samedi 4 juillet 2009

Les brutes épaisses font tache d'huile

Pour des raisons trivialement géographiques et ératépistes, je fréquente assez rarement la librairie Résistances, qui est située dans le 17ème arrondissement de Paris, 4 Villa Compoint.

Je l'ai cependant placée dans la liste de mes fournisseurs, parce qu'à chaque fois que je suis allé dans ce lieu, qui est plus qu'une librairie, j'ai eu le sentiment d'entrer en territoire de paix et d'amitié.

Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.

Un tag signé, réalisé dans la nuit du 19 au 20 juin 2009.

Hier, d'après le témoignage d'une personne présente dans la rue et recueilli par l'AFP,

"Peu après 14h00, un groupe de cinq hommes cagoulés en jogging sombre sont entrés en courant dans la librairie, armés de bouteilles d'huile et de bâtons"

D'après le communiqué de la Librairie, deux libraires étaient présentes dans la boutique, ainsi que deux ou trois clients. Après les avoir bousculés, les agresseurs ont cassé la caisse, détruit les ordinateurs, jeté les livres à terre et les ont arrosés d'huile. Ils ont ensuite pris la fuite à bord d'une automobile.

La dépêche de l'AFP, reprise par le Figaro, et le communiqué de la Librairie Résistances indiquent que les gros bras auraient déclaré appartenir à la Ligue de Défense Juive.

Etat des lieux.

Puisque le Figaro, à la suite de l'AFP, a choisi de présenter la librairie (non nommée) comme "une librairie pro-palestinienne", ou "une librairie (...) connue pour son engagement en faveur de la cause palestinienne", un certain nombre de commentaires d'une incommensurable bêtise haineuse fleurissent sur la page du distingué quotidien, commentaires qui me semblent bien proches de la diffamation.

Sur l'extrémisme de cette librairie, il est bon de consulter le "qui sommes-nous?" de son site:

La Librairie Résistances, espace privé et totalement indépendant, spécialisée dans l’histoire des mouvements de libération et de tous les combats pour la dignité humaine à travers le monde, est un espace qui traduit la volonté de dire :

- NON au « choc des civilisations », aux divisions ethniques, au colonialisme et au racisme

- OUI au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la justice et à la solidarité, à la résistance contre toutes les formes d’oppression, notamment celle subie depuis des décennies par le peuple palestinien.


La Palestine occupée est en effet l’un des symboles les plus criants à la surface de la planète de la négation du droit international et des droits de l’homme, auxquels se substitue la loi du plus fort. Une situation très dangereuse que nous souhaitons changer avec tous ceux qui font le pari de l’humanité contre la barbarie.


La culture est une force qui doit nous aider à le gagner.


Algérie, Vietnam, Afrique du Sud, lutte contre le fascisme... Palestine, Irak, lutte contre l’exclusion... Les nombreux combats menés à travers le monde, hier comme aujourd’hui, sont riches d’enseignements. Ils permettent de comprendre tout ce qui nous rapproche, les liens qui unissent les citoyens du monde entier, les différentes cultures et civilisations.


Dans un monde où l’information objective est une denrée de plus en plus rare, la Librairie Résistances, espace privé et totalement indépendant, offre à chacun la possibilité de juger en fonction des faits.


Voilà une déclaration d'intention qui a de quoi terroriser, n'est-ce pas ?

Mais, rassurez-vous, il n'était nul besoin de casque ou de gilet pare-balle pour se entrer dans la librairie, y explorer tables et rayonnages, profiter de la salle de lecture et des quatre ordinateurs disponibles, fureter dans la boutique d'artisanat palestinien ou s'offrir un café, un thé ou un jus de fruit...

Tout cela est peut-être un peu perturbé,
mais pas pour très longtemps...

Comme je n'aime pas du tout l'idée que la connerie* épaisse et bornée triomphe en quoi que ce soit, je me suis réjoui d'apprendre qu'aujourd'hui le librairie Résistances serait ouverte, grâce aux voisins et aux amis de la librairie qui ont apporté leur aide pour déblayer et trier.

Je ne me réjouis pas, en revanche, de l'étonnant silence médiatique qui accompagne cette agression.

Du côté des politiques, voici la réaction assez consensuelle de monsieur Hervé Morel (Secrétaire Départemental Verts Paris) :

Attaquer les livres, c’est attaquer la démocratie.

J’exprime ma profonde indignation contre l’agression subie par la librairie "Résistances" dans le 17° arrondissement.

Attaquer une librairie et détruire des livres, c’est un crime contre l’intelligence, contre la liberté, contre la pensée.

On ne peut tolérer que des brutes essaient d’imposer leur haine et leur violence à Paris, ni ailleurs.

La police doit mettre en œuvre, au plus tôt, tous les moyens pour retrouver les coupables.

Nous appelons tous les démocrates, personnalités, associations, partis, citoyens et tous les amis de la liberté à manifester leur soutien à la librairie saccagée.

Ce n'est pas un brûlot, cette déclaration, tous les "démocrates" pourraient la signer.

Que ne l'ont-ils fait...

* On a une idée de l'insondable connerie de ces brutes indécrottables si l'on songe qu'ils sont venus avec des bouteilles d'huile pour commettre leur attentat, alors que la boutique propose une excellente huile d'olive de la région de Naplouse !

Première pression à froid.

PS1: Signalons une autre réaction, celle du NPA:

Ca suffit comme ça !

Vendredi 3 juillet, la Librairie Résistances, située dans le Dix-septième arrondissement à Paris, a été attaquée et saccagée par des nervis de l’extrême-droite pro-israélienne

La Librairie Résistances, connue pour son engagement en soutien au peuple palestinien et, au-delà, aux luttes des peuples du tiers-monde, a été aujourd’hui la cible de la violence des groupes ultra sionistes, au premier lieu desquels la Ligue de défense juive (LDJ).

Interdite même en Israël et aux Etats-Unis pour son caractère raciste et fascisant, la LDJ reste tolérée en France par les autorités, alors même que depuis plusieurs années, elle a été impliquée dans de nombreuses opérations de ratonnades de militants et de sympathisants de la cause palestinienne, la dernière en date étant l’attaque de la Mairie de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, à l’occasion du cérémonie municipale faisant d’un dirigeant palestinien, Marwan Barghouti, un citoyen d’honneur de la ville.

Les agissements fascisants de la LDJ et des groupes de l’extrême-droite sioniste n’ont que trop duré. Le NPA exprime aujourd’hui sa totale solidarité avec la Librairie Résistances, et demande fermement l’interdiction de la Ligue de défense juive, et la traduction en Justice de ses nervis.

Le NPA participera mercredi 8 juillet 2009 au rassemblement unitaire devant la librairie Résistances à partir de 18h30.

PS2: Que les bousilleurs de vendredi se soient réclamés de la Ligue de Défense Juive, n'est pas une signature du saccage par la LDJ...

Aux enquêteurs de le déterminer.

Mais cela permet, incidemment pour le moment, d'attirer l'attention sur ce groupuscule d'extrème-droite sioniste.

J'ai déjà indiqué le chemin vers leur site officiel, que l'on peut explorer, et vers la notice ouiquipédia. On peut consulter deux autres sources: la première, assez ancienne et non remise à jour, sur le site de l'Observatoire du Communautarisme, et la seconde, datée de 2007, et révisée en février 2009, sur le site de RefleXes.

jeudi 2 juillet 2009

Les murmures du Palais

La justice, en France, est rendue publiquement, mais elle n'est pas faite pour les sourds.

J'en ai fait l'expérience en me rendant, avec quelques ami(e)s, à l'aube radieuse de ce mercredi premier de juillet, au Palais de Justice de Paris, où trois militants antifascistes comparaissaient devant la 10ème chambre correctionnelle pour "tracé d'inscriptions sur un bâtiment ayant entraîné des dommages légers".

Heureusement, avant qu'on en vienne à l'examen de cette affaire, j'avais pu exercer mon oreille déficiente à l'acoustique atone de la salle d'audience, et à la diction sourde des magistrates et de la plupart des avocat(e)s, en suivant une sombre, et peu rocambolesque, histoire de port, ou transport, d'une arme de quatrième catégorie, reclassée en septième après intervention d'un expert...

Rassurez-vous, on peut fumer dans la cour,
au pied de la Sainte Chapelle.

C'est donc avec une ouïe affinée que j'ai pu suivre l'exposé que madame l'assesseure de la juge a fait du dossier concernant Albéric*, Brunehaut* et Clovis*, accusés de ces fameuses dégradations légères, et, pour le dernier, à titre de prime, d'une tentative de subornation de témoin.

Pour arriver à cette accusation, les enquêteurs n'ont pas ménagé les moyens, et ont déployé un bel acharnement : perquisitions, écoutes téléphoniques, relevés d'empreintes ADN, repérage des téléphones portables, et bien sûr les inévitables gardes à vue (quatre mises en garde à vue, allant jusqu'à 36 heures), utilisant les techniques de déstabilisation habituelles, y compris celles que le sens commun juge inqualifiables (menaces concernant l'avenir professionnel, et même un ignoble chantage sur le placement des enfants).

Les résultats de ces effort sont consignés dans un dossier de 5 à 600 pages, dont madame l'assesseure a entrepris d'extraire la substantifique moelle.

Au pas de charge.

Nous apprenons donc que des faits avérés sont à l'origine de cette minutieuse enquête. A la fin du mois de mai 2008, le Bloc Identitaire avait programmé un mitigne, et l'avait fait savoir sur le ouaibe. Cette réunion devait avoir lieu dans une salle louée pour l'occasion à l'Association Immobilière de L'Ecole Militaire.

A la suite de diverses actions (dont les fameux graffitis), menées probablement sans concertation aucune par divers groupes allergiques aux identitaires, l'ASIEM a annulé la location, et le mitigne fut transformé en une manifestation de rue.

Avec une perspicacité remarquable, la police orienta ses recherches vers les milieux antifascistes actifs, qui se rencontrent plus à l'extrême gauche que dans les rangs de l'UMP... Cela tombait bien, savez-vous, car c'était l'époque où madame Alliot-Marie avait cru bon de pointer le danger représenté par la mouvance extrémiste de gauche et de la recommander à l'attention de ses plus fins limiers...

(Simple coïncidence sans doute, mais comme disait ma grand mère, le monde est petit et le hasard fait bien les choses.)

La machine à enquêter était lancée, et elle se concentra avec application sur A., B. et C.

Sur les murs du Palais.
(Je peux témoigner que A., B. et C. ne sont pas les auteurs de ces graffitis.
Je les avais à l'œil.)

Madame l'assesseure s'est employée avec une détermination pathétique à extirper de ces 500 pages de dossier des preuves ou des soupçons de preuves, permettant de mettre toutes les actions menées contre l'ASIEM, sur le dos des trois inculpés, en donnant de plus à C., le plus âgé des trois, le rôle de chef, ou d'idéologue du groupe.

Elle ne faisait en cela que suivre l'idée directrice des policiers, élaborée au cours de l'enquête.

Les "preuves" apportées par les enquêteurs reposent essentiellement sur la localisation des présumés coupables, ou plutôt de leurs téléphones portables**, "à proximité immédiate de l'ASIEM" durant les nuits où ont été commises des dégradations (22-23 mai, et 27-28 mai 2008). Selon l'heureuse expression de madame l'assesseure, "vos téléphones ont borné dans le secteur", ou "vous avez borné". Elle regretta, me semble-t-il que nos trois amis n'aient pas borné dans la journée du 25 mai, où d'autres dégradions ont été commises; mais ne put s'empêcher de lâcher cet aphorisme: "ce n'est pas parce qu'on ne borne pas qu'on n'y est pas", qui traduit tout de même une étrange conception de la matérialité des faits.

Toutes ces vérifications avaient de quoi lasser. Et il m'a semblé que madame la procureure, du haut de sa cathèdre donnait quelques signes d'agacement – mais je ne saurais l'assurer, je n'entends guère la langue des signes...

En ce domaine, précisément, policiers et magistrats doivent recevoir une formation spéciale, car ils l'entendent.

A leur façon.

Interrogé sur le fait d'avoir borné dans le secteur dans la nuit du 27 au 28, et un peu perdu dans les dates, A. eut le malheur de vouloir se retourner vers son avocate. Dans le mouvement, son regard croisa celui de C. La magistrate bondit (virtuellement) et demanda que l'on inscrive que "monsieur A. prenait ses instructions de monsieur C."

Toute protestation fut impossible et A. eut droit, en prime, à un petit sermon teinté de mépris sur les bienfaits que l'on peut retirer des études de philosophie pour apprendre à penser par soi-même. Venant d'une magistrate qui ne se distinguait guère par la distance prise dans sa lecture, un peu scolaire, d'un rapport de police, cette remarque était parfaitement déplacée.

Mais elle semblait bien contente que cette rencontre de regards confirme le rôle de chef-idéologue de C., et par conséquent la possibilité d'une tentative de subornation de témoin.

Cette accusation découle très précisément du témoignage de deux policiers. Au sortir des gardes à vue, B. était très éprouvée, déstabilisée et au bord des larmes. En la voyant, C. aurait levé la main, en un geste qui, pour lui, voulait dire "c'est rien, c'est rien, c'est pas grave... ", et qui, pour les policiers, voulait dire "tais-toi, ne parle pas! "

Belle interprétation d'un geste. Pour les représentants de l'ordre, tout geste ne saurait-il être qu'un geste de commandement ? Ne peuvent-ils imaginer qu'un geste puisse être d'amitié et d'apaisement ?

C., qui, au cours des interrogatoires, avait été catalogué "insolent, non en paroles mais en attitude", s'expliqua avec calme et pondération sur ce geste. Je ne sais comment madame l'assesseure le prit...

La procureure ne retint que les dégradations de la nuit du 22 au 23 mai. Elle signala fort courtoisement qu'elle comprenait que l'on ait des idées et que l'on défende ses idées, mais qu'au nom de la Société, elle ne pouvait accepter qu'on les défende en se livrant à des dégradations. Pour cela, elle réclamait une peine d'amende.

Elle ajouta à ce réquisitoire minimaliste que, selon elle, il fallait retenir la déclaration des deux policiers, et qu'il lui avait semblé que l'infraction de subornation de témoin était constituée. Cependant elle laissait cela à l'appréciation du tribunal.

Maître David Dassa-Le Deist, avocat du Bloc Identitaire, qui s'était constitué partie civile, souligna le préjudice subi par son client. Mais il se doutait bien qu'il n'allait pas nous faire pleurer avec une annulation de mitigne...

Dans une plaidoirie concise, mais bien articulée, Maître Dominique Noguères ramena les choses à leurs justes proportions. Si, parmi les murmures des gens de robe, s'éleva une voix claire qui était la voix de la raison, ce fut bien la sienne...

Surtout, n'allez pas borner Porte de Vanves!

Nos trois amis ont écopé de 250 euros d'amende pour des dégradations légères.

Et, heureusement, C. fut relaxé de cette absurde accusation de subornation de témoin...

On pourrait croire que la montagne de papier de 500 pages a accouché d'une minuscule souris... et trouver cela plutôt ridicule. Mais le pouvoir sécuritaire se moque bien du ridicule. Il se désintéresse probablement du résultat de ce procès. Ce qu'il a récolté de renseignements sur des militants, sur leurs proches, sur leurs relations, est infiniment plus important pour lui: des matériaux pour alimenter son prochain délire sur telle ou telle "mouvance"...



* J'ai bien évidemment changé les prénoms de A., B. et C. J'espère simplement que, s'ils arrivent à cette page, ils ne m'en voudront pas trop d'avoir choisi une référence historique fantaisiste, anachronique et lointaine.

** Allumé ou éteint, un téléphone portable active un signal sur une "borne", proche de l'endroit où il se trouve. Ce signal reste en mémoire et peut être consulté par les services de police.

lundi 29 juin 2009

De quoi la Voix du Nord est-elle la voix ?

Le camp No Border de Calais a été étouffé avec tant de soin que rien, ou presque rien, n'est paru dans les médias nationaux. Seuls les médias locaux se sont appliqués à en suivre le déroulement.

A leur manière.

C'est ainsi que j'ai dû subir la lecture des nombreux articles fielleux d'un certain Laurent Renault, journaliste à La voix du Nord, quotidien qui, si j'étais nordiste, me ferait rêver d'être aphone.

Mais bien sûr, ma prudence naturelle, et mon respect de la déontologie du blogueur, m'ont conduit à vérifier, compléter et recouper les informations avec les témoignages et les analyses des participants. Il suffisait de consulter les sites d'Indymédia-Lille, et du Jura Libertaire régulièrement mis à jour.

Car, au final, la manière de Laurent Renault m'a semblé assez singulière.

Tête de manifestation clownesque.
Son compte rendu de la manifestation du samedi 27 juin, est ainsi titré: Manifestation des No Borders : quelle clownerie que cette grande parade de Calais !

Il s'ouvre par ce curieux chapeau:

Match nul, tout le monde a gagné ! À l'issue de la manifestation, chacun des deux camps, No Borders et État, a pu faire ses comptes. Un seul incident, pas de blessé, la fête... Un défilé classique qui a réuni un petit millier de personnes à l'appel des syndicats Sud et Solidaires.

Vous pourrez chercher dans la suite un quelconque retour sur ce "seul incident"...

Quant au titre, il semble motivé par ceci:

10 heures. - Une longue file sort du camp No Border installé depuis le début de semaine rue Normandie-Niemen. Depuis plusieurs jours, la provocation entre ces militants d'extrême-gauche et les forces de police ont placé le défilé sous une certaine tension. Le grand jour est arrivé. Synonyme de toutes les peurs. Et ce sont des clowns et des musiciens qui ouvrent le bal masqué. Car dans le cortège, de nombreuses têtes sont cachées. Masque de Zorro pour l'un, foulard et bandana pour l'autre, des capuches aussi sous cet écrasant soleil.

N'attendons surtout pas d'éléments d'information précis dans la suite de cette caricature d'article qui expédie la fin de la manifestation en quelques mots:

(...) quelques messages et autres témoignages, les syndicalistes remontent dans les bus. Les No Borders accompagnés jusqu'au pont Vétillart. Les troupes se dispersent.

Mais puisque le besogneux Laurent Renault a dû apprendre qu'un journaliste avait, avant de lâcher sa prose, à écouter et retranscrire, il consacre un paragraphe entier au sort d'une mamie dans l'embarras:

Otages. - Les personnes présentes à la manifestation ont dû prendre leur mal en patience avant de regagner le centre-ville. « Je suis avec ma petite fille, on n'est pas des terroristes quand même ! » insiste cette Calaisienne garée deux rues derrière. Elle patientera. Comme tout le monde. Pas de différence entre gentils et méchants.

J'imagine que cette géniale opposition gentils/méchants a dû lui plaire, puisqu'il la reprend, d'un manière qui m'échappe un peu, dans sa conclusion:

Victoire. - Dans cette partie, tout le monde a gagné. les syndicalistes ont manifesté les No Borders étaient pacifiques il y avait des méchants parmi les gentils les policiers ont fait en sorte que tout se passe pour le mieux dans chacun de leurs mondes...

Ce camp a décidément quelque peu dérangé le monde du talentueux Laurent Renault...

(On pourra comparer avec ce récit d'un participant dans le Jura Libertaire)

Et le lendemain, les méchants anarchistes plient bagages.

La prose de ce pathétique personnage à la rancoeur si racornie que ça doit quand même le gêner un peu pour sourire, se retrouve le lendemain dans un article-bilan, intitulé: Comme un dimanche normal, sans CRS ni No Borders, où nous pouvons apprendre que "les Calaisiens ont repris leurs habitudes. Comme les migrants. Tous les autres sont repartis."

L'article, qui se hisse à un niveau d'analyse inouï (on notera aussi l'efficace poncif de la compassion), se conclut par:

Pourquoi les Calaisiens ne se sont-ils pas joints à cette manifestation ? Voilà bientôt quinze ans qu'ils vivent au quotidien avec les migrants, dans l'indifférence, dans la compassion, en offrant des dons, du temps. Parfois ça exaspère. des drames remettent les discussions à plat. Le tout dans un contexte économique difficile. Elle est peut-être là leur priorité. De la frontière anglaise à Calais, pour sûr on en reparlera comme on en parle depuis quinze ans. Alors en attendant, les Calaisiens sont allés à la plage oublier un peu tout ça.

Mais il y a des Calaisiens qui pourraient juger que Laurent Renault les calomnie...

Je suis sûr qu'il y en a qui s'emmerdent autant que moi à la plage.


PS: Comme pour certains articles de presse, mon titre est purement bruitiste.

Et rhétorique: on sait bien que la Voix du Nord est la voix de ses maîtres.

On pourra consulter avec profit le numéro 12 de La Brique, ainsi que ces articles mis en ligne.

Par ailleurs, l'excellent Jura Libertaire a reçu ceci:

Mise en demeure

Lille, le 24 juin 2009

Monsieur le Directeur de la Publication,

Nous avons constaté que sont reproduits et diffusés des articles parus dans LA VOIX DU NORD sur le site juralibertaire.over-blog.com que vous éditez notamment à l’adresse suivante : http://juralibertaire.over-blog.com/article-32844337.html

Cependant, à aucun moment vous n’avez sollicité ni obtenu notre accord pour la reprise de ces articles.

Je vous rappelle que ces diffusions non autorisées sont constitutives du délit de contrefaçon, sanctionné par l’article L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle.

Dans ces conditions, nous vous mettons en demeure de retirer de ce site l’ensemble des articles de la Voix du Nord dans un délai de quarante-huit (48) heures à compter de la réception de la présente.

À défaut, nous nous réservons la faculté d’engager toute procédure judiciaire, notamment en référé, afin de faire valoir nos droits.

Dans l’attente de vous lire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur de la Publication, l’expression de mes sincères salutations.



dimanche 28 juin 2009

Vérité et Justice

Hier, un cortège, parti vers 15 heures du 58 rue des Amandiers (Paris 20ème), a fait calmement le tour du quartier, en passant par la place Auguste Métivier, le boulevard de Ménilmontant, la rue du même nom, la rue des Pyrénées, et la rue Orfila, empruntée jusqu'à son croisement avec la rue de la Bidassoa.

Boulevard de Ménilmontant.

Quelques arrêts ont été ménagés, où était lu le texte suivant, distribué aux passants:

Il y a 2 ans, le dimanche 17 juin 2007 entre 4h et 4h 30 du matin, la police aété appelée pour « tapage nocturne » au 8 rue de la Bidassoa Paris 20ème.


Les 8 policiers qui se sont rendus sur les lieux, ont trouvé dans la rue un jeune homme seul et non armé, tentant de se cacher.

Après l'avoir plaqué au sol face contre terre, l'avoir menotté aux poignets, un bras passé par dessus l'épaule et l'autre replié dans le dos, et lui avoir attaché les chevilles avec une sangle de contention en cuir, les policiers l'ont porté dans le fourgon de police.

C'est là, sur le plancher du fourgon, que tandis qu'un policier pressait sa tête, quatre autres comprimaient son thorax agenouillés respectivement sur son épaule gauche, son dos et ses jambes maintenues repliées en arrière.


Ce jeune homme s'appelait Lamine Dieng.

Un jeune homme qui avait une famille, des amis, des projets, en un mot: une vie. Il avait 25 ans et il est mort dans ces conditions-là, dans ce fourgon de police aux mains de ces 5 policiers.

Cinq professionnels garants de la sécurité publique, initialement appelés pour tapage nocturne.

En 2 jours, la Police des polices (IGS) a conclu que Lamine était « mort naturellement d'un arrêt cardiaque ».


La famille a déposé plainte avec constitution de partie civile le 22 juin 2007.

Un comité de soutien s'est formé pour exiger que toute la lumière soit faite sur le décès de Lamine, que justice soit rendue, et raconter l'histoire de Lamine au monde pour l'inscrire dans la mémoire collective.


La mort de Lamine ne doit pas être oubliée, nous ne laisserons personne l'oublier.

A ce jour, nous attendons les conclusions de l'enquête de la justice.

Les fonctionnaires de police impliqués sont quant à eux toujours en service.


Bas de la rue de Ménilmontant.


Le tract est signé du comité de soutien « Vérité et Justice pour Lamine Dieng »

Aujourd'hui deux roses rouges, accrochées à une grille, marquent le lieu où Lamine est mort.


Aujourd'hui, je les ai trouvées un peu étiolées.


L'une doit s'appeler Vérité, et l'autre Justice.

samedi 27 juin 2009

Dans la famille Mitterrand, le neveu

Depuis mardi soir, date à laquelle la nouvelle prématurément divulguée fut confirmée, une grave question m'embarrasse: monsieur Frédéric Mitterrand, nouveau ministre de la Culture et de la Communication, saura-t-il bafouiller avec autant de talent que madame Christine Albanel devant les élu(e)s de l'Assemblée Nationale ou du Sénat ?

On peut craindre que cette interrogation n'ait été absente des préoccupations de notre président lors de sa nomination.

Certes, cette opération ramasse-miettes de l'Histoire a dû être sérieusement pensée, et elle a été rondement menée, par l'escadron sarkozien des chasseurs de têtes ministérielles. Mais pouvaient-ils vraiment rater, dans les différents couloirs où il traîne depuis toujours, l'hydrocéphale hollywoodien à l'illustre patronyme ? Bien que retiré, loin des micros où il avait accoutumé d'étaler sa culture, l'ex grand jeune homme godiche des Lettres d'amour en Somalie avait laissé derrière lui le ton de sa voix célébrant interminablement tout le clinquant glamoureux conventionnel des rêves de stars. Ils ne pouvaient franchement pas l'oublier, tant cette scie est entêtante comme une mélodie de Michael Jackson*, et le nom de Frédéric Mitterrand devait être en réserve depuis longtemps sur leurs tablettes, comme titulaire remplaçant.

Ont-ils cherché à imaginer cet amateur éclairé de l'éloquence accumulative tentant de déployer ses lassantes périodes à rallonge devant un hémicycle goguenard, frondeur, chahuteur ou, c'est plus rare, indigné ?

Nous nous réjouissons de ce que cela pourra donner...

En attendant, mon neveu joue les portiers d'hôtel stylés.

Alors qu'un grand vent d'espoir souffle sur le monde de la culture, au point que j'ai renoncé à sélectionner quelques liens, je ne peux que vous recommander d'aller faire un petit tour sur la chronique de l'excellent Pierre Marcelle Culture sans vergogne, ruine de l’âme.

Oui, je sais, Pierre Marcelle est un chroniqueur agaçant...

Mais quelqu'un qui agace (entre autres) Laurent Joffrin, n'est pas nécessairement mauvais.


* De son côté, FM ne pouvait rater ça:

Sur l'antenne de Europe 1 vendredi matin, le nouveau ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a rendu hommage à Michael Jackson. "On a tous un peu de Michael Jackson en nous, c'est quelque chose de fascinant", a affirmé le nouveau ministre. "Si j'avais pu rencontrer Michael Jackson et lui dire que ce que je peux représenter de la culture française lui rend hommage, je l'aurais fait tout de suite", a-t-il dit. "C'était un musicien génial, qui a réussi à se mettre au carrefour de toute sorte de courants musicaux", a salué Frédéric Mitterrand.

"Fascinant", "génial", la Villa Médicis ne l'a pas changé, notre Frédéric...

jeudi 25 juin 2009

La CGT lutte dans le seul intérêt des sans-papiers

Hier, j'ai acheté par mégarde Siné Hebdo...

Par chance, j'y ai trouvé un petit article, intitulé Tu seras un métèque, mon fils, signé de Miguel Benasayag*.

On peut y lire cette confidence:

Quand je suis arrivé en France, pour obtenir mes équivalences, j'ai travaillé un an dans la salle d'accouchement d'une maternité. Je peux vous assurer que je n'ai jamais vu un enfant sortir du ventre de sa mère avec des papiers à la main.

Depuis hier, on peut ajouter "ni avec une carte de la CGT".

C'est la seule tentative humoristique dont je me sens capable devant l'évacuation (on va dire comme ça) de la Bourse du Travail, occupée depuis plus d'un an par des travailleurs sans-papiers et leurs familles.

Depuis hier, les infos tombent, embrouillées au début, puis mises en ordre, mais est-ce le bon ? Qu'importe puisqu'on y repère une étroite collaboration, dans l'action, de vigiles de la CGT qui donnent le premier assaut, de policiers en civil qui sont présents habituellement et de CRS qui sont appelés en renfort, le tout avec son lot de gaz lacrymogènes, de coups et de blessures.

Ajoutons la présence indécente de vidéastes (Libé, venu en voisin) et de photographes qui découvrent soudain des "sujets" qu'ils ont quasiment ignorés pendant plus d'un an. (Lire, par exemple, le reportage de Claire Diao sur Afrik.com)

Et cela donne un beau cadrage symétrique,
pour une image oppressante.
(Miguel Medina, AFP)

Pour essayer d'y voir plus clair, on suit la piste cégétiste.

On tombe d'abord sur le quatre pages Un an d'occupation de la Bourse du Travail! Et après ? diffusé le 26 mai 2009 par l'UD CGT 75, qui se termine par ces mots:

Regardons ce qui se passe sur les autres questions de la situation sociale aujourd'hui en France. Partout dans le pays se déroulent des luttes sur tous les fronts. Partout des débats parfois rudes se mènent sur les stratégies à adopter, mais il n'y a qu'une seule organisation en France qui a osé s'en prendre, de cette façon à une structure de la Cgt totalement impliquée dans le mouvement social :

C'est la CSP 75, espérant sans doute que sa grossière provocation lancée dès le début de l'occupation: " Vous n'avez plus qu'à appeler la police ! " finira par marcher !

On commence à sentir comme une odeur...

Qui se précise quand on découvre le tract du 19 juin que l'on peut lire, accompagné de la réaction d'un militant, sur le blogue Où va la CGT ? (Cette réaction, écrite avant l'évacuation, console un peu...)

Pour finir, on lit le dernier communiqué de la CGT, Occupation de la Bourse du Travail: la voie était sans issue, disponible sur le site de Bellaciao.

On sort de là dans un triste état, ou un état triste, c'est selon.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu trois textes cégétistes à la suite, écrits tous les trois en langue de bois (pourri, le bois), avec ces relents de maigre dialectique qui semble venir tout droit de vieux volumes défraîchis des éditions de Moscou de mes jeunes années...

Pourtant elle s'est relouquée, la CGT...
(J'ai volé cette photo sur le blogue de Marianne68,
et je l'ai passée en noir et blanc.
J'espère qu'elle ne m'en voudra pas.)


Autant terminer la lecture de l'article de Benasayag:

Mais pour finir, soyons sérieux. Car il y a des situations où être sans-papiers définit, véritablement, la dignité d'un homme. Des moments au cours desquels un homme sans papiers est, véritablement, moins digne qu'un homme avec papiers. Je fais référence à ce moment fatidique où, dans le bonheur d'avoir fini de chier, on tourne la tête à droite, à gauche, tel un oiseau affolé, et où l'on constate qu'on est "sans papiers". Mon Dieu, si Sarkozy le savait...

Du coup, je reporte un œil sur le bellâtre dodu qui joue "Super Héros en grève".

La CGT peut bien baisser son froc dans les négociations et montrer son cul dans les manifestations, on sait maintenant qu'elle n'a pas les fesses bien propres.



* Comme la chance est avec moi, qui suis partageux, elle est aussi avec vous, puisque cela me permet de vous conseiller de lire, sur Article XI, très beau site gratuit et sans publicité, la transcription de conversations pyrotechniques entre Miguel Benasayag et Margot K. Un bonheur n'arrivant jamais seul, Margot K. annonce une seconde partie...

mercredi 24 juin 2009

Les débordements de l'information à Calais

Il suffit de visiter quelques maisons de retraite encore accessibles aux vieux prolétaires pour constater de visu la justesse de cet ancien dicton: "Le travail, c'est la santé!"

Monsieur Hortefeux, bien fatigué après son passage au ministère de l'Identité Nationale, a été mis au Travail lors du pénultième remaniement, et, en se gardant bien d'y faire des étincelles nous revient en pleine santé et très grande forme pour s'occuper de l'Intérieur. Le passage de bâton entre lui et madame Alliot-Marie devrait se faire sans accrochage: la pile des dossiers en cours est bien tenue à jour.

Parmi eux, celui du camp No Border qui se tient à Calais depuis hier, et qui est annoncé comme devant être un grand chantier sécuritaire à haut risque, suite aux efforts plus ou moins conjugués de monsieur Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, de madame Natacha Bouchart, maire de Calais, de la presse locale et de bons citoyens calaisiens. Cela ne veut pas dire que l'un, l'une et les autres parlent d'une même voix, mais on assiste à une curieuse et très efficace convergence dans la pétition de principe, le jugement par anticipation ou la propagation de rumeurs de sale gueule.

Graffiti de 2007.

On prête à monsieur le préfet cette déclaration:

« Nous savons que se dissimulent, à chaque camp "No Border", de façon plus ou moins évidente et concertée avec les organisateurs, des personnes qui sont ultraviolentes. Nous ne les laisserons pas faire. »

Fort de ce savoir, monsieur le préfet a déployé un dispositif qui a grandement impressionné Vincent Depecker, journaliste à Nord Littoral, qui estime, dans son article du 18 juin, à 1500 le nombre de policiers qui seront présents.

On peut glaner, un peu en vrac, dans son papier:

« On ne peut rien dire, confirme un gendarme. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'en 30 ans de carrière, je n'ai jamais vu ça. »

Au tribunal de Boulogne-sur-Mer, un parquetier prendra une permanence uniquement pour répondre - si besoin - aux casseurs.


Une vingtaine de chevaux sont également arrivés sur le Calaisis. Ces brigades montées sont spécialisées dans les interventions en pleines émeutes.

Toutes les brigades de gendarmerie sont mobilisées avec des renforts de réservistes au cas où.

Au centre hospitalier de Calais, on se tient prêt. « Il y a un niveau de vigilance de façon à anticiper un éventuel afflux de patients »


Chez les sapeurs-pompiers, les gardes de la semaine prochaine ont été renforcées. À Marck et Calais, les pompiers d'ordinaire à quinze passeront à dix-neuf.

Par ailleurs, et en outre, monsieur le préfet a pris des mesures drastiques, pas de vente d'alcool au détail, ni d'essence, ni de gaz, et a joué les humoristes en interdisant tout port d'engin pyrotechnique.

Notre témoin de Nord Littoral, Vincent Depecker, s'inquiète à juste titre pour le commerce calaisien...

Madame Natacha Bouchart, maire de la ville, et, à ce titre, fort soucieuse du bien-être de ses concitoyens et électeurs, s'en inquiète également.

Dans l'affaire, elle a bien pris soin de rester à l'écart des prises de décision, en refusant de rencontrer les organisateurs du camp. On peut lire dans Nord Eclair (article du 18 juin):

La mairie UMP de Calais, d'entrée de jeu, a refusé tout contact avec les No Border. "Il est hors de question que je les rencontre", a affirmé Natacha Bouchart, le maire, "et puis à qui on parle? Qui est qui? On ne sait pas les identifier".

Il est vrai que si l'on s'adresse à madame Bouchart, on sait assez rapidement à qui on parle... (Sur ce point, je ne peux que vous conseiller de lire le billet qu'Olivier Bonnet lui a dédié .)

Elle se trouve ainsi tout à fait libre de faire de la surenchère tout en critiquant le choix fait par le préfet du terrain réquisitionné pour y autoriser le camp.

"Comment peut-on croire qu'on va contrôler la situation alors que c'est au Beau-Marais, sur un terrain mitoyen au foyer Tom Souville où je rappelle résident des personnes handicapées. Et puis, c'est à proximité immédiate des habitations. Le choix de ce terrain a donc été réalisé d'une façon qui m'interpelle."

Les propos de cette dame interpellée sont rapportés dans un article de l'indispensable Nord Littoral, daté du 20 juin et signé T.S-M. Le lendemain le/la même T.S-M. nous offre un article décrivant l'installation du camp, où l'on peut trouver:

Jean-Luc Colin, directeur du foyer Tom Souville qui accueille une cinquantaine de personnes handicapées, s'est également rendu sur place pour prendre la température. Il a ainsi appris que les abords du foyer allaient être réservés au camping, afin d'y faire le moins de bruit possible et donc de ne pas déranger les résidents avec l'animation qui régnera tout au long de la journée dans les autres parties du camp.

Par le ton général, cet article tranche singulièrement avec celui que Laurent Renault, dans la Voix du Nord du 19 juin, a intitulé Le camp "No Border", une zone de non-droit.

Rien que cela.

Notre vocaliste nordiste, qui doit être très fier de sa carte de presse, n'arrive manifestement pas à avaler la volonté des organisateurs du camp de canaliser quelque peu la curiosité médiatique. Passons sur son chapeau, et citons son premier paragraphe:

Le camp No Border, fait de militants d'extrême-gauche et d'anarchistes, se fixera le 23 juin au Beau-Marais, dans le bois situé le long de l'avenue Normandie-Niemen. Et ces militants qui dénoncent les frontières, sont pour la libre circulation dans tous les pays... s'enferment, se replient, s'isolent et déterminent une zone de non-droit. "La police ? Non, elle ne sera pas la bienvenue dans le camp", assure le chargé de presse des No Border qui affirme que tout sera mis en œuvre pour éviter les affrontements. "Pour participer aux ateliers proposés durant cette semaine, il faudra se présenter à l'accueil. Les journalistes ? Non, ils ne se promèneront pas seuls dans le camp, pas de photos non plus sauf si autorisation spéciale..." Il faudra s'en tenir aux communiqués. Soit.

C'est rageant, non ?
Photo AFP.


Vexé comme un pou qui vient, d'un saut, de rater sa pucelle, ce pauvre râleur de Laurent Renault a pu se rendre hier au camp. C'était portes ouvertes. Il en a profité pour retranscrire les propos d'un certain Michel:

Michel s'est rendu hier après-midi dans le camp No border. "Je suis juste un Calaisien venu m'informer. J'ai lu la presse comme tout le monde, j'ai entendu les prises de position... Je viens à la source." Il écoute et suit les journalistes qui, hier à 14 h 30, ont eu droit à une visite guidée. Et de s'adresser à la chargée de communication : "Vous avez de grandes idées, vous parlez des politiques, des migrants... Et les Calaisiens dans tout ça ? Vous n'en parlez pas ! Vous ne leur avez pas demandé leur avis, ce qu'ils pensaient de tout ça ! Rien. Que les gens se soient battus ou non entre temps, que les forces de police se soient déplacées pour rien... Lundi, vous repartirez chez vous et rien n'aura changé. Les Calaisiens doivent encore subir." Les réponses apportées ne lui font ni chaud ni froid.

On sent très bien que la contemplation des grandes idées, ça n'a jamais donné le vertige à Michel.

Et puis, le Calaisien a depuis longtemps la hantise d'être pris en otage.

J'espère bien que La Voix du Nord reviendra demain sur l'opération menée ce matin au centre de rétention administrative de Lesquin, ainsi annoncée*:

Depuis ce matin à 5h15, une trentaine de personnes bloquent le camp pour étranger-e-s de Lesquin. La grille d'accès du camp est bloquée à l'aide de lock-ons, c'est-à-dire des tubes en métal dans lesquels ces personnes ont introduit leurs bras.

Dans le cadre du camp noborder de cette semaine qui réclame la liberté de circulation pour tout-e-s, des individu-e-s ont voulu passer à une action de désobéissance en empêchant l’expulsion des migrant-e-s prévues cette journée du 24 juin.

Nous voulons montrer notre détermination contre les politiques française et européenne de déportation des sans-papiers. Par là nous démontrons que quelque soit la répression étatique et le nombre de forces de l’ordre mobilisées, il est possible de s'opposer effectivement aux politiques répressives en matière d'immigration, il est possible de mettre des grains de sable dans la machine à expulser.

Pour compléter l'information:

Une trentaine de militants altermondialistes français, belges, allemands, italiens et espagnols ont été interpellés et placés en garde à vue mercredi à Lille après s'être enchaînés aux grilles d'un centre de rétention administrative, a indiqué la préfecture du Nord.



*Ce communiqué peut se retrouver en intégralité sur la page de Lutte en Nord. On y trouve aussi Nomade, journal quotidien et éphémère du camp No Border de Calais.