mardi 30 septembre 2008

C'est relaxe la justice



En ce temps-là, nous étions jeunes, nous étions beaux (enfin, surtout moi) et nous détestions le sable chaud. Nous parlions couramment le second degré et nous avions pris la sale habitude de dire à toute occasion "J'ai confiance en la justice de mon pays". Et nous faisions suivre cette proposition d'une sorte de ricanement bien niais, ressemblant fort au rire de Stéphane Bern écoutant Didier Porte.

On a le bon vieux temps qu'on peut...

Il va de soi que cette ironie déplacée n'est plus du tout la mienne, tant les décisions de justice récentes ont forcé mon admiration et apaisé toutes mes craintes quant à un traitement inégalitaire des citoyens de notre beau pays.

Sur un bas-relief du portail sud de la cathédrale de Metz,
ce personnage aux yeux bandés, représente la justice.
Les doigts de sa main droite dessinent le nom du Christ.
Photo publiée par Thomas.

Prenons le cas, exemplaire, de Jean Sarkozy, que les journaleux appellent familièrement "le fils cadet" pour faire croire qu'ils connaissent sa famille. Nous avons appris hier soir que le fils cadet avait été relaxé.

Par conséquent, on sait qu'il n'a pas, le 14 octobre 2005, percuté l'arrière de la BMW de M'Hamed Bellouti avec son scooter, place de la Concorde, et qu'il n'a pas pris la fuite en faisant un doigt d'honneur à M'Hamed Bellouti et son passager. On doit aussi admettre que le numéro du scooter relevé par le plaignant était, correspondait bien à celui de Jean Sarkozy par un hasard qu'on ne voit que rarement en plusieurs siècles...

Jean Sarkozy a donc été relaxé des accusations de délit de fuite, défaut de maîtrise de son véhicule, non-respect des distances de sécurité et dégradation légère d'un bien appartenant à autrui.

Alors qu'il réclamait 260 euros, pour prix de son pare-choc abîmé, et 4.000 euros de dommages et intérêts, monsieur Bellouti a été condamné à verser à Jean Sarkozy 2.000 euros pour "procédure abusive".

A ma connaissance, le Parquet n'a pas fait appel de la décision.


Si vous voulez un autre exemple, je vous citerai celui de Rodolphe Juge, dont j'ai parlé il y a quelques mois, ce professeur stagiaire qui, accompagnant ses élèves lors d'une manifestation, avait été accusé d'avoir jeté un caillou sur les forces de police.

Il semble que personne n'ait cru à la version policière des faits, et après un court délibéré, le président du tribunal a prononcé la relaxe.

On remarquera cependant que, en notre beau pays où prévaut la présomption d'innocence, le recteur de l'académie de Créteil a préféré suspendre Rodolphe Juge de ses fonctions (et par conséquent suspendre également le versement de son traitement) et repousser sine die sa titularisation.

Le tribunal n'a pas jugé bon de condamner les plaignants à verser un petit dédommagement à monsieur Juge.

A ma connaissance, le Parquet n'a pas fait appel de cette décision.

Justice selon Paul Biddle

Je sens bien que certains ne sont pas convaicus.

Monsieur Frédéric Lacave, sous-préfet d'Ile-de-France, accusait madame Maria Vuillet de l'avoir traité de "facho" au cours du chahut qui l'avait cueilli un peu à froid, le 22 octobre 2007, à son arrivée à la station Guy Môquet où il devait prononcer une allocution.

L'affaire a été jugée le 4 septembre dernier. Monsieur le sous-préfet Lacave a présenté le témoignage de son chauffeur pour confirmer ses dires. Mais l’avocat de la défense, Maître Thierry Lévy, en produisant une main-courante signée par un officier de police judiciaire présent, a établi que le chauffeur en question n'était pas à côté de monsieur Lacave au moment de l'échange verbal avec madame Vuillet.

Quant au tribunal, que voulez-vous qu'il fît ? Il prononça la relaxe.

Mais monsieur Lacave ne fut pas condamné à dédommager madame Vuillet pour procédure abusive.

Je n'ai pas d'informations sur la suite de la carrière du sous-préfet et sur la manière dont son supérieur hiérarchique entend lui remonter les bretelles (car il me semble qu'il y a là une sorte de tentative de faux témoignage...)

Après tout, le Parquet peut encore peut-être faire appel de la décision...


PS: Les détails des deux dernières affaires sont clairement exposés chez Olivier Bonnet, dans deux billets: billet 1 et billet 2.

La première se trouve partout... mais pour le plaisir, allez en lire les échos sur Le Chasse-clou de D. Hasselmann et sur abcd etc. comme de JR.

lundi 29 septembre 2008

Rumeur d'acharnement

« Qui va parler pour eux ?
Qui se souvient d’eux ?
Qui se souvient de leur visage ?
Moi, je veux me souvenir de leur visage.
Je veux me souvenir d’eux. »


Hamé devant ses juges, 3 juin 2008




Comme tous les vieux papys dont l'audiogramme ressemble au graphique d'un CAC40 en pleine crise financière, je n'écoute qu'assez peu de musique de rap français.

C'est aussi une question d'habitude et de paresse de l'oreille... me dit-on.

Mon peu de goût pour cette musique ne m'empêche pas d'apprécier chez certains groupes qui la pratiquent le peu d'efforts qu'il font pour me plaire... Autrement dit, j'aime beaucoup leur caractère sans concessions et leur merveilleuse absence de putasserie pour prendre leur place dans le chaubise.

Et l'authentique beauté et liberté de leur parole.

Hamé, du groupe La Rumeur

Je trouve très beau et très digne cet article, Insécurité sous la plume d’un barbare, qui a été écrit par Mohamed Bourobka (Hamé, du groupe La Rumeur) et publié en avril 2002, entre les deux tours de l'élection présidentielle et accompagnant la sortie du premier album du groupe, L’ombre sur la mesure.

En voici le début:

Ça y est, les partisans chevronnés du tout sécuritaire sont lâchés. La bride au cou n’est plus et l’air du temps commande aux hommes modernes de prendre le taureau par les couilles. Postés sur leurs pattes arrières, les babines retroussées sur des crocs ruisselant d’écume, les défenseurs de "l’ordre" se disputent à grands coups de mâchoires un mannequin de chiffon affublé d’une casquette Lacoste.

Sociologues et universitaires agrippés aux mamelles du ministère de l’intérieur, juristes ventrus du monde pénal, flics au bord de la crise de nerfs en réclamation de nouveaux droits, conseillers disciplinaires en zone d’éducation prioritaire, experts patentés en violences urbaines, missionnaires parlementaires en barbe blanche, journalistes dociles, reporters et cinéastes de "l’extrême", philosophes amateurs des garden-parties de l’Elysée, idéologues du marché triomphant et autres laquais de la plus-value ; et bien évidemment, la cohorte des responsables politiques candidats au poste de premier illusionniste de France... tous, jour après jour, font tinter en prime-time le même son de cloche braillard :


"Tolérance zéro " !!! "Rétablissement de l’ordre républicain" bafoué "dans ces cités où la police ne va plus".

Ou plus loin:

Les pédagogues du dressage républicain n’auront pas en ce sens la critique fertile. Ils n’esquisseront nulle moue face à la coriace reproduction des inégalités sociales au travers des échelons du système scolaire, ni l’élimination précoce du circuit de l’enseignement de larges franges de jeunes qui ne retiennent de l’école que la violence qui leur a été faite. Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. Il n’y figurera nulle mention de l’éclatement des noyaux familiaux qu’ont provoqué l’arsenal des lois racistes Pandraud-Pasqua-Debré-Chevènement et l’application à plein rendement de la double peine.

Ou encore plus loin:

À l’exacte opposée des manipulations affleure la dure réalité. Et elle a le cuir épais. La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières, d’instruction bâclée, d’expérience carcérale, d’absence d’horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite... c’est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres...


Vous saurez retrouver dans les deux derniers extraits deux passages qui ont amené en juillet 2002 le ministère de l'Intérieur a déposer une plainte pour "diffamation publique envers la police nationale".

En suivant le fil de cette affaire, on peut relever deux ou trois faits:

En 2004, procès au Tribunal de Grande Instance. Verdict, le 17 décembre 2004: Relaxe.

Appel. Procès devant la Cour d'Appel. Verdict, le 11 mai 2006: Relaxe.

Pourvoi en cassation. Le 11 juillet 2007, la cour de cassation annule la décision de relaxe.

En juin 2008, nouveau procès devant la Cour d'Appel. Verdict, le 23 septembre 2008: Relaxe.


On croyait en avoir fini... et Rue89 titrait La Rumeur "gifle le Ministère de l'Intérieur" de Sarkozy (on peut faire plus léger...), tandis que Maître Eolas se contentait de Affaire "La Rumeur", suite (et fin ?) Le chanteur Hamé relaxé.

Non, non, le feuilleton va continuer: le procureur général de la cour d'appel de Versailles a formulé, vendredi, un nouveau pourvoi en cassation... (voir par exemple ici).

Mohamed Bourokba, dit Hamé

J'espère que Mohamed Bourokba n'est pas trop parano, mais à sa place, j'aurais un peu, quand même, sur les bords, la vague impression d'être malgré tout, quelque part, l'objet d'une sorte de manière, en quelque sorte, d'acharnement, voyez-vous ce que je veux dire ?

Comme si quelqu'un m'en voulait...

Mais j'aime pas faire courir des bruits...


PS: Vous pourrez trouver un dossier complet et très intéressant sur les procès de La Rumeur en cliquant à cet endroit. Il s'agit du site de A contresens.

Des récits, des vidéos se trouvent sur le blog des Rageuses, que je ne connaissais pas, et que je vous invite à découvrir: ça le mérite...

Enfin, les polyglottes pourront voir qu'on parle aussi de ce procès dans El Pais et dans l'International Herald Tribune, où j'ai piqué la dernière photo de Mohamed Bourokba.

dimanche 28 septembre 2008

"L'homme a la bite en pointe."



Les psittacidologues, spécialiste des psittacidés, vous diront que la phrase contestable qui sert de titre à ce billet (et dont la présence va, je l'espère, gonfler mes statistiques de quelques égarés gougueulisés) ne saurait être correctement prononcée par "la voix aiguë, nasillarde et comme avinée" d'un perroquet.

A moins que.

A moins que ce perroquet ne se nomme Heidegger et ne soit le personnage chargé par Jean-Marie Blas de Roblès de prononcer l'incipit de son superbe roman "Là où les tigres sont chez eux" (éditions Zulma).

Le lecteur à l'esprit un peu tordu aura reconnu dans la distorsion des mots prononcés par un bec de perroquet, le célèbre vers d'Hölderlin, tant cité par le Heidegger "historique" et tant ressassé depuis: "L'homme habite en poète."

Ce perroquet nourri de graines diverses et de philosophie appartient à Eléazard von Wogau que l'on peut considérer comme le personnage central du roman.

Central mais bien décalé, Eléazard est un Français, correspondant de presse dans le Nordeste brésilien, qui travaille à l'établissement du texte d'une biographie récemment retrouvée du père Athanase Kircher. Eléazard peut être tenu pour un spécialiste de Kircher, ayant jadis commencé, puis jeté aux oubliettes, une thèse sur ce saugrenu révérend père jésuite, curieux personnage de l'âge baroque, qui a prétendu embrasser tous les savoirs de son temps, qui fut astronome, mathématicien, physicien, géologue, archéologue, égyptologue, sinologue, théologien, qui a cru déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens et inventer une langue universelle, mais qui n'a laissé qu'un fatras de curiosités accumulées qui finirent par constituer le Musée Kircher dont les collections furent dispersées au milieu du XIXième siècle.

Le musée à l'époque de Kircher

Les différents chapitres de l'hagio-bio-graphie du père Kircher ponctuent le récit des aventures des nombreux personnages du roman qui suivent leur chemin dans un monde qui ressemble assez à celui où nous vivons. Entre ce texte ancien, un peu pesant et presque caricatural, et les histoires d'Eléazard, de sa future ex-épouse, de sa fille..., s'établissent des correspondances et des liens souterrains sur lesquels Jean-Marie Blas de Roblès se garde bien de s'apesantir, mais que le lecteur s'amuse à repérer...

Homme "sciatérique"
(A. Kircher, Mundus subterraneus, t. II, p. 427)


On pourrait (et on aimerait peut-être) croire que les fils de la fiction vont se tisser au final pour produire l'image rêvée de l'unité baroque, mais l'auteur nous a mené en bateau, un bateau qui ressemble à une arche de Noé (si chère à Athanase) qui aurait sombré, porteuse d'une "humanité incapable d'avoir une vision du monde dans lequel elle vit, sinon qu'elle court à sa perte, faute de repères, de point d'appui. Faute de réalité."

Personne ne se marrie et les enfants continueront de mourir dans les favelas.

Il s'agit bien d'un "dénouement" de la fiction, radical et au sens propre.


PS1: Jean-Marie Blas de Roblès a accompagné son livre d'un très précieux Index iconographique où l'on peut trouver des illustrations des ouvrages de Kircher, des précisions sur le Brésil et des renseignements sur les crus dégustés par les personnages... J'y ai puisé les deux images de ce billet (mais je n'ai pas pu repiquer la musique...)

PS2: Là où les tigres sont chez eux a reçu le prix du Roman Fnac 2008. Ce n'est pas une raison pour l'acheter à la fnac. Il y en a pas mal d'exemplaires tout frais à la librairie de l'Atelier, 2bis rue du Jourdain, métro Jourdain.

PS3: JM BdR sera l'invité de Tout arrive sur France-Culture, le 29/09. C'est bientôt... et vers midi, il me semble.

PS4: JM BdR sera aussi l'invité des coups de cœur de la rentrée littéraire d'Atout Livre, vendredi 10 octobre 2008, à 19h30, 203 bis avenue Daumesnil à Paris 12ième.

PS5: Inutile de préciser que j'ai placé ce livre dans la liste des "livres que je relirai sûrement"... (c'est une sorte de liste Goncourt intemporelle bien à moi).

samedi 27 septembre 2008

Des ponts... pas des murs...

La France et l’immigration choisie (3’20) par Stephane Hessel, diplomate, ambassadeur et ancien résistant français. Né allemand, il obtient la nationalité française en 1937. Il participa notamment à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.



Pendant que vous essayez de vous rassurer sur la crise financière en trouvant à votre banquier un air bien dégagé au dessus des oreilles, alors qu'il n'a qu'un air de banquier très banal, c'est à dire un peu faux cul du côté des rouflaquettes, les politiques d'immigration continuent à banaliser l'expulsion des humains et le saccage de leurs vies.

C'est pourquoi je copicolle ici cet appel déjà signé, au 26 septembre, par 272 organisations.

Accéder au site internet en cliquant sur l'image

Appel à la mobilisation

La France a fait du thème des migrations l’une des priorités de la présidence française de l’Union européenne du second semestre 2008.

Les 13 et 14 octobre, le conseil des ministres de l’Union européenne se réunit à Paris pour adopter un « pacte européen sur l’immigration et l’asile ». Par ailleurs, après une première réunion à Rabat en 2006, la deuxième conférence interministérielle euro-africaine en matière de migration et développement se déroulera à Paris les 20 et 21 octobre 2008.

La France entend proposer à ses homologues européens l’adoption d’accords de « gestion concertée des flux migratoires et de co-développement » comme modèle de négociation par lesquels d’une part, elle fait la promotion d’une immigration choisie, d’autre part, elle demande aux pays du Sud de réadmettre leurs ressortissants et ceux des pays tiers ayant transité sur leur territoire.

Préoccupés par le caractère essentiellement sécuritaire du traitement des flux migratoires, entraînant des milliers de morts, et par les choix économiques mis en oeuvre qui maintiennent le continent africain en marge du développement, les organisations signataires font appel à la mobilisation pour faire entendre la voix des sociétés civiles européennes et africaines.

Il est grand temps que la question des migrations et du développement soit réellement pensée sous l’angle des intérêts mutuels : ceux des pays d’origine, des pays de transit, des pays d’accueil et surtout, ceux des migrants eux-mêmes.

Nous voulons une autre Europe que celle qui se transforme en forteresse et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l’accès à son territoire et expulser les sans-papiers. Nous refusons la systématisation des centres de détention et de l’éloignement forcé.

Dans la continuité de la première conférence non gouvernementale euro-africaine « migration, liberté de circulation et droits fondamentaux »,

Les 17 et 18 octobre nous appelons à une mobilisation de grande ampleur à Paris, pour une autre conception de l’immigration et un autre rapport entre l’Union européenne, l’Afrique et le reste du monde. Nous tiendrons la deuxième conférence non gouvernementale euro-africaine, une grande manifestation pour une autre politique européenne et un concert géant.

Cliquez sur l'image pour accéder au programme du 17 octobre

Pour vous inscrire à la journée du vendredi 17, vous pouvez utiliser ce lien .

Vous n'avez pas besoin de mes conseils pour obtenir votre journée auprès de votre patron...

Quant au samedi 18, il n'est pas nécessaire de s'inscrire, mais il est indispensable d'y être.

Samedi 18 octobre à Paris :

Marche festive autour du slogan « Des ponts, pas des murs » : départ Place de la Bastille à 13h30

et grand concert gratuit en présence de nombreux artistes : Place de la République, de 16h à 22h

La programmation du concert sera dévoilée fin septembre.


D'autres informations (à lire, à écouter* ou à télécharger), sur lesquels je reviendrai sûrement, sont sur le site de la conférence (lequel site est cours d'évolution, alors soyez patient(e)s et futé(e)s...)

* comme l'intervention de S. Hessel, placée en exergue de ce billet.

vendredi 26 septembre 2008

Oui ou non au référendum



C'était une grande femme un peu osseuse, au visage peu souriant taillé au burin, avec une énorme sacoche de cuir épais qui semblait peser des tonnes. Sur sa mobylette elle parcourait les petites routes de ce plateau d'une platitude de plat pays où je suis né, pour y distribuer le courrier. On l'appelait la "factrice" et je ne lui ai jamais connu d'autre nom, ni de prénom.

Par elle me parvenaient les magazines auxquels j'étais abonné, les albums où je pouvais ranger les images du chocolat Suchard ou les timbres du chocolat Cémoi... Et pendant un été (entre la sixième et la cinquième), elle me transmit fidèlement les missives de ma correspondante anglaise, Pamela, championne de natation dont la précocité, quasiment palpable sur le portrait en buste qu'elle m'envoya, accompagna fantasmatiquement les préludes de mon adolescence.

On comprendra, à cette évocation, mon attachement très sentimental au service public de la Poste.

Autre évocation sentimentale.

D'autres raisons, moins sérieuses, m'amènent à penser, comme beaucoup de mes concitoyens, que "l'ouverture du capital" de la poste ressemble fort à un coup fourré menant à une privatisation.

Je ne suis pas encore guéri, malgré les récents brillants développements dans le domaine de la finance, de cette incoercible méfiance que je ressens devant tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une adaptation aux règles économiques de l'idéologie libérale... Et je crois qu'il me faudrait encore une cinquantaine d'année de pédagogie sarkoziste pour m'en sortir.



Bernard Thibault manifeste le 23 septembre dernier
contre l'ouverture du capital de la Poste.
(AFP PHOTO JACQUES DEMARTHON)


Bernard Thibault, lui non plus, n'est pas tout à fait guéri. Il vient de faire "sa rentrée" au Zénith (très occupé ces jours-ci), et on peut en lire un petit compte-rendu dans LeFigaro.fr, sous ce titre décoiffant: Thibault fustige la politique de Sarkozy.

"Devant 4 000 de ses «camarades» surexcités" (dixit Marc Landré, signataire de l'articulet), il serait allé "jusqu'à transformer le célèbre «travailler plus pour gagner plus» du candidat Sarkozy en «pour gagner plus, il faut lutter plus»".

Sur la fin, nous pouvons lire:

Au plan national, il entend également «livrer bataille» sur plusieurs fronts. Celui du pouvoir d'achat en proposant «de porter immédiatement le smic à 1 600 euros par mois», sans préciser en net ou en brut, et en réclamant une nouvelle fois «une augmentation des salaires». Celui contre l'ouverture de capital de La Poste, sujet sur lequel il réclame «un vaste débat public qui pourrait se conclure par un référendum».

Chouette! Un référendum!

Cette idée de référendum sur l'avenir de la Poste semble titiller beaucoup de monde... J'ai même entendu Ségolène Royal en parler ce matin avec Nicolas Demorand...

Il est vrai qu'au vu du sondage CSA* publié par l'Humanité mardi dernier, cela semble dans la poche.

Oui, mais...

J'ai l'impression qu'autour de cette idée, on discute tellement que bientôt il va falloir pétitionner pour organiser un référendum dont la question sera "Faut-il envisager de faire une pétition pour demander un référendum sur l'avenir de la Poste ?"

On a été tous bien élevés, comme en mon village relié au monde par une inamovible factrice, où les vieux se penchaient, sourcil froncé, sur les mouflets contestataires pour leur dire: "c'est pas beau de dire non..."

Art postal par C. Gasarian


* Les résultats sont ainsi résumés par l'AFP:

Six Français sur dix disent ne pas être favorables à un changement de statut de La Poste, selon un sondage CSA publié par l'Humanité mardi, jour d'une grève des postiers à l'appel de cinq syndicats contre la transformation de l'entreprise publique en société anonyme dès 2010.

Selon cette enquête, 61% des personnes interrogées se déclarent "pas favorable" au changement de statut (21% plutôt pas et 40% pas du tout). A l'inverse, 29% y sont "favorables" (21% plutôt et 8% tout à fait). 10% ne se prononcent pas.

(...)

Enfin, si un référendum était organisé sur le statut de la Poste, 61% des personnes qui se prononceraient, voteraient "non" contre 39% qui voteraient "oui". Mais 53% des personnes interrogées s'abstiendraient ou voteraient blanc ou nul.

Ce sondage a été réalisé par téléphone les 17 et 18 septembre auprès d'un échantillon représentatif de 853 personnes âgées de 18 ans et plus constitué d'après la méthode des quotas.

jeudi 25 septembre 2008

Billet inactuel



A vivre dans un pays où un honorable éditeur croit faire événement en annonçant un livre de dialogues entre un pitre et un histrion, on aurait tendance à oublier qu'assez loin de ces claouneries mercantiles existent d'authentiques philosophes qui travaillent, écrivent, parlent, enseignent et dialoguent.

L'italien Giorgio Agamben fait partie de ces gens-là.

Son œuvre est d'une exigence philosophique qui me dépasse de beaucoup (que voulez-vous, j'entends très mal l'heideggerien qu'Agamben parle en virtuose...), mais je me soigne en la lisant (et surtout en la relisant).

Parmi les raisons qui expliquent mes efforts désespérés, je citerai la certitude qu'a quelque intérêt la pensée d'un homme qui, en renonçant à ses cours aux Etats-Unis, a écrit:

Les journaux ne laissent aucun doute: qui voudra désormais se rendre aux Etats-Unis avec un visa sera fiché et devra laisser ses empreintes digitales en entrant dans le pays. Personnellement, je n’ai aucune intention de me soumettre à de telles procédures, et c’est pourquoi j’ai annulé sans attendre le cours que je devais faire en mars à l’université de New-York.

(...)

Le tatouage biopolitique que nous imposent maintenant les Etats-Unis pour pénétrer sur leur territoire pourrait bien être le signe avant-coureur de ce que l’on nous demanderait plus tard d’accepter comme l’inscription normale de l’identité du bon citoyen dans les mécanismes et les engrenages de l’Etat.

C’est pourquoi il faut s’y opposer.


(On peut trouver le texte complet en ligne à cette adresse.)

Paradigme de tatouage biopolitique.

Vient de paraître un tout petit livre de Giorgio Agamben, intitulé Qu'est-ce que le contemporain ? (traduit par Maxime Rovere, Rivages poche)

Cette trentaine de pages reprend l'ouverture d'un séminaire tenu en 2005-2006 à l'université IUAV de Venise, où il enseigne.

Si monsieur Payot-Rivages-Poche m'en veut d'en citer des passages, il n'a qu'à publier du Bernard-Henri Lévy croisé avec Michel Houellebecq, il sera tranquille...

Incipit:

La question que je voudrais inscrire au seuil de ce séminaire est la suivante: « De qui et de quoi sommes-nous les contemporains? Et avant tout, qu'est-ce cela signifie, être contemporains? »

Première indication, faisant allusions aux Considérations inactuelles de Nietzsche:

Nietzsche situe par là sa prétention à l' « actualité », sa « contemporanéité » vis-à-vis du présent, dans une certaine disconvenance, un certain déphasage. Celui qui appartient véritablement à son époque, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n'adhère à ses prétentions, et se définit, en ce sens, comme inactuel; mais précisément par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir et à saisir son temps.

(...)


La contemporanéité est donc une singulière relation avec son propre temps, auquel on adhère tout en prenant ses distances; elle est très précisément la relation au temps qui adhère à lui par le déphasage et l'anachronisme.


Après avoir cité et commenté Le siècle, poème d'Ossip Mandelstam (également cher à Alain Badiou):

Le poète – le contemporain – doit fixer le regard sur son temps. Mais que voit-il, celui qui voit son temps, le sourire fou de son siècle? Je voudrais maintenant proposer une seconde définition de la contemporanéité: le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumières, mais l'obscurité. Tous les temps sont obscurs pour ceux qui en éprouvent la contemporanéité. Le contemporain est donc celui qui sait voir cette obscurité, qui est en mesure d'écrire en trempant la plume dans les ténèbres du présent.

Selon les neuro-physiologistes, la perception de l'obscurité est le résultat de l'activité de cellules particulières de la rétine, les off-cells:

(...) Cela signifie, pour rejoindre maintenant notre thèse sur l'obscurité de la contemporanéité, que percevoir cette obscurité n'est pas une forme d'inertie ou de passivité: cela suppose une activité et une capacité particulières, (...)

(...)

(...) Avec ceci, nous n'avons pas encore tout à fait répondu à notre question. Pourquoi le fait de réussir à percevoir les ténèbres qui émanent de l'époque devrait-il nous intéresser? L'obscurité serait-elle autre chose qu'une expérience anonyme et par définition impénétrable, quelque chose qui n'est pas dirigé vers nous et qui, par là même, ne nous regarde pas? Au contraire, le contemporain est celui qui perçoit l'obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde (...). Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps.

Giorgio Agamben

C'est cette dernière phrase, vers laquelle conduisent les citations que j'ai choisies, que vous trouverez en quatrième de couverture de ce petit livre.

Vous pouvez l'avaler en entier debout dans une librairie de grande distribution.

Ce serait pourtant dommage de ne pas le déguster.

PS: De Giorgio Agamben, les éditions du Seuil viennent de faire paraître Le règne et la Gloire, Homo Sacer, II, 2, sous-titré Pour une généalogie théologique de l'économie et du gouvernement.

mercredi 24 septembre 2008

Romances contemporaines

Jean est un jeune homme de 22 ans. Il vient d'épouser Jessica.

«C'était très touchant», raconte une amie de Jessica, qui la connaît «depuis l'âge de 8 ans». Et de poursuivre: «Jessica a versé une petite larme, Jean était lui aussi très ému».

Le père de Jean a adressé au couple un message «très émouvant», selon une camarade de classe de Jessica. «Il a dit qu'il était très content que Jessica fasse partie de la famille. Il a également expliqué que c'était une femme très courageuse. Et que ce n'était pas parce qu'elle ne parlait pas beaucoup qu'elle n'en faisait pas moins.»

A la question de savoir où va se dérouler la suite des festivités, plusieurs invités indiquent que la soirée aura lieu dans les Yvelines. Mais globalement, ils se montrent très discrets, comme s'ils avaient reçu des consignes.

(d'après un compte -rendu de Valérie Zoydo pour 20minutes.fr)


Karim est un jeune homme de 22 ans. Il devait épouser Hélène le 20 septembre.

Son histoire n'a pas touché grand monde chez les pipoles. On l'a sorti du centre de rétention administrative du Mesnil Amelot, au matin du 21, pour le placer dans un avion partant pour Tunis. Je suppose que Karim a été « ému »...

Quant aux larmes d'Hélène, seuls ses amis proches peuvent en parler.

J'imagine qu'Hélène est une jeune femme courageuse et que, si elle ne parle pas beaucoup, c'est qu'elle est au bord de quelque chose de noir.

Mais je souhaite qu'un jour, pas trop lointain, Hélène et Karim seront à nouveau ensemble et pourront décider de leur vie.

Pour leurs amis*, ce jour-là sera le jour d'une fête secrète.


* Ils ne manquent pas d'amis... et vous pouvez les rejoindre en signant la pétition.

mardi 23 septembre 2008

Silence



Le Charançon libéré, qui n'a pas ses antennes dans sa poche, nous apprenait hier que la Fondation Elie Wiesel allait attribuer à monsieur Nicolas Sarkozy "The Humanitarian Award" qui récompense "des êtres exceptionnels qui ont consacré leur vie à combattre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice".

Soit.

Rigolons pas!
Quoique...

Je ne doute pas que si l'on demandait à cet éminent spécialiste, désormais reconnu, son avis sur les activités de la Cimade, sa réponse soulignerait le côté "remarquable" de cette action...

Mais, ajouterait sans doute ce grand humaniste, il faut reconnaitre que la Cimade ne peut être partout et tout faire, car la mise en place de notre politique de gestion humanitaire des flux migratoires entraine une grandiose extension des besoins dans les centres de rétention administrative. Il motiverait ainsi la nécessité d'ouvrir l'offre à d'autres associations ou d'autres "personnes morales" ( comme par exemple des cabinets d’avocats) pour remplir cette "mission d'information, en vue de l'exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative".

Mission que, jusque là, la Cimade assurait de manière "remarquable".

Conclurait-il.

Mais surtout n'attendez pas qu'il dise qu'on peut trouver en haut lieu la Cimade un peu trop "bavarde" et écoutée, et qu'on profitera de cet appel d'offre pour exiger des associations et des "personnes morales" admises dans les CRA plus de neutralité et de confidentialité...

Beaucoup plus.

Au point qu'il ne restera plus qu'à se taire.

Invité par Nicolas Demorand dans son émission du 8 septembre 2008, le cauchemardesque Brice Hortefeux, qui s'occupe bien sûr de ce dossier, s'est vu demander: "les associations n’auront plus le droit de faire des rapports du type de celui de la Cimade ?" Il a répondu: "ça, on le verra dans l’attribution."

Pour l'instant, cette réduction au silence d'associations dont le témoignage est précieux n'a pas fait grand bruit dans les médias...



Note:

Vous pouvez consulter un article de Rue89, par Caroline Fleuriot, étudiante en journalisme, paru le 21/09/2008.

Et vous reporter aux communiqués de la Cimade, du GISTI et de RESF.

lundi 22 septembre 2008

Pour Hélène et Abdelkarim

Au nord, les nuages sont si hauts que le ciel est d'un gris presque bleu.

On se réveille ni plus ni moins guilleret que d'habitude.

On lit ceci:

La mobilisation n’aura malheureusement pas suffit cette fois-ci : Abdelkarim a été tiré de son lit très, très tôt ce matin (5h30), et est parti par le vol AF1984 ( !!) de 8h40 pour Tunis.
Je laisse Olivier vous relater la suite…

Deux choses sont sûres. La première, c’est que l’ignominie s’est encore élevée d’un cran ces derniers temps (le cas d’Abdelkarim n’est malheureusement pas unique, vous devez bien vous en douter). La deuxième : ON CONTINUE ! (*)

Alors on pense à ces deux gamins qui se réinventaient dans la nuit les "galaxies de l'amour instantané"...

Et l'on se sent soudain "comme un cheval fourbu".

Il y a ces mots, auxquels on se raccroche, à contre sens parfois, ces mots du vieux Ferré, qui savait si bien les balancer. Comme des pavés.

Mais on est vide. On se sent vieux et lourd...

On voudrait trouver des mots comme il les trouvait, le vieux Léo, non pas des mots qui geignent et qui pleurnichent, mais des mots qui serrent les poings, des mots qui hurlent la rage, des mots qui gueulent à la gueule des chiens.

A la gueule des chiens.

Car aujourd'hui, c'est sûr, on vit dans un monde de chiens.


**********************

Note:

(*) Commentaire de Dorémi (que je salue), à la suite du billet d'Olivier Bonnet sur l'expulsion imminente d'Abdelkarim.

Abdelkarim a été expulsé le 21 septembre au matin, alors qu'il aurait dû se marier avec Hélène le 20 septembre.

Voici un résumé de sa situation:

Abdelkarim est entré régulièrement en France le 11/08/2001 à l’âge de 15 ans pour rejoindre son père, et poursuivre sa scolarité, muni d’un visa.

Son père Saïd Ben Yahia BEL HADJ, né le 3/11/1951, est entré en France en février 1973 (il y a 35 ans !), Carte de Résident n° 750019405, valable jusqu'en 2016.
Il a à Paris de nombreux oncles et cousins avec carte de séjour ou français, qui ont parfois fait toute leur vie en France.
Son père avait formulé une demande de regroupement familial sur place en 2002 pour Abdelkarim mais cette demande a été refusée le 8/09/2003.
En 2004, dès sa majorité, Abdelkarim a fait une demande de titre étudiant auprès de la PP mais n’a pas eu de réponse.
Récemment, il s’est présenté à la PP (Cité) pour une nouvelle demande au titre de la vie privée et familiale, on lui a dit de prendre un RV au CRE de Truffaut où sa demande n’a pas été enregistrée car il lui manquait le refus de la demande de regroupement familial sur place et des actes de naissances récents . Il attendait d’avoir reçu les actes de naissance pour y retourner : il les a maintenant, mais quelques jours après, il était interpellé.

Comme en attestent toutes ces démarches, il a toujours eu pour volonté de régulariser sa situation.

Il y a 18 mois, il a rencontré une jeune femme française, Hélène, infirmière.
Depuis qu’elle a eu une mutation à l’hôpital de Monfort l’Amaury, en gériâtrie, ils vivent ensemble dans son logement de fonction.
Ils ont le projet de se marier, Abdelkarim en a fait la demande le 8 août 2008 au service de l’état civil de l’Hôtel de Ville de Montfort l’Amaury (qui en a gardé trace). On leur a remis le guide pratique du mariage et ils attendaient des extraits de naissance de Tunisie (arrivés depuis) pour constituer le dossier du mariage (annoncé à leurs amis le 20 septembre).

Son parcours scolaire est exemplaire, comme en témoignent plusieurs enseignants et personnels vie scolaire qui avaient gardé le contact avec lui, et qui le soutiennent activement.
Depuis son arrivée en France, il a été scolarisé :

- en 3è au collège César Franck (2°)

- 2 ans en BEP "comptabilité"au lycée professionnel Théophile Gautier (12°) – obtention du BEP

- en 1è et terminale pro en comptabilité au lycée François Truffaut, il a obtenu un certificat d’études secondaires pour pouvoir s’inscrire en BTS "DPECF" (comptabilité).

- 2006-2007 1è année de BTS en alternance effectué dans une agence immobilière qui est prête à l’employer en CDI une fois ses études terminées. Il a une promesse d’embauche de cette agence.

- 2007-2008 n’a pas pu finir la 2è année en raison de sa situation administrative (impossibilité de faire le stage demandé sans permis de séjour – il peut poursuivre son BTS s’il est régularisé.)

(Extrait de la pétition de RESF datée du 30/08/08)

On peut toujours signer la pétition en ligne: allez voir à cette adresse.

dimanche 21 septembre 2008

Des vies à l'ombre des murs



Nous savons bien que c'est à l'ombre des murs des prisons que s'épanouissent, dans notre société, les figures les plus nettement dessinées de l'intolérable, mais nous oublions trop souvent que l'ombre s'étend de chaque côté de ces murs et vient recouvrir aussi les proches des personnes détenues.

Je crois bien que la majorité des braves gens qui ont attrapé dès le berceau la bonne conscience s'accommode fort bien de voir "ces gens-là" raser les murs de la prison pour rejoindre le parloir... Mais je ne partage que rarement l'opinion des braves gens, et je me réjouis d'apprendre la naissance d'une association, l'ARPPI, dont voici le premier communiqué (trouvé sur l'En-dehors):

Association pour le respect des proches de personnes incarcérées

Notre association est née à l'initiative de quelques proches de personnes détenues.

Nous en avons assez des humiliations quotidiennes de l'Administration pénitentiaire lors des parloirs, lors des prises de rendez-vous, des attentes interminables au téléphone qu'elle nous impose, des menaces, des parloirs insalubres, des insultes, des brimades en tout genre, mais aussi du système judiciaire qui n'est qu'une machine à broyer.

Nous en avons aussi assez d'un système qui nous isole les uns des autres, nous cloisonne, nous dissocie et surtout nous désolidarise.

Nous avons décidé de faire respecter nos droits, notre dignité en nous soutenant moralement et juridiquement, mais aussi en luttant tous ensemble contre l'offensive sécuritaire : transferts abusifs, omerta carcérale, condamnation de familles entières, rétention de sûreté, allongement des peines, difficultés d'obtenir des permissions de sorties ou des libérations conditionnelles, etc.

Nous appelons à cette assemblée générale afin de se rencontrer, de discuter et de s'organiser.

Les regroupements, les associations, la camaraderie, sur les terres de la solidarité pourraient voir fleurir des révoltes devant toutes les prisons de France et les libertés germer, pousser sur le terreau de la fraternité. Pour cela, refusons la fatalité carcérale !

Cette assemblée générale aura lieu le jeudi 16 octobre à 19 heures, au CICP, 21ter rue Voltaire, dans le onzième arrondissement de Paris, au métro Rue des Boulets.

L'ARPPI possède un site internet, où vous pourrez trouver des compléments et des témoignages.

Porte de prison, selon Lego (boite 7744)

Des témoignages, Gwénola Ricordeau (dont j'ai déjà parlé ici) a dû en recueillir et transcrire et analyser une centaine pour son travail de thésarde en sociologie. Ce travail s'est achevé avec succès par la soutenance de sa thèse de doctorat, intitulée "Les relations familiales à l'épreuve de l'incarcération. Solidarités et sentiments à l'ombre des murs", en 2005, à l'Université de le Sorbonne Paris IV.

De cette thèse, elle a tiré un livre, intitulé "Les détenus et leurs proches. Solidarités et sentiments à l'ombre des murs", qui est paru en avril aux éditions Autrement. Je ne sais pas trop ce qu'elle a élagué dans l'appareil un peu lourdingue d'un travail universitaire, mais elle propose là un livre très accessible à monsieur et madame Toutunchacun.

Et dont la lecture pourra leur faire beaucoup de bien.


On examine d'abord par quels moyens peuvent être maintenus les contacts entre les détenus et leurs proches: visites (un chapitre est consacré au parloir), courrier, téléphones, colis... Les contraintes qui pèsent sur ces médias ne sont pas éludés. On apprend, par exemple que les visiteurs passent en général moins de temps avec le détenu qu'en contrôles et fouilles exigés par l'administration pénitentiaire... Les chapitres suivants étudient comment se distendent les liens, s'érodent les sentiments, comment se créent d'autre liens, apparaissent d'autres solidarités. Un chapitre est consacré à poser clairement le problème de la sexualité en prison. Enfin vient la question de "l'après".

Parloir à la maison d’arrêt de Metz de femmes en 1990
1990 © Jane Evelyn Atwood

La force du livre de Gwénola Ricordeau réside peut-être dans ce que l'on pourrait le plus critiquer: l'implication personnelle de l'auteure, à la fois chercheuse en sociologie et militante proche d'amis détenus.

La sociologue dresse un constat, distancié, étayé de nombreuses citations d'entretiens et de renvois à d'autres études, mais elle ne joue pas le jeu (ou la comédie) illusoire de l'objectivité "scientifique". Comme on disait dans ma jeunesse: elle dit d'où elle parle.

Et ce n'est pas moi qui vais lui reprocher.


PS: J'ai lu ce livre vers la fin juin, mais en ai relu des passages un mois plus tard, en ayant en tête cette question: Face à l'épreuve de la prison qui entame leur vie, comment font certains pour rester fidèles à eux-mêmes ?

Je me demande si, au fond, ce n'est pas cette fidélité à soi, assumée, qui me touche le plus dans l'entreprise de Gwénola Ricordeau.

samedi 20 septembre 2008

CQFD: Ce qu'il faut défendre




Le 17 juillet, je vous disais que les ami(e)s de CQFD m'avaient expédié une lettre me menaçant de m'envoyer un authentique pavé de Mai 68, made in China, dans la gueule (je cite), si je ne me réabonnais pas.

Or j'ai totalement oublié de leur faire parvenir mon chèque d'abonnement et de soutien. D'habitude, je paye le montant de deux abonnements et ils en servent un à mon adresse et l'autre, ils le mangent, le boivent ou l'envoient à qui ils veulent, je leur fais confiance...

Malgré leurs menaces, je n'ai pas reçu de pavé dans la tronche ce matin, mais le numéro 59 de septembre 2008, avec un rappel du genre: sûrement un simple oubli.

Sont sympas, à CQFD. Et pas violents, voyez.

Et en plus d'être sympas, ils ont le talent et la gniaque. Tout ce qu'il faut pour faire un vrai journal de critique sociale réellement indépendant.

C'est pour cela qu'il faut les défendre.

Et cela devient urgent, voici ce qu'on trouve en dernière page, et sur leur site:

L’ABONNEMENT OU L’ABANDON

Après cinq ans de critique sociale acharnée, les joyeux galériens de CQFD ont atteint les limites de l’abnégation. Maintenant, faut du pognon ! Sans banque ni pub, une seule solution : 2 000 abonnés supplémentaires.

FLÛTE, Y A PLUS DE BIÈRE… Fin août, nous débarquons dans les locaux du journal la tête pleine du souvenir du sable qui nous chatouille encore les arpions, nous ouvrons le frigo et… y a plus de bière. À peine un fragment de fromage fossilisé datant, à vue de nez, du bouclage de juillet. C’est la rentrée, il faut aller fissa au ravitaillement et p’têt’ bien racheter un frigo propre. Nous jetons un oeil sur le courrier accumulé : quelques réabonnements, des factures, un relevé de compte… Nous ouvrons la missive de La Poste d’un air faussement détaché pour découvrir, horreur, que le chiffre en bas à droite est presque aussi sec que nos gosiers !

C’est la mousse qui fait déborder le vase. Dans ce foutu canard, nous n’avons pas un seul vrai salarié, la cheville ouvrière empoche à peine quelques cacahuètes occasionnelles, nous nous usons sur des écrans aussi efficaces qu’une séance d’UV pour te griller les mirettes, nous peignons des cages d’escalier pour épargner nos finances, les dessinateurs gribouillent pour la gloire, les rédacteurs collectionnent les queues de cerise, et y a pas un kopeck pour acheter un pack !

CQFD, nous le tenons à bout de bras – et de foie – depuis plus de cinq ans. Onze mois par an à faire vivre ce journal avec les moyens du bord, soit un peu de votre oseille et beaucoup de notre huile de coude. Comme dit le Méhu à chaque fois qu’il se radine pour siroter un canon en nous regardant trimer : « J’ai jamais vu des chômeurs bosser autant ! » Seulement voilà… Depuis quelques mois, quand l’un d’entre nous évoque un éventuel sabordage, plus personne ne répond: « Arrête tes conneries ! Passe-moi plutôt l’clacos pour finir mon godet… »

Pourtant, les raisons qui nous ont poussés à créer CQFD sont toujours d’actualité. En 2003, les bandits au pouvoir n’étaient pas vraiment complexés et leurs opposants les plus en vue aussi exaltants que des endives pataugeant dans la béchamel. Cinq ans plus tard, il est vital de continuer à se serrer les coudes. Notre chien rouge désire rester une erreur dans leur système comptable, à ronger le trognon de la droite bling-bling comme de la gauche en toc, gronder au mollet des fanatiques du boulot et des hallucinés de la négociation bidon, sans oublier de courser la bave aux lèvres les faux impertinents et les rebelles de plateaux télé… Mais plus dans les mêmes conditions.

Vous êtes cinq mille à acheter CQFD, dont deux mille abonnés. Nous savons pertinemment que vous ne rechignez pas à gonfler vos chèques de quelques euros de soutien. Nous savons aussi qu’autocollants et affiches ornent les murs de vos contrées. Nous vous remercions chaleureusement de votre complicité, sans laquelle nous n’aurions pu tenir.

Mais si vous souhaitez que l’aventure mensuelle se poursuive, il est impératif que vous soyez deux fois plus nombreux à acheter ce canard. Nous devons engranger de toute urgence deux mille abonnés supplémentaires. Attention, il ne s’agit pas de convertir les ventes en kiosque en abonnement, mais bien de dégoter deux mille nouveaux lecteurs d’ici novembre. Alors débrouillez-vous, cessez de faire circuler votre CQFD, usez de persuasion, de vos charmes, de menaces,mais obligez vos mémés, voisines, amis et ennemis à glisser une piécette dans la gamelle du clebs rouge.

Il a soif.

L’équipe de CQFD

Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008.


PS: Ne croyez pas que je radote, je sais bien que j'ai déjà mis un mot là-dessus mercredi dernier. Aujourd'hui, c'est la deuxième couche.

Vous pouvez aussi visiter Sébastien Fontenelle, Olivier Bonnet, Porteporte , Lucide et JR... qui relaient l'appel de CQFD.


vendredi 19 septembre 2008

Vilains canards à la Tour d'Argent




Nous voilà rassurés, les vilains canards non numérotés, car sans papiers, qui se prélassaient avec leurs soutiens cégétistes dans les salons de la Tour d'Argent, ont été évacués hier matin.

Le point de départ de cette affaire est ainsi résumé dans LeMonde.fr:

Cinq mois après le lancement de leur mouvement, les travailleurs sans papiers continuent de se faire entendre. Mercredi 17 septembre, à 10 heures, une trentaine d'entre eux ont investi le prestigieux restaurant parisien de La Tour d'argent pour soutenir la demande de régularisation de leurs cinq camarades qui y sont salariés. (...) Avec cette nouvelle opération touchant un lieu de prestige, la CGT veut lancer un avertissement contre les "tergiversations du gouvernement et du patronat". "Le gouvernement refuse toujours d'établir des critères clairs. D'une préfecture à une autre, on continue d'avoir un traitement différent des dossiers de salariés d'une même entreprise", constate Raymond Chauveau, secrétaire général de l'Union locale CGT de Massy, à l'origine du mouvement. Se pose ainsi la question des intérimaires. "Nombreux sont ceux qui, sous ce statut, travaillent de façon quasi permanente pour la même entreprise, et ce parfois depuis plusieurs années", insiste le syndicaliste. (signé Laetitia Van Eeckhout)

De cette occupation, LeMonde a tiré un portfolio dont je tire cette image de Bertrand Guay (AFP):


D'après FranceSoir.fr:

André, le fils du regretté Claude Terrail, « le seigneur de la tour », nous a précisé que cette occupation s’est déroulée sans dégradation, dans le calme. Le sitting qui se poursuivait dans l’après-midi est resté limité au hall d’entrée du restaurant, les clients pouvant rejoindre la salle à manger située au dernier étage de la tour avec sa vue imprenable sur celles de Notre-Dame. Comme d’habitude, le service s’est parfaitement déroulé. Surpris et amusés de nombreux touristes ont pensé qu’il s’agissait d’une mise en scène cinématographique et après leur avoir fourni des explications, ils ont trouvés cette situation typiquement française. En fin de journée le service du dîner semblait devoir se dérouler normalement. Les responsables de la CGT n’ont cependant pas précisé combien bien de temps ils allaient occuper ce temple prestigieux de la gastronomie française mondialement reconnu et apprécié.

Les touristes ont bien fait d'en profiter au soir du 17, car au matin du 18 on apprenait que la direction avait fait expulser les occupants. Selon 20minutes.fr (avec agence):

«Les sept salariés grévistes ont été expulsés manu militari par la direction entre 08h et 09h du local qu'ils occupaient à l'intérieur du restaurant», a déclaré à l'AFP Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, qui coordonne un mouvement de grève de salariés sans papiers en Ile-de-France. «Des coups ont été portés à certains salariés», a-t-elle ajouté. Selon une source proche du dossier, un employé du restaurant ayant participé à l'évacuation a déposé une plainte pour violence volontaire contre un sans-papiers, qui a lui-même déposé une main courante pour avoir été molesté. La direction a confirmé l'évacuation des lieux, mais démenti les accusations de violence. «Cela s'est passé très calmement. On est allé voir les grévistes, en présence d'un commissaire de police, et au bout de longues palabres, on a décidé qu'il était temps de libérer les lieux. Les grévistes ont compris notre démarche, il était important que l'accueil de la clientèle soit préservé», a indiqué le propriétaire de l'établissement André Terrail.

Le même André Terrail se voit attribuer, sur Europe1.fr, cette précision:

"Sur la sortie, il y a eu une bousculade entre un employé et un gréviste, qui a entraîné une morsure assez forte d'un des employés, qui a porté plainte (…) Mais il n'y a absolument pas eu de main levée, ni de coups portés. On a des vidéos", a indiqué de son côté le propriétaire de l'établissement André Terrail.

On le comprend, monsieur André Terrail, fils de Claude, lui-même fils d'André qui avait acheté l'établissement en 1911, ce n'est pas possible de laisser profaner le temple de la gastronomie française. Etre propriétaire d'un établissement comme la Tour d'Argent, c'est un peu être le grand larbin en chef, le grand ordonnateur de la servilité devant les friqués qui viennent s'offrir le folklore du célébrissime "canard Tour d'Argent", mis en scène par Frédéric Delair en 1890.

Frédéric Delair préparant son canard.

Je ne suis pas spécialement nationaliste normand, ni particulièrement fier de ma normanditude, mais ce fameux canard, savez-vous, que l'on peut appeler "canard au sang", "canard pressé" ou même "canard à la rouennaise", je me demande s'il ne serait pas né beaucoup plus en aval sur les bords de la Seine.

Une de mes tantes, celle qui en avait (de la moustache, je précise), préparait un canard, qu'elle avait au préalable étouffé sous son pied, d'une manière assez proche, mais sans tous les chichis prétendument rituels de la Tour d'Argent. Elle faisait aussi une sauce utilisant le sang de la bête, le foie écrasé et une giclée de gnôle, le tout additionné des sueurs de la carcasse grossièrement pressée après découpage. Or ma pauvre tante n'avait pour livre de cuisine que sa mémoire... et n'avait mis les pieds à la Tour d'Argent.

Elle utilisait un canard de Rouen, mais on admettait que le meilleur canard pour cette recette était celui de Duclair, dont la race est née des croisements de canes domestiques avec des canards de passage...

Une presse à carcasse de canard,
comme à la Tour d'Argent.


Comme on dit par chez moi, l'expulseur peut toujours se rengorger, les "canards Tour d'Argent", moi, je les ai connus vivants.

jeudi 18 septembre 2008

Trois gardes à vue et deux communiqués

Se déclarer antifasciste, en 2008 (vous vous rendez compte!), ça semble terriblement dépassé, menfin quouâ ! Essayez d'en parler autour de vous. On vous citera volontiers, avec un amical clin d'œil culturel, "le ventre encore fécond d'où est sortie la bête immonde", en l'attribuant à André Malraux ou Romain Rolland, et l'on vous signalera, avec superbe, que l'histoire ne revient pas en arrière et que, depuis la chute du Mur, la démocratie a triomphé. Partout.

C'est un peu comme se déclarer féministe… C'est peut-être piquant, mais d'un désuet! (Là-dessus, allez lire Mademoiselle en ce billet, c'est parfait.)

Pour citer un communiqué récent, sur lequel je reviendrai, disons que "l’antifascisme est une lutte qui se mène sur deux fronts: contre les mouvements d’extrême droite et néofascistes, mais aussi contre l’Etat qui, même s’il n’est pas fasciste, ne s’est jamais privé d’instrumentaliser le fascisme ou d’emprunter ses techniques pour assurer la stabilité de l’ordre social."

Ces mouvements d'extrême droite, dont vous pourrez renifler les suaves fragrances ici ou ou encore (ces trois exemples devraient suffire…), aiment à commémorer, le 9 mai , la mort de Sébastien Deyzieu, un jeune militant proche de l’ancien Groupe union défense (GUD), qui, poursuivi par la police, avait accidentellement glissé d’un toit, lors d’une manifestation interdite «contre l’impérialisme américain» en 1994. Ce traditionnel défilé-parade, avec cagoules, manches de pioche, drapeaux noirs ornés de croix celtiques, chant des lansquenets, etc. a été interdit cette année par la préfecture de Paris. (Bertrand Delanoë, maire, avait adressé au préfet une lettre demandant l'interdiction de ce rassemblement.)

Une contre manifestation est organisée, à la même date, par les groupes antifascistes. Cette année, elle se proposait d'attirer l'attention sur les antifascistes russes (il y en a, vous pourrez trouver des renseignements sur leurs aventures ici)

Voici quelques images de cette réunion (attention, la musique est du punk russe, c'est comme la vodka, ça décape!)



Il va sans dire que celui (ou celle) qui voudrait distinguer ma silhouette floutée dans cette petite foule, ne la trouvera pas: je ne fréquente plus ces sympathiques réunions depuis que j'ai perdu, au cours du siècle dernier, la légendaire pointe de vitesse qui me permettait de compenser la ténuité des os de ma boite crânienne sous la matraque ou le manche de pioche... Mais je crois me souvenir qu'au temps jadis, il y a des lustres, on pouvait, exceptionnellement, trouver une certaine analogie entre les pratiques des représentants de l'ordre républicain et celles des partisans de l'ordre prétendu nouveau.

Photo de mai 68, trouvée sur ResistanceS.be


Or donc vouala, il se trouve que j'ai eu connaissance de ceci:

Le mardi 2 septembre à 6h20, quatre policiers entrent au domicile d'un étudiant de 19 ans, l'arrêtent devant sa famille, après avoir fouillé sa chambre, et le maintiennent 36 heures en garde à vue.

Le mercredi 3 septembre, une jeune étudiante est convoquée, interrogée,
puis convoquée à nouveau le lendemain.

Le même jour, à 19h00, huit policiers pénètrent chez un enseignant, l'arrêtent devant sa compagne et ses deux enfants, réalisent une perquisition du domicile, et l'embarquent pour une garde à vue de 24 heures qui lui fait rater la rentrée des classes.

Leur crime ? Etre soupçonnés d'avoir participé à des actions antifascistes (diffusion de tracts, graffitis…), en mai dernier, visant à l'annulation d'un meeting des Identitaires, groupe néo-fasciste connu pour sa violence et né sur les cendres d'Unité radicale, organisation interdite en 2002.

Ces arrestations ne sont que les dernières en date d'une trop longue série
: depuis quelques années, chaque mouvement social fait l'objet d'une répression féroce et toute tentative de désobéissance civile finit devant les tribunaux. Plus généralement, le traitement pénal, policier et carcéral des tensions sociales devient peu à peu la norme.

Il est temps que nous reconnaissions collectivement qu'il s'agit là d'une
dangereuse dérive, attentatoire aux libertés publiques et à l'Etat de droit, et que nous réagissions. La criminalisation de la contestation politique est inacceptable et incompatible avec le bon exercice de la démocratie.

Nous demandons donc l'arrêt immédiat des tentatives policières
d'intimidation des militants antifascistes, et la reconnaissance pleine et entière du droit à la résistance, à la contestation et à la revendication.

Les premiers signataires sont: SCALP-REFLEX, SRA (Solidarité Résistance Antifasciste), CNT (Confédération Nationale du Travail), CNT 87, OLP (Observatoire des Libertés Publiques), AL (Alternative Libertaire), Fédération Anarchiste, SCALP 87, Sud Education.

Vous pourrez trouver un autre communiqué, moins informatif et d'un ton plus politique, d'où j'ai extrait ma première citation sur l'antifascisme, sur le site du réseau No Pasaran.

J'en copicolle ce morceau:

(...)

Les faits incriminés ne peuvent en rien expliquer ce déploiement de force policier.

Ils sont mineurs (diffusion de tracts, graffitis...), sans commune mesure avec la mise en l’œuvre de lourds moyens policiers (mobilisation de nombreux fonctionnaires, ainsi que de technologies de repérage des téléphones portables et d’Internet).

L’essentiel est ailleurs, comme dans la répression qui s’est abattue sur certains individus mobilisés aux côtés des sans-papiers : recueillir de l’information sur les milieux politisés, donc dangereux du point de vue policier, et intimider les individus engagés pour un changement social radical.

Cette vague de répression s’inscrit dans une politique globale, à l’œuvre dans tous les pays de l’Union européenne, aux Etats-Unis ou en Russie. Une politique de longue haleine à laquelle la droite comme la gauche françaises ont contribué ; une politique sécuritaire, où la moindre différence, sexuelle, culturelle, sociale ou politique, peut devenir a priori suspecte. Les lois sécuritaires qui donnent toujours plus de pouvoir aux forces de répression, l’assimilation absurde de toute lutte sociale à un terrorisme fantasmé qui sert de prétexte au renforcement d’un véritable terrorisme d’Etat, mais aussi les différentes mesures qui accroissent le pouvoir du patronat au détriment de travailleurs précarisés, toutes ces mesures ont le même but : insécuriser la population pour mieux sécuriser l’ordre social capitaliste et étatique. Cet événement nous rappelle que l’antifascisme est une lutte qui se mène sur deux fronts : contre les mouvements d’extrême droite et néofascistes,mais aussi contre l’Etat qui, même s’il n’est pas fasciste, ne s’est jamais privé d’instrumentaliser le fascisme ou d’emprunter ses techniques pour assurer la stabilité de l’ordre social.

Il nous rappelle que l’Etat de droit est, aujourd’hui comme toujours,subordonné à la raison d’Etat, que les promesses du libéralisme valent moins que les intérêts du capitalisme ou la stabilité de l’ordre social et étatique, que la police l’emporte encore et toujours sur la justice.

(...)

Ces communiqués ne seront guère répercutés, j'en ai peur, par des organisations médiatiquement plus visibles... Aux dires de certains, tant qu'il ne s'agit que de gardes à vue, n'est-ce pas, c'est pas grave.

Or concrètement, la garde à vue, est une machine juridique un peu compliquée qui peut, avec un minimum de talent être rendue intimidante, inquiétante, déstabilisante, humiliante, angoissante...

Beaucoup de "gardés à vue" vous le dirons...

Là-dessus, vous pourrez consulter le récit de R.G. Ma Gardavu, sur le blog de Mademoiselle (c'est son jour!), ou encore le petit livre de Christophe Mercier, écrivain, essayiste, et critique littéraire, pas vraiment-vraiment gauchiste ( il est l'exécuteur littéraire de Jacques Laurent), intitulé sobrement Garde à Vue (Phébus, 2007).

mercredi 17 septembre 2008

Etre aimé par des cons



Aujourd'hui est un grand jour pour la liberté d'expression, tout le monde l'aura remarqué: le film C'est dur d'être aimé par des cons, de Daniel Leconte, 1h40, sort en salle.

J'ai appris cela par hasard, en consultant le dernier Télérama chez un copain (ne vous attendez pas à ce que j'avoue que je suis abonné). Et le petit bonhomme tout niais qu'ils utilisent pour résumer leur docte avis était tout jouace.

Ce matin même, alors que je conduisais ma quatrelle de collection en direction d'une capitale régionale, j'ai pu capter l'émission de Colombe Schneck, J'ai mes sources, sur France Inter. Habituellement, je me dispense de tendre l'oreille aux propos de Colombe Schneck, qui est sans doute la seule journaliste de la presse parlée à avoir négligé d'aller jusqu'au bout de ses séances d'orthophonie, et qui par conséquent a conservé une inaudibilité remarquable dans sa profession (écoutez ses nasales: elle dérape une fois sur trois, et se rattrape en rétropédalage).

Mais ce matin, trois larrons en foire lui coupaient allègrement la parole, en riant très fort, en se congratulant à demi mot ou à mot entier, très satisfaits d'eux-mêmes et de l'univers: Daniel Leconte, le réalisateur,
Denis Jeambar, à l’époque directeur de l’Express, et Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo.

Des trois, c'est Philippe Val qui a sauvé la liberté d'expression.

Car c'est le grand et courageux Philippe Val qui a décidé de republier les douze mauvaises caricatures de Mahomet, parues dans un journal danois.

Voyez:
Quel courage! quelle détermination!
C'est sûrement un film d'aventure...

Je ne vais qu'exceptionnellement au cinéma, aussi ne vais-je pas me précipiter sur cette hagiographie du journaliste le plus démocrate de France...

J'ai pourtant poussé la curiosité un peu plus loin en allant chercher la bande annonce du film et des extraits.

L'extrait 3, sur Toutlecine.com, où l'on voit l'excellent monsieur Val expliquer, au cours d'une conférence de presse, la mise en page de la fameuse couverture, m'a beaucoup intéressé.

Monsieur Val nous demande de bien observer que "intégristes" vient en incruste (dixit Val, pour faire technique) dans le turban, pour éviter que sur Internet on ne trouve ceci:

Monsieur Val n'aime guère Internet et n'imagine pas qu'un nullard comme moi puisse faire ce bricolage qu'il voulait empêcher...


Pour un documentaire, le succès risque d'être honorable... Et j'adresse toute ma sympathie à Daniel Leconte, qui risque de ressentir à quel point, oui, c'est dur, vraiment dur, d'être aimé par des cons.

Post-scriptum qui a un peu à voir:

J'ai profité de ma sortie vers ma capitale pour me procurer Siné Hebdo, journal mal élevé, et suis tombé de pas très haut...

Plutôt que de perdre votre argent dans cette entrprise, qui survivra bien sans vous, allez voir CQFD, journal de critique sociale. L'éditorial du numéro de septembre est intitulé: L'abonnement ou l'abandon.


Comme le dit Sébastien Fontenelle:

Alors maintenant, l’ami(e) : tu abonnes ta mémé en cliquant juste - ou on lâche le chien rouge sur ton ridicule chihuahua ?

mardi 16 septembre 2008

Révélations sur ma fiche Edvige



J'ai bien failli me lancer dans un petit jeu bloguistique qui consiste à épingler (ou taguer, en franglosaxon) des blogueurs amis ou des blogueuses amies en leur lançant un défi (par exemple: trouver trois ou quatre qualités à Nicolas Sarkozy) et en leur demandant de faire de même avec trois de leurs amis. Il se forme ainsi une chaine infernale qui, normalement, devrait s'étendre à toute la blogoplanète et la faire exploser. Ce qui arrive presque tous les jours, comme on peut le constater.

J'avais envie de demander à chaque épinglé(e)s de rédiger sa propre fiche du futur fichier Edvige.

J'ai donc commencé à écrire, en utilisant un élégant style de rapport de police, ma propre fiche. Je me suis appliqué à résumer toutes mes turpitudes politiques, religieuses et sexuelles. Parvenu à ce dernier point, avec cette écriture complaisante et anémique, cela commençait à ressembler très curieusement à un roman de Christine Angot.

Alors je me suis arrêté là, et après m'être accordé une petite heure de contemplation ombilicale, j'ai renoncé à aller plus loin dans mon opération de tagage.

Résumé AFP, le texte actuel du décret est à consulter sur le site Legifrance.

Europe 1 était très fière, hier, de pouvoir annoncer qu'un nouveau décret sur la mise en place du fichier Edvige était déjà prêt et que l'Elysée tenait à ce qu'il soit rendu public dès cette semaine.

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy (car l'Elysée, c'est lui!) avait déclaré:

"Je veux une solution dans les tout prochains jours, avec une règle très simple: tout ce qui est nécessaire à la sécurité des Français, il faut le garder. Tout ce qui n'est pas indispensable à la sécurité des Français, il faut l'enlever, je précise, bien sûr, dans le cadre de ce fichier."

Une vue en pied de l'Elysée

Si l'on aime les jeux de piste filandreux, on peut s'amuser à suivre les pas en avant et les pas en arrière des membres du gouvernement, ou la mini querelle entre monsieur Devedjian et monsieur Accoyer... Tout ce remue ménage ne semble qu'un moyen d'égarer les esprits avant d'imposer, une fois de plus, ce qui est nécessaire à un grand état moderne: le flicage généralisé et surtout centralisé.

Encore quelques embrouilles et plus personne ne se souciera de savoir si les mineurs de 13 ans peuvent être fichés...

Seule note consolante: d'après LePoint.fr, qui reprend Reuters, Les opposants à Edvige veulent toujours l'abrogation .

Le collectif "Non à Edvige" et une douzaine d'organisations entendent toujours obtenir l'abrogation du décret sur le fichier de police en dépit de la concertation lancée par la ministre de l'Intérieur.

Dans un communiqué, les opposants au projet ne se satisfont pas du projet prêté au gouvernement de préparer un nouveau décret modifiant seulement certains points du texte controversé.

Ils demandent en outre à être reçus ensemble par le Premier ministre, François Fillon, soulignant que Michèle Alliot-Marie procède à des auditions alors que le texte est "probablement déjà bouclé."

Une journée de mobilisation reste prévue le 16 octobre, pour la Sainte-Edwige, soulignent les signataires.

Cliquer sur l'image pour signer la pétition.

Lors d'une conférence de presse, mardi 9 septembre, François Sauterey, représentant du collectif "Non à Edvige", a annoncé cette journée du 16 octobre.

Selon Tetu.com:

Le collectif annonce donc plusieurs actions à venir: le Syndicat de la magistrature a déjà préparé la distribution d'une parodie de fiche Edvige qui se présente de cette façon: «Vie sexuelle: Oui / Non», puis il est indiqué: «Régalez vos lecteurs, détaillez vos pratiques». Les répondants zélés seront ensuite invités à lécher le questionnaire pour y laisser leurs empreinte ADN, avant de le faire parvenir au ministère de l'Intérieur. Et une action médiatique est d'ores et déjà prévue devant les préfectures pour le 16 octobre… jour de la Sainte-Edwige. «On va lui faire sa fête!» annonce un membre du collectif.

Finalement, on va tous se taguer mutuellement...

Promis: pour la parodie de fiche, je laisserai tomber le style Christine Angot.

lundi 15 septembre 2008

Messe en latin à la Courneuve



Sans être exagérément alarmiste, je dois me rendre à l'évidence: mon personnal computer, de marque indéterminée et d'origine délocalisée, me semble arriver en fin de vie: il fait un bruit de moissonneuse batteuse, comme on dit par chez nous, et je dirais même plus, un bruit de moissonneuse batteuse qui vient de couler une bielle...

Comment continuer à bloguer avec une moissonneuse batteuse ?

Cette triste situation m'a empêché de faire sérieusement les recherches nécessaires, mais à ma connaissance aucun commentateur n'a profité de la coïncidence de la tournée triomphale de sa sainteté Benoit le seizième et de la fête de l'Humanité à la Courneuve, pour nous faire un parallèle bien convenu entre la grande messe communiste et le meeting des Invalides. Le tout introduit par une référence à "Celui qui croyait au ciel/Celui qui n'y croyait pas"qui aurait été amplement cité autrefois.


En attendant le sermon

Comme les catholiques redécouvrent, au bord de la pâmoison, l'orgasme de la célébration de la messe en latin, les communistes ont pu renouer avec la foi en une union de la gauche durable et sans pesticide.

C'est un progrès.

Et badadi et badadoi, la meilleure eau, c'est la Badoit.
Je n'ai pas trop envie d'ironiser.

Même pas sur les "j'ai envie de dire" que cette pauvre Marie-Georges Buffet croit bon de placer en tête de chacune de ses réponses...

(Si elle a envie de dire, qu'elle le dise !)

Mon ordinateur à l'agonie doit me rendre sentilmentalo-régressif: je pense surtout à ces vieux militants communistes que j'ai connus, et qui souvent m'ont honoré d'une sorte d'amitié goguenarde mais bien réelle, et je me demande quel haut le cœur, ils seraient encore capables de faire, eux qui pourtant ont avalé tant de couleuvres, au spectacle de ces petits manœuvriers qui se répartissent les strapontins de la démocratie représentative...


PS: Le Charançon, très en forme, propose dans son dernier billet, une saine réflexion sur les Fantoches du Programme commun.

samedi 13 septembre 2008

Luc Ferry négociant en philosophie



Souvent, pour m'amuser, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur ma pauvre tête, qui brasse plus de souvenirs que si j'avais mille ans, je m'achète le Parisien, où je me régale des rubriques du genre « ça s'est passé près de chez vous, vous vous rendez compte ».

Ce choix de l'abêtissement volontaire me remplit a posteriori d'une culpabilité bariolée; c'est pourquoi je ne l'avoue que rarement à mes plus intimes.

Mais aujourd'hui, la moisson fut bonne. Outre un ensemble de photographies de groupes et de grappes de visages illuminés à l'approche de la papamobile, de fort belle facture, j'ai trouvé la transcription d'un entretien de monsieur Luc Ferry, présenté comme philosophe virgule non-croyant, avec Charles de Saint Sauveur, qui doit être journaliste (avec un nom providentiel).

Je ne sais pas si vous vous souvenez de lui, mais Luc Ferry a été ministre de l'Education Nationale. Mais ce n'était pas vraiment son métier, on l'a rapidement constaté. Dans le civil, monsieur Luc Ferry est polygraphe en philosophie: il produit des livres dits de philosophie et la grande distribution les place en tête de gondole, pas loin du rayon "développement personnel". Il vit donc du négoce en philosophie.

Luc Ferry en pleine promo

Deux ou trois grandes et profondes paroles.

Je défends depuis des années l'idée que la philosophie est une spiritualité laïque, une façon de prendre en charge la question du sens de la vie et du salut par la raison et par soi-même en assumant la lucidité... plutôt que par Dieu et par la foi.

Quel philosophe peut-on prétendre être pour confondre philosophie et spiritualité, et quel non-croyant peut-on prétendre être lorsqu'on utilise cette idée de "salut" ?

Mais Luc Ferry, s'il est un pi(è)tre philosophe et un non-croyant mal dégrossi, est un fin météorologue qui sait bien prendre le vent côté "racines chrétiennes" de l'Occident.

La religion chrétienne est une construction grandiose. Même pour un non-croyant comme moi, elle est magnifique, sans égale sur le plan intellectuel et historique. En outre, le pape est de toute évidence un homme hors du commun.

Heureusement que le commun des mortels n'a que peu à voir avec sa sainteté infaillible...


PS qui n'a rien à voir, mais nous ramène au commun des mortels...

Dans la rubrique « Faits divers »:

Emeute à Château-Rouge

Intervention policière très mouvementée, hier après-midi, au métro Château-Rouge. Une tentative d'interpellation, sous le regard de plusieurs dizaines de badauds indignés, a bien failli dégénérer. Tout commence à 15 heures quand l'un des membres d'une patrouille qui stationne devant le marché Dejean (très fréquenté par la communauté africaine) tente « d'embarquer » une vendeuse à la sauvette. Une arrestation peu orthodoxe. Selon plusieurs témoins, le policier aurait ramené la femme jusqu'à son véhicule en la tirant par les cheveux sur une dizaine de mètres. La foule, très dense sur le boulevard Barbès, prend immédiatement parti pour elle. Un attroupement se forme, quelques insultes fusent et les policiers, débordés, appellent des renforts. En quelques minutes, une demi-douzaine de patrouilles arrivent sur place, sirènes hurlantes. L'ambiance devient de plus en plus électrique. un fonctionnaire fait usage de son Tonfa (grande matraque) pour éloigner la foule. Un autre utilise sa bombe lacrymogène. Il faudra plusieurs minutes pour que l'attroupement se disperse. Selon des témoins, des badauds auraient profité de la cohue pour empêcher l'interpellation de la vendeuse, qui a disparu dans la foule.

B. H.

J'espère bien que les témoins ont bien vu, et que la vendeuse a pu s'échapper.

vendredi 12 septembre 2008

Dieu, le pape et moi



Tout à l'heure, comme pris d'une fringale moyennement spirituelle, je me suis envoyé deux religieuses.

Au chocolat. Toutes crues et encore un peu congelées.

(Elles venaient de la grande distribution... Pourquoi se contenter de religieuses de la grande distribution ? dites-vous. Alors je réponds: à la campagne, à part pisser librement sur la haie du voisin, on ne fait pas toujours ce qu'on veut!)

Le martyre de ces deux nonnettes chocolatées m'a permis d'honorer avec un humour très relatif (y a des jours comme ça) la venue du très saint père sur notre territoire.

Ce n'est pas que mes relations avec Dieu soient du genre conflictuel et revanchard. Après neuf ans dans des institutions privées et confessionnelles, cela pourrait se comprendre. Mais non, je ne suis pas devenu athée militant, mais plutôt agnostique tolérant: pour moi, Dieu est le sujet grammatical dont je ne peux rien prédiquer avec certitude, pas même l'inexistence. Alors il me fout la paix. Et réciproquement.

Cette réciproque ne s'étend pas à ceux qui prétendent être parmi nous les représentants de cet ectoplasme logique, dans sa version vaticane.

Prenons (un exemple!) ce Benoit XVI qui va balader sa blancheur immaculée anticontraception à Paris et à Lourdes, sans passer par la Normandie (après tout ce qu'on a fait pour l'Occident chrétien!)

Dessin de Maëster, piqué sur son blog.

Didier Pourquery, qui commet des éditoriaux dans Libération quand Laurent Joffrin a mal à la tête, intitule, avec un humour inouï, son édito "Subtilités". Il y appelle à une écoute quasiment désinhibée du discours que le bon pape vient tenir parmi nous...

Espérons donc que le discours de Benoît XVI sera audible, car cet intello francophone a des choses à dire sur les compétences de l’Eglise et de l’Etat qui, d’après lui, ne doivent ni se confondre ni s’affronter systématiquement. Ecoutons ce qu’il a à dire notamment sur l’idée de laïcité positive.

Benoît XVI est certes celui qui encourage des pratiques liturgiques surannées et fait revenir le latin à la messe, mais son message est plus complexe que la manière dont il est présenté. Gageons qu’il sera certainement plus surprenant et nuancé que notre président.

Ben voyons.

Dans Le Monde, vous trouverez un point de vue assez différent, celui de Jean-Luc Mélenchon.

Monsieur le sénateur Mélenchon me fait toujours penser, avec son air mélancolique et ronchon, à ce fameux neurone qui meurt de solitude dans le cerveau d'une blonde (vous connaissez sans doute cette blague "à la Bigard" qui fait tant rire ceux dont la population neuronale est assez désertifiée). Je trouve que c'est une description très précise de sa situation au sein du PS.

Son point de vue est intitulé Un pape pour le "choc des civilisations".

Début:

Nous vivons un mélange des genres entre religion et politique très significatif avec la visite de Benoît XVI. La débauche ostentatoire des moyens officiels mis à disposition, l'occupation agressive de l'espace public, le harcèlement médiatique télévisuel, tout fait sens. Ici, le moyen, c'est le but. Le pape et le président ont en commun une stratégie de reconfessionnalisation institutionnelle de la société française.

Les deux hommes s'inscrivent à ce sujet dans la théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington, bréviaire de la diplomatie des Etats-Unis. Ils tirent de la religion la légitimité à agir pour la domination d'un prétendu "Occident". Dans cette perspective, la République laïque fait obstacle. Un changement de cap est nécessaire. Le discours de Latran de Nicolas Sarkozy l'a proclamé sous le nom d'une "laïcité positive".

Et voici la fin:

La vision est plus large encore. C'est l'Occident qui est en cause. "L'Occident est menacé depuis longtemps par le rejet des questions fondamentales de la raison et ne peut en cela que courir un grand danger", déclare le pape. Nicolas Sarkozy partage ce credo. Le "premier risque" dans le monde, a-t-il déclaré trois mois après son élection, c'est celui d'une "confrontation entre l'islam et l'Occident". Foin de la réalité étatique de l'ordre international, et tant pis pour cinq millions de musulmans français. Bien sûr, cette thèse ne proclame une identité que pour mieux désigner des adversaires.

L'islam d'abord. Cette lecture d'un Occident menacé par l'islam, Benoît XVI l'a aussi exprimée de manière particulièrement provocante dans son discours de Ratisbonne en 2006. Au prétexte d'une réflexion sur la foi et la raison, le pape utilise un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant perse sur "le christianisme et l'islam, et leur vérité respective". Il citait ainsi l'empereur chrétien : "Montre-moi donc ce que Mohammed (le Prophète) a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foiqu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive."

Cette référence très douteuse prononcée au lendemain de l'anniversaire des attentats du 11-Septembre est un programme politique. Et une mystification. Elle fait en effet l'impasse sur les siècles de violence impulsée par l'Eglise, des croisades à l'Inquisition en passant par les dragonnades, la chouannerie et la résistance à la loi de 1905.

Face au tollé soulevé par ce discours, Benoît XVI en avait minimisé la portée, prétextant d'une réflexion anodine. Pourtant, son secrétaire particulier, l'abbé Gaenswein, en confirmait un an plus tard la portée très politique : "Je tiens le discours de Ratisbonne, tel qu'il a été prononcé, comme prophétique. On ne peut pas éluder les tentatives d'islamisation de l'Occident. Et le danger pour l'identité de l'Europe, qui y est lié, ne doit pas être ignoré." Tel est l'arrière-plan de la croisade du pape dans la France de Nicolas Sarkozy.

Le pape est bien un chef politique autant qu'un chef religieux. Toute l'Amérique latine progressiste en fait l'expérience amère dans sa lutte pour le droit au divorce ou à l'avortement et par la mise au ban de la théologie de la libération. L'Italie, l'Espagne et la Pologne le paient d'intrusions permanentes dans leurs élections.

La France ne sera pas épargnée si l'hébétude du spectacle clérical éteint la vigilance laïque. La laïcité prétendument positive est une tromperie. Elle rétablirait les privilèges de préconisation publique et de pressions privées de l'Eglise. C'est d'une laïcité étendue à de nouveaux domaines de l'espace public (hôpitaux, services publics, etc.) que la France a besoin. Plus que jamais : l'Etat chez lui, l'Eglise chez elle !

On comprend mieux les subtilités du personnage...


jeudi 11 septembre 2008

Cuisine médiévale pour tous



Sur le moyen âge je ne sais pas grand chose, hormis la mise en œuvre de quelques recettes de cuisine tirées du Viandier de Taillevent ou du Mesnagier de Paris, qui utilisent d'agréables épices, comme le galanga, le poivre long ou la graine de paradis. Et vous pouvez me croire, ça n'a rien à voir avec la tambouille de Jacouille la fripouille que l'on vous sert, avec une serpillière autour du cou en exhibant des dents gâtées, dans certains restaurants prétendus "médiévaux"...

Christian Clavier, médiéviste agréé auprès de l'Elysée.

Il y a parmi nous des universitaires qui consacrent beaucoup de leur temps à étudier la société médiévale. Il faut pour cela manipuler une assez large palette de savoirs, plus large en tout cas que celle de monsieur Nicolas Sarkozy dont je suppose la culture sur cette période historique tout droit sortie des récits des divers tournages des Visiteurs narrés par son délicat ami Clavier.

Je pense que les médiévistes doivent rire jaune en l'entendant parler du retour au Moyen Age en Afghanistan, comme n'importe quel plouc venu...

Ou se fâcher quelque peu...

Le billet de Françoise "Une Absurde anomalie", que je vous conseille, débusque sur le site du comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire une note de lecture sur le petit livre (84 pages) du médiéviste
Bruce Holsinger, intitulé Neomedievalism, Neoconservatism, and the War on Terror. Ce livre étudie les usages du paradigme médiéval par les néo-conservateurs, autour de George Bush fils...

C'est très appétissant, mais c'est en anglais, et Françoise ne veut pas le traduire... et me conseille d'apprendre l'anglais...

(J'ai passé neuf ans à apprendre l'anglais, Françoise, et je parle moins bien que notre président, qui est une référence!)

J'ai été très affecté par le manque de solidarité bloguistique de Françoise, mais je me suis vite consolé en retrouvant sur le site du CVHU des traces de la polémique qui a suivi la publication du livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Seuil, 2008).

L'article (dont je vous donne quelques extraits) est intitulé: Choc des civilisations et manipulations historiques. Troubles dans la médiévistique et signé par Blaise Dufal de l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales).

Sylvain Gouguenheim est enseignant à l’École Normale Supérieure de Lyon et professeur des universités, habilité à diriger des recherches. Il est notamment connu dans le monde scientifique pour ses travaux sur les mystiques rhénans (La sybille du Rhin. Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane, Paris, 1996). Après s’être intéressé aux Fausses terreurs de l’an mil (Paris, 1999), l’auteur s’attaque ici à ce qu’il considère comme un autre mythe de l’histoire médiévale : la transmission d’une partie de la science antique et des savoirs aristotéliciens par les arabes au Moyen Age. Abordant un des sujets les plus travaillés et les plus complexes de l’histoire culturelle et intellectuelle de l’Occident, l’auteur s’éloigne clairement de ses spécialisations académiques pour jeter un pavé dans la marre.

- Les Arabes n’auraient pas pu transmettre la pensée et la culture grecque !

L’auteur cherche à démontrer que la civilisation musulmane n’a connu qu’une « hellénisation superficielle » : « Jamais les Arabes musulmans n’apprirent le grec, même al-Farabi, Avicenne ou ¬Averroès l’ignoraient ». Ainsi la majeure partie de cet héritage antique aurait été préservée par les chrétiens orientaux, les Syriaques, entre le IVe et le VIIe siècles. Du fait d’une incompatibilité linguistique entre l’arabe et le grec, les Arabes n’auraient qu’une part infime dans la transmission de la culture antique vers l’Occident chrétien.

Pour étayer sa thèse et abattre ce qu’il considère comme un lieu commun historiographique, Sylvain Gouguenheim place au centre de son argumentation l’oeuvre de Jacques de Venise, clerc italien ayant vécu à Constantinople, le premier traducteur européen d’Aristote au XIIe siècle. Cette insistance sur le rôle de ce clerc vient de la découverte récente d’un manuscrit de l’abbaye du Mont saint Michel. Ce manuscrit devient alors la preuve suprême que la philosophie aristotélicienne a été transmise directement de la Grèce antique à l’Occident latin.

Ainsi d’une analyse précise d’un point d’érudition, l’auteur élargit la portée de son propos, le plaçant sous l’angle d’une problématique inspirée par le comparatisme entre des civilisations. L’Islam et la Grèce antique seraient des civilisations profondément étrangères l’une à l’autre pour des raisons d’ordre culturelles : les impératifs religieux musulmans auraient empêché la pénétration réelle de la culture antique. Ce processus d’opposition structurant l’histoire aboutirait à des identités fondées sur « l’altérité conflictuelle entre chrétiens et musulmans ».

Ce comparatisme est appuyé sur une argumentation ethno-linguistique qui débouche sur un racisme culturel : « dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. […] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie […] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu’elles défient presque toute traduction ». Ainsi les caractéristiques linguistiques de l’arabe rendraient la civilisation musulmane inapte à recevoir la culture antique.

Blaise Dufal revient sur les premiers compte-rendus: Roger-Pol Droit, dans Le Monde, qui conclut que
"la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam" et salue un livre "fort courageux"; Stéphane Boiron dans Le Figaro, favorable, qui place le livre dans lignée des positions du pape Benoit XVI...

Et décrit aussi les réactions des universitaires:

Face à cet accueil favorable de la part des chroniqueurs de grands quotidiens nationaux, les réactions des intellectuels sont immédiates, ce qui est assez rare pour être souligné, tant la communauté universitaire est peu encline à étaler ses dissensions publiquement et ce particulièrement chez des médiévistes qui se tiennent trop souvent en retrait par rapport aux questions d’actualité. Une pétition des élèves et des enseignants de l’École Normale Supérieure est publiée dans Télérama. Les historiens Gabriel Martinez-Gros et Julien Loiseau écrivent une tribune dans Le Monde intitulée « La vraie terreur de l’historien » et une quarantaine d’historien(-ne)s et philosophes des sciences, emmené(e)s par Hélène Bellosta (CNRS), ont publié un texte : « Prendre de vieilles lunes pour des étoiles nouvelles, ou comment refaire aujourd’hui l’histoire des savoirs ». Un collectif international de 56 chercheurs en histoire et philosophie du Moyen Age a publié dans Libération du 30 avril 2008 un article « Oui l’Occident chrétien est redevable au monde islamique ».

L’historien de la philosophie, Alain de Libéra, éminemment respectable et respecté, spécialiste mondialement reconnu de ces problématiques, est même sorti de sa réserve habituelle pour écrire une lettre mordante publiée par Telérama : « Landernau terre d’Islam ». Pour lui, « L’hypothèse du Mont-saint-Michel, chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire, a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette ». Il conclut alors : « Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale et aux caves du Vatican. »

J'avoue que la réaction d'Alain de Libéra, grand intellectuel très discret, me remplit d'aise...


Le malaise réapparait en arrivant à ce passage:

-Des fréquentations politiques de certains historiens français

Le livre de Sylvain Gouguenheim est fortement marqué intellectuellement et idéologiquement du côté d’une pensée catholique « néo-conservatrice ». Ce positionnement se manifeste notamment par la forte influence que semble avoir exercé le journaliste René Marchand, auteur de La France en danger d’Islam, entre jihâd et reconquista, édité à l’Âge d’Homme (2002) et de Mahomet. Contre-enquête : un despote contemporain, une biographie officielle truquée, quatorze siècles de désinformation aux éditions de l’Échiquier (2006). Relecteur attentif, remercié par l’auteur, René Marchand est un des auteurs de référence de l’extrême droite française dans son combat anti-Islam qui intervient sans cesse dans le champs historique notamment en collaborant à la Nouvelle Revue d’Histoire.

Cette revue, qui rejette une vision « partiale » de l’histoire, accueille d’éminents historiens académiques tels que Karl Ferdinand Werner, Jean Pierre Poussou, Jean Tulard, Jean Favier, Michel Zink et beaucoup d’autres. Rémi Brague y collabore aussi, lui qui est cité par l’auteur à des endroits stratégiques de sa démonstration. Cet historien est l’auteur d’un livre Europe, la voie romaine, édité chez Criterion (Paris, 1992) où il insiste sur l’héritage romain dans l’identité européenne. Il a par ailleurs soutenu Louis Chagnon accusé de racisme anti-musulman par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme.

Cette revue a été fondée par Dominique Venner, ancien de l’O.A.S., fondateur avec Alain de Benoist du GRECE (Groupe de recherche et d’études pour la civilisation européenne), laboratoire de la pensée de La Nouvelle Droite. Ce journaliste, spécialiste des armes à feu, a rédigé plusieurs ouvrages à caractère historique comme Histoire et tradition des Européens : 30 000 ans d’identité (Paris, 2002) où il tente de définir la tradition culturelle européenne. On retrouve ici l’enjeu central du livre de Gouguenheim, la construction d’un bloc occidental, justifié historiquement et culturellement, cohérent et structuré par le christianisme. Cette revue apparaît désormais non seulement comme une simple lubie de vieux professeurs d’université mais comme un véritable lieu de construction d’une contre-histoire de l’Occident.

On ne peut que souscrire à la conclusion:

Les multiples réactions face à ce livre montrent bien que le but de cet ouvrage n’est pas d’emporter la conviction mais de susciter la réaction, de faire naître un débat là où il n’y a pourtant aucune nécessité intellectuelle. Il s’agit de créer des camps, des fractures, de forcer à de nouvelles oppositions sur des questions culturelles et intellectuelles. Des livres comme celui-ci laissent traîner des idées, créent de vaines polémiques pour faire exister des discours dans l’espace public où même invalidés ils gardent une efficience.


mercredi 10 septembre 2008

Avis à la populasse de Bellevill'Montant



Savez-vous qu'il y a une alternative à la fête de l'Huma...


AVIS A LA POPULASSE
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DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 1908 - 14H
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5 ième CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES

DEROULEMENT ET PARCOURS OFFICIEUX DU CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES:

La participation au critérium sauvage des Cascades est ouverte à tous les gonzes et gonzesses sans discrimination de quartiers d'origine (banlieue, province, et étranger compris). Les inscriptions se feront de 14h à 14h30 juste avant le départ au bistroquet dit « LA FONTAINE D'HENRI IV » sis au 42 bis rue des Cascades à Ménilmontant. Le critérium se fait en 10 tours du parcours suivant (hors trichailleries de bon aloi): départ vers 14h30 rue des Cascades, devant l'trocson - descente rue des Savies - remontée rue d'la Mare - descente rue des Couronnes - descente rue Henri Chevreau - remontée rue d'la Mare (en entière c'coup ci!) - sprint de fin de tour par la rue des Cascades, et on r'commence... Jusqu'à la fin, mais on a le droit d'abandonner.

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REGLEMENT NON OFFICIEL DU CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES:

Le matériel vélocipédique devra être composé d'au moins une roue mue par la force mécanique, intellectuelle ou pataphysique des concurrent-es. Engins à 3 roues ou plus ainsi que les variantes manufacturées (tandems par exemple) ou bricolées (caisses à savon et autres machines infernales) sont bien sûr autorisées (pas de rollers bien sûr). Le dopage est laissé à l'appréciation de chaque participant-e... La 3ème mi-temps aura lieu dès la fin de la course. Il faut tout de même effectuer au moins un tour du quartier pour accéder au tableau de classement de l'héroïsme local. Il n'y a aucune récompense ni gain à espérer, la casquette NUMBER ONE étant remise en jeu chaque année. Les résultats de l'an dernier seront -enfin! - affichés en ce jour par le sous secrétariat à l'antisport de la Commune de Bellevill'Montant. On peut consulter les photos des années précédentes sur:

http://www.zananas-martinique.com/criterium/ (1905, 1906 et 1907)
Et sur le blog du délégué Garibaldien: http://dpaone.free.fr/Criteriumsauvage/ (1907)

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ANIMATION MUSICALE PAR L'ORCHESTRE MELODICA DE LA PLACE DES FETES
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CETTE MANIFESTATION POPULAIRE ET SPONTANEE N'EST PAS SPONSORISEE PAR JCDECAUX
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mardi 9 septembre 2008

Relance du tourisme à Levallois

Depuis que je prépare avec soin mon accession aux délices du troisième âge, j'entretiens des correspondances très nourries avec les offices du tourisme et syndicats d'initiative des petites et moyennes villes de notre beau pays.

Et j'y constate une certaine morosité...

Un tarissement de la créativité communicationnelle, en quelque sorte.

Certes, depuis quelques années, je perçois un renouveau avec l'utilisation du thème, fort riche et séduisant, du développement durable: je ne compte plus les dépliants en deux couleurs où l'encre végétale a imprégné durablement un maigre papier recyclé, déjà biodégradé et utilisable dans des toilettes sèches...

Mais cela reste un peu tristounet.

Je compte beaucoup sur le nouveau thème de la sécurité qui me semble se mettre en place dans nos villes.


Une initiative très prometteuse avait été faite, il y a plus d'une dizaine d'années, par je ne sais quelle agence de voyage, de faire visiter Paris en passant par les plus remarquables caméras de surveillance installées à proximité des hauts lieux de notre belle capitale. Je n'ai pas retrouvé de traces de cette balade guidée...

Avec quelques aménagements, il me semble qu'il y aurait là un créneau. Il faudrait, bien sûr, repeindre la tôlerie des caméras d'une laque pimpante, prévoir une visite d'un centre de contrôle (fictif, évidemment) et engager deux ou trois figurants pour simuler une agression réprimée sous l'œil de la caméra...

C'est quand même plus tentant que les friches industrielles reconverties en conservatoires des arts et traditions durables...



Dans le domaine du tourisme sécuritaire, les villes qui se déclarent très intéressées par la possibilité d'équiper leurs policiers municipaux de "pistolets à impulsion électrique X26" (PIE) de marque Taser, prennent une avance considérable.

Car le Taser X26, objet de fantasme s'il en est, peut ajouter à tout cela une pointe de piment inappréciable.

Prenons le cas de la belle ville de Levallois-Perret, haut lieu touristique fort négligé par les tour operators, malgré les efforts de séduction de son équipe municipale dirigée par monsieur Patrick Balkany.

On savait que monsieur Balkany avait jadis (ou naguère ?) eu quelque attirance pour le jeu des armes à feu, et on se réjouit de le voir se convertir au Taser. Ecoutez-le:

"Le Taser est l'arme idéale, car elle ne blesse pas, elle paralyse l'individu visé quelques minutes, déclare-t-il au point.fr. Elle permet notamment d'intervenir dans les conflits familiaux où un homme sous l'emprise de l'alcool menace sa femme et les policiers avec une arme blanche, comme un couteau. Le Taser sauve des vies."

On aura reconnu le slogan de la marque... que j'ai déjà utilisé comme titre d'un billet.

Mais poursuivons notre copicollage de LePoint.fr.

À ceux qui dénoncent les dangers potentiels du pistolet à impulsion électrique, Patrick Balkany répond que les équipes de nuit et d'intervention qui en seront équipées sur sa commune "seront formées (dans un premier temps) par la société Taser elle-même, à savoir s'en servir, mais aussi à ne pas s'en servir." Le Taser possède une vidéo qui permettra l'utilisation conforme de l'arme, fait-il valoir au point.fr. Sa couleur jaune et la lampe laser qu'il produit ont à elles seules un effet terriblement dissuasif."

Olivier Besancenot, l'une des figures de l'opposition au pistolet à impulsion électrique en France, avait pourtant dénoncé la mort suspecte de plusieurs personnes aux États-Unis. Réponse cinglante de Patrick Balkany : "Je crois qu'Olivier Besancenot a été attaqué par la société Taser pour divulgations de fausses nouvelles." Selon lui, "le seul danger du pistolet électrique est que l'individu visé se blesse en tombant".

Réponse d'orfèvre que cette "réponse cinglante"...

Pour les touristes, il est clair qu'il faudra mettre en avant ce contraste fascinant de la couleur jaune sur un fond bleu-flic.

Et pourquoi ne pas proposer une petit essai à l'un des membres du groupe. Cela pourrait être assez spectaculaire:


Une vidéo montrant les derniers instants de Robert Dziekanski, un Polonais de 40 ans, mort après avoir reçu deux décharges électriques à l`aéroport de Vancouver, le mois dernier, a été rendue publique le 14 novembre dernier. Ce film, tourné par Paul Pritchard un résident de Victoria, a été donné aux médias par l'avocat de la mère de la victime pour que le public voit la brutalité de l'intervention.

NB: Cette vidéo est en ligne sur le site du Nouvel Obs, accompagnée de l'avertissement que j'ai reproduit.

L'article qu'elle illustre fait état de la réaction du Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme, qui saisit le Conseil d'Etat:

Devant la décision du Ministère de l’Intérieur d’équiper les policiers nationaux et municipaux de pistolets à électrochocs de type Taser X26, RAIDH saisit le Conseil d’Etat en annulation des décrets d’autorisation.

Face à la surdité politique dont le Ministère de l’Intérieur a témoigné, la voie juridique nous a semblé être la seule option désormais envisageable pour rendre les droits de l’Homme effectifs en France.

Vous trouverez en document joint la saisine du Conseil d’Etat visant l’abrogation de l’article 114-5 de l’arrêté du 6 juin 2006 autorisant le recours et la dotation en pistolets à impulsion électrique de la police nationale.

Une autre saisine demandant l’abrogation du décret autorisant l’équipement des policiers municipaux est en cours de rédaction.

(Communiqué du RAIDH)

lundi 8 septembre 2008

Cauchemar en plein jour

"La vie est pleine de choses redoutables", aimait à dire, je crois, Jean Pauhlan, avec lequel je ne me sens, par ailleurs, aucune affinité...

L'une des choses les plus redoutables qui puisse vous arriver, pour l'instant, c'est de vous réveiller, dans un état proche du dépassement non autorisé de coma, et d'entendre dans le poste monsieur Hortefeux dialoguer avec monsieur Demorand, l'indépendance faite homme...

Déjà... ça fait peur...

Ma générosité naturelle me pousse à vous faire partager mon cauchemar en plein jour.

Avec l'image en plus... comme ça vous pourrez voir que monsieur Hortefeux s'est équipé d'une paire de lunette qui lui va très mal (enfin, je trouve...) mais qui lui permet d'occuper ses mains.




Dans la suite de l'émission, monsieur Hortefeux s'est prêté avec sa grâce coutumière au jeu des questions des auditeurs d'Inter-Activ' (que vous pouvez réécouter ici).

A environ 6 minutes et 45 secondes du début de la séquence, vous serez peut-être surpris d'entendre une auditrice poser directement une question sur l'infamie (c'est mon avis) commise par les services préfectoraux inféodés (c'est mon avis) à monsieur Hortefeux.

Il s'agit de l'expulsion de Taoufik El Madroussi, élève en classe terminale au lycée professionnel Louis-Girard à Malakoff, qui a été "reconduit à la frontière" le 26 août dernier.

Sur le cas de ce lycéen, on peut consulter les billets suivants du blog A l'école des sans-papiers:

Double peine pour Taoufik.

Taoufik n'est pas parti.

Taoufik expulsé en catimini.

Taoufik disparu, Taoufik retrouvé… expulsé.

Et si vous trouvez ce choix de liens trop partial, consultez le Figaro.fr.

La réplique faite par monsieur Hortefeux (jusqu'à la neuvième minute de la séquence), sur le ton fatigué de celui qui répète la même chose pour la centième fois (c'est vrai, d'ailleurs, ce monsieur dit toujours la même chose... mais si ça le fatigue, il peut changer de métier...) ne donne absolument aucune réponse à la question très précise qui lui a été posée.

Peut pas tout savoir, direz-vous.

Monsieur Hortefeux avait été interpelé sur ce point par un courrier commun de la LDH et de RESF, que vous pourrez consulter ici.

Quand on est ministre, on peut lire son courrier. Ce sont des choses qui se font, monsieur Hortefeux.

Je m'attendais à une réaction de l'animateur Demorand, un peu fâché que son invité élude, en nouant de si grosses ficelles, une question sélectionnée par la rédaction du 7-10...

Mais non, vous pourrez l'entendre passer sans broncher à la question suivante...

Monsieur Hortefeux est-il si redoutable pour vous, monsieur Nicolas "l'indépendance" Demorand ?


dimanche 7 septembre 2008

Rencontre improbable au cabaret sauvage

Puisque rien ne vous échappe, vous aurez remarqué que le supplément culture de ce ouiquende est placé sous un titre « façon Télérama », le magazine incontournable de la société du spectacle.

Si vous avez fréquenté de vos amis enseignants, redevenus fréquentables pour cause de vacances, vous avez pu consulter chez eux les numéros estivaux du célèbre hebdomadaire et vous avez pu ironiquement constater que parmi les « séries de l'été », Télérama s'attachait à brocarder les tics du langage contemporain, tel l'emploi d'expressions comme « rencontre improbable au milieu de nulle part ». On n'est jamais mieux servi que par soi-même...

Le cabaret sauvage est, anéfé, un lieu improbable, forcément improbable, situé au milieu du parc de la Villette, donc, anéfé, nulle part. Le 12 septembre, au lieu de vous amuser des blagues désopilantes et rebattues de Benoit XVI, qui fera un show je ne sais où, vous seriez fort bien inspirés de vous y rendre pour assister au concert que donneront The Ex (groupe punk néerlandais) et Getatchew Mekurya (saxophoniste ténor éthiopien).

C'est beau, et improbable, comme la rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table à dissection... C'est dire!

Getatchew Mekurya est né en 1928, selon le calendrier éthiopien, qui n'est pas le calendrier grégorien (et bien sûr, j'ignore absolument les correspondances entre les deux...). Cela lui fait donc, en gros, un âge où l'envie de courir les salles de concert avec des arnarcho-punks braillards devrait l'avoir quitté...

En 1955 Getatchew Mekurya est devenu titulaire dans l'orchestre de la police à Addis-Abéba, et il y est resté jusqu'à sa retraite. Il a alors été engagé par l'hôtel Sheraton d'Addis pour animer les soirées des rares touristes et correspondants de presse.

Les rééditions des enregistrements des années glorieuses de la musique éthiopienne dans l'excellente série des Ethiopiques par Francis Falceto devait apporter à Getatchew Mekurya un début de notoriété. La rencontre avec The Ex devrait l'amplifier...

Voici quelques vidéos du concert donné le 20 août dernier par The Ex et Gegatchew Mekurya. La totalité du concert a été postée sur Youtube.






Getatchew Mekurya a mis au point, au début des années 1950, son style shellele
en adaptant au saxophone les invectives échangées par les guerriers avant le combat (voir la deuxième et la troisième vidéo).

Je ne sais pas à quoi ressemblent ces invectives, peut-être ont-elles le mauvais goût de mettre en cause la moralité des ascendants des adversaires, peut-être ont-elles la panache poétique de la

RÉPONSE DES COSAQUES ZAPOROGUES
AU SULTAN DE CONSTANTINOPLE

Plus criminel que Barrabas
Cornu comme les mauvais anges
Quel Belzébuth es-tu là-bas
Nourri d'immondice et de fange
Nous n'irons pas à tes sabbats

Poisson pourri de Salonique
Long collier des sommeils affreux
D'yeux arrachés à coup de pique
Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Bourreau de Podolie Amant
Des plaies des ulcères des croûtes
Groin de cochon cul de jument
Tes richesses garde-les toutes
Pour payer tes médicaments

Guillaume Apollinaire, La Chanson du Mal aimé, Alcools.

vendredi 5 septembre 2008

Pensées exotiques




Depuis quelques jours, une question me hante: comment ça pense un pitbull avec du rouge à lèvre ?

Quelques éléments de réponses peuvent être trouvés ici ou (merci à Gilles pour ce dernier lien).


Les fermes convictions de madame Sarah Palin, qui tendent à se répandre dans notre triste monde, concernant le respect dû à la VIE, surtout la plus embryonnaire possible, m'ont rappelé une archive que j'avais précieusement conservée. Et que je vous livre pour votre édification...

Au départ, cette curiosité médicale tératologique, publiée en brève dans notre Figaro.fr.

Un fœtus de 9 ans retiré sur une fillette

Des médecins grecs de l'hôpital de Larissa (centre) ont retiré du corps d'une fillette de neuf ans un fœtus qu'elle portait dans le ventre depuis sa naissance, un phénomène rare de "fœtus parasite", a-t-on appris aujourd'hui de sources hospitalières.

Selon les médecins, l'enfant, qui n'a eu aucune complication médicale après cette opération, portait un fœtus de 6 cm sur lequel "on distinguait des cheveux et des yeux".

Connue aussi sous le nom de "fœtus in fœtu", cette anomalie de grossesse gémellaire est parfois décelée avant la naissance par échographie. Mais elle passe parfois inaperçue et l'enfant grandit avec le fœtus parasite de son jumeau. Une fois découvert, une intervention chirurgicale est nécessaire pour le retirer.

Source : AFP

Quand la poésie s'empare d'un thème analogue,

cela donne un beau roman de Per Olov Enquist.

Voici maintenant les réflexions que l'on peut trouver sur le "portail de réinformation" E-DEO, suivies d'un commentaire sur ces réflexions.


Posté le 18 mai 2008 by Didyme

Des médecins grecs ont retiré à une fillette de 9 ans un foetus de 9 ans. Il s’agit d’un “foetus in foetu“, c’est-à-dire d’un foetus qui s’est développé alors que la fillette était encore au stade de foetus. C’est une anomalie de développement. Ce foetus supplémentaire peut se développer en dehors de l’abdomen, dans la vessie, dans le crâne, sur un testicule (il peut se développer chez l’homme). Il peut atteindre 2 kilos. En l’occurence, le bébé retiré avait des yeux et des cheveux. Il peut y en avoir plusieurs, parfois les uns dans les autres.

Pendant longtemps, les médecins n’ont pas su ce que c’était. Ils croyaient plutôt à un kyste ou à une sorte de tumeur. Mais ces foeti ne sont pas viables. Il leur manque des membres, et arrêtent souvent leur développement.

Ceci constaté, le cas moral est intéressant. S’il n’est pas viable, a-t-il une âme humaine ? Est-ce qu’il est plus proche de la tumeur que du foetus humain ? Doit-on considérer l’acte chirurgical comme un avortement ou plutôt comme une sorte d’ablation ? Les foeticides utilisés pour les avortements peuvent-ils être utilisés contre le foetus in foetu ?Pour ma part, le foetus in foetu est incontestablement de nature humaine. Il provient de gènes humains, et connaît le développement que peut connaître un foetus normal. Par conséquent, au même titre que le foetus normal, il a une âme humaine. Le retirer est donc un avortement, mais un avortement légitime, puisqu’il est comme un corps mort dans un corps sain. Le problème vient avec les questions religieuses dans le genre : comment fait-on pour le baptiser ? Généralement, pour le baptême, il suffit que les parents aient la volonté de le faire, et le fasse effectivement sur le cadavre après la naissance (il me semble!). Mais qui sont les parents ? Est-ce le premier foetus, ou les parents du premiers foetus ? Et d’ailleurs, doit-on parler d’hôte ou de parent pour le premier foetus?

Ce sont finalement des questions factices pour dire qu’il s’agit bien d’un avortement nécessaire et légitime à mon goût…

Un cas moral qui malheureusement accrédite l’idée que le foetus est comme un membre mort, un parasite humain dont il faut se débarasser… De quoi satisfaire la nouvelle inquisition du Planning Familial.

Je ne résiste pas au plaisir de vous donner aussi le commentaire de Virginie:

Virginie |Tout être vivant a une âme, ceci n’a rien à voir avec la viabilité de l’enfant.

Avorter, c’est tuer l’enfant à naître. Celui-ci (fœtus in fœtu) n’était plus appelé à naître, car d’une part il ne se développait plus et ne se trouvait pas dans les circonstances normales d’une grossesse. Preuve s’il le faut qu’il restât plusieurs années à cet emplacement et qu’il avait cessé tout développement.

Par ailleurs, ses parents sont ceux de la fillette puisqu’il s’agit d’une grossesse gémellaire et que seuls ses deux parents pouvaient l’avoir conçu. De manière naturelle, sa sœur jumelle ne pouvait concevoir.

Je pense que votre problème est mal posé. Il faut à mon avis l’entendre de cette manière.

Postulat de vérité et non négociable : le fœtus in fœtu est vivant et a une âme. Sa vie est sacrée comme toute autre et doit être regardée avec le plus grand respect. Donc toute mort sciemment donnée à cet enfant est condamnable.

Questions : A quelles conditions a t-on moralement le droit de le retirer du corps de sa sœur? Faut-il attendre que celle-ci soit en danger de mort?

S’il faut le retirer du corps de sa sœur, alors on doit tenter de garder le fœtus in fœtu en vie, ce qui donne dans l’état actuel de la médecine 0% de chance de réussite.

Tout l’aspect moral de cette situation réside donc dans l’intention : Dans quelle intention faut-il retirer cet enfant du corps de sa sœur? Est-ce que tout ce qui est actuellement possible est tenté pour préserver sa vie?

Moralement, la cause est sauve si je retire cet enfant pour préserver la vie de la sœur et que je mets tous mes moyens possibles en œuvre pour préserver la sienne. Dans le cas présent, je ne peux sauver le fœtus in fœtu mais je ne fais qu’accepter le fait que je n’ai pas les moyens humains de sauver le fœtus in fœtu.

La décision ne serait pas moralement recevable si je me résolvais à donner intentionnellement la mort.

C’est pourquoi on ne peut moralement parler “d’avortement nécessaire et légitime”. Dans ce cas, on peut parler d’accepter une mort inéluctable. Mais jamais la mort intentionnellement donnée à un innocent - par avortement, par exemple - ne peut être jugée “nécessaire et légitime”. N’offrez pas cette aubaine aux tenants de l’anti-culture de mort!

15 mai, 16:39 —

D'autres réactions, qui finissent par s'organiser en un savant débat, pourront être consultées sur le site...

Il m'arrive d'avoir des doutes sur les vertus du dialogue.


PS: Puisque j'ai mis une musique du groupe formé par Louis Sclavis (anches diverses), Henri Texier (contrebasse) et Aldo Romano (batterie), autant vous signaler que le festival de jazz de la Villette propose dimanche "L'oeil de l'éléphant" de leur compagnon Guy Le Querrec (appareil photographique). Guy Le Querrec sera accompagné par Louis Sclavis (toujours anches diverses), Michel Portal (idem, plus bandonéon), Henti Texier (contrebasse) et Jean-Pierre Drouet (percussions variées). Entre ceux-là, le dialogue est plus que possible!



jeudi 4 septembre 2008

Jazz à la Villette

Le service de communication du festival de jazz de la Villette, qui se tient du 2 au 14 septembre a fait un très gros effort de créativité promotionnelle en proclamant:

JAZZ IS NOT DEAD


Dans le genre "nouveau et intéressant", on peut faire mieux.

Pour soutenir cette sidérante affirmation, le festival de jazz de la Villette s'ouvre cette année à la danse.

Sur la danse, je ne dirai rien: ce n'est pas parce que je digère pas les pastèques et les concombres, que je puis me permettre d'en dire du mal...

J'insisterai seulement sur un autre poncif traditionnellement énoncé sur le jazz: son pouvoir de dépasser les frontières qu'on pensait pouvoir lui fixer. D'où ces nombreux mélanges des genres auxquels je vais me faire un plaisir d'assister, et dont je vous reparlerai peut-être.

Pour commencer, ce soir, le concert donné par Charles Lloyd, qui joue très bien du saxophone, Zakir Hussain, qui joue très bien des tablas, et Eric Harland, qui joue très bien de la batterie.

Voici, en deux parties, une vidéo publicitaire, uniquement pour vous donner une petite idée, ou des regrets, vous avez le choix.






mercredi 3 septembre 2008

Rentrée carcérale pour Rachida Dati



Madame Rachida Dati doit en avoir un peu marre de prendre la route de Fleury-Mérogis.

Vue aérienne de la maison d'arrêt.

Mardi après midi, elle s'est rendue au centre des jeunes détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis pour la rentrée scolaire.

Mais sur le sort des gamins en taule, il faudra repasser, car, par exemple du côté de l'AFP, cela donne ceci:

FLEURY-MEROGIS (Essonne)(AFP) (AFP) — La ministre de la Justice Rachida Dati a refusé mardi, lors d'une visite à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), de répondre aux questions sur son éventuelle grossesse, objet depuis quelques jours de rumeurs relayées par de nombreux médias.

Interrogée par des journalistes sur le fait de savoir si elle attendait un "heureux événement", la ministre a répondu: "ce n'est ni le lieu ni l'endroit, ma vie personnelle est ma vie personnelle".

"Moi, j'ai un engagement en tant que garde des Sceaux, c'est de lutter contre la délinquance", a ajouté Mme Dati, 42 ans, célibataire.

- "Mais ce serait une bonne nouvelle?", a relancé une journaliste.

"La bonne nouvelle c'est que nous favorisons la réinsertion des personnes détenues pour lutter contre la récidive", a rétorqué la ministre, éludant une nouvelle fois la question.

Les rumeurs sur une éventuelle grossesse ont été relayées par de nombreux médias après que la garde des Sceaux fut sortie du Conseil des ministres de rentrée le 28 août en affichant un ventre plus rond que d'habitude.

Rachida Dati s'entretient avec un détenu mineur,
le 02 septembre 2006,
lors d'une visite à la prison de Fleury-Mérogis.


Tout cela est bien intéressant...

La veille au soir, donc lundi (pour les handicapés du calendrier), madame Dati a fait une visite à Fleury, vers les 22 heures, pour féliciter les membres du GIGN (Groupement d'intervention de la gendarmerie nationale) de leur action face au détenu qui avait, le matin même, pris en otage un psychologue.

Ce détenu, que l'on nous a présenté en toute objectivité comme purgeant une peine de quinze ans de prison pour viol avec arme, "très menaçant et très déterminé", présentant un "profil psychologique dur", "connu pour être violent", ayant déjà commis "des actes de violence en détention", n'avait pas grand chose à faire dans une maison d'arrêt, qui, nous rappelle LeMonde.fr, "doit (...), en théorie, ne recevoir que les prévenus – détenus en attente de jugement – ainsi que les condamnés dont le reliquat de peine n'excède pas un an lors de leur condamnation définitive."

Le preneur d'otage, en possession d'une arme tranchante bricolée en cellule, a bénéficié, de la part des membres du GIGN d'un "tir de neutralisation" dans le bras, a-t-on d'abord affirmé, dans l'épaule droite, a-t-on ensuite confirmé.

Quel est l'état de santé d'un homme qui vient de bénéficier d'un tir de neutralisation du GIGN ?

Dans les médias, ça ment et ça dément: blessé grièvement ou légèrement, on sait que le détenu a été évacué et opéré.

Il faut attendre le mardi après-midi pour que le rédacteur de l'AFP ponde un second communiqué reprenant les déclarations de la Garde des Sceaux à Fleury-Mérogis.

FLEURY-MÉROGIS (AFP) — L'état de santé du détenu de 31 ans qui avait pris en otage lundi un psychologue à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), et qui a été grièvement blessé par un tir du GIGN, s'est "dégradé", a annoncé mardi la garde des Sceaux Rachida Dati.

"Actuellement, il est au bloc opératoire", a déclaré la ministre à la presse, en marge d'une visite au centre des jeunes détenus de la prison de Fleury-Mérogis pour la rentrée scolaire.

"Son état s'est dégradé depuis hier", a-t-elle ajouté, en indiquant qu'elle ne ferait pas davantage de commentaire.

C'est beaucoup moins intéressant que l'éventuelle future grossesse de Rachida Dati.

Qui se trouve confirmée par l'heureuse future mère célibataire.

PS: A part le ventre de Rachida, on pouvait voir ceci, à Fleury-Mérogis:

Les joies simples en maison d'arrêt:
Un détenu agite, le 02 septembre 2008,
un drap enflammé à la fenêtre de sa cellule de la prison de Fleury-Mérogis,
pendant la visite de Rachida Dati.
Photo AFP.

A ce sujet, on peut lire un reportage ici.

mardi 2 septembre 2008

Rasage sans angoisse


Découvrez Charles Lloyd


« Le libéralisme n'est pas une construction intellectuelle comme le marxisme : le monde a été créé ainsi. [...] C'est le meilleur système. La guerre économique fait moins de victimes que les guerres militaires ou religieuses. Le libéralisme est inscrit dans la nature humaine, parfois violente et injuste. » Jean-Marc Sylvestre. Entretien à VSD, 20/01/2005


Longtemps, je me suis rasé de bonne heure...

Anéfé, excepté ma célèbre barbiche, souvent copiée jamais égalée, je déteste présenter aux lèvres de mes contemporaines des joues rêches et rugueuses... Je dois dire que peu de mes contemporaines ont le bonheur de pouvoir déposer un chaste baiser sur ma célèbre barbiche.

Longtemps, ma séance de rasage coïncida avec la chronique économique de Jean-Marc Sylvestre sur France Inter.

A la seconde près!

J'ai tout tenté: me brosser les dents avant de me raser, me doucher après m'être rasé, prendre une tasse supplémentaire de café avant d'occuper la salle de bain... Rien n'y fit.

Bien sûr, les chroniques du sylvestre et bucolique Jean-Marc eurent pour néfastes conséquences de multiples coupures, qui ont trop souvent mis en danger mon asthénique pouvoir de séduction.

On aura compris que j'utilise un rasoir tout à fait mécanique, de ce modèle très astucieux formé d'une lame qui tire le poil et d'une autre qui le tranche avant qu'il ne se rétracte. L'horripilation provoquée par la voix de J.M. Sylvestre ayant pour conséquence que la première lame en arrivait à tirer le poil ET la peau, on imagine les désastres causés par la seconde lame.

Un Jean-Marc bien rasé.

Je peux maintenant empoigner mon rasoir sans angoisse: Jean-Marc Sylvestre n'assure plus sa délicieuse chronique sur les ondes de France Inter. Son immense talent va désormais s'exercer à travailler plus pour gagner plus, comme directeur adjoint de l'information de TF1 et de LCI, où il sera en charge de l'information économique et sociale.

Il est remplacé par Dominique Seux (journaliste aux Échos), que je n'ai pas encore entendu, et non par le délicat Bernard Maris (directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo et actionnaire de l'hebdomadaire à hauteur de 11%) comme je l'ai redouté un instant. Tonton Bernard Maris continuera à donner ses résumés de cours à 6h 50, dans le journal éco, avec Patricia Martin dans le rôle (de composition) de l'élève intelligente.

De Jean-Marc Sylvestre, j'aime évoquer son livre Une petite douleur à l'épaule gauche, chez Ramsay. Dont je copicolle cette

Présentation de l'éditeur

Eté 2002. Tout commence par une petite douleur à l'épaule gauche. Le lendemain Jean-Marc Sylvestre est hospitalisé. Atteint d'une infection d'origine nosocomiale, due à un staphylocoque à tête dorée, il doit en outre subir une opération à cœur ouvert. Trois mois de galère aux frontières de la mort. Quand ça arrive aux autres, on compatit. Quand ça vous arrive, on regarde la planète d'une façon différente. Jean-Marc Sylvestre fait le récit de cette épreuve, qui l'a changé profondément. Il a vécu l'hôpital de l'intérieur, il a découvert la compétence et le dévouement des personnels de santé - médecins, infirmières et aides-soignants.

" Du système de santé, dit-il, je ne connaissais que l'ampleur du déficit de l'assurance - maladie. Un gouffre... " Le journaliste économique, connu pour ses convictions libérales, qui n'a eu de cesse de critiquer les errements comptables de la Sécurité sociale, admet aujourd'hui que c'est elle qui lui a sauvé la vie. Des mois d'hospitalisation, de très lourds protocoles antibiotiques, des scanners, des IRM... Sans les assurances sociales françaises et la liberté qu'elles donnent aux médecins, Jean-Marc Sylvestre n'aurait pas pu s'offrir cette chance de survivre. Notre système de santé est exceptionnel de qualité, nous pouvons nous en réjouir. Est-il équitable et juste ? La question sera posée.

Haletante comme un thriller, l'aventure médicale et intime d'un homme qui, convaincu d'être perdu, remet en cause ses convictions les plus profondes. Mais aussi la révélation des dégâts croissants causés par les maladies nosocomiales et un plaidoyer lucide en faveur du système de santé français.

Trouvez l'erreur... ou l'hypocrisie...

Comme le disait Daniel Mermet dans son édito d'adieu à son confrère de chaine:

Pendant 22 ans, cet homme a murmuré à l’oreille des veaux. Un homme toujours prêt à lécher les maîtres du monde jusqu’entre les doigts de pied là où ça sent pas toujours très bon.


PS: Evidemment la musique du jour n'a rien à voir avec J.M.S....
C'était juste pour pouvoir dire que Charles Lloyd et Zakir Hussain, que l'on entend ici, donneront un concert à la Grande Halle de la Villette, ce jeudi, à 20h.

lundi 1 septembre 2008

Feuilleton par Delfeil de Ton



Le concert de jazz le plus extraordinaire auquel j'ai assisté eut lieu dans le dernier pavillon de Baltard à s'élever sur le site des Halles de Paris, que l'urbanistique gaullisto-pompidolienne s'employait à rayer des plans Taride, avec l'imagination qu'on lui connaissait et qui a fait les preuves que l'on connait.

Ce concert devait être littéralement "célébré" par l'Arkestra de Sun Ra, au lendemain des funérailles nationales du général de Gaulle. Une foule de deux ou trois milliers de personnes se présenta aux portes du concert, véritable antiphrase soixant-huitarde de la France en deuil de son général. Les autorités, mues par la crainte du désordre, ou le respect du glorieux décédé, ou le sens inné de la provocation, dépêchèrent sur place quelques escouades ou bataillons de policiers, de manière à limiter les entrées à 1200 auditeurs-spectateurs. Les cordons de CRS avaient pris le contrôle de la situation autour du pavillon Baltard, lorsque l'on vit Sun Ra, revêtu d'étoffes dorées et portant un ostensoir solaire, sortir du pavillon, rompre le cordon policier et venir chercher les spectateurs non encore dispersés.

Je n'ai, hélas, pas trouvé de photos de cet événement...


Le succès de ce concert était en grande partie dû aux articles de Delfeil de Ton, dans l'Hebdo Hara Kiri, qui venait tout juste d'être interdit.

Depuis qu'il détonne chaque semaine dans les pages du Nouvel Observateur, le magazine du prêt à penser de la gauche-un-peu-à-droite-de-l'extrême, je ne lis que très épisodiquement ses chroniques, généralement dans des salles d'attente, et donc avec retard.

Delfeil de Ton a quitté l'équipe du Charlie Hebdo historique (car il faut préciser) en 1975, sans trop donner d'explications, et c'était son droit. On a donc l'impression qu'il sort d'une réserve qu'il s'était imposée en s'intéressant de près aux affaires du soi-disant Charlie Hebdo (l'ersatz dirigé par Philippe Val). Cela donne un passionnant et instructif feuilleton de l'été, dont on peut retrouver les différents épisodes sur BiblioObs.

Le premier article est intitulé "Vive Siné !", est daté du 23/07/2008 et nous éclaire un peu sur la pensée du "petit monsieur Val":

«Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas.» La sentence de M. Philippe Val, penseur contemporain, figurait donc en couverture du numéro 1 du nouveau «Charlie-Hebdo». En 2004, lorsque parut un livre, «Les Années Charlie, 1969-2004», qui prétendait retracer l'histoire du journal, cette couverture y fut republiée sur une pleine grande page mais la sentence n'y figurait plus. Le court texte, dans lequel elle se trouvait, avait été supprimé. C'est ainsi qu'on fait l'histoire, au nouveau «Charlie-Hebdo».

Le 28/07/08, dans un entretien, DDT signale ceci:

(...) La réalité est la suivante: Siné, comme tout bon chansonnier ou chroniqueur humoristique, commente l'actualité. Et l'actualité, c'était que Patrick Gaubert, président de la Licra, se réjouissait, dans les pages de «Libération» du 23 juin, que «le fils de Nicolas Sarkozy, Jean», vienne «de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l'épouser». Siné ne dit rien de plus si ce n'est sa petite conclusion: «Il ira loin ce petit.» Or tout le monde pense que Jean Sarkozy, qui est, à 21 ans, président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine, ira loin. (...)

Le 30/07/2008, le savoureux "Théorème de Joffrin" nous livre la réaction de DDT aux propos éditoriaux du journaliste le plus bête de France:

«Mon cher Laurent, ton article est immonde qui affecte de croire que Siné n'a pas précisé le sens de son propos, qui était pourtant déjà très clair, voir les innombrables témoignages. Quant aux "bataillons cacochymes", ils comprennent la fine fleur de l'humour d'aujourd'hui. Dont le dessinateur de ton journal! »

En plein délire médiatique, DDT fait une mise au point (qui aurait dû être inutile en des temps plus éclairés...) sur la mise à contribution de feu Pierre Desproges:

«Gorgé de vin rouge et boursouflé d'idées reçues, qui présente à nos yeux blasés (...) la particularité singulière d'être le seul gauchiste d'extrême-droite de France (...) masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l'antisionisme propalestinien.»
Ces extraits en sont cités dans le «Rebond» d'un M. Marc Weitzmann, présenté comme journaliste, sur Libération.fr daté du 31 juillet. Je ne garantis pas l'exactitude des citations tronquées par M. Weitzmann.
Bon.
Figurez-vous, bonnes gens, qu'en ce temps-là, Desproges et Siné travaillaient dans le même journal. Lequel s'appelait «Charlie-Hebdo». Années 1970. Le vrai «Charlie-Hebdo». Pas le Charlie-Ersatz d'aujourd'hui.

Bref, les accusations portées par Desproges contre Siné et pieusement rapportées par des «philosophes», des «journalistes», c'était DE L'HUMOUR. Comme je vous le dis. C'était pas pour de vrai. C'était une blague entre copains.
Alors, s'il vous plaît, lâchez-nous avec Desproges. N'abusez pas de son cadavre. Il vous clouerait sur place, s'il pouvait revenir. Et je vous parie que ça le démange.

L'épisode le plus instructif est celui du 13/08/2008, intitulé "Cabu et Val, duettistes", que je vous conseille de lire en totalité pour bien connaître l'histoire de l'ersatz "Charlie Hebdo".

En 1992, Cabu et Val forment une société pour éditer un hebdo. Ils n'ont pas de titre. Je le sais d'autant mieux que pendant deux jours j'ai passé des heures au téléphone avec Val à en chercher un. A la veille de paraître, Wolinski dit: «Pourquoi pas Charlie-Hebdo?» (...)
(...)

Pendant ce temps, c'était la société fondée par Cabu et Val, pour un journal sans titre, qui gérait «Charlie-Hebdo». Il fallait donc régler ça. Cavanna souhaite partager sa propriété toute neuve. Un jour, Cavanna, Val et moi, on se retrouve chez Malka. Pour Cavanna et moi, il était notre avocat à tous. En fait, il était l'avocat de Cabu et Val. Nous lui demandons de préparer des statuts à la manière de ce que nous pensions être ceux du «Canard enchaîné»: les sept (dont Cabu) fondateurs encore vivants de «Hara-Kiri hebdo» (notre premier titre), puis de «Charlie-Hebdo», plus Val, seraient propriétaires temporaires à parts égales. Chaque part reviendrait à un collaborateur du journal choisi par les survivants après chaque décès. Cavanna, que «ça faisait chier» (et moi donc!) me confie le soin de suivre l'affaire.

Les semaines succèdent aux semaines et rien ne vient. Je fais irruption chez Malka. Je lui demande où il en est de ces statuts pour une société. Il me sort un brouillon de charte. J'ai compris qu'on se foutait de nous. Comme, déjà, l'autoritarisme de Val m'était insupportable, sa morgue, sa prétention, à quoi s'ajoutait l'ennui qui régnait dans la salle de rédaction, j'ai foutu le camp sans phrase, après cinq mois de collaboration, me contentant un dimanche de bouclage de ne pas envoyer mon article. Le mardi je recevais par la poste, sans un mot d'accompagnement, un «pour solde de tous comptes». C'était en mars 1993.

La suite, je ne la connais pas. Je constate que quinze ans plus tard, Cabu et Val se partagent, avec chacun 40% des parts, la société éditrice et une société immobilière, auxquelles sont seuls associés Bernard Maris et leur comptable. Je n'en ai jamais parlé avec Cavanna.

(Je dois dire que j'aime beaucoup-beaucoup le rôle de "l'autre économiste" de France Inter et du comptable !)

Enfin, dans son articulet du
27/08/2008, DDT nous révèle la couverture du numéro zéro du futur "Siné Hebdo".


PS: Bien que notre bien utile Deezer.com se soit enrichi notablement en jazz, ces derniers temps, il est toujours aussi peu documenté sur les plages proposées. En recourant à la discographie de Sun Ra (qui est aussi touffue que sa musique), j'ai trouvé pour le morceau ci-dessus:

Sun Ra-p; Akh Tal Ebah-tp; Marshall Allen-as, fl, ob; Danny Davis-as, fl; John Gilmore-ts, perc; prob. James Jacson-fl, bsn; Eloe Omoe-bcl, fl; Richard Williams-b; Luqman Ali (Edward Skinner)-d; Atakatune-cga. Live, possibly Philadelphia, 10/14/1977