jeudi 6 mars 2008

Les gars d'Ménilmontant (bis)

Dans la famille des dépressions, on connaît bien la depressio post coïtum, la depressio post partem… (on discute ferme chez les scientifiques de l'existence d'une depressio post mortem)

On connaît beaucoup moins bien une affection qui apparaît en période préélectorale, que les spécialistes nomment, en leur jargon, la depressio ante electionibus piegeaconibus amen. Les malades, il n'y en a pas un sur cent, mais pourtant ils existent, guérissent assez spontanément à la fin de la période. En général, ce sont alors les non-malades qui souffrent.

L'an dernier, j'ai failli en crever.

Et je crois bien que j'aurais fini par pousser mon dernier couac de saxophoniste si je n'avais eu la chance de rencontrer, sur le marché Pyrénées-Ménilmontant, des militant(e)s d'extrême gauche faisant campagne pour le (non) candidat Patate.

C'était place du Guignier. Dans le froid hivernal, le grand Riton la manivelle chantait d'antiques bourrées bellevilloises pendant que l'antiquaire du coin sortait les verres et trouvait une utilité décente à ses affreux guéridons. Le représentant de la commune libre de Bellevill'Montant distribuait ses tracts (format A3 entièrement faits à la main) et guettait d'un œil assoiffé l'arrivée de la bouteille.

Devant les passants terrorisés, les terroristes patatistes développaient leur rhétorique terrorisante:



Pris en otage par cette bande je développai un syndrome de Stockholm foudroyant, me chargeai de stiqueurs et rentrai chez moi en hurlant !Qué Viva Patata!



Dans cette période où la parole était distribuée avec minutie (?) entre la pesante scansion des versets incantatoires du plumitif du candidat Sarkozy et les psalmodies aux vertus hypnotiques de la candidate Royal, le détournement anarcho-foutraque de la campagne par Patate avait de quoi me séduire. La vraie fausse campagne parlait plus, pour moi, de politique vraie que les candidats.



Des actions menées par Patate avant sa dissolution, ou son exil, j'en retiendrai deux.

Le dépôt des 500 patates au Conseil constitutionnel:


 
(Les 500 patates, refusées par le Conseil Constitutionnel, ont été ensuite offertes et dégustées aux alentours du métro Parmentier (évidemment))


Une tentative de réaffectation du commissariat (le plus proche de la rue Rampal, où avait été arrêté un grand-père sans papiers):

Photos




PS: Le site du candidat Patate, contenant un "souvenez-vous".
       Pour voir plus de photos de la dernière action.

       Les survivants de l'épopée patatistes se réuniront à la Rotisserie un de ces jours.
       J'en reparlerai et si je peux, je vous donnerai le menu. C'est à base de patates.

7 commentaires:

Posuto a dit…

"depressio post mortem" ?... moi qui croyait que tout allait en s'améliorant...
Mais vous avez la patate, ça console.
Kiki :-)

Le Charançon Libéré a dit…

J'adore ! J'en étais resté aux célèbres "100 patates", mais les 500 déposées au Conseil Constitutionnel, c'est du grand art ! A la hauteur des fausses manifs de droite, c'est dire.

(Merci, ça m'a bien remotivé. Ces temps-ci, c'est plutôt bienvenu)

Guy M. a dit…

@Kiki
Ce n'est qu'une hypothèse... L'expérimentation est délicate.

@u Charançon
Les périodes préélectorales, bien sûr...

Françoise a dit…

Ah ! C'est reconstituant toutes ces pommes de terres ! J'aime la lueur de compréhension amusée dans l'œil des policiers...

Merci beaucoup pour ce moment de fou rire.

Guy M. a dit…

Les forces de l'ordre ont souvent été déconcertées: devant le commissariat en cours de recyclage, on pouvait entendre des "non, non, ça va bien, chef"...

Union Intergalactique des Métiers de la Pataturgie a dit…

La Rôtisserie patatiste aura lieu le 19 mars 2008... ce sera l'occasion de se gaver de pommes de terre et de pommes d'arbre, de discuter avec des gueriller@s patatistes, fourchette entre les dents... et esquisser quelques pas de danse punk.

On pourra également feuilleter tout un tas de bonne petite littérature en attendant les plats copieux servis dans la joie et la graisse. Le restaurant est pas bien grand, mais il y a toujours de la place pour qui vient.

C'est 4 rue Sainte-Marthe, métro Belleville. Suivez les épluchures.

http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=1513

Guy M. a dit…

Très bien, ça se précise... Le menu est-il fixé?