lundi 8 décembre 2008

Police, personne ne bouge ?!



La semaine dernière, j'ai entendu avec une certaine irritation un membre la police ou de la gendarmerie faire la leçon sur le jeu du "petit pont massacreur", en utilisant les mêmes termes que ceux qu'il utilisait l'an passé pour parler du jeu du "foulard"...

Le petit pont massacreur, qui consiste, si j'ai bien compris, à tabasser sans limite un perdant, est une technique de répression aussi vieille que le monde, qui est encore utilisée par les représentants de la force publique, quand, justement, leur force d'âme ne les empêche pas de recourir à la violence.

C'est du moins l'impression que me donne un certain nombre d'images vues ici ou là...

J'ai aussi des images dans ma mémoire.

Cette plaque a été placée sur le trottoir de la rue Monsieur-le-Prince (et non pas apposée sur un mur), à l'endroit où les "voltigeurs" (policiers montés à deux sur une moto tout-terrain) ont tué Malik Oussekine.

Cette plaque fut inaugurée le 6 décembre 2006, en assez petit comité, vingt ans après les faits...

En 1986, un million de manifestants avaient défilé en signe de protestation dans les villes de France.

A la suite de ces événements, les forces de l'ordre ont, pendant quelques années, souffert de ce que l'on a appelé le "syndrome Malik Oussekine", dont le principal symptôme était une certaine timidité répressive. La guérison est presque complète.

Cliquez sur l'image pour lire l'appel.

Samedi dernier, une cinquantaine de personnes se sont réunies rue Monsieur-le-Prince, devant la plaque commémorative, pour un hommage à Malik Oussekine. La police n'était pas présente, et les assistants ont dû prendre l'initiative d'arrêter la circulation pendant la minute de silence.

Cette réunion marquait aussi le lancement de la campagne nationale contre les pratiques policières mortelles : "Police, personne ne bouge ?!".

Cette campagne est initiée par le Forum Social des Quartiers Populaires (FSQP), AC Le Feu, Olivier Besancenot/NPA, le Mouvement de l'Immigration et des Banlieues (MIB), Bouge qui Bouge, Divercité, le Collectif Lamine Dieng, Droit de Cité, le MRAP et le Comité Justice pour Hakim Adjimi.

Les objectifs de cette campagne sont les suivants:

1. Nous réclamons l'interdiction immédiate de la technique d'immobilisation enseignée et pratiquée par la police qui consiste à effectuer une "clé d'étranglement" compte tenu des risques reconnus qu'elle comporte;

2. Nous demandons à ce que soit initiée la création d’une commission d’enquête parlementaire
sur l’utilisation de la technique d’immobilisation par la police, qui consiste à pratiquer une clé d’étranglement lors d’une interpellation;

3. Au cours de cette campagne, nous appellerons toutes celles et ceux qui le souhaitent
à créer un outil national pour agir, s'organiser contre les violences policières et réclamer une inspection indépendante de la police en parallèle des services existants.

D'un naturel assez curieux, et intrigué par ce jeu de la "clé d'étranglement" pratiqué sur cette grande cour de récréation qu'est la rue, j'ai voulu me documenter sérieusement. J'ai donc lancé mon gougueule renifleur en quête de textes, ou photos, ou dessins... voire même, si possible, c'eût été l'idéal, un manuel de l'arrestation comportant les détails techniques et les recommandations d'usage: faut-il écraser le nez du suspect sur le trottoir ou lui arracher l'oreille sur la chaussée ? est-il vraiment nécessaire de piétiner ses lunettes et de démanteler son téléphone portable ? de quel angle peut-on faire tourner un bras avant rupture des tendons ?... tous détails qui doivent bien être précisés quelque part.

Je n'ai trouvé que le diaporama d'une démonstration effectuée par la police belge lors d'une opération Portes Ouvertes en 2005.

On y est presque, c'est l'étape du menottage.

On distingue bien sur ce cliché le genou exerçant une pression entre les omoplates du perdant, de manière à l'immobiliser au sol, mais pas de manœuvre d'étranglement.

C'est que la méthode française est interdite en Belgique (ainsi qu'en Suisse, Allemagne, à New-York et à Los Angeles).

Une petite excursion sur le site de la Commission des plaintes publiques contre la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) m'a permis de compléter mes connaissances et de bien différencier ce que l'on y appelle "contrôle par l'encolure" et "étranglement par la région carotidienne".

Je cite:

Selon la technique de contrôle par l'encolure, on place par derrière un bras autour du cou de la personne à maîtriser et on applique une pression sur le devant de sa gorge. La pression bloque l'afflux d'air aux poumons en comprimant l'osophage (sic). L'utilisation de cette technique par les policiers de la GRC a été interdite en 1979. Par comparaison, la technique d'étranglement par la région carotidienne consiste à placer par derrière un bras autour du cou de la personne à maîtriser en formant un V avec le coude directement devant son menton. Avec l'autre bras, on retient la tête de la personne pour l'empêcher de tourner. La pression est appliquée d'une force égale des deux côtés du cou, ce qui réduit l'afflux de sang dans les artères carotides et provoque en fin de compte l'évanouissement de la personne maîtrisée.

Je ne sais pas quelle technique a été adoptée par les forces de l'ordre de notre pays, mais je conçois assez bien qu'en combinant l'une ou l'autre avec une forte compression de la cage thoracique par un genou, on puisse envoyer un suspect aux urgences, ou à la morgue.


4 commentaires:

Le Charançon Libéré a dit…

Je crains que tu n'aies oublié la technique du je-te-mets-un-coup-de-tonfa-avant-de-te-savatter-la-tronche. Mais celle-ci n'est pas encore tout à fait officielle…

(Au fait : à demain :-) )

Guy M. a dit…

Tu parles d'un geste technique très basique, anéfé... Je ne sais pas s'il est enseigné dans les écoles ou s'il est pratiqué d'instinct.

Marianne a dit…

En activité à l'époque, je fus la seule dans mon entreprise à m'arrêter de travailler une demi-heure en mémoire de ce jeune homme Malek Oussekine et contre les pratiques de ces brigades volantes en moto avec matraque .J'étais scandalisée à l'époque que pareille interpellation puissent exister.
Je découvre cette technique de l'étranglement , pourquoi enseigner aux forces de l'ordre une technique qui risque de provoquer la mort ?

Guy M. a dit…

C'est la seule fois où j'ai manqué à mon "devoir de réserve", en prenant sur mes heures de cours pour expliquer ma position à mes élèves (et c'est une des rares fois où j'ai été applaudi en classe!)

La "clé d'étranglement" est déjà interdite dans plusieurs pays, son utilisation est apparemment très surveillée au Canada, le but de la campagne est de la mettre devant l'opinion publique.