jeudi 17 juillet 2008

Ce qu'il faut dire, dénoncer, détruire,…




J'ai reçu hier une lettre de menace:



Elle était jointe au dernier numéro de CQFD (n° 58, juillet-août 2008) que le préposé à la distribution du courrier de Trifouillis-en-Normandie a déposé dans ma boitolettre.


Prendre dans la barbichette un pavé testé par Laurent Joffrin, je trouvais cela intéressant, et par conséquent j'étais prêt à ne pas me réabonner à CQFD, mensuel de critique sociale, organe provisoire de l'Internationale Erroriste… ce qui m'eut tout de même chagriné. Mais j'ai appris qu'un seul pavé avait été testé par Laurent Joffrin, et j'en ai déduit que la probabilité de recevoir précisément celui-là était trop faible, face au risque certain de ne plus recevoir, vers le 15 de chaque mois un mensuel tellement bon qu'il mériterait d'être hebdomadaire.

Une sorte de terrifiant pari de Pascal, quoi!

La sympathique mascotte de CQFD

Ce mois-ci, à part les articles signalés sur leur page, j'ai été ravi de retrouver l'ami Eric Hazan dans une Tribune au scalpel consacrée à la presse.

Je cite en entier:

Attention, journalistes dociles

Au lendemain de l'incendie du centre de rétention de Vincennes et du tabassage du jeune Rudy H. près des·Buttes-Chaumont, les trois principaux quotidiens français rendent compte des événements. On y retrouve les mêmes phrases, directement reprises des communiqués de la police, avec un enrobage plus moralisateur dans Le Monde, plus inconsistant dans Libération, plus va-t-en guerre dans Le Figaro. Il en ressort que les"retenus" n'ont vraiment pas de bonnes manières, que l'antisémitisme connaît une nouvelle flambée et que le XIX° arrondissement est devenu un quartier dangereux où les jeunes juifs sont menacés par des bandes d'origine africaine et arabe.

Que dans la grande presse la plupart des journalistes se comportent comme des moutons, ce n'est pas nouveau, mais d'année en année le phénomène s'accentue.1l ne suffit pas, pour l'expliquer, d'invoquer la mainmise de Dassault, Lagardère ou Rothschild sur la presse papier: en dehors de certains journaux à certaines (brèves) périodes, la presse française a toujours été la propriété de financiers. Ce qui a changé, ce sont les journalistes. Naguère, ils venaient de tous les horizons, ils avaient souvent fait d'autres métiers, ils formaient des groupes disparates et assez peu disciplinés. On pouvait voir en eux - en certains d'entre eux - les héritiers de la bohême du XIX° siècle, les descendants des cyniques Lousteau ou Blondet de La Comédie humaine. Aujourd'hui, ils sortent presque tous du Centre de formation des journalistes, où ils ont suivi l'enseignement de maîtres venant de TF1. ou du Nouvel Observateur. Ils sont nourris de l'esprit Sciences-Po, école où, sous les figures tutélaires de Tocqueville et Raymond Aron, on apprend que le libéralisme est l'horizon indépassable de notre temps. Ces nouveaux journalistes n'ont besoin d'aucune pression pour aller du côté du manche: ils s'y portent tout seuls. En souplesse, ils adaptent la novlangue commune au lectorat supposé de leur journal: ici, plus "objectif"; là, plus "vieux gauchiste"; là encore, plus servile que ce que requiert le pouvoir du moment. Avec les publicitaires, les économistes, les policiers et les présentateurs des journaux télévisés, ils sont intégrés dans la grande cohorte des forces de l'ordre.

Les experts, pour expliquer le déclin de la presse écrite quotidienne, insistent sur la concurrence des gratuits et de l'Internet. Il me semble que l'essentiel est ailleurs. La lecture d'un journal est d'abord un plaisir. Non pas d'y trouver exprimées ses propres opinions, mais plutôt de faire un voyage immobile au café ou dans son lit, de voir se dérouler en tournant les pages une journée du vaste monde. Avec les journaux français actuels, ce plaisir a entièrement disparu. Pour les jeunes, qui ne l'ont pas connu, acheter un quotidien est un acte étranger. Les moins jeunes, qui évoquent entre eux ce plaisir avec une sorte de nostalgie, sortent de temps à autre leur 1,20 euro quand ils attendent le train, ou en vacances quand il pleut. Au bout de cinq minutes, ils jettent le journal et vont se laver les mains.

Eric Hazan


Jeter Charlie Hebdo et aller me laver les mains après, ça ne m'est pas arrivé cette semaine…

Car cette semaine, comme presque toutes les semaines, j'ai été héroïque: je n'ai pas volé Charlie Hebdo.

Et pourtant l'annonce d'un laborieux édito de deux colonnes signé du caporal Philippe Val sur la mise au trou du récalcitrant petit soldat Siné m'a longuement fait hésiter, au point que mon marchand de journaux, qui vend aussi des cigarettes et des timbres fiscaux, a bien cru que j'attendais le départ de ma voisine, la dame caté, pour m'approvisionner en magazines explicites avec le supplément DVD à prendre derrière le comptoir… J'ai acheté L'Equipe pour le rassurer.



Et pourquoi le bidasse Siné a-t-il été mis aux arrêts par le caporal Val ?

Me direz-vous…

D'après mes renseignements, puisés dans ces deux articles de Marianne2.fr, CH fini de rire ! et CH zappe Siné, il semble que le caporal Val ait laissé, par mégarde, le troufion Siné tirer à balles réelles et qu'il redoute un procès pour antisémitisme… qui lui ferait très mal où l'on a mal d'habitude, malgré la virtuosité bien connue de l'avocat de Charlie Hebdo.


Faut-il rappeler à Philippe Val, qui veut se faire passer pour un grand patron de presse, qu'un grand patron de presse relit tout dans son journal, et pas seulement en diagonale, (ce que manifestement fait monsieur Val des notices de Ouiquipédia quand il veut étoffer ses deux colonnes hebdomadaires de références littéraires ou philosophiques…)

On m'a parlé d'un grand patron qui vérifiait jusqu'à la célèbre réclame pour Schweppes qui suivait le carnet essentiellement nécrologique de son journal, au temps lointain, évoqué par Eric Hazan, où l'on achetait les journaux pour les lire…

2 commentaires:

Une groupie désillusionnée a dit…

Guy M. achète L'Equipe ?!?
Et vous le lisez aussi ?!?

Guy M. a dit…

Faut quand même pas rêver, les illusions romantiques n'ont qu'un temps. Je ne lis pas, mais il brûle très bien.