lundi 26 janvier 2009

La vie en marche

C'est sûrement une bien belle idée de marcher pour la vie, encore que je préfère souvent marcher pour rien, ou juste pour marcher, c'est à dire pour sentir que je suis encore debout et encore vivant.

Ce dimanche, le collectif "Trente ans, ça suffit ! En marche pour la vie", appelait ses adhérents et ses sympathisants à manifester de la Bastille à la République contre l'avortement et l'euthanasie en France et en Europe.

Cette manifestation était autorisée, s'est déroulée sans incidents et s'est dispersée dans la bonne humeur. Elle aurait rassemblé de 15 000 à 20 000 personnes, selon ses organisateurs. La préfecture de police a mollement compté 2 800 personnes. (Selon l'AFP)

La manifestation était soutenue par 10 évêques en activité, et par 6 évêques émérites (je suppose que les émérites, ce sont les trop gâteux pour tenir leur crosse d'évêque).

Elle était aussi soutenue par le MNR, et le Front National.

Les volontaires avaient eu la possibilité de se recueillir la veille au cours d'une soirée de prière (chapelet médité et adoration du Saint-Sacrement) à la Chapelle Notre-Dame du Bon Conseil, dans le très populaire 7ième arrondissement.

Je vous donne tous ces détails pour que vous compreniez bien que ce que l'on appelle "la vie" chez ces gens-là risque d'avoir bien peu de chose à voir avec ce que, vous et moi, nous aimons sous le même nom.

On pporrait les accuser de tromperie sur la marchandise, pour le moins.

Marchez pour la vie, mais ne vous occupez pas de la nôtre...

Les esprits curieux pourront consulter la prose argumentaire (sic) de monsieur Philippe Edmond joliment intitulée L’avortement ne protège pas la berté de choix, il la détruit (resic). Je suppose que c'est le sentiment de l'indécence qu'il y a pour lui à argumenter dans un domaine où la moindre des choses pour un homme de genre masculin est de la fermer qui fait faire à monsieur Philippe Edmond tant de fautes de frappe.

Ceci dit, n'allez pas croire que ces fanatiques m'intéressent tant que cela. A peine m'amusent-ils quand leurs arguties atteignent la hauteur de la pesée des œufs de mouches 'pataphysiques... Mézenfin, ils sont encore vivants, ou du moins se croient tels, et soignent leurs relations avec le pouvoir, comme le souligne cet article de Bakchich.

Faudra le redire souvent...

Mais voyez comme sont dangereuses ces pauvres cloches, avec leurs idées d'un autre monde, nées d'une longue macération dans l'aigreur de l'abstinence ou la culpabilité du recours à de maigres expédients considérés comme fautifs. Leur marche au grand air de Paris vous aura privé(e)s du supplément culture de la semaine (repoussé à lundi, pour une fois).

Je voulais vous dire tout le plaisir que j'avais eu la semaine dernière de trouver, en ce lieu redoutable pour mon honorabilité bancaire qu'est la librairie L'Atelier, rue du Jourdain, un livre de Richard Brautigan, que je n'avais pas encore lu.

Et ça m'a fait comme de recevoir des nouvelles d'un vieux copain qui n'avait de longtemps donné signe de vie...

Le livre s'intitule en français L'avortement, soit en angloaméricain The Abortion: An Historical Romance 1966. Vous pourrez le trouver aux éditions du Seuil, collection Points.

Un jour, peut-être, prendrai-je le temps de vous parler de Richard Brautigan, ce grand bonhomme un peu oublié des lettres américaines, mais que les amateurs se repassent de la main à la main...

Je vous repasse donc L'avortement, qui est une "romance" américaine des années 60 (où l'on allait à Tijuana pour avorter clandestinement): une histoire d'amour très simple et très belle comme en rêvent, et parfois en vivent, les gens très compliqués.

Car Richard Brautigan, comme tous les vieux copains, n'était pas très simple.

En cliquant sur l'image, vous pourrez entendre Richard Brautigan
lire un extrait de sa fameuse Pêche à la truite en Amérique.
Si ça ne marche pas, vous pouvez essayer cette page de La revue des ressources.

13 commentaires:

pièce détachée a dit…

Je n'arrive pas à savoir si les évêques «en marche pour la vie» font partie des intégristes de Saint-Pie-X qui viennent d'être réintégrés par le Vatican de Benoït XVI dans le giron de l'Église (parmi eux, Mgr Williamson qui vient de nier, à la télé suédoise, l'existence des chambres à gaz).

Ça n'aurait rien d'étonnant.

Pour Richard Brautigan, c'est quand tu veux, en grosses tartines. Miam !

Guy M. a dit…

Bonne question...

Les dix évêques en activité qui ont soutenu la marche sont titulaires d'un diocèse, donc ne doivent pas avoir été excommuniés et réintégrés récemment.

Par ailleurs, la présence des intégristes a été bien remarquée dans le cortège.

Peu d'amateurs de Brautigan, en revanche...

JR (abcdetc) a dit…

Oui, on continue les grands esprits.
Aujourd'hui c'est complémentaire en diable!
Pour aujourd'hui j'envisage un sujet sur le travail, demain sur Davos et jeudi je (me) défile parmi 12 millions de mes concitoyens…
Pensées.

Guy M. a dit…

Comme aujourd'hui je travaille, je crois que je vais parler un peu de la cessation dudit travail...

Enfin, je tiens rarement mon programme (déformation professionnelle bien connue...)

Courage!

JBB a dit…

Arrgghhh… Brautigan est un dieu. J'ai adoré La pêche à la truite (j'avais presqu'envie d'égorger de la poiscaille à main nue après ce bouquin), le Général Sudiste, Tokyo-Montana Express ou Un privé à Babylone (par contre, ce que j'ai lu de ses poèmes m'inspirait beaucoup moins). C'est marrant : je ne l'aurais pas vu comme oublié, tant la majeure partie des personnes que je connais lui voue un culte certain. Mais ça reste un panel limité et sans doute peu représentatif.

Guy M. a dit…

Pour moi, il est un peu oublié en ce sens qu'on ne le fait pas nécessairement à sa place dans la littérature américaine... mais ses lecteurs s'en moquent éperdument.

Tu oublies le plusse beau (pour moi): Mémoires sauvés du vent.

Philippe Edmond a dit…

En tant qu'homme, vous devez aussi être aussi un grand spécialiste de l'avortement
Votre témoignage vaut sans doute autant que le mien,
et sans doute moins que celui des femmes qui sont contraintes d'avorter de nos jours ou des enfants à qui on ne demande pas si ils souhaitent avoir le droit de naître ou non.

Guy M. a dit…

Je suis né, et à aucun moment on ne m'a demandé si je souhaitais exercer mon "droit de naître ou non". Je suppose que c'est là une contrainte assez répandue chez les humains.

Je ne revendique aucune expertise en matière d'avortement. Je n'ai apporté aucun témoignage personnel: face à celui de femmes qui ont décidé d'avorter ou de ne pas avorter, il ne vaudrait strictement rien.

Tout ce que je demande, c'est que l'on ne pose aucun obstacle à cette prise de décision des femmes qui, dans leur vie, ont à la prendre librement.

Anonyme a dit…

D'ailleurs ce sont ceux qui sont contre la peine de mort pour les criminels qui le sont pour les bébés par l'avortememnt

JBB a dit…

"ceux qui sont contre la peine de mort pour les criminels qui le sont pour les bébés par l'avortememnt"

Oh, un petit débarquement de trolls… comme c'est mignon…

("Mémoires sauvées du vent", je n'ai pas lu. Et je vais essayer de me le procurer.)

Guy M. a dit…

@ Anonyme,
Merci de sauver du vent cette bonne vieille scie argumentaire...

Mais vous pouviez signer.

@ JBB,
On démarre souvent avec celui-là...

Tu devrais le trouver, il est (heureusement) constamment réimprimé.

Anonyme a dit…

C'est sûr, quand on parle avortement, il faut parler des évêques révisionnistes, de la peine de mort, de l'interdiction papale de la capote, de la couleur de la carte orange, etc...
A mon avis, l'avortement est une parenthèse meurtrière, barbare, dans l'histoire comme l'a été la peine de mort. C'est une question d'évolution sociale, à terme on n'y fera plus appel. Ce que dénonce les "ligue de vertus" c'est l'esprit de la lois qui ne leur parait pas bon car il accorde aux seules femmes le droit de décider de la vie. Point d'égalité, de parité dans cette lois. Le reste (vos commentaires, les manifs) c'est du folklore.

Célestin Cartier

Guy M. a dit…

Alors disons que je suis un grand folkloriste...

Il y a un bout de temps, je faisais partie des "folklos" qui relayaient la méthode "par aspiration".

Un autre élément de mon folklore est de poser que c'est à la femme, dans sa liberté du moment, de décider de sa vie.