porte-parolat' permanent depuis vingt ans de Jack Lang sur tous les sujets qui puissent toucher l'éducation et la culture", a ajouté Xavier Darcos.

J'ignore si "porte-parolat", qui n'enrichit guère la langue française, est de monsieur le ministre, ou si quelqu'un lui a soufflé.

Quand on pense qu'en août 2008 (date de cette photo),
monsieur Lang prêtait sa cravate à monsieur Darcos...

C'est sans doute pour bien montrer à monsieur Lang qu'il pouvait encore aller où il voulait et quand il voulait que le ministre de l'éducation nationale s'est rendu à La Rochelle, pour y ouvrir le 90ième congrès de de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP). On ne peut pas dire qu'il risquait d'y être accueilli par des sifflets et des lazzi, aussi a-t-il prononcé un discours que les médias ont partiellement décortiqué pour nous.

Pour rester dans la tonalité du congrès, j'ai pris mes informations dans le fidèle Figaro, en me disant que les journalistes de cet éminent journal devaient, dans leur grande majorité, être adhérents de la PEEP, et que j'avais plus de chance d'y trouver des infos de première main.

(En fait, l'article est signé S.L. (lefigaro.fr) avec AP, ce qui ne garantit rien.)

On apprend donc que le problème de la sécurité dans les établissements scolaires a été abordé sans détours:

(...) le ministre de l'Education estime qu'il faut «des moyens, mais des moyens bien utilisés». Son idée : «créer, auprès des recteurs, une force mobile d'agents qui pourront intervenir dans les établissements sur des missions de prévention et de contrôle».

Ces agents ne seraient pas des policiers, mais des «personnes formées et assermentées, placées auprès des recteurs, susceptibles de se rendre dans les établissements rapidement, pouvant constater des délits, confisquer des armes, opérer des fouilles si nécessaire».

Selon Xavier Darcos, ces agents devront «avoir les moyens juridiques et matériels d'agir», et notamment «le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l'élève qu'ils suspectent de vouloir introduire des armes».

«Faudrait-il aller jusqu'à donner la compétence d'officiers de police judiciaire à des chefs d'établissement ou recteurs et inspecteurs d'académie de sorte qu'ils puissent ordonner les fouilles?», s'est encore interrogé le ministre, avant d'ajouter: «Nous pouvons peut-être régler ça en interne».

Très gentiment, le Figaro signale que:

Le ton du discours ministériel a été tempéré par les services de Xavier Darcos, qui ont rappelé qu'il ne s'agissait là que de «propositions au conditionnel» sans «rien de ferme».

Cela nous rassure, étonnés que nous étions qu'une telle usine à gaz sécuritaire ne soit pas annoncée par le président lui-même à l'occasion du prochain incident dans un collège ou un lycée.

D'ailleurs, le ton de réflexion assez libre adopté par monsieur Darcos ("faudrait-il..."), fait penser à une aimable rêverie du ministre improvisée en humant l'air revigorant de La Rochelle.

Un agent de la force mobile rectorale partant en mission dans une école maternelle.

Alors ? Sérieux ou pas sérieux ?

A peine drôle, en tout cas.

L'article du Figaro se termine par:

Xavier Darcos soumettra formellement sa proposition mercredi prochain lors d'une réunion avec les associations de parents d'élèves, à laquelle les syndicats enseignants n'ont pas été conviés.

Manquerait plus qu'on demande leur avis aux enseignants !

2 commentaires:

souklaye.sylvain a dit…

Depuis que l’Education Nationale ne fait plus la police, les forces de l’ordre font la leçon.
Quand la rue, l’école et la crise jouent un vaudeville, personne n’est trompé, tout le monde est débiteur.
Entre les parents démissionnaires et le corps enseignant sclérosé, il reste la bavure policière.
Quand les exceptions construisent les exemples, le législateur transforme l’épiphénomène en cas d’école.
La suite ici :
http://souklaye.wordpress.com/2009/05/21/post-it-police-scolaire/

Guy M. a dit…

On ira lire la suite...