mercredi 18 mai 2011

Pendant l'Affaire, les affaires reprennent

Ce que madame Michèle Alliot-Marie avait rêvé trop fort à l'Assemblée Nationale est sans doute en train de devenir réalité. Nous allons pouvoir exporter en Tunisie notre fameux "savoir-faire" en matière de sécurité. Et c'est monsieur Claude Guéant, expert en ce domaine, qui a été l'artisan de cette avancée décisive pour le rétablissement de saines relations, c'est-à-dire approximativement bilatérales, entre les deux pays.

Pour commencer sa semaine, notre ministre de l'Intérieur a passé deux petites journées en Tunisie, et "au cours de son séjour", il "a signé avec son homologue tunisien Habib Essid un accord de coopération dans le domaine de la protection civile", selon une dépêche The Associated Press.

Il a également annoncé la signature de deux conventions tuniso-françaises, la première pour l'amélioration du dispositif de formation dans les métiers de la mer, et la deuxième prévoyant, en coopération avec le ministère tunisien de la Défense, la création d'un centre de formation professionnelle à Gafsa (centre-ouest).

Au cours d'une conférence de presse donnée mardi dernier, monsieur Claude Guéant, comme tout bon vendeur de voiture d'occasion qui a réussi à en placer une, a continué à faire l'article. Dans un compte-rendu de son intervention devant les journalistes, on peut lire :

Ce dernier précise, pour qui l'ignore, que son ministère a des compétences en matière de sécurité ; "si la Tunisie souhaite organiser des formations ou effectuer un échange d’expériences, nous sommes prêts à le faire". "Pour ce qui est de la police, la France reste ouverte à toute demande de formation des autorités tunisiennes, qu’elle se fera chez nous ou en Tunisie", martèle-t-il, rappelant que "la police est un métier difficile, car elle correspond à l’usage légal de la force".

Cette dernière sentence montre que monsieur Guéant n'est pas seulement un représentant de petit commerce sécuritaire mais que c'est aussi un grand penseur, de type policier.

(Mais le jour où il voudra faire à son homologue une démonstration de notre fameux canon à eau tiède, nous lui conseillerons vivement de mettre des gants de protection.)

Ceci dit, si j'en crois le Figaro, l’intention première de Claude Guéant aurait été de "décrisper" les relations avec Tunis.

Image d'une cruauté insoutenable :
Claude Guéant pris d'une crampe de la main droite
en pleine séance de décrispation avec
Habib Essid.
(Photo Zoubeir Souissi/Reuters.)

Les médias français ont surtout retenu de cette conférence de presse les passages concernant les quelques milliers de migrants tunisiens arrivés en France via l'Italie qui, selon notre ministre décrispé, "ont vocation à retourner dans leur pays et ce retour se fera dans le respect de leur dignité".

Il faut reconnaître que, sur ce point, le ministre des expulsions a fait montre d'une étonnante et remarquable sensibilité :

"Je sais que derrière chaque personne qui quitte le pays il y a une aventure douloureuse et un immense arrachement affectif mais notre politique est claire nous ne pouvons la changer, nous n'acceptons pas l'immigration illégale."

On mesure à quel point ont pu être déstabilisantes ces séances successives de "décrispation" pour notre pauvre ministre, opérant, circonstance aggravante hors de ses chères frontières, "dans une ville où s'élève encore la clameur de la rue", ainsi que le remarque si justement Jean-Marc Leclerc, envoyé spécial du Figaro à Tunis. Pour un peu, emporté par son soudain bon cœur, monsieur Guéant aurait pu se laisser aller à nous faite un numéro de chochotte humanitaire en évoquant, glotte tremblante, les droits de l'homme...

Heureusement doté d'un solide surmoi ministériel, il a pu éviter le dérapage, et revenant à du concret, il a rappelé à la Tunisie de 2011 qu'a été signé, en avril 2008, un accord portant sur l'immigration et le développement solidaire, un "instrument de grande qualité qui organise les flux migratoires entre les deux pays", et que la France entend "l’appliquer pleinement"et même "lui donner de la vigueur et de l’ampleur".

Même si l'on entend "la clameur de la rue", on ne va peut-être pas aller jusqu'à lui demander son avis...

A la rue.

D'ailleurs ce n'est tout de même pas "la rue" qui sera invitée au G8, "prévu les 26 et 27 mai à Deauville (nord-ouest de la France)", ainsi que le précise aimablement la dépêche de l'AFP.

Deauville, en regardant vers le Nord.
C'est moins accidenté que Lampedusa.
(Photo G.Wait.)

Ne seront pas invités non plus, les quelques centaines de migrants tunisiens qui, à Paris notamment, sont toujours à la rue...

De fait, malgré toutes les annonces, ceux-là ne sont vraiment invités nulle part.

Voici de leurs nouvelles :

Vu les conditions difficiles, des occupants ont choisi de retourner à l’errance ou trouvé des solutions individuelles transitoires. Mais, selon les jours, de 100 à 150 Tunisiens sans papiers ou à "visa Schengen" dorment toujours là. Si cette occupation est actuellement tolérée, la Ville de Paris ne fournit rien aux occupants, contrairement à ce qu’indiquent ses communiqués et à ce que déclare à la presse Pascale Boistard, la "chargée de l’intégration des immigrés". Tout en essayant d’envisager la suite de la lutte (une manifestation est en préparation), les occupants ne mangent donc pas à leur faim.

Appel à la solidarité concrète :
besoin crucial de nourriture midi et soir, de produits d’entretien, d’hygiène au 100 rue de la Fontaine au roi, M° Couronnes.



PS du 19/05/2011, avec des nouvelles plus récentes :

L'occupation du gymnase de la rue de la Fontaine au roi a été tolérée sans que la Ville ne fournisse rien aux occupants, contrairement à ce qu’indiquent ses communiqués et à ce que déclare à la presse Pascale Boistard, chargée de l’intégration des immigrés.

La mairie a fait savoir hier au gymnase qu’un huissier viendrait ce jeudi constater l’occupation et qu’elle saisirait le Tribunal Administratif pour un référé expulsion.

Alors même que des arrêtés lors de l'expulsion de l'immeuble municipal de l'avenue Simon Bolivar passeront au Tribunal administratif les 1er et 8 juin, la Ville s'apprêterait de nouveau, en totale contradiction avec le discours de son maire (qui a signé une pétition demandant l'arrêt des opérations de police contre les Tunisiens en France) à faire arrêter ces migrants en lutte.

Une manifestation aura lieu samedi à 15h, rdv Porte de la Villette.

3 commentaires:

Dorémi a dit…

« Ce dernier précise, pour qui l'ignore, que son ministère a des compétences en matière de sécurité ; "si la Tunisie souhaite organiser des formations ou effectuer un échange d’expériences, nous sommes prêts à le faire". "Pour ce qui est de la police, la France reste ouverte à toute demande de formation des autorités tunisiennes, qu’elle se fera chez nous ou en Tunisie", martèle-t-il, rappelant que "la police est un métier difficile, car elle correspond à l’usage légal de la force".
Cette dernière sentence montre que monsieur Guéant n'est pas seulement un représentant de petit commerce sécuritaire mais que c'est aussi un grand penseur, de type policier.»

Cela montre aussi que le monsieur y cause drôlement bien la France…

Bise, Monsieur Guy.

Dorémi a dit…

On sait ce que la France fait du respect et de la dignité des uns et des autres :
http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2011/05/18/la-justice-francaise-the-best-of-the-world.html

Guy M. a dit…

Je te trouve bien pessimiste sur le "savoir-faire" français, pourtant unanimement reconnu par ses bénéficiaires...

Bise, madame Dorémi.