lundi 19 janvier 2009

Hôpital de campagne




Il y a des gens qui savent vous prendre par les sentiments.

D'un coup, vous avez la gorge qui se coince un peu, la voix qui se voile d'émotion, les yeux qui vous piquent; vous reniflez élégamment un bon coup et vous vous dites:

Ah ! les braves gens !

Je veux bien sûr parler de Tsahal.

J'en arrive à appeler les forces armées israéliennes par leur "petit nom", Tsahal, que le bon Claude Lanzmann a rendu si populaire dans les médias et, par voie de conséquence, parmi nous, comme effet collatéral de ce film où l'on peut entendre des généraux israéliens dire:

"Notre armée est pure (...), elle ne tue pas d’enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et, à cause de notre morale, il y a peu de victimes [palestiniennes]."
(cité dans cet article du Monde Diplomatique)

C'est bien connu:
Les soldats de Tsahal se déguisent fréquemment en claounes
pour amuser les enfants.



C'est assez tôt ce matin que j'ai connu une de ces grandes émotions que ne peuvent connaître que les grands émotifs dans mon genre, en écoutant distraitement une émission d'information de France Inter. On y célébrait avec application la journée de la diversité, et cela ne m'émouvait guère. Il est vrai que j'ai le lundi matin un peu comateux...

Mais la diffusion d'un reportage balaya d'un coup mon asthénie désabusée, et réenchanta mon monde intérieur dévasté.

Une journaliste relatait l'installation, par l'armée israélienne, d'un hôpital de campagne à la frontière de la bande de Gaza, destiné à soigner les gazaouis.

(Je n'ai pu retrouver le nom de cette journaliste, et j'en suis désolé. Mon nouvel ordinateur, livré en express par le père Noël ne veut pas entendre parler des plugins nécessaires pour réécouter Radio France...)

La nouvelle n'a pas été beaucoup répercutée dans la presse écrite, mais on en trouve des traces sur le ouaibe.

Ainsi, le 15 janvier, Guysen.International.News, qui s'auto définit comme "l'agence de presse francophone d'Israël et du Moyen-Orient", publiait cette brève:

Tsahal va ouvrir un hôpital de campagne à la frontière entre Israël et la Bande de Gaza, afin de transférer et soigner les blessés civils palestiniens. ''Le Hamas fait tout pour empêcher le passage en Israël de blessés palestiniens, car cela va à l'encontre de l'image inhumaine d'Israël que le Hamas tente de donner à l'étranger'' a déclaré l'un des responsables à l'origine de l'initiative.

L'agence Guysen me paraît d'un sérieux inattaquable: quand sur son site j'ai cliqué sur la rubrique Sourires & Clin d'œil, mon navigateur m'a ouvert une page "fatal error".

Une dépêche Associated Press, datée du 18 janvier, confirme l'information et donne des précisions:

Israël a ouvert un hôpital de campagne à la frontière de la Bande de Gaza dimanche pour prendre en charge les malades et blessés du petit territoire palestinien et éventuellement faciliter leur évacuation vers des établissements de l'Etat hébreu, selon les autorités.

Le ministre des Affaires sociales Isaac Hertzog a affirmé que la clinique s'occuperait "d'autant de gens dans le besoin que possible, pour le bien-être des citoyens de la Bande de Gaza".

L'hôpital de campagne est équipé d'un laboratoire, d'une machine de radiographie à rayons X et de cinq chambres individuelles, trois lits supplémentaires se trouvant dans un couloir.

Les équipes médicales palestiniennes estiment qu'au moins 1.2000 habitants de la Bande de Gaza, des civils pour moitié environ, sont morts entre le début de l'offensive militaire israélienne le 27 décembre et le cessez-le-feu de dimanche, et que 5.000 personnes ont été blessées.

D'après d'autres informations, ce colossal hôpital de campagne aurait été ouvert au point de passage d'Erez, au nord de la bande de Gaza.

La journaliste de France Inter ironisait légèrement en soulignant qu'à l'ouverture de ce centre de soins, dans la journée de dimanche, les journalistes internationaux, qui avaient été écartés de la zone des combats, étaient les bienvenus avec micros et caméras...

Si vous avez le malheur de posséder un téléviseur en état de marche, vous pourrez peut-être voir quelques belles images de cet imposant engagement humanitaire de Tsahal.

Mais j'ai l'impression que cette campagne de communication contre "l'image inhumaine" de Tsahal souffre de quelques défauts dus à l'improvisation, si j'en crois ce que révèle Ouest-France dans un article du 17 janvier:

Les Palestiniens blessés soignés en Israël Un communiqué gouvernemental indique, par ailleurs, qu'Israël va autoriser, à partir de dimanche, les Palestiniens blessés durant les trois semaines d'offensive israélienne dans la bande de Gaza à être soignés sur son territoire. "Dans le cadre de l'effort humanitaire coordonné par le gouvernement, un département de soins intensifs ouvrira demain au point de passage d'Erez (nord de la bande de Gaza) pour soigner les habitants de Gaza blessés", a indiqué le ministère des Affaires sociales.

"Selon les accords passés entre le ministre Herzog et la Croix-Rouge, les habitants de Gaza blessés seront transportés dans des hôpitaux du pays en fonction de leur état de santé", annonce le communiqué ministériel. Mais un porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Jérusalem a cependant affirmé que l'organisation n'avait pas été informée d'une telle décision.


Je crains tout de même que Tsahal n'ait quelques difficultés à imposer une image de pureté humanitaire dans l'esprit de certains.

Ne rêvez pas !
Tsahal ne lui a pas donné le nounours...
Mais comme il ne cachait pas d'armes, il a été épargné.

8 commentaires:

Le Charançon Libéré a dit…

"L'agence Guysen me paraît d'un sérieux inattaquable: quand sur son site j'ai cliqué sur la rubrique Sourires & Clin d'œil, mon navigateur m'a ouvert une page 'fatal error'."

:-)

Pour le reste et répéter ce que tu écris, c'est dans la droite ligne des appels téléphoniques pour prévenir des frappes : un gadget pour faire bien devant les caméras.

Guy M. a dit…

L'astuce de comm n'a pas trop pris... on dirait que les observateurs commencent à se lasser.

marie a dit…

quel est le chiffre de personnes tuées donné par les équipes médicales palestiniennes?
vous pouvez l'écrire en lettre pour qu'on ne fasse pas d'erreur de lecture?

bonne soirée

Guy M. a dit…

Le bilan semble être de mille deux cents morts, dont 410 enfants (moins de 18 ans) et 108 femmes.

Il y a aussi plus de cinq mille trois cents blessés.

Ce sera difficile de les caser dans cinq chambres...

medagan a dit…

Prendra-t-on la mesure de l'indécence? Détruire Gaza. Ecraser sa population. Faire régner la terreur. Tuer femmes et enfants. «Les Palestiniens doivent comprendre dans les plus profonds recoins de leur conscience qu'ils sont un peuple défait», disait en 2002 le chef de l'armée israélienne Moshe Yaalon.
Votre blog est parfait
merci

Guy M. a dit…

De rien...

Au fond cet hôpital participe de cette stratégie de la défaite qu'il faut faire ressentir aux Palestiniens: les obliger à aller se faire soigner par ceux qui les ont massacrés...

cyclomal a dit…

L'humiliation continue, mais a t-elle jamais cessé? Elle prend des allures jamais vues avant, amplifiée par une com' qui porte toute l'infection de l'époque, pouah! Comme si il s'agissait de battre des records là aussi...

Un boucher (laissons les faucons tranquille) israélien a craché ces jours derniers que pour négocier la paix il fallait un vaincu, que c'était toujours comme ça: Philosophie encore, coucou AG, BHL et autres pieds nickelés de mort. Estropié c'est encore mieux pour le vaincu, sûrement. On imagine les conditions de la reddition!

La comparaison qui me parait la plus juste, pour les palestiniens, est celle avec les "indiens" du protecteur étasunien: colons sans mère-patrie ni scrupules invoquant le besoin de sécurité face à la barbarie, indigènes niés, spoliés, exterminés, parqués. Tout y est.

Anonyme a dit…

Voir aussi :
De Toulouse à Gaza Les nanotechnologies, ça sert à faire la guerre
http://fm-sciences.org/spip.php?article368
Merci