jeudi 26 mars 2009

Gavage médiatique

Difficile de décider si nous sommes plus gâtés que gavés, mais au moins ne sommes-nous pas sous-alimentés en informations concernant les dossiers des inculpés du 11 novembre.

Gavage traditionnel
utilisant une matraque en coudrier.


Comme je suis d'un avéré et lucide pessimisme en ce qui concerne l'indépendance de la presse dans ce type de nouvelles, je suppose qu'une cellule invisible de communication pilote ce goutte à goutte sur lequel sont branchés dépêches d'agence et articles de quotidiens. Ce n'est pas une concession à une quelconque théorie du complot, mais une application d'un principe de prudence épistémologique: il me semble de moins en moins évident que les enquêteurs de la presse aient suffisamment de liberté pour pouvoir enquêter sur les enquêteurs du ministère de l'Intérieur...

Hier, dans le journal Le Monde daté d'aujourd'hui, car ce journal a la fâcheuse habitude de faire croire aux parigots qu'ils sont en avance, Isabelle Mandraud donnait deux articles concernant le contenu du fameux dossier d’instruction de l’affaire des inculpés du 11 novembre.

Le premier est assez court, mais bien détaillé, et il introduit bien au second, qui, me semble-t-il, avait droit à la une de la version Le Monde-papier.

On apprendra donc, avec une certaine alacrité, il faut bien le dire, qu'à la fin de 2005 (que c'est déjà loin, tout ça...), l'acquisition de la ferme du Goutailloux, à Tarnac, avait fait l'objet d'une enquête très professionnelle menée de la part du brigadier Lilian L., de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), qui a dû patauger pendant huit mois dans les vérifications de comptes bancaires, statuts et registres d'associations, sans parler de la boue des chemins corréziens, avant de conclure:

"En aucun cas, il n'a pu être démontré le blanchiment d'activités criminelles ou délictueuses."

Cette affaire, classée sans suite, figurerait dans le dossier...

Là, je reste en position du lotus abruti, je ferme les yeux, et je hurle d'une voix de canard, sur un air tibétain: "j'aiconfianceenlajusticedemonpayyyyyyyyys", et j'ajoute "amen", au cas où.

Méditation avec moulin à prière
recyclé en machine à gaver.

L'article de fond Ce que contient le dossier d’instruction de l’affaire Tarnac, n'est pas seulement une variation avant-gardiste sur le mot "Rien", résumant ce que l'on savait déjà:

Le dossier a beau être dense, il ne contient ni preuves matérielles ni aveux, et un seul témoignage à charge, sous X, recueilli le 14 novembre.

Isabelle Mandraud donne aussi une bonne idée des moyens employés pour mener cette traque policière, dont les motivations profondes ne sont toujours pas explicitées... à moins d'en revenir à cette idée d'une construction fantasmatique et foireuse d'un terrorisme intérieur menaçant la sérénité promise par le Sarkozisme épanoui.

La publication de cet article dans le Monde, petite goutte d'information dans un océan de camouflage, a été suivi d'un scoupe libéré par l'AFP et presqu'aussitôt relayé par le NouvelObs.com, accompagné de son habituel manque de mise en perspective.

L'étau se resserre sur le "groupe Coupat", après la découverte d'un manuel de fabrication de bombes sur l'ordinateur de la compagne de Julien Coupat, Yldune Levy, mise en examen pour destructions et associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.


On avale gentiment...

Isabelle Mandraud a-t-elle mal exploité son accès au dossier de l'instruction ? Comment a-t-elle pu passer à côté d'un fait qui semble si important ? Aurait-on manipulé la rédaction du Monde pour pouvoir sortir cette véritable petite bombe médiatique ?

Comment croire que les experts informatiques de la police scientifique (ou d'ailleurs) aient besoin de plus de quatre mois pour lire les informations d'un disque dur, à moins de supposer qu'ils sont effectivement nuls, au sens du zéro absolu, ou qu'ils travaillent sur des machines à coudre Singer à pédales reconverties en lecteurs de disques durs...

Encore un petit effort...

Tout ceci m'inquiète énormément...

Cette obsession sur ce que peuvent lire les gens...

Je dois avouer à messieurs les enquêteurs que, hélas, je ne suis pas très intelligent, sinon j'aurais fait enquêteur, bien sûr, mais je suis extrêmement curieux. Tellement curieusement curieux qu'il y aurait bien de quoi inquiéter un enquêteur curieux...

Je me suis parfois demandé s'il était possible de faire des pétards (au sens artificier) avec certain désherbant, par exemple...

C'est louche, non ?

Je me suis renseigné aussi très minutieusement sur les techniques de gavage des oies... J'ai téléchargé de la documentation.

Je me suis même demandé, à l'heure d'un mémorable apéritif, s'il ne serait pas possible d'ainsi faire ingérer la totalité de ses stock-options à un heureux bénéficiaire, en petite coupures, précuites....

...avec une auxiliaire faussement sexy
très années cinquante...



Maintenant, c'est pire: je vais chercher s'il n'y a pas un moyen d'utiliser mon certain désherbant pour effacer mon disque dur.

Je vous dirai si ça marche.

Enfin, non, je ne dirai rien.

(Suis-je benêt, j'ai failli tout "leur" dire.)

6 commentaires:

JBB a dit…

Si les stock-options ne veulent pas passer, je pense en effet qu'un peu de désherbant facilitera le transit. Et si tu as affaire à des banquiers ou à des hommes d'affaire, ils ont a priori l'estomac assez solide pour que tu leur enfonces aussi ton disque dur dans l'oesophage.

Par contre, pour l'Insurrection qui vient, il faudra que tu t'en charges toi-même. Comme je suppose que tu l'as déjà dévoré, ce bouquin, c'est un moindre mal.

Guy M. a dit…

Tu as raison, le désherbant permet de bien dégager au-dessus du pylore, mais il faut faire attention aux mélanges détonants (mais j'en dis encore trop).

J'ai eu du mal à avaler l'Insurrection qui vient... La justice de mon pays en tiendra compte, j'espère.

Lucide a dit…

Superbes les illustrations et très parlantes !
Signé : une oie sauvage.

Guy M. a dit…

Du fond de ma basse-cour, merci, oiseau de passage !

JBB a dit…

"La justice de mon pays en tiendra compte, j'espère."

Tout juste une circonstance atténuante. Et encore… L'important n'est pas la façon dont tu l'as avalée, mais dont tu l'as digérée.

Guy M. a dit…

Oh, après ingestion, c'est passé comme une lettre anonyme à la poste...