lundi 31 mars 2008

Conseils littéraires à un futur président de la république

Il y a quelques années, par erreur, j'ai été approché par un (encore) jeune élu qui désirait bénéficier de mes conseils dans la poursuite de sa carrière, qu'il voulait conduire jusqu'à la présidence. Je l'ai perdu de vue, il est sans doute allé se fondre dans la foule des prétendants écartés…

Voici, un peu remis en forme, les conseils que j'avais cru bon de lui donner.

Il est important de songer assez tôt à se faire un nom sur le marché de l'édition. L'idéal serait bien sûr de se faire un nom dans le monde des Lettres, mais il faut savoir modestie garder.

Pourquoi publier un livre sous votre nom? J'y vois trois raisons.

Primo: N'oubliez jamais que le peuple français, tout inculte qu'il soit, garde une grande estime pour "celui qui écrit des livres" (moins que pour "celui qui passe à la télé", certes, mais cela vous avez déjà appris à le faire). Vous pouvez ainsi compléter votre image d'une aura littéraire (un peu inattendue, je vous le concède, mais justement…)

Deuxio: Votre nom étant déjà largement connu, le tirage de votre livre sera écoulé en peu de temps, et si votre éditeur sait faire désirer votre opuscule en jouant subtilement avec les délais de réimpression (rassurez-vous, éditeur, c'est un métier, ils savent faire), vous pourrez atteindre un chiffre de vente confortable, donc une somme rondelette pour votre argent de poche (une toute petite poche).

Tertio: Il n'est pas déplacé de songer à un avenir lointain, où déchargé de la charge de conduire l'état, vous pourrez envisager d'entrer à l'Académie Française. L'élection d'un ancien président de la république au rang d'immortel n'est pas acquise de droit (c'est une honte, mais c'est comme ça). Malgré un sérieux problème de recrutement, ces mesdames et messieurs préfèrent admettre un écrivain reconnu dans leurs rangs. Et les discours politiques ne sont pas admis comme œuvre littéraire (c'est une autre honte, mais c'est comme ça).

Avant de vous mettre à l'ouvrage, il me semble nécessaire de faire rapidement un bilan de vos compétences. Il n'est guère encourageant. Votre syntaxe "spontanée" est déplorable. Je crois que cela fait longtemps que l'on vous conseille de "reprendre les bases" (c'est toujours le conseil que l'on donne lorsqu'il n'y a plus rien à espérer). Votre niveau de vocabulaire est déconcertant, vous en venez trop facilement à un lexique assez vulgaire. Là aussi, il faudra faire un effort de mise à niveau. Votre éditeur pourra utilement vous conseiller de recourir aux services d'un "correcteur".

Mais dans quel domaine allez vous œuvrer?

La détermination que vous affichez depuis votre toute petite enfance à devenir président de la république montre bien à quel point vous manquez d'imagination. Vous sont donc interdites les voies nobles du roman et de la poésie. Je vous déconseille de vous lancer dans l'aventure de l'essai philosophique, vous n'en avez pas le goût, semble-t-il.

Mon conseil sera donc de vous livrer à des travaux historiques bien ciblés. Je veux dire par là qu'il vous faudra délimiter très strictement votre sujet. Et, pour le faire, je vous conseille de vous orienter vers une biographie.

Dans le choix du personnage dont vous allez écrire la biographie, il faut s'assurer d'une possibilité d'identification, mais je vous recommande une certaine prudence. Ecartez d'emblée Jeanne d'Arc, vous avez trop peu d'expérience de la chevauchée… Je vous déconseille Henri IV et Bonaparte, il vaut mieux être agrégé ou diplomate pour se lancer là-dedans…

Choisissez plutôt une homme politique assez proche de nous dans le temps, proche de vous dans les idées, peu connu du grand public et un peu ignoré des historiens. Cette dernière condition vise à réduire votre travail sur la bibliographie (une vague thèse universitaire et un livre en anglais, non traduit, suffiraient).

Enfin, il me semble judicieux de trouver un personnage dont la biographie s'insère dans un grand récit national, tel que la Résistance.




Sur ce dernier point, j'ai senti une grande réticence de sa part.

En gros, selon lui, il fallait en finir avec l'héritage de la Résistance, etc.

Je lui ai dit qu'on pouvait toujours jeter le bébé et garder l'eau du bain. Il est parti sans payer la consultation.




PS: Cela n'a évidemment rien à voir, mais vous pouvez consulter des deux articles du ContreJournal de Libération: article 1 et article 2.

5 commentaires:

Françoise a dit…

Mais bon sang, qui peut bien être cette personne à qui tu as donné de si bons conseils, et qui est parti sans payer ?

As-tu regardé si tu as toujours toutes tes rolex et tes stylos depuis ?

(J'avais lu les deux articles... C'est comique dans un sens, et tellement révélateur).

Anonyme a dit…

Voila, pour tous ceux qui se demandent (moi y compris) ce que font les politiques...des exposés d'histoire! C'est vrai que ça fait passer le temps...
A l'approche de mes 23 ans je sens moi aussi l'irrésistible appel de la plume, je vais commencer mon autobiographie (eh y'a pas de raison!)

Et pendant ce temps là à Acapulco, trois globe-trotters s'ennuient sur la plage.

M.

Guy M. a dit…

Françoise,
Je crois que la biographie est un genre à risque, la tentation du copier-coller est trop forte. Ce qui explique que je possède encore tous mes stylos.

M.,
Attention, l'autobiographie, c'est très difficile. Il vaut mieux faire comme moi: de l'autofiction (crois-tu que je sois consultant littéraire, ou saxophoniste, ou père de globetrotteur?)

Anonyme a dit…

tu persifles !

mais comment a fait ton petit homme politique pour livre la biographie en anglais, non traduite ?

Guy M. a dit…

Anonyme,
Le persiflage n'est pas ma tasse de thé, c'est bien connu, je ne bois pas de thé.

L'expression "ton petit homme politique" me laisse penser que tu as cru identifier quelqu'un...

Disons tout de suite que ce n'est pas qui tu penses, ou alors, il a bien changé.

Ceci dit, "qui tu penses" n'a justement pas lu la biographie en anglais...