dimanche 28 septembre 2008

"L'homme a la bite en pointe."



Les psittacidologues, spécialiste des psittacidés, vous diront que la phrase contestable qui sert de titre à ce billet (et dont la présence va, je l'espère, gonfler mes statistiques de quelques égarés gougueulisés) ne saurait être correctement prononcée par "la voix aiguë, nasillarde et comme avinée" d'un perroquet.

A moins que.

A moins que ce perroquet ne se nomme Heidegger et ne soit le personnage chargé par Jean-Marie Blas de Roblès de prononcer l'incipit de son superbe roman "Là où les tigres sont chez eux" (éditions Zulma).

Le lecteur à l'esprit un peu tordu aura reconnu dans la distorsion des mots prononcés par un bec de perroquet, le célèbre vers d'Hölderlin, tant cité par le Heidegger "historique" et tant ressassé depuis: "L'homme habite en poète."

Ce perroquet nourri de graines diverses et de philosophie appartient à Eléazard von Wogau que l'on peut considérer comme le personnage central du roman.

Central mais bien décalé, Eléazard est un Français, correspondant de presse dans le Nordeste brésilien, qui travaille à l'établissement du texte d'une biographie récemment retrouvée du père Athanase Kircher. Eléazard peut être tenu pour un spécialiste de Kircher, ayant jadis commencé, puis jeté aux oubliettes, une thèse sur ce saugrenu révérend père jésuite, curieux personnage de l'âge baroque, qui a prétendu embrasser tous les savoirs de son temps, qui fut astronome, mathématicien, physicien, géologue, archéologue, égyptologue, sinologue, théologien, qui a cru déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens et inventer une langue universelle, mais qui n'a laissé qu'un fatras de curiosités accumulées qui finirent par constituer le Musée Kircher dont les collections furent dispersées au milieu du XIXième siècle.

Le musée à l'époque de Kircher

Les différents chapitres de l'hagio-bio-graphie du père Kircher ponctuent le récit des aventures des nombreux personnages du roman qui suivent leur chemin dans un monde qui ressemble assez à celui où nous vivons. Entre ce texte ancien, un peu pesant et presque caricatural, et les histoires d'Eléazard, de sa future ex-épouse, de sa fille..., s'établissent des correspondances et des liens souterrains sur lesquels Jean-Marie Blas de Roblès se garde bien de s'apesantir, mais que le lecteur s'amuse à repérer...

Homme "sciatérique"
(A. Kircher, Mundus subterraneus, t. II, p. 427)


On pourrait (et on aimerait peut-être) croire que les fils de la fiction vont se tisser au final pour produire l'image rêvée de l'unité baroque, mais l'auteur nous a mené en bateau, un bateau qui ressemble à une arche de Noé (si chère à Athanase) qui aurait sombré, porteuse d'une "humanité incapable d'avoir une vision du monde dans lequel elle vit, sinon qu'elle court à sa perte, faute de repères, de point d'appui. Faute de réalité."

Personne ne se marrie et les enfants continueront de mourir dans les favelas.

Il s'agit bien d'un "dénouement" de la fiction, radical et au sens propre.


PS1: Jean-Marie Blas de Roblès a accompagné son livre d'un très précieux Index iconographique où l'on peut trouver des illustrations des ouvrages de Kircher, des précisions sur le Brésil et des renseignements sur les crus dégustés par les personnages... J'y ai puisé les deux images de ce billet (mais je n'ai pas pu repiquer la musique...)

PS2: Là où les tigres sont chez eux a reçu le prix du Roman Fnac 2008. Ce n'est pas une raison pour l'acheter à la fnac. Il y en a pas mal d'exemplaires tout frais à la librairie de l'Atelier, 2bis rue du Jourdain, métro Jourdain.

PS3: JM BdR sera l'invité de Tout arrive sur France-Culture, le 29/09. C'est bientôt... et vers midi, il me semble.

PS4: JM BdR sera aussi l'invité des coups de cœur de la rentrée littéraire d'Atout Livre, vendredi 10 octobre 2008, à 19h30, 203 bis avenue Daumesnil à Paris 12ième.

PS5: Inutile de préciser que j'ai placé ce livre dans la liste des "livres que je relirai sûrement"... (c'est une sorte de liste Goncourt intemporelle bien à moi).

14 commentaires:

Bécassine a dit…

Si même tôa, tu te mets à faire du buzz pour améliorer ton classement ouiquio, c'est vraiment la fin des haricots !

Bises et bonne soirée !

PS : tu aurais peut-être pu préciser à ton fan-club (auquel ton billet aura fatalement donné très envie d'acquérir et de lire "Là où les tigres sont chez eux") que le bouquin est ENORME (sur livreshebdo.fr, ils préfèrent dire que c'est un "gros roman").

PS2 : j'ai lu quelque part que les éditions Zulma prévoient déjà de réimprimer 15000 exemplaires...

Guy M. a dit…

Meunon, Bécassine, le livre ne fait que 800 pages, ce n'est pas énorme, ni même gros.

Si Zulma fait un buzz (comme tu dis...) avec ce livre, c'est tant mieux.

PS: je suis très vexé par les insinuations du début fielleux de ton commentaire...

Bécassine (le retour) a dit…

Ben faut pas te vexer, voyons ! C'est toi qui parles de gonfler tes stats...

Bises (avec de plates excuses pour la vexation occasionnée)

Guy M. a dit…

J'en parle, mais ça ne veut pas dire que j'approuve!
;-)

Sans rancune aucune...

Lucide a dit…

Et elles ont gonflé ? Vos stats.

Guy M. a dit…

Franchement, ça m'étonnerait! Un ou deux ahuris, tout au plus, qui arriveront après une requête gougueule avec un "gros mot"... et qui s'en retourneront déçus...

myrage a dit…

Oui, ils seront sans doute déçus, mais bah, sur un blog qui s'appelle "l'escalier qui bibliothèque", s'attendent-ils vraiment à trouver des videos porno-gay? (ou pas gaies, tu en feras un titré "gros nibards"?)

Guy M. a dit…

Un jour peut-être...

Bécassine (la résurrection) a dit…

Je voudrais surtout pas jouer la mouche du coche, mais le commentaire de Myrage me semble potentiellement bôôôcoup plus vexant que le mien !

Bises !

Guy M. a dit…

Ne faut-il pas parler de "mouche du scotch" ?

Désolé, je suis un peu fatigué...

myrage a dit…

Merci pour le "scotch"... (oui, je persiste)

Guy M. a dit…

Meunon, myrage, le scotch était destiné à Bécassine...

Bécassine (la Scotch Attitude) a dit…

Tiens, tu as vu que le Yéti a écrit un billet sur Là où les tigres sont chez eux ?

Bises !

Guy M. a dit…

Tu as raison de le signaler, chère Bécascotchine.

(Et faire les liens, c'est rien classe! Bravo!)