jeudi 15 janvier 2009

Un parquet inflexible

Suivre les méandres de la justice, c'est un métier exigeant. D'ailleurs, beaucoup de ceux qui en ont fait leur gagne-pain se font appeler "maître". C'est dire...

Dans l'affaire des inculpés des environs de Tarnac, j'ai l'impression de comprendre beaucoup mieux que d'habitude; dès qu'il s'agit de libérer l'un des deux incarcérés, le parquet sort son joker: référé-détention.

Prenons par exemple le cas d'Yldune Lévy. Elle est maintenue en prison depuis sa sortie de garde à vue, il y a deux mois, en tant que DPS (détenue particulièrement signalée), ce qui lui donne droit a quelques gâteries de la part de l'administration pénitentiaire. Ainsi, on la réveille toutes les deux heures pour s'assurer qu'elle a bon moral; je suppose qu'on doit aussi prendre sa température auriculaire et sa tension artérielle en lui faisant dire trente-trois... Certes, tous les navigateurs ou trices solitaires vous diront que le sommeil par tranches de deux heures, ça se fait très bien... Mais Yldune n'est sponsorisée par personne, et les matins en prison ne ressemblent guère aux matins sur la mer.

Le 22 décembre, le juge des libertés et de la détention avait refusé une première demande de libération, sous le prétexte que le juge d'instruction Fragnoli n'avait pas pu trouver un moment pour l'interroger sur le fond du dossier. On a donc demandé à Yldune Lévy de rester dans la salle d'attente de Fleury-Mérogis...

Le 8 janvier, le juge Fragnoli a pu la recevoir en audition. Et dans la foulée, le 14 janvier, il a signé une ordonnance de remise en liberté sous contrôle judiciaire pour Yldune Lévy.

Hier soir, LeMonde.fr annonçait en brève sa libération.

Comme j'ai tout compris, j'ai attendu l'avis du Parquet: référé-détention. Et toc ! J'aurais dû parier.

Pour la suite, comme c'est un peu plus compliqué, je cite le NouvelObs.com:

Dans un premier temps, la chambre de l'instruction doit juste décider le 16 janvier à 11h s'il y a "lieu à référé", c'est à dire si cette procédure d'urgence, qui permet le maintien en détention d'Yldune Lévy après la décision du magistrat instructeur, est justifiée.

Si elle estime qu'il n'y a pas d'urgence, la jeune femme sera libérée dans la foulée vendredi et l'affaire sera examinée sur le fond une semaine plus tard par la chambre de l'instruction autrement composée. Si elle estime qu'il y a urgence à statuer, Yldune Lévy restera en prison, et le cas sera également examiné le vendredi 23 à 14h sur le fond.


Affiche trouvée parmi les contributions graphiques

Aujourd'hui ont commencé les dix jours d'agitation contre l'antiterrorisme dont vous pourrez trouver un programme provisoirement définitif en allant sur cette page.

Je ne suis pas sûr que toutes les actions envisagées soient répertoriées... Mais vous ne voudriez tout de même pas qu'on vous envoie des invitations, quand même.

Le carton d'invitation des 96 heures qui déraillent
organisées par les parigots.


Du côté de la sous-direction antiterroriste, il faut imaginer les cerveaux qui s'agitent furieusement et frénétiquement dans des boîtes crâniennes spacieuses.

Car il faudrait songer à remplir ce dossier qui ne semble pas peser très lourd.

Cela a donné lieu à un bel effort, dont le JDD, bien connu des services de police, s'est fait l'écho. L'auteur de l'article, Stéphane Joahny, vous expose cela avec beaucoup de conviction:

Même si les avis divergent en haut lieu, des vérifications sont actuellement en cours par les policiers de la Sdat (sous-direction antiterroriste) pour tenter de déterminer si les mis en cause de Tarnac peuvent être impliqués dans une série d'incendies et de tentatives qui avaient visé des ANPE et des antennes Assedic entre 2005 et 2007 un peu partout en France.

On s'y croirait, non ?

Mais une dernière information, relevée dans LExpress.fr, pourra calmer la crise d'hilarité qui aurait tendance à s'installer: il ne faut pas rire de l'antiterrorisme.

En raison d'une suspicion de lien avec les suspects poursuivis pour les sabotages de caténaires SNCF, deux personnes, dont une avocate parisienne, ont été placées en garde à vue mercredi à Paris sous le régime de la justice antiterroriste dans une enquête portant sur la tentative d'incendie de deux voitures. (Reuters)

Le corps de l'article nous renseigne sur cette curieuse "suspicion de lien avec des suspects":

Lorsque les policiers ont découvert que le jeune homme était connu de la police pour "avoir manifesté activement son soutien à Julien Coupat", principal suspect de l'affaire de la SNCF, la section antiterroriste de la brigade criminelle a été saisie.

La procédure d'exception - qui permet notamment une garde à vue de quatre jours contre deux dans le régime de droit commun - est aussi justifiée car la jeune fille travaillerait selon la police dans un cabinet défendant des membres de la mouvance dite "anarcho-autonome".

Voilà où nous en sommes.

Nous sommes en France, ci devant "Etat de Droit".


PS: Prenons date, et préparons-nous à sourire, car nous serons filmés:

6 commentaires:

Marianne a dit…

Je ne peux qu'approuver, relayer ce billet et participer aux manifestations après adhésion pleine et consentie à la cellule anarcho autonome la plus proche de mon domicile .
Dommage pour la manif du 31 janvier je serai à la recherche de vos lunettes au Mali .

Lucide a dit…

Merci, comme je suis encore un peu molle du genou, j'avais raté toutes ces infos dans la presse.
Je m'en vas donc relayer incessamment sous peu, comme on dit.

Guy M. a dit…

@ Marianne,
Pour les lunettes, j'en ai fait mon deuil...

@ Lucide,
La presse est assez discrète (surtout sur les 10 jours...)

Le Charançon Libéré a dit…

"Prenons date, et préparons-nous à sourire, car nous serons filmés."

Être filmé, d'accord. Mais on est vraiment obligé de sourire ?

Guy M. a dit…

C'est plus sympa pour les techniciens...

Le Charançon Libéré a dit…

Là… si c'est pour les techniciens, je m'incline…