jeudi 12 mars 2009

Des familles sous notre protection

La mauvaise humeur de notre nouveau ministre de la rafle et de la délation, déclenchée par les déclarations de Philippe Lioret à propos de la sortie de son film Welcome, aura eu au moins cet avantage d'obliger les bulletins d'information et les journaux à faire plus de place aux ignominies commises au nom de l'identité nationales à l'encontre des sans-papiers.

Ainsi, le journal de 7h de France Inter a présenté un sujet sur la conférence de presse organisée par le Réseau Education Sans Frontière, à la mairie de Décines, commune du Grand Lyon.

L'invitation à cette réunion commençait ainsi:

Aujourd’hui à Lyon, nous sommes amenés à "protéger" trois familles particulièrement menacées: la famille Hamaïdi, la famille Nekaa, et madame Sunil et son fils ; une famille qui a passé plusieurs jours en rétention, une autre qui a échappé à une arrestation et une femme qui a refusé l’expulsion en octobre et qui est menacée d’expulsion immédiate en cas d'arrestation.

Un article de LibéLyon rend compte de cette réunion.

Un sujet a été diffusé sur le journal de 13h, sur France 2:



On peut avoir davantage d'informations sur la famille Nekaa en consultant le blogue du comité de soutien, animé par Vincent Dupuy, qui explique son action en disant qu'il "refuse simplement de renier sa condition d'humain" (cité par LibéLyon).

Ce genre de petite musique doit être "insupportable" pour monsieur Eric Besson, mais moi, j'aime bien.

De même, j'ai bien aimé, en prenant mon petit déjeuner, entendre la voix du petit Samir, 6 ans, qui répondait, avec ce sérieux et cette clarté que peuvent avoir les enfants, aux questions assez banales d'un journaliste. L'entendant, je voyais les étoiles qui malgré tout doivent briller dans ses yeux.

Son histoire est résumée dans le texte d'invitation:

Samir, 6 ans, est scolarisé en CP à Lyon. Il parle couramment français.

En 2003, Rosani Sunil fuit le Sri Lanka avec son fils Samir. Elle pense venir en France, mais le bateau la laisse en Grèce. Elle dépose alors une demande d’asile mais elle n’a jamais pu expliquer son histoire. La Grèce est le pays d’Europe qui accorde le moins de demande d’asile. En mai 2004, après avoir passé plusieurs mois en centre fermé puis à la rue, Rasani Sunil retourne au Sri Lanka où, a nouveau, elle subit des persécutions.


En mai 2008 elle est à nouveau contrainte à l’exil et arrive en France avec Samir. Lors du trajet, elle a perdu tous ses papiers et toutes les preuves prouvant qu’elle était retournée au Sri Lanka entre 2004 et 2008.

La France considère donc aujourd’hui que Rasani arrive de Grèce et que dans le cadre des accords Dublin II, c’est la Grèce qui doit examiner sa demande d’asile. Or le Haut Commissariat aux Réfugiés conseille aux gouvernements en avril 2008 de s'abstenir, jusqu'à nouvel ordre, de renvoyer des demandeurs d'asile vers la Grèce dans le cadre du Règlement Dublin.


En octobre 2008, Rosani et Samir sont placés en rétention à Lyon. Rosani refuse l’expulsion à l’aéroport de St Exupéry et est libérée suite à un référé déposé par l’avocate au vu de l’absence d’interprète...
Aujoud’hui Rosani Sunil et Samir sont expulsables vers la Grèce d’un instant à l’autre... un retour vers la Grèce entrainerait un retour au Sri Lanka.

Pour éviter une arrestation, nous en sommes réduits aujourd’hui à "cacher" cette famille, à ne pas laisser Samir et sa maman se déplacer ensemble et seul.


Samir doit pouvoir grandir sans être caché, vivre au grand jour comme n’importe quel enfant.


Parmi ceux qui étaient présents, j'ai été heureux d'entendre le nom de Pierre Péju, l'auteur si discret de La petite chartreuse, ce beau récit où se mêlent l'amour des livres et le respect de l'enfance blessée.

Je lui dois plus que des plaisirs de lecture. Il faut parler de bonheur.

Et même de libération, s'agissant de Naissances, ensemble de récits situés sur la frontière de l'indicible qui explorent, d'un point de vue masculin, le "banal miracle de chaque naissance".

Savoir qu'il était présent, et engagé, pour moi remettait de l'ordre dans le monde.

Pierre Péju.

6 commentaires:

Philippe Sage a dit…

S'attaquer à un film, quand bien même via les propos tenus par son réalisateur, remettre en cause une œuvre artistique, je ne voudrais pas faire un énorme raccourci (même si ...) mais ça rappelle une époque nauséabonde .. M. Besson (c'est un avis tout a fait personnel) m'inquiète beaucoup ..

Guy M. a dit…

L'obstination d'Eric Besson rappelle des choses dont justement il ne veut pas entendre parler... C'est un personnage qui fait froid dans le dos.

Marianne a dit…

c'est tout le gouvernement qui fait froid dans le dos . Aujourd'hui la police enquête sur le blog d'un lycéen à Bry sur marne, blog qui commentait les réformes Darcos ! Il avait raison notre Narkoprésident c'est dès le berceau qu'il faut que la surveillance s'applique sur les jeunes , le biberon étant le meilleur vecteur pour passer des messages de résistance . Et si le petit est allaité , mettre la poitrine de la nounou en garde à vue .

La petite chartreuse , j'ai vu en film , très émouvant .

Guy M. a dit…

J'ai l'étrange impression que l'on est en train de passer à la vitesse supérieure dans une course dont le but est la mise en place d'une société de contrôle absolu...

JR a dit…

Quant à Naissances de Péju, c'est vrai qu'il est doux de savoir que des hommes peuvent encore écrire ainsi…

Guy M. a dit…

Il faudrait sans doute que je relise le livre, mais il m'avait semblé que Péju n'aurait pas écrit de cette manière sans l'émergence de la parole des femmes.