mardi 24 juin 2008

Carla Bruni au RMI





En entendant ce matin à la radio que le quotidien Libération consacrait sa "une" putassière façon tabloïd ringard au "décryptage" des raisons de l'incendie du centre de rétention de Vincennes, je n'ai pu m'empêcher d'aller faire un tour sur Liberation.fr. Ce n'est pas que je sois très friand des fameux "décryptages" dont les sérieux journaleux besogneux nous rabotent les oreilles en permanence; je vous dirai peut-être quelque jour ce qui me semble se cacher, en matière de conception du monde, de l'information et de la vérité, derrière ce vocable galvaudé de "décryptage"… Non, j'y suis zété par pure méchanceteté: j'étais à peu près sûr que l'éditorial serait signé Laurent Joffrin et, dans la vie, y a pas que les incendies, y a aussi la rigolade.

J'ai été un peu déçu... Cet édito est intitulé "Iniquité", mais il est plutôt à classer dans la catégorie "L'âge du capitaine". Voyons son incipit (étendu):

"La politique des reconduites à la frontière a enregistré un résultat en hausse de 80%. Mais son principal symbole, le centre de rétention de Vincennes, a brûlé à 100%.

Entre ces deux chiffres, y a-t-il une relation de cause à effet ? C’est toute la question. (…)"


(Pour les curieux, la suite est . )

En réalité, j'ai l'impression que toute la question pour l'éditorialiste Laurent Joffrin était, comme à l'accoutumée: "Que vais-je bien pouvoir écrire pour avoir l'air intelligent et faire mon effet?"

Son effet, Libération l'a fait, et de quelle manière, en invitant la chanteuse intermittente, connue sous le nom de Carla Bruni, a être "rédactrice en chef d'un jour" du numéro de samedi. Certains malotrus syndiqués (ou pas), arguant du fait que ladite chanteuse intermittente était également l'épouse provisoirement permanente du chef de l'Etat, auraient obtenu une "réduction" de la présence de Carla Sarkozy (car c'était elle !) à une longue retranscription d'un long entretien. Officiellement, selon l'AFP, reproduisant les déclarations du directeur délégué de la rédaction de Libération, Didier Pourquery, cette décision a été prise "pour des problèmes de calendrier et d'emploi du temps". Le communiqué de l'AFP ajoute pour faire bonne mesure dans l'hypocrisie médiatique:.

"Selon des sources internes, l'idée avait également provoqué des réticences au sein de la rédaction, ce qui est "aussi entré en ligne de compte", a précisé M. Pourquery."

L'accueil de notre vedette au siège de Libération fut salué par un certain nombre de mécontents réunis. Ces ronchons qui ne font rien que bouder leur plaisir ont même signé un communiqué que vous auriez pu trouver sur HNS-info, et que je reproduis ici:

"Carla Bruni au RMi, Libé, ration : le torchon brûle dans une succursale du ministère de la propagande. Récit de la visite de l’épouse de Sarkozy à Libération.

Aujourd’hui vendredi 20 juin, Carla Bruni devait être "rédactrice d’un jour " du quotidien Libération. Les salariés du journal, représentés par leur intersyndicale, se sont opposés à ce projet et ont obtenu gain de cause. La direction a donc réduit l’intervention de Madame le Président Nicolas Sarkozy à un long entretien destiné à la publication dans les colonnes du journal.

Au moment où, rue Béranger, Carla Bruni descendait de son véhicule pour aller s’entretenir et déjeuner avec Monsieur Laurent Joffrin et certains de ses collègues, des chômeurs, des intermittents et des précaires l’ont accueillie au cris de "Sarkozy au RMI, Carla au RSA !". Peu désireuse de fréquenter le populaire quand il n’est pas de son fan club, Mme Sarkozy s’est alors évaporée vers la terrasse de l’entreprise qui la recevait tandis que les manifestants se trouvaient bloqués dans le hall de l’immeuble, au nom de "l’indépendance de la presse" et de la "résistance à la dictature"...

La manifestation s’est poursuivie au son de "Carla en CRA !" (centre de rétention administrative), "les rentiers en rétention !" tandis que défilaient des stagiaires non payés et des journalistes dont bon nombre refusaient de lire les tracts qui leur étaient tendu, se montrant ainsi de parfaits exemples d’une inappétence à la lecture dont on entend partout déplorer qu’elle contribue à la crise financière que connaît la presse écrite.

Refusant de travailler plus pour ne pas gagner davantage, les ébrêcheurs de consensus ont quitté cet établissement pour rejoindre, non loin de là, les sans papiers occupants la Bourse du Travail rue Charlot, en lutte pour leur régularisation.

Commission Sarkozy au RMI."

Il semble bien que la "jonction" possible avec les sans-papiers de la Bourse du Travail, malgré une présence policière aussi pesante que d'habitude, ait donné des sueurs froides à tout le monde.

Vous pourrez néanmoins admirer le self-control (sang froid en anglais) de la jolie madame au tout début de la vidéo de LibéLabo, que je vous conseille d'aller voir chez Politique.net, car vous y trouverez d'autres détails sur l'organisation du "coup" de Libé.

Pourquoi LibéLabo a-t-il conservé le début de cette vidéo ? Pour que l'on entende les slogans des protestataires ? Je ne crois pas. Pour que l'on entende la jolie midinette dire qu'elle a eu peur ? Je ne crois pas.

A mon avis, on a voulu conserver, avec un peu de sauce contextuelle autour, le très beau plan où l'on voit monsieur Laurent Joffrin fermer la fenêtre pour étouffer les cris, donnant à voir au monde entier que le grand chef de Libé, pour être, selon la formule consacrée, le journaliste le plus benêt de France, n'en est pas moins un galant homme: il ne faut pas écorcher les oreilles d'une chanteuse déjà sans voix…



PS: Plutôt que de décrypter avec Libé, allez plutôt voir par exemple le billet de Françoise L'expulsion, c'est son métier.

Et aussi les deux forts billets de Sébastien Fontenelle La Nuit et "Un Premier Feu…" . Et de là vous sauterez sur la page fort instructive de Barricata.

Après cela, peut-être penserez-vous comme moi, on ne sait jamais, que les joffrinades sont écœurantes.

4 commentaires:

Olivier Bonnet a dit…

Honte à Joffrin et indignation devant ce numéro de Libé !

Guy M. a dit…

Souhaitons lui de la boire toute! et jusqu'à la lie...

Flo Py a dit…

Qu'est-ce que vous êtes vindicatifs, tous les deux... Vous avez vraiment cru que Libé était encore un journal de gauche, ou quoi ?

Bises !

NB : évidemment, je plaisante (au moins à moitié)

Guy M. a dit…

Non non, je croyais que Libé pouvait être encore parfois lisible...

Je ne plaisante pas (au moins à moitié).

Bises.