jeudi 1 avril 2010

La loi, c'est la loi, et même un peu plus

Pour monsieur Combien-ça-va-coûter et madame, née C'est-nous-qui-paye, contribuables nationaux sans bouclier, l'organisation d'une manifestation pour dénoncer l'intolérable du monde dit carcéral est probablement un abus que l'État ne devrait pas tolérer.

Ces braves gens seraient sans doute ravis si on leur faisait remarquer à quel point notre vocabulaire, dans des expressions comme "administration pénitentiaire" ou "code pénal", a gardé la nostalgie de temps, pas si éloignés, où il s'agissait de punir et de châtier en broyant des corps.

Ils en regretteraient presque les bagnes...

Quant à l'état des prisons, s'ils ne l'imaginent pas idyllique, ils y sont indifférents: en bons toutous pavloviens du sarkozisme, ils pourront déclarer, au vu des divers rapports alarmants, que eux, voyez-vous, en tout état de cause, ils se placent résolument du côtés des victimes.

Ayé ! z'ont trouvé le mot !

Les braves gens ne sont pas venus, le dimanche 28 mars, à la marche contre l'enfermement et en solidarité avec les personnes incarcérées à la prison de la Santé, organisée par divers collectifs anti carcéraux, qui devait partir de la place Denfert-Rochereau et se terminer par un concert à l'angle du boulevard Saint-Jacques et de la rue de la Santé.


Le tract de la manifestation parisienne
du dimanche 28 mars 2010.


Deux cents personnes étaient là, un peu étonnées de l'importance du dispositif policier, mais voulant se rassurer: la manifestation-concert avait été déposée en préfecture et était autorisée.

Cent dix manifestants ont été interpellés par les forces de l'ordre.

Sur le déroulement de cette parfaite opération de rafle après encerclement, on peut lire assez peu d'articles dans la presse du lundi. Il est vrai que, selon @rrêt sur images, l'AFP n'a publié sa brève dépêche qu'à 20h 59...

Tous les papiers reprenaient en cœur la version officielle:

«Ces personnes ont été interpellées à l'arrivée de la manifestation pour dégradations de biens publics et de biens privés.»

Le soir même, Indymedia Paris-Ile-de-France publiait un témoignage et un communiqué appelant à un rassemblement de soutien pour le lendemain.

Ubifaciunt, dans Article XI, donne de la soirée du 28 et du rassemblement du 29 "qui n’eut finalement jamais lieu" un très beau récit qui s'ouvre sur une citation de René Char et s'achève par ce point d'orgue:

Hors de toute référence, voir l’Occupant, en bleu. Partout.

Surtout, n’avoir rien à déclarer.

Et attendre.

Je lui emprunte son illustration,
et je remets le lien dessus,
pour que vous ne ratiez pas le clic.

Le Monde, après avoir quasiment ignoré l'exploit policier du boulevard Saint-Jacques, a apporté dans la soirée du lundi, des précisions, négligées par ses confrères, sur le prétexte légal de cette opération.

Selon Soren Seelow qui signe cet article, la rafle, qui a permis d'arrêter plus de la moitié des manifestants, aurait été justifiée aux yeux de la préfecture par les faits suivants:

"Une fusée de détresse marine a été tirée par un manifestant vers la vitre d'un appartement, et d'autres avaient enfilé des cagoules."

Les interpellations et les gardes à vue qui ont suivi auraient été décidées "dans le cadre de la loi du 2 mars 2010, dite loi sur les bandes".

Cette loi s'énonce ainsi:

Selon l'article 222-14 du code pénal modifié, "le fait pour une personne de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 d'euros d'amende."

Quelques vitres brisées et quelques cagoules auront suffit pour tester une légère extension de la loi anti-bandes, si nécessaire pour protéger les braves gens et leurs biens, à ces groupements formés de manière temporaire que sont les cortèges de manifestants...

Cela en fait un acceptable substitut de feue la loi anti-casseurs.

Apparemment, nos talentueux éditocrates n'y ont vu que du bleu.

5 commentaires:

JBB a dit…

Tu soulignes à juste titre le silence des médias (hors de très rares exceptions). Je dois être un peu naïf, mais celui-ci m'a quand même très surpris : sans leur accorder une grande valeur (et de loin), j'aurais pensé qu'il ferait un chouia tout petit peu de bruit quand 60 personnes se retrouvent en garde-à-vue sans aucune raison. Ça ouvre des perspectives… vachement négatives : et 200 GAV, ils diront rien ? et 800, ils diront rien ? et ?

Guy M. a dit…

La plupart des médias avaient pourtant souligné les dérives possibles de cette loi sur les bandes, utilisée ici pour justifier le bouclage de la manif.

A 1000 peut-être ?

Anonyme a dit…

Un salut en passant cher voleur d'images :-)


des bises !



Ubi...

cultive ton jardin a dit…

On ne réunit pas sur le pouce assez de flics pour ramasser tant de monde, on peut raisonnablement penser que les arrestations avaient été préméditées. Pour nourrir les fichiers. Je suppose que ces manifestants là étaient plus intéressants que d'autres?

Creuser un peu la manière dont la décision a été prise, ça pourrait être le boulot de "vrais" journalistes.

Ohé? Ya kékun?

Guy M. a dit…

@ Ubi,

Je te rends ton salut, et un jour, au centuple, j'espère, quelques images.

Des bises itou !

@ Cultive,

Si l'on considère la proportion de 500 policiers pour 200 manifestants, on peut penser que les ex-rg sont vraiment nuls, ou bien qu'on avait prévu (très large!) quelque chose...

Les militants anti carcéraux doivent être bien classés sur l'échelle d'évaluation de l'ennemi intérieur. Leur ADN est toujours bon à prendre.

(Y a-t-il encore des investigations possibles dans les sphères de la décision ? Je doute, je doute...)