samedi 5 juillet 2008

L'air de la douce France





Ingrid Betancourt respire à nouveau l'air de sa "douce France", nous dit la dépêche de l'AFP que tous les journaux de ce matin ont dû reproduire et étoffer d'inanités sonores.

Je suis bien content pour elle.

Y a pas à dire.

Mais le doux air de la France, je lui trouve une espèce d'odeur, une odeur un peu âcre qui se développe en arrière-nez et qui picote un peu la gorge, une odeur bien discrète au début, mais qui finit par tout envahir insensiblement.

Alors on peut nommer cela de la puanteur.

Les narines délicates peuvent en déceler un foyer du côté d'Albi, ces jours-ci.

Je veux parler de la "mésaventure" qui arrive à madame Valérie Framit.

Selon La Dépêche (03/07/08):

En novembre, pour conclure un travail d'art plastique et d'expression corporelle sur les sentiments et les expressions du visage, elle avait demandé aux enfants de découper et de ramener de chez eux des portraits illustrant différentes expressions. Une fois en classe, sur de grandes affiches blanches dédiées chacune à un thème (joie, peur, surprise, douleur, fatigue, colère, méchanceté), les enfants devaient coller les portraits correspondants.



Quelques "têtes de caractère" de Franz Xaver Messerschmidt,
trouvées ici.


On peut trouver dommage qu'un travail sur un thème aussi riche (en s'en tenant aux seuls domaines des arts plastiques et de l'expression corporelle) soit conclu en novembre, mais à l'Education Nationale, on a des contraintes, n'est-ce pas…

Mais le problème n'est pas là, non-non…

Le problème, voyez-vous, c'est qu'un des gamins (ou l'une des gamines), pour illustrer le sentiment de méchanceté et les expressions du visage qu'on peut lui associer, n'a pas trouvé mieux que d'apporter une photo de monsieur Nicolas Sarkozy.

A la place de la maîtresse, je n'aurais trouvé aucune raison pédagogique pour refuser cette contribution: elle dénote chez l'élève en question un bon coup d'œil. On a remarqué que notre président réussi de mieux en mieux quand il "fait le méchant": il a perdu, en se glissant dans la fonction présidentielle, son petit côté hargneux développé jadis sur les dalles de banlieue, et, si un jour il arrive à maîtriser ses contractions épigastriques, ce sera parfait.

Selon le résumé de La Dépêche:

Une lettre signée (le ministère de l'Éducation nationale n'a pas souhaité faire connaître le nom du signataire), adressée directement à Nicolas Sarkozy, a dénoncé une atteinte à l'image du président sur une affiche accrochée dans l'école.

Diantre.

Selon Le Figaro (04/07/08):

(…) Quelle n'a dû être la surprise de la directrice de l'école, vendredi dernier, lorsqu'elle a été informée par l'inspecteur d'Académie de Midi-Pyrénées qu'une enquête avait été diligentée par le recteur. (…)

(…) pour l'inspecteur d'académie Michel Azéma, «l'enseignante aurait dû être plus attentive à l'utilisation de ces images. Elle aurait dû profiter de l'occasion pour faire une leçon d'instruction civique pour expliquer la démocratie et le rôle du président de la République et des personnalités du monde politique». Et d'indiquer: «On peut reprocher à l'enseignante un manque de vigilance pour lequel sera appliquée une sanction qui devrait se limiter à une simple remontrance». Les affiches litigieuses ont été retirées des murs dès le déclenchement de la polémique.


J'avoue que j'aime beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, la suggestion de monsieur l'Inspecteur d'Académie de profiter de l'occasion pour faire une leçon d'instruction civique… On voit bien qu'Inspecteur d'Académie, c'est un métier… Il aurait pu aussi suggérer, dans le cadre de la même leçon, et avec le même à-propos, de faire un développement sur la réapparition en république démocratique française, du délit de sale gueule.

[On pourra trouver sur le blog de S. Fontenelle, un développement de la leçon d'éducation civique proposée par monsieur Azéma]

La suite des aventures de madame Valérie Framit, dans La Dépêche:


«Pourquoi la personne qui a adressé la lettre à la Présidence de la République n'est-elle pas, dans un premier temps, allée voir l'enseignante ? Que doit-on penser d'une telle lettre de délation, pratique utilisée à de tristes fins à une autre époque ? Pourquoi la voie hiérarchique n'a-t-elle pas été respectée ? Qu'en est-il du droit d'expression et du développement de l'esprit critique des enfants, l'une des missions de l'école » ? Autant de questions que se posent les parents d'élèves FCPE de l'école Claude-Nougaro, par les voix de deux de leurs représentantes : Emmanuelle Herdwig et Sylvie Bélibio-Wesley après les menaces de sanction qui pèsent sur Valérie Framit (…). Hier matin, elle a été reçue par l'inspecteur d'académie Michel Azéma. Il précise: «Elle a compris qu'elle avait commis deux erreurs : elle ne devait pas accepter l'utilisation de l'image du Président ou de quelqu'autre personnalité politique pour son travail ; des personnages de films auraient par exemple été plus judicieux. Ensuite elle ne devait pas l'afficher hors de sa classe». L'inspecteur ajoute: «Elle va maintenant m'écrire en expliquant sa démarche pédagogique. Après l'entretien que j'ai eu avec elle, j'ai décidé qu'elle ne sera pas sanctionnée et aucune pièce ne sera versée à son dossier administratif. C'est une bonne enseignante, on va classer tout ça et à la rentrée on n'en parlera plus ». Derrière cette histoire, comme le dit un parent d'élève, on peut s'interroger: «Est-il plus grave qu'un enfant de CM1 utilise l'image du Président de la République pour illustrer la méchanceté et que l'affiche soit placardée dans le couloir d'une école ou que le Président de la République traite, devant la France entière, un quidam de "Pauv'con"?»

Quelques hommes publics par l'élève Honoré Daumier,
trouvés ici.

Comme je vous le faisais remarquer, Inspecteur d'Académie, c'est un métier. Il fallait y penser à ce pensum: Allez, on va passer l'éponge, rien dans votre dossier, mais vous allez me faire une belle lettre pour m'expliquer votre démarche pédagogique, vos objectifs, les méthodes d'évaluation, comme on vous a appris dans les IUFM… Cela va pourrir un bout de vos vacances… mais que voulez-vous... Il fallait être vigilante...

Et cette belle lettre, dans quel dossier allez-vous la ranger, monsieur l'Inspecteur ?



PS: Je me prépare à rédiger une lettre que je pense adresser directement à monsieur le Chef de l'Etat, Palais de l'Elysée, 75008 Paris, où je demanderai qu'au 14 juillet prochain, on organise sur la place de la Concorde un bal des faux-culs où seraient conviés, avec les repentis de gauche et quelques journalistes, tous les délateurs anonymes qui se révèlent depuis plus d'un an.

On aimerait bien voir leurs sales gueules.

Pour pouvoir répondre à cette question: "Ces braves gens sont-ils aussi moches qu'ils puent ?"

7 commentaires:

Flo Py a dit…

Bonjour Monsieur Guy

Il y a plein de points qui laissent perplexe dans cette histoire (on a comme qui dirait l'embarras du choix). Mais un particulièrement me titille (grave) : pour que le gars (ou la nana, peu importe) ait eu l'idée d'écrire à l'Elysée pour dénoncer une atteinte à l'image du Président, il faut que l'idée d'un état totalitaire soit déjà bien installée et acceptée.
Et ça, cette acceptation, ça me fait peur (quand tout le reste me fait vomir).
Enfin, puisqu'il paraît (selon ma tante, Croûton pour de vrai, elle, je le crains) que tout va mal uniquement parce qu'on ne parle jamais de ce qui va bien, y a sans doute pas de quoi flipper et je m'en vais de ce pas vers les Bouffes du Nord, voir Loïc Lantoine.

Bises et bonne soirée !

Guy M. a dit…

Bonjour de même mademoiselle Flo,

Ce qui est bien installé, c'est l'idée qu'il faut un état respecté (et pas forcément respectable) et que ce respect est légitimé par les élections...

Or je pense que tout état est toujours sur la pente totalitaire (y a-t-il une seule constitution que ne prévoit pas les cas de recours aux "pouvoirs spéciaux" ou à "l'état d'exception"?)

Nous avons, de plus, quelques renvois de pétainisme fort nauséeux.

Mais n'ayons pas peur, c'est de l'énergie perdue... Au pire, persuadons nous que les faux-culs ont encore plus la trouille que nous...

Et chantons en cœur:

"Au bal des faux-culs, je n'veux pas aller, nan-nan!"

(Tu n'iras pas non plus, que je sache, sauf pour y faire des photos...)

Bises et bonne soirée.

Françoise a dit…

Bonsoir Guy,
 
Même idée de billet ce soir (chez moi c'est une brève brève). Serions-nous de grands esprits ? Je n'ose le croire...

Guy M. a dit…

Bonsoir Françoise,

...si nous sommes pas de grands esprits, cela n'empêche pas de se rencontrer sur de nombreux sujets...

Et tu m'en vois ravi!

Françoise a dit…

Je suis ravie aussi.

Plus on sera à se "rencontrer" et mieux ce sera.

Bonne nuit.

myrage a dit…

salut!

si tu veux, avant de déménager, je demande à ma voisine de poser pour moi, et je la dessine.
Elle sera parfaite dans le rôle de délatrice quand on viendra le lui demander (via JP Pernault?), et peut-être l'est-elle déjà (aïe!).
Pourtant elle a une tête plutôt sympathique, comme ça, quand on n'habite pas sur le même palier depuis 4 ans, euh 3 euh... 1 mois...

J'aime pas le délit de sale gueule et c'est pour ça que j'aurais été engueuler l'instit, perso...

Sinon, le jeu des caricatures n'est pas nouveau. Quelle tête il a le recteur? Ptêt qu'il a peur d'être le prochain!

Guy M. a dit…

Rhôôô... tu ne vas pas dénoncer ta voisine, quand même...

Il y a cependant des périodes de l'histoire où tous les voisins ont des tronches de délateurs potentiels... Nous n'en sommes pas encore là, mais restons prudents, les français ont montré qu'ils avaient un don pour ça.

Bises.