samedi 23 mai 2009

Le siège de Calais

Assurément l'affaire mérite de passer dans les annales de la bonne ville de Calais, et elle fera peut-être jurisprudence. Elle est relatée par le journal la Voix du Nord, le journal qui fait parfois regretter aux gens du Nord de ne pas être aphones.

L'article, non signé, nous apprend qu'un jeune homme d'une vingtaine d'année vient d'être condamné par le tribunal de Boulogne-sur-Mer à une peine de trois mois de prison ferme, "pour avoir, mardi, en fin de matinée, caressé la poitrine d'une Calaisienne avant de prendre la fuite".

Ces faits, qualifiés d'agression sexuelle, se sont produits lors de la traversée d'une rue d'une zone industrielle, au moment de la rencontre/croisement de la victime et de son agresseur.

(...) La victime se saisit alors de son téléphone portable, appelle à l'aide dans la rue... et provoque la fuite de son agresseur.

Une patrouille de police, présente à proximité, intervient rapidement. La jeune femme monte dans la voiture et une reconnaissance des lieux avec la victime est réalisée. Direction les rues adjacentes à la «jungle».

Pourquoi la "jungle" ? Mais parce que l'agresseur est un "migrant", un Afghan, assure le titre de l'article.

D'ailleurs, la victime reconnait son agresseur, que la police arrête avec une célérité admirable, et qui a été jugé hier.

Au tribunal, si l'on en croit la Voix du Nord qui reproduit ses propos, la victime n'aurait demandé d'autre dédommagement que le nettoyage de la "jungle" de Calais, en déclarant, sur un ton que j'imagine proche de l'hystérie:

Je veux juste qu'ils quittent tous la jungle. Je veux juste que les enfants puissent vivre ici en toute sécurité. Voilà ce que je veux. De la sécurité absolue.

Le jeune homme, qui nie avoir eu la main baladeuse, a été condamné "à une peine de trois mois de prison ferme et à une interdiction de séjour dans le Nord-Pas-de-Calais et les départements ayant une liaison maritime avec l'Angleterre."

Son avocate n'a pas demandé une reconstitution des faits.

Dommage.

Paluchage éhonté.
Suggestion de présentation.
Photo non contractuelle.

De la sécurité absolue, madame la victime avait pu s'en faire une idée la veille du jugement, en ce jeudi où une manifestation, initiée par SoS Soutien aux sans-papiers, devait se tenir à Calais.

Le titre de la Voix du Nord:

Un hélicoptère, trois compagnies de CRS et gendarmes... et quarante manifestants.

Celui de Nord-Eclair:

Des soutiens aux sans-papiers jouent au chat et à la souris avec les CRS.

Et celui d'Indymédia-Lille.

21 mai à calais : le préfet Bousquet nous envoie ses troupes.

A part peut-être le préfet et ses collaborateurs, personne ne semble très satisfait de cette journée: les militants qui n'ont pu mener les actions prévues et les journalistes rameutés qui n'ont pas eu leur dose de spectaculaire...

Laurent Renault (la Voix du Nord), très déçu par ce qu'il appelle une "non-manifestation", nous renseigne sur les raisons de ce dispositif policier disproportionné ( un hélicoptère et trois compagnies, quand même!):

«La manifestation était officielle et devait aller de la mairie au port», déclare le commissaire Jean-Philippe Madec.

Pourquoi autant d'hommes en tenue ? «Parce qu'il ne s'agissait pas d'une manifestation classique (défilé syndical par exemple). Nous ne savions pas combien ni qui ils étaient.» Alors une compagnie de forces de l'ordre à la mairie, une autre près du port rue des Garennes et une troisième au Centre de rétention de Coquelles car «on sait qu'il s'agit d'une de leurs motivations».

Thierry Saint-Maxin (Nord_Eclair), en s'entretenant avec un gendarme inconnu, apporte une lumière intéressante sur la préparation des troupes:

À 14 h, le lieutenant Champé, le n°2 de la gendarmerie calaisienne, et le commissaire Jean-Philippe Madec, commissaire de la police, fourbissent leurs armes sur la place du Soldat Inconnu. Un gendarme explique : « On attend une cinquantaine de personnes en provenance de Lille, des jeunes essentiellement, issues d'un groupuscule anarchiste qui ne viennent pas pour manifester mais pour casser. »

La photo illustrant son article donne un aperçu de l'agressivité des manifestants:

Il me semble, tout de même, qu'il y en a un qui rigole.

Quant aux manifestants, à quarante ou cinquante, que vouliez-vous qu'ils fissent contre trois compagnies ? Ils ont tout tenté pour rejoindre la "jungle", mais se sont trouvés bloqués de partout. On trouve sur le site d'Indymédia-Lille des images de ces verrous placés par les forces de l'ordre sur leur route.

Un des objectifs de cette journée était, si j'ai bien compris, d'attirer l'attention sur les projets français et britanniques dans la région de Calais: fermeture des campements, "nettoyage" de la "jungle" et, éventuellement, création, sur le port, d'un "centre de tri" sous juridiction britannique.

J'ignore si les militants présents ont profité de la présence des journalistes pour présenter les informations qu'ils entendaient diffuser, ou s'ils ont renoncé à le faire.

S'ils ont renoncé, alors oui, ils ont perdu leur journée, malgré le grand spectacle sécuritaire qu'ils avaient réussi à susciter.




PS: A propos de ce "centre de tri", qui ressemblera à une prison, il serait peut-être temps de laisser tomber le mot d'ordre "pas de Guantanamo sur le port de Calais" que l'on lance parfois. J'ai bien compris que l'on entendait par là dénoncer le caractère exceptionnel d'extraterritorialité qui serait accordé à cette prison, ou ce camp de rétention/détention...

Mais le projet est assez monstrueux comme cela, il me semble inutile d'en rajouter en utilisant les connotations propres au centre de Guantanamo (qui n'évoque en rien, pour monsieur Lamda-Bidochon, l'extraterritorialité...)

8 commentaires:

JBB a dit…

Quarante manifestants contre trois compagnies, ils n'avaient pas grande chance en effet. Les choses devraient en aller bien différemment pour le camp No Border : là, c'est bien plus de quarante qu'on sera…

("Sécurité absolue" est très révélateur, tu le soulignes à bon escient. Ils veulent plus qu'une simple sécurité désormais, mais l'assurance que rien - jamais - ne pourra déranger le flot morne de leurs vies.)

Guy M. a dit…

Ce camp va encore donner bien du souci aux calaisiennes à présumées appétissantes poitrines, et au préfet...

(Pour une sécurité absolue, je n'ai pas osé suggérer le port d'un soutif en zinc, et électrifié.)

Marianne a dit…

ou vis- tu ?
Dans la jungle .
En Afrique ?
Ah non , en Afrique c'est fini . Il n'y a plus de jungle . Non , c'est à Calais .
Honte à L'Europe qui se trouve militairement dans le pays des ressortissants qu'elle refoule .

Guy M. a dit…

L'Europe n'a pas honte de son hypocrisie...

JBB a dit…

"Ce camp va encore donner bien du souci aux calaisiennes à présumées appétissantes poitrines, et au préfet..."

Sans parler de l'hôtel Ibis du coin… :-)

Guy M. a dit…

Il y a aussi un hôtel Ibis!

christophe a dit…

pourquoi l'hôtel Ibis ??? ils doivent craindre quelque chose ?

Guy M. a dit…

Je ne sais même pas s'il y a un hôtel Ibis à Calais; mais s'il y en a un, il sera sûrement protégé.

Comme tout le reste.