mardi 5 mai 2009

Dîner républicain chez monsieur Besson

Il y a assurément des circonstances où une certaine discourtoisie s'impose d'elle-même comme seule réponse digne à certaines invitations douteuses lancées par des personnalités infréquentables. Et dans certains cas très précis, une réponse mal embouchée, mais bien sentie, aurait la classe d'une opération de salubrité publique.

Pour être né en Tunisie et y avoir passé son enfance, monsieur Bertrand Delanoë, maire de Paris, a reçu de monsieur Eric Besson, ministre de l'Identité que je refuse, une invitation à un "dîner citoyen" qui devait se tenir hier soir, au 101 rue de Grenelle. Ce dîner franco-tunisien, parrainé par messieurs Tarak Ben Ammar, producteur de cinéma, et Jean-Paul Fitoussi, professeur d'économie, devait réunir "une quarantaine de personnes venues de Tunisie", et intégrées au sens de monsieur Besson, auxquelles il tenait à dire que "la France sait ce qu'elles lui ont apporté".

J'ai cru que monsieur Bertrand Delanoë avait eu ce courage politique élémentaire de refuser clairement et vertement toute invitation, fût-elle républicaine, de la part de son ancien camarade retourné du parti socialiste...

Mais la chose n'est pas si claire.

Un articulet paru dans Libération, nous apprend que monsieur Delanoë aurait eu l'intention de se montrer à l'heure de l'apéro, et de vaquer ensuite à ses occupations*...

En y regardant de plus près, j'ai pu lire que des informations émanant de "son entourage" ne parlaient plus d'apéritif au ministère de la honte nationale:

"Bertrand Delanoë n'a pas l'intention d'aller au ministère. Il a été convié à un hommage aux immigrés tunisiens. Dans un premier temps, il était prêt à y passer. Quand il a constaté que cela se déroulait au ministère - l'exploitation politicienne du rendez-vous se trouvant avérée - il a décidé de ne pas y aller du tout", a-t-on expliqué dans l'entourage du maire de Paris (…).

Finalement, comme monsieur Delanoë m'ennuie encore plus qu'il ne me déçoit, je n'ai pas cherché le fin mot de l'affaire.

(Je note cependant que son agenda est vide pour hier soir.)

De toute façon, le maire de Paris a raté là une occasion de montrer qu'il avait le panache qu'il faut pour refuser de serrer la main d'un renégat, et pour lui dire bien en face..

Autrefois Paris valait une messe...

Paris vaut peut-être encore un apéro.

Reste à savoir ce que valent les hésitations en forme de ronds de jambe de monsieur Delanoë, face à la saine réaction de refus qu'aurait quiconque prendrait la mesure des indignités qui ne sont que la conséquence de la politique de monsieur Besson.

Que penser du traitement qu'a dû subir la famille Bakhshiyan, dont le père, Serguey, est azerbaïdjanais et la mère, Maria, est russe...

Interpellés le mercredi 29 avril, vers 6 heures, à leur domicile de Gray (Haute-Saône), Serguey, Maria et leurs deux enfants, 9 ans et 4 mois, ont été transportés au centre de rétention de Nîmes.

On en pense que les services de l'état français sont bien bons, et qu'ils pensent à tout, avec fermeté et humanité, car:

La famille a été conduite «au centre de Nîmes parce qu'il est parfaitement équipé pour accueillir les familles et notamment des enfants en bas âge, vu qu'il dispose d'une nurserie», a indiqué Christophe Jean, directeur du cabinet du préfet de Haute-Saône.

Comment faut-il imaginer une nursery de centre de rétention ? Une planche à langer, un chauffe biberon et un rouleau de papier toilette, peut-être ? Un peu comme dans les aires de repos d'autoroute ?

Et comment s'y procure-t-on du lait maternisé ? Les couches du bébé sont-elles fournies, ou faut-il les "cantiner" ?

Y a-t-il quelques peluches ?

Le lendemain de leur transfert, les membres de la famille sont présentés devant le juge des libertés et de la détention de Nîmes, qui décide leur libération, considérant que le maintien d'un bébé en rétention est une procédure irrégulière et incompatible avec la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.

Monsieur Robert Gély, procureur de la République de Nîmes, et perfectionniste dans son genre, a fait appel de cette décision. Cet humaniste estimait que la protection du nourrisson était assurée dans le centre de rétention, et qu'il n'y était pas séparé de ses parents.

Cet humaniste me rappelle des choses...

La famille est retournée au centre de rétention où elle a dû attendre le lundi 4 mai pour que la cour d'appel statue sur son sort en repoussant l'appel et confirmant le premier jugement.

Dans la journée de lundi, les Bakhshiyan ont pu sortir du CRA.

Dans de telles circonstances, tout de même un peu défavorables pour lui, monsieur Robert Gély aurait pu se taire...

Non, il a tenu à préciser, à l'Associated Press:

"Cela ne remet pas en cause la décision de reconduite à la frontière."

Monsieur Robert Gély prend les associations de soutien aux sans papiers pour des imbéciles.



* A propos d'occupations, celle de l'Hôtel de Ville de Paris, le 1er mai, ne lui a guère plu: il porte plainte.

4 commentaires:

Marianne a dit…

La France commence à se distinguer pour ses actions inhumaines , mais avec qui pourrons nous rêver d'autre chose dans trois ans ?

Guy M. a dit…

Il va falloir s'habituer à rêver tous seuls: "ni dieu, ni césar, ni tribun..."

Et sans attendre trois ans!

myrage a dit…

Commentaire pas sérieux mais qui s'impose : ça existe les Kikis flics? Ben ça, ça me déçoit...

Pour ce qui est de rêver, il serait peut-être temps, mais c'est pas facile en ce moment...

Guy M. a dit…

Je crois bien que ça existe !

Il en faut pour tous les goûts, mais j'espère que le costume est en option.