Mine de rien, après trois cent trois billets d'inégal intérêt, ce blogue vient de discrètement achever sa première année d'existence.
Les esprits chagrins remarqueront que l'on est assez loin d'un billet par jour, comme dans tout blogue quotidien qui se respecte, et il auront raison.
Les esprits chagrins ont toujours raison, mais ça ne les rend pas heureux pour autant.
J'ai tenu à jour mes statistiques, j'en ai tiré des graphiques éloquents, je me suis livré à de complexes études de tendances et je suis arrivé à cette conclusion irréfutable: en un an, je suis devenu le plus méconnu des blogueurs zinfluents.
Ce dont je suis très fier.
Mon objectif est maintenant de retourner dans les oubliettes du classement ouiquio, d'où un inopiné et malvenu changement d'algorithme de calcul m'avait tiré...
Ce matin, j'ai ressorti mon saxophone de son étui, j'ai choisi une anche pas trop dure, et j'ai joué les premières mesures de Body and Soul.
Les esprits chagrins diront qu'il vaut mieux le jouer au ténor, parce que c'est bien plusse beau au ténor...
Ils auront raison.
Mais j'aime bien "exécuter" Body and Soul à l'alto, et aujourd'hui c'était une spéciale dédicace secrète, comme on dit en franglosaxon.
Après avoir prouvé à mon voisinage que j'étais plus discret comme blogueur zinfluent le plus méconnu du monde qu'en tant que saxophoniste le moins doué de sa génération, j'ai remisé mon instrument à sa place.
En sachant bien que mon départ en vacances allait m'amener à jouer, au blogue ou au saxo, des variations sur ceci:
mercredi 25 février 2009
Anniversaire
mardi 24 février 2009
Julien Coupat toujours invisible
Julien Coupat, inculpé dans l’affaire des sabotages SNCF, a vu sa dernière demande de remise en liberté rejetée, aujourd’hui, par un juge des libertés et de la détention (JLD), a-t-on appris de son avocate, Me Irène Terrel, qui a fait appel dans la foulée.
C'est le début de l'article de Gaël Cogné, dans Liberation.fr, qui donne plus loin cette curieuse information:
Alors que cette nouvelle demande de remise en liberté était en cours, le parquet de Paris avait annoncé, vendredi dernier, qu’il avait pris des réquisitions de maintien en détention, «au vu des éléments du dossier». Me Terrel, s’insurge: «Avant même la décision du JLD, le parquet a annoncé qu’il s’opposerait à la demande. J’ai été très surprise, ce n’est pas habituel. C’est une pression politique supplémentaire.»
On n'ose pas parler d'acharnement inexplicable, car après tout, ce n'est que la quatrième fois que Me Terrel dépose une demande de mise en liberté de Julien Coupat, et seule la première demande, le 19 décembre, avait vu un JLD se prononcer pour. Cet écart n'avait pas échappé au parquet qui avait dû faire appel: maintenant, sans doute pour gagner du temps, on dirait que le parquet fait appel avant. C'est nouveau, c'est la procédure anti-terroriste, je suppose.
Julien Coupat reste donc à la Santé, où il faudra peut-être penser à aller lui redire un petit bonjour, comme en janvier.
Comme je suis en train de préparer mes bagages en vue d'un départ en vacances fort attendu, je vais faire court, et je vais vous laisser devant la télé.
Il s'agit d'une émission de FR3 Limousin, La voix est libre, qui porte sur l'affaire dite de Tarnac.
Animée par Jean-Jacques Théodore, journaliste, elle réunit:
Fabrice Bidault, journaliste de FR3, qui a "couvert" l'affaire.
Bernadette Bourzai, sénatrice socialiste de la Corrèze.
Thierry Letellier, maire de La Villedieu (village voisin de Tarnac) et cofondateur du Comité de Soutien aux inculpés de Tarnac.
Alain Marsaud, conseiller général UMP et ancien juge anti-terroriste.
Il est intéressant de voir avec quel manque de conviction et parfois quel embarras Alain Marsaud défend les positions de la lutte anti-terroriste... Le pauvre homme ne semble retrouver un peu d'aisance qu'au moment où il peut lancer quelques vacheries (limousines) à Bernadette Bourzai sur la politique locale.
Et il est réconfortant d'écouter la parole claire de Thierry Letellier qui fait entendre la voix d'un homme libre qui entend bien le rester.
lundi 23 février 2009
Moralisation du capitalisme financier
C'était à prévoir.
Il aura suffi que les milieux journalistiques autorisés s'autorisent à penser que le secrétaire-général adjoint de la Présidence de la République Française, monsieur François Pérol, allait être nommé à la tête d'un nouveau et puissant (autant que faire se peut!) groupe financier français, et les ondes sont envahies des vagissements d'une cohorte de vierges effarouchées.
Pffff...
Comment peut-on s'indigner, par avance, de voir un ami et un proche, ou l'inverse, du président Sarkozy arriver à la direction d'un groupe né du mariage de la banque qui n'est pas populaire sans raison avec le sympathique écureuil dont les noisettes sont à taux réglementé, et donc à géométrie variable.
Certains vont même jusqu'à faire une leçon de morale à notre bon président qui fait tant de par le monde pour moraliser le capitalisme, trouvant que cette éventuelle nomination sent par trop la traditionnelle confusion des genres...
Monsieur Bayrou, still alive - and well - in the Pyrénées Atlantiques, prétend s'inquiéter de voir monsieur Sarkozy reprendre "les pires habitudes de mélange entre l’Etat, le pouvoir et ses clans et le monde économique". Monsieur Benoit Hamon, still alive - and well - in the rue de Solférino, dénonce une "stratégie où le président de la République entend aussi asseoir une partie de son influence dans les milieux économiques, par oligarques interposés ou par la volonté de placer untel ou untel".
Que d'exagérations politiciennes, n'est-ce pas ?
Portrait photographique de François Pérol,peut-être réalisé au studio d'anthropométrie du quai des Orfèvres.
Au lieu de subodorer dans cette présumée nomination, et de le suggérer à demi mot, des tripatouillages à peine propres, tous ces gens devraient réfléchir un peu sur les récents développements de la subtile pensée sarkozienne qui déconstruit la notion de capitalisme avec une ardeur conceptuelle féroce (et salutaire).
Bien sûr, il n'est pas toujours aisé de suivre cette pensée, qui procède par ruptures et qui s'exprime de manière wittgensteinienne par ressassement fragmentaire...
Mais sont-ils assourdis de n'avoir pas entendu l'irruption récente et littéralement inouïe du thème de la justice dans le discours présidentiel ?
(Le Charançon ne s'y est pas trompé, gloire à lui.)
Or l'exigence de l'excellence républicaine est une exigence de justice: elle consiste à placer ceux qui sont reconnus comme les meilleurs aux meilleures places.
Et ce n'est pas de la faute de monsieur Sarkozy, tout de même, si les meilleurs sont aussi ses amis.
Page d'accueil du site des Amis de Nicolas Sarkozy,marchands de ticheurtes, trousses et fourre tout.
C'est sans doute le seul vrai grand talent de monsieur Sarkozy: celui d'avoir des amis.
Tous les gens qui, comme moi, ne sont ni beaux, ni intelligents, ni riches, l'envient, lui qui n'a aucune de ces trois qualités (sauf peut-être la dernière qui peut évoluer, car il a un bon métier).
Ce qui fait la différence, c'est évidemment la séduction.
C'est indubitable.
L'inénarrable Jacques "Papy-la-bronzette" Séguéla, ci-devant publicitaire et futur grand écrivain, nous donne quelques pistes concernant le terrible pouvoir de séduction que monsieur Sarkozy peut exercer sur les femmes, en nous racontant la collision amoureuse qui eut lieu dans son salon entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy.
Selon ce que j'ai lu sur le blogue d'un insecte fromentivore qui l'avait mandibulé sur un autre blogue, le moment crucial, l'irrésistible attaque, se produisit quand Nicolas Sarkozy susurra à l'oreille de Carla:
"Carla, es-tu cap à cet instant, devant tout le monde, de m’embrasser sur la bouche ?"
Comment voulez-vous résister à ce soudain parfum d'amours papouilleuses de cours de récré ?
C'est une variante de la technique du "poutou-qui-tue", que l'on peut aussi customiser façon conte de fée: le vilain crapaud devenant un beau prince (de gauche).
On me dira que le témoignage irremplaçable de monsieur Séguéla n'atteste la séduction présidentielle que sur un échantillon assez restreint de la population...
Anéfé.
Permettez-moi de vous signaler que monsieur Sarkozy a été élu par 53% des suffrages exprimés et que 60% des français ne lui font plus confiance...
Si vous ne trouvez pas imparable cet argument, c'est que vous ne savez pas manipuler les pourcentages.
PS: Monsieur Pérol sait sûrement... Il a fait HEC !
Comme il ne faut pas compter sur madame Lagarde pour avoir une confirmation ou un démenti concernant sa nomination, on peut s'amuser à suivre les bruits... et s'attendre à un organigramme en forme d'usine à gaz, ou Centre Pompidou, où monsieur Dominique Ferrero ne sera pas oublié... Ce ne sera que justice.
dimanche 22 février 2009
Harcèlement bureautique dans les Hauts-de-Seine
Le ridicule qui s'attache si souvent aux positions d'autorité administrative permet de souligner l'ignominie de certaines règlementations.
Dans ce domaine, les courriels de monsieur Patrick Strzoda, le préfet des Hauts-de-Seine, publiés par Catherine Coroller sur son blogue, sont exemplaires.
Ces courriels sont adressés à deux citoyens qui avaient exprimé par mail leur indignation devant les mesures prises par la préfecture à l'encontre de monsieur Shixiong Lin, retenu au CRA de Palaiseau, en attente de l'exécution d'une éventuelle mesure d'éloignement.
Monsieur Lin, qui vit en France depuis 2003, s'y est marié et il est le père de Juliana, née en France.
Son expulsion imposerait la séparation de la famille.
Pour moi, qu'il existe des règlementations dont l'application aient de telles conséquences, cela relève de l'ignominie. Et il me semble qu'un droit minimal du citoyen est de pouvoir exprimer son désaccord aux individus qui ont choisi pour carrière d'appliquer de telles règlementations.
Le communiqué du RESF est sans ambiguïté:
Shixiong Lin a 27 ans, il vit en France depuis l’âge de 21 ans. Il s’est marié en France, il a une fillette de 3 ans, Juliana, née en France qui doit faire sa rentrée à l’école de la rue Domrémy (Paris XIII) en septembre prochain.
La seule question est de savoir si Juliana va être rendue quasi-orpheline de père ou pas par la décision de fonctionnaires français.
A l’évidence, quelles que soient les bonnes raisons que les fonctionnaires et les hauts fonctionnaires se donneront pour justifier leur décision, l’expulsion de Shixiong Lin en laissant sa femme et sa fille en France serait une saloperie. Elle ne doit pas avoir lieu, Shixiong Lin doit être libéré et régularisé.
Je souscris entièrement à ce mot de « saloperie ».
Face à cette situation, un certain nombre de citoyens, qui se sentent responsables au regard d'une certaine éthique minimale des droits humains, ont envoyé des mails au préfet.
A lire sa première réponse, il en aurait reçu une centaine. Ce qui est rassurant.
Mais cela a agacé monsieur le préfet.
Cela aurait pu l'alerter, non, cela n'a fait que l'agacer. Voici cette première réponse (en conservant ce que je suppose être l'accentuation d'origine):
De: STRZODA Patrick PREF92
Envoyé le : Jeudi, 19 Février 2009, 17h21mn 20s
M...
Votre message est le 50ième que je reçois concernant la situation de M. LIN et il y en a encore 50 qui sont enregistrès sur ma boite.
Vous êtes en revanche le premier émetteur à qui je réponds et vous serez le seul pour qui je le ferai; si vous avez donc la possibilité de faire connaitre ma réponse à tous ceux qui, comme vous, ont décidé d'inonder ma messagerie de centaines de messages strictement identiques, voici ma réaction.
Je viens de prendre mes fonctions de Préfet des Hauts-de-Seine.
Quand je suis sollicité pour réexaminer une décision d'éloignement qui relève de ma responsabilité, je suis enclin à le faire naturellement, surtout si la demande se fonde sur des motifs humanitaires.
En revanche, tant que mes collaborateurs et moi nous ferons l'objet de vos harcèlements bureautiques je refuserai systématiquement et par principe de réexaminer un dossier d'éloignement.
D'ailleurs, je ne lirais même plus les messages.
Je ne peux pas accepter que notre outil de travail, a savoir notre réseau de communication, soit détourné de sa vocation et embolisé par des pratiques aussi primaires.
La situation de M LIN ne sera donc pas réexaminée.
Bonsoir
On remarquera que monsieur le préfet introduit le fécond concept de « harcèlement bureautique », qui pourrait bien avoir quelque avenir... et qu'il ne recule pas devant le très beau verbe « emboliser ».
A lire le second courriel adressé par monsieur Patrick Strzoda, à une autre correspondante, on peut penser que monsieur le préfet a un bon fond humanitaire. On y apprend qu'à 23 h 30, il est encore au bureau, avec un informaticien réquisitionné, à essayer de réunir les éléments du dossier de monsieur Lin. Ce mail vaut bien son pesant de litchis en boîte:
Date : Thu, 19 Feb 2009 23:32:48 +0100
De : STRZODA Patrick PREF92
N'étant ni sourd ni aveugle, et étant autant que vous attaché au respect des valeurs républicaines, qui commencent par le respect des lois qui encadrent la présence des personnes étrangères en France, je suis capable d'entendre "la mobilisation citoyenne" sans avoir à subir des agissements qui perturbent et entravent les process et procédures qui me permettent d'accéder aux dossiers qui font l'objet de recours pour les réexaminer avec la sérénité qu'ils méritent.
Pour être très concret, les dysfonctionnements qu'a engendré l'avalanche des mails que j'ai reçus concernant M LIN ont interrompu le réseau sur lequel je travaille et m'ont empeché d'accéder au dossier de l'interessé.
Au moment où je vous écris, à 23H10, et malgré la réquisition d'un informaticien encore présent, la liaison avec le service gestionnaire du dossier n'est toujours pas rétablie!
Je ne peux donc que vous confirmer ma position exprimée à M...; aussi longtemps que l'expression de vos réactions aura pour conséquence ou pour objectif de bloquer ou de retarder inconsidérément les liaisons indispensables à l'examen de dossiers complexes traités par plusieurs services, les procédures d'éloignement engagées seront menées à leur terme.
Bonsoir
On pourra s'étonner qu'un préfet, agacé certes, mais alerté vers 17h, ne puisse obtenir de ses collaborateurs, en plein milieu de la semaine, qu'on lui fournisse un dossier complet..
On s'étonnera également de cet étrange blocage d'un réseau informatique, capable de pétrifier un informaticien, fût-il réquisitionné, par un afflux de courrier électronique...
Ce qui n'a pas empêché le préfet de confirmer l'ordre d'expulsion de monsieur Lin.
Comme je suis selon mon entourage professionnel un spécialiste hors-classe de la catastrophe informatique, j'ai aussitôt envoyé un courrier pour proposer mes services à la préfecture des Hauts-de-Seine, en précisant mes brillants états de service.
Evidemment, j'ai utilisé la voie postale ordinaire, pour ne pas être accusé de « harcèlement bureautique ».
PS: Le démantèlement de familles, que l'on suspecte a priori de mauvaises intentions ou de fraudes, est une pure ignominie (ou encore une saloperie) en passe de devenir courante dans notre pays. Elle est de plus d'une inefficacité lamentable en se plaçant du point de vue des expulseurs... On peut voir à ce sujet l'article de Laetitia Van Eeckhout, paru dans LeMonde.fr.
Malgré la réaction quasiment infantile du préfet des Hauts-de-Seine, il faut continuer à écrire dans les préfectures.
vendredi 20 février 2009
Internationalisme culinaire
Il m'arrive d'utiliser dans ce blogue, généralement bien informé, les indiscrétions que me transmet l'une de mes sources infiltrée au palais de l'Elysée.
Je ne peux en dire plus, sinon qu'il est bien connu qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre, ni pour son aide cuisinier spécialisé dans la confection du vin chaud aux épices à la manière de Taillevent.
J'ai donc appris que, malgré ses multiples prestations télévisées, monsieur S., président de la république, avait préparé d'arrache pied l'inauguration du salon de l'agriculture. Il a évidemment révisé les fiches qu'ont établies pour lui ses partisans de la F***A, mais, et c'est assez surprenant, il a surtout étudié assidûment, auprès d'un professeur d'éloquence et de diction renommé, monsieur H. G., quelques mots d'esprit bien sentis afin de remplacer, le cas échéant, le fameux « Cass'toi, 'lors, pauv'con! » qui a eu un peu trop de succès.
Il est prévu qu'en cas de lazzis reprenant ce surprenant « pauv'con », le président répondra « Enchanté, moi, c'est Sarkozy ».
Jacques Chirac ne demandera pas de droits d'auteurs, il a largement oublié l'avoir dit.
Je n'ai jamais mis les pieds au salon de l'agriculture, où pourtant est possible la dégustation de toutes les vraies et fausses spécialités des régions françaises, ainsi que celle de tous les vins trafiqués ou non...
On m'a souvent dit que ça m'intéresserait. J'ai souvent répondu que je verrais...
En réalité, je réfère découvrir les choses un peu plus en situation, et je crois que rien ne vaut, autour d'une table, partout en France et partout dans le monde, ce geste large du maître ou de la maîtresse de maison invitant son hôte à se resservir...
Face à cela, peu m'importent les réussites chichiteuses de l'agro-alimentaire français, même assaisonnées du sourire commercial régional estampillé label rouge.
Un jour, je vous dirai tous les risques que j'ai pris à me nourrir en de lointains pays...
Mais en ces temps où le protectionnisme imbécile en vient à envisager des mesures d'épuration de la cuisine « ethnique », comme on peut le voir ici, je préfère vous indiquer comment faire un des joyaux de la cuisine d'Afrique de l'Ouest: le célébrissime poulet yassa.
Je ne vous indique pas les proportions: on ne m'en a jamais donné; et je suis approximatif sur les ingredients: on doit toujours pouvoir adapter une recette. Le dogmatisme est la maladie infantile de l'art culinaire.
Donc, vous tuez, plumez, videz un poulet « bicyclette » (c'est un « poulet de brousse » qui s'est nourri presque tout seul, et n'a pas trop de graisse...). Vous le découpez en morceaux et vous le laissez mariner pendant une demi-journée dans un abondant jus de citron. Vous pouvez mettre du jus de citron vert, ce n'est pas mauvais non plus. Certains enduisent les morceaux de moutarde, je préfère les accompagner de purée de piment enragé.
Attaquez la cuisson en passant vos morceaux au grill, sur charbon de bois, bien entendu, et cela peut fumer un peu, vous n'en mourrez pas. Inutile de les cuire complètement... Réservez.
Epluchez une bonne quantité d'oignons, que vous découperez en rouelles. Faites les fondre et blondir dans une cocotte, en touillant dans de l'huile d'arachide.
Ajoutez les morceaux de poulet, le jus des citrons qui a servi de marinade, de l'eau ou du bouillon pour recouvrir. Parfois, je triche un peu en ajoutant une noix de pâte d'arachide, j'aime bien le goût.
Bien sûr, vous aurez salé quand il le faut...
Vous faites mitonner tout cela le temps nécessaire pour que la viande soit bien fondante.
Vous servez avec du riz, ou les céréales qui conviennent à votre gros colon.
La recette est originaire du Sénégal, mais je l'ai découverte au Mali, puis retrouvée en Côte d'Ivoire.
Allez-y, reprenez un morceau...
Vous mangerez avec modération demain. Vous avez le temps.
jeudi 19 février 2009
Courrier pour monsieur Sarkozy
Wendelin Werner est beaucoup moins connu du grand public que bien des virtuoses passant leur vie devant les caméras. Il est beaucoup moins connu que monsieur Sarkozy, par exemple.
Sa carrière cinématographique se réduit, à ma connaissance, à une apparition, en 1982, dans le film de Jacques Rouffio, La Passante du Sans-Souci, où il sert de doublure à Michel Piccoli qui n'a pas pris le risque de tenir le rôle du personnage de Max à 12 ans.
Pour le reste, une courte carrière de bon élève l'a conduit à une brillante carrière d'enseignant et de chercheur. Mathématicien professionnel, il a reçu, en 2006, la plus haute distinction dans ce domaine, la médaille Fields, et est membre de l'Académie des Sciences. On peut même le considérer comme l'un de ces «arbres» qui, selon monsieur Sarkozy dans son discours sur l'état de la recherche française du 22 janvier, cachent la médiocrité de la forêt de cerveaux français.
(Pardon pour le télescopage des métaphores, mais je ne fais que suivre les jalons posés par le Président.)
Wendelin Werner a publié hier, dans le journal Le Monde, une lettre ouverte au président Sarkozy, que celui-ci lira peut-être, s'il en trouve le temps...
C'est, dit-il, au nom de l'éthique de la responsabilité, que doivent partager le Savant et le Politique, selon Max Weber, que Wendelin Werner a décidé de s'adresser au président de la république.
Et il le fait en toute franchise:
Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s'installe dans notre communauté scientifique.
(...)
Votre discours du 22 janvier a, en l'espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique.
Ce discours, qui a tant de mal à passer chez les chercheurs, est alors examiné avec une rigueur admirable, et nous pouvons comprendre pourquoi il ne passe pas:
(...) Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l'importance de l'évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.
Wendelin Werner indique le point sensible qui a été touché par ce discours:
Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite - compétition et appât du gain -, n'est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s'engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d'un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n'y parviendrez pas en l'humiliant et en la touchant en son principe moteur : l'éthique scientifique.
La conclusion est celle de quelqu'un qui aimerait encore croire au dialogue:
Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d'un véritable dialogue. L'organisation de la recherche et de l'enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l'aviez noté il y a un an, il est d'une extrême complexité. Sa réforme demande de l'intelligence et de la sérénité. Il n'appartient qu'à vous de corriger le tir.
Intelligence et sérénité... n'est-ce pas beaucoup demander à monsieur Sarkozy ?
Un machin mathématique tarabiscoté et brownienillustrant la page personnelle de Wendelin Werner.
Wendelin Werner a posté par ailleurs un courriel qu'il a reçu l'an dernier, et qu'il introduit ainsi:
Ci-dessous, sans commentaire (juste deux précisions : ce n’était pas un canular, et ma réponse a été négative), un mail émanant du ministère (j’ai juste enlevé les noms des personnes concernées) reçu le 31 octobre dernier (soit 15 jours avant la première réunion), au sujet de la mise en place de la stratégie nationale de recherche et d’innovation (maintenant fort connue suite au discours du 22 janvier dernier). Attention, restez concentrés pour comprendre les règles du jeu !
Le mail lui-même décrit un "exercice de stratégie" lancé par la ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur.
L’exercice a lieu en trois phases : Etape 1 : le comité de pilotage identifie les défis - cette étape s’est terminée le 24 octobre. La liste définitive des défis est en cours de finalisation au cabinet de la ministre. Etape 2 : Par défi, élaboration du rapport et mise en débat. De début novembre au 15 février. Une première réunion des deux groupes lance le travail. Cette réunion aura lieu entre le 12 et le 21 novembre. Le groupe d’experts se réunit trois fois en novembre et décembre pour élaborer le rapport. Le groupe étendu des parties prenantes le commente et fait propositions, en allers et retours avec le comité restreint en janvier et février. Etape 3 : production du rapport final, 1er mars.
Le reste du texte est de la même farine...
On voit par là que nous ne sommes pas les seuls à être pris pour des débiles...
mercredi 18 février 2009
Comme si de rien n'était
A l'heure où monsieur Sarkozy fera face aux caméras, je serai face à mon assiette, comme à peu près tous les soirs, me livrant aux délices du "déviationnisme culinaire" pour lequel le Charançon m'a dénoncé au site delation.gouv.fr.
J'apprendrais après si monsieur Sarkozy a décidé de démissionner, ou de dissoudre le parlement, ou de proclamer l'état d'urgence, ou de continuer à faire son joguigne tous les matins que Dieu, et lui-même, après concertation, font.
Comme si de rien n'était, ainsi que le proclame je ne sais plus qui...
Manifestation du 14 février, journée du souvenir:Le 14 février 1952 au Moule, lors de la grève des ouvriers et cultivateurs,
CRS et gendarmes français se livrent à leur exercice favori.
Bilan du massacre : 4 morts & 14 blessés.
Des guadeloupéens, ouvriers, cultivateurs, simples passants, froidement abattus...
Il lui sera peut-être cette fois-ci difficile, mais, après tout, pas impossible, de ne pas parler de la situation en Guadeloupe.
N'ayant pas en face de lui de journalistes en service spécial, il ne pourrait faire prétendre par son entourage que ses fiches étaient à jour, mais qu'on ne lui a pas posé la question.
A moins qu'il ne décide de revenir demain, après avoir rencontré les élus locaux...
Ajout de dernière minute: 19h30 Nicolas Sarkozy annoncera demain des mesures politiques et sociales pour la Guadeloupe, assure François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, à l'issue du sommet social de l'Elysée. (dixit Libération.)
Il est très important de respecter l'agenda... comme si de rien n'était.
Nous avons été très heureux d'apprendre que, ce matin, a été officiellement créé, en conseil des ministres, le comité interministériel de l'Outre-mer, que Nicolas Sarkozy avait présenté, vendredi dernier, comme remède à la crise. Monsieur Luc Chatel, porte-parole du gouvernement a précisé:
"Il se réunira très rapidement, dans les prochains jours." (...) "Sous l'autorité du président de la République, il réunira périodiquement les membres du gouvernement concernés par la mise en œuvre des politiques publiques menées outre-mer et il pourra faire appel à toute personnalité qualifiée susceptible d'éclairer ses travaux."
Sur le coup de 16 heures (c'est à 16h 35, précisément que Liberation.fr libérait cette information), monsieur Yves Jégo, sans doute au sortir de sa sieste, annonçait qu'il envisageait la possibilité d'un accord salarial "dès cette fin de semaine":
"Les médiateurs travaillent en coulisse et je crois savoir que les choses avancent bien. Je pense que, dès cette fin de semaine, il y aura matière à ce que la responsabilité triomphe, que les gens se mettent dans une salle et qu'ils signent cet accord salarial que nous attendons tous."
A l'heure où monsieur Jégo se réveille, sa ministre de tutelle, madame Alliot-Marie est, quant à elle, en pleine activité.
On ne l'avait guère entendue sur le sujet, mais avec l'apparition des redoutables barrages routiers de lundi (voir illustration), elle a dû retrouver son élément de prédilection: le maintien nécessaire de l'ordre républicain.
Comme l'indique Libération.fr:
Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités Territoriales tiendra aujourd'hui à 16 heures une réunion "consacrée à la sécurité publique aux Antilles". "Cette réunion se tiendra désormais quotidiennement".
On ne sera pas surpris d'apprendre vers 18h:
Michèle Alliot-Marie envoie en renfort dès ce soir "quatre escadrons de gendarmes mobiles", soit 280 militaires. "Il ne s'agit plus simplement d'encadrer des manifestations et de prévenir des troubles, mais nous devons aussi lutter contre des violences urbaines." Sur place, les forces de sécurité intérieure en Guadeloupe représentent 1.000 gendarmes et 993 policiers.
C'est vrai, on ne peut toujours faire comme si de rien n'était.
Un homme est mort la nuit dernière en Guadeloupe.
COMMUNIQUÉ
Malgré les inlassables appels du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon, LKP, le patronat, l’Etat français ont laissé pourrir la situation.
Au lieu de faciliter réellement les négociations les représentants de l’Etat sont allés de dérobades en dérobades (départ du préfet de la table de négociation le 28 janvier, fuite du secrétaire d’Etat à l’Outre Mer le 8 février suivi du reniement des engagements de l’Etat) tandis qu’ils faisaient venir en Guadeloupe plus de 2000 gendarmes mobiles.
Ce qui était prévisible arriva.
Les travailleurs, les jeunes n’ont pas accepté la violence perpétrée contre les syndicalistes et une partie de la population par les forces de répression lundi 16 février. Depuis la situation ne pouvait que dégénérer. Dans la nuit du 17 au 18 février un syndicaliste de la CGTG a été tué par balles ; nous ne savons pas encore les circonstances exactes mais les larmes de crocodiles pleuvent.
L’Association des Travailleurs et des Peuples de la Caraïbe, ATPC, dénoncent le rôle du patronat et de l’Etat qui ont joué le pourrissement du mouvement pour ensuite et créer la situation que nous connaissons aujourd’hui.
L’ATPC lance un appel aux organisations de la Caraïbe pour qu’elles condamnent cette répression et exigent la réouverture immédiate des négociations et la satisfaction des revendications
SOLIDARITÉ AVEC LES TRAVAILLEURS ET LE PEUPLE DE GUADELOUPE !
ATPC
Pointe à Pitre le 18 février 2009.
Il y a juste une petite erreur dans ce communiqué: il n'y même pas de larmes de crocodiles, juste un lâche soupir de soulagement...
Vous l'entendez:
"Ce n’est pas un mort lié aux forces de l’ordre"
PS: Les photos de ce billet ont été copiée sur le site de l'UGTG. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas.
mardi 17 février 2009
La crise et/ou le chaos
Il faut saluer le retour sous les feux de la rampe de monsieur Henri Guaino, plumitif agréé de monsieur le président de la république, auteur de si beaux et si profonds discours de campagne que l'émotion, deux ans plus tard, me bouscule encore les neurotransmetteurs.
La plus belle plume du président a accordé aujourd'hui un entretien au journal Le Monde, largement relayé dans les autres médias. Jaloux, forcément.
Ce n'est que justice, car monsieur Henri Guaino y retrouve sa hauteur de vues habituelle, ou du moins y simule à la perfection cette hauteur qu'il prétend avoir. Il faut reconnaître qu'il le fait très bien.
A l'oral, le style de monsieur Guaino perd, certes, un peu de son envol, mais acquiert une précision toute pédagogique: celle d'un professeur assez péremptoire, tranchant et quelque peu pète-sec.
Mais si intelligemment séduisant...
La première partie de l'entretien, dépourvue de tout lyrisme, est surtout une défense sans illustration de la position sarkozienne face à la Crise.
Une question sur le protectionnisme nous permet, plus loin, de retrouver le grand Henri Guaino, dont il ne faut pas oublier qu'il fut classé "gaulliste social" (mes lecteurs/trices en bas-âge rigolent, mais il n'y a pas de quoi rire) et qu'il affûta pour Jacques Chirac le concept de "fracture sociale" (là, c'est moi qui rigole, mais il n'y a toujours pas de quoi).
Si l'on ne définit pas en commun des règles de protection et d'intervention raisonnables, si on reste enfermé dans des dogmes on risque d'avoir le protectionnisme le plus déraisonnable, le populisme, la xénophobie... Il faut prendre ce risque très au sérieux. Regardez le fossé qui s'est creusé en Islande entre le peuple et la classe dirigeante ! Regardez les grèves des salariés britanniques dans l'énergie contre l'embauche d'intérimaires espagnols ou italiens ! Regardez ce qui s'est passé en Grèce ! Cette crise déroule tous les chapitres d'un manuel d'économie. Prenons garde à ce qu'elle ne déroule pas aussi tous ceux d'un manuel d'histoire...
Encore ?
Cette crise déroule tous les chapitres d'un manuel d'économie. Prenons garde à ce qu'elle ne déroule pas aussi tous ceux d'un manuel d'histoire...
On ne peut que regretter, en lisant cela, que sa célèbrissime modestie ait tenu monsieur Guaino si éloigné du centre du pouvoir qu'il n'a pu prévenir les effets de cette crise, car il est évident qu'il a une connaissance suffisante (c'est bien le mot) de l'économie pour l'avoir prévue, avec tout son cortège de conséquences référencées dans les manuels.
L'allusion aux manuels d'histoire, cette "science du malheur des hommes" comme disait Raymond Queneau, est plus sibylline...
Françoise Fressoz et Arnaud Leparmentier, qui conduisent l'entretien, ne s'y arrêtent pas et posent la question suivante:
La situation sociale en France vous préoccupe-t-elle ?
La crise économique génère beaucoup d'angoisses et de souffrances sociales, mais aussi un grand sentiment d'injustice parce que ceux qui souffrent ont le sentiment de payer à la place des responsables. C'est une situation dangereuse qui offre un terreau favorable à tous les extrêmes. On sait où peut mener l'anticapitalisme extrémiste. C'est pourquoi le combat pour la moralisation du capitalisme est si important.
La fiction de la crise anxiogène est maintenue envers et contre tout, même si l'on évoque les "souffrances sociales"...
La colère qui monte est attribuée à un "sentiment d'injustice", ce qui revient à laisser entendre qu'il est infondé...
Le discours devient un peu plus précis, dans l'accusation, lorsqu'il juge la situation "terreau favorable à tous les extrêmes" et prétend que l'on sait où peut mener "l'anticapitalisme extrémiste".
A quel chapitre de quel manuel d'histoire fait donc allusion monsieur Henri Guaino ?
A supposer que l'entretien de Henri Guaino le Baptiste soit destiné à "aplanir les chemins du Seigneur", nous aurons peut-être une réponse plus précise demain en regardant la "déclaration" télévisée de monsieur Sarkozy annoncée par une brève de LeMonde.fr:
(...) Probablement enregistrée à l'avance, elle sera retransmise au journal télévisé de 20 heures.
Le chef de l'Etat s'exprimera à l'issue d'un sommet social très attendu, où seront aussi présents François Fillon et cinq membres de son gouvernement, cinq confédérations syndicales et les représentants du patronat. Il expliquera aux Français les "mesures de justice", selon l'un de ses proches, dont il aura discuté dans l'après-midi avec les partenaires sociaux.
Car nous avons un président qui sait faire face.
Aux caméras.
lundi 16 février 2009
Etat de droit en Guadeloupe
J'avais envie de saluer le vingt-septième jour de grève générale à la Guadeloupe par un exercice d'admiration pour mes compatriotes de là-bas.
D'admiration et de solidarité.
J'aurais pu me réjouir de voir que depuis le billet du 27 janvier, leur mobilisation avait tout de même réussi à atteindre, presque, l'oreille de médias métropolitains complètement sourds (et je m'y connais en surdité!) à la situation outre-mer.
Et j'y aurais reproduit le communiqué du LKP (Liyannaj kont pwofitasyon) du dimanche 15 février, qui n'a pas, à ma connaissance, été repris par la presse d'ici.
Le voici:
Depuis le début du mouvement de grève générale lancé le 20 janvier 2009 par L.K.P, plusieurs cycles de négociations ont eu lieu :
- Le premier - du samedi 24 janvier au mercredi 28 janvier 2009 au World Trade Center- interrompu par le départ du Préfet après lecture du message du Secrétaire d’Etat Yves JEGO
- Le second - du mercredi 4 février au dimanche 8 février 2009 - interrompu par le départ précipité et cavalier d’Yves Jego à l’heure même où il avait donné rendez-vous aux différentes parties pour la signature d’un accord régional interprofessionnel sur les salaires en Guadeloupe, négocié avec le patronat et le LKP pendant 18 heures, en présence des Collectivités Régionale et Générale.
Cet accord, rédigé par les Services de l’Etat (M. Vincent LEMAIRE, Directeur du travail) et approuvé par le patronat et le LKP, prévoyait les mesures suivantes : « Tous les salariés dont le salaire est compris entre 1 SMIC et 1,6 SMIC soit 1321,04 € et 2113,67 € pour 35 h de travail hebdomadaire voient leur rémunération augmenter de 200 euro (deux cents euros) nets. Les salariés à temps partiel bénéficient du Revenu de Solidarité Active (RSA) dans les conditions prévues par la Loi. Les rémunérations des autres salariés seront définies dans le cadre de négociations de branche ou d’entreprise qui s’ouvriront sur la base d’une augmentation minimale de 3%. »
A son retour en Guadeloupe le 11 février 2009, accompagné de deux médiateurs, Yves JEGO affirme que les négociations salariales sont du ressort du patronat et des syndicats de salariés et déclare tout comme M. Fillon, dans la presse française que l’Etat ne s’est jamais engagé à aider les entreprises à répondre à la revendication concernant les bas salaires.
M. Jego a-t-il été frappé d’une amnésie soudaine et n’aurait il pas supporté le décalage horaire car, dans son message du 28 janvier 2009, Yves JEGO, s’exprimant au nom de l’Etat, affirmait : Qu’« afin de permettre l’augmentation immédiate des bas salaires, l’assurance donnée à toutes les entreprises de Guadeloupe qu’elles ne paieront aucune charge sociale sur tous les salaires jusqu’à 1,4 SMIC (et même 1,6 SMIC pour certains secteurs comme le tourisme). Cette garantie devant permettre d’engager immédiatement une négociation entre employeurs et salariés pour une augmentation rapide des bas salaires. Dès qu’un accord sera trouvé entre partenaires sociaux sur cette question, je m’engage à ce qu’il soit mis en œuvre par l’Etat. »
Ce message a été lu par le Préfet Nicolas DESFORGES et retransmis en direct à la radio à la télévision en Guadeloupe, Martinique, Guyane, et France, lors de la réunion de négociation du 28 janvier 2009. Ce message a aussi été distribué aux participants. Yves JEGO, s’exprimant sur plusieurs médias, a également confirmé cet engagement.
Le gouvernement français aurait-il plusieurs paroles ou n’en a-t-il aucune ? Dès lors, que penser d’un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements ?
L.K.P exige la mise en œuvre de l’accord interprofessionnel sur les salaires négocié avec l’Etat et le patronat le dimanche 8 février dernier en Préfecture de Basse Terre.
Nous appelons l’ensemble des commerçants, des entrepreneurs, des supermarchés et des administrations à baisser leur rideau. Nous exhortons les travailleurs à poursuivre le mouvement de grève générale.
Ce communiqué, signé par Elie Domota, a autant de valeur informative que les déclarations de monsieur Yves Jégo ou de monsieur François Fillon.
Mais on a davantage trouvé à lire les rodomontades du premier:
"Ça suffit, la Guadeloupe ne peut plus attendre. Nous sommes à la croisée des chemins"
Et surtout:
"Nous ferons respecter l'Etat de droit si besoin est."
On a aussi largement exposé les opinions du second sur la "légalité" des moyens d'expression:
"On ne doit pas faire de barrages sur les routes, on ne doit pas bloquer les stations-services, ça ne fait pas partie des moyens légaux d'expression".
Toutes ces déclarations annonçaient les événements de la journée, qui m'ont conduit à modifier un peu le plan initial de mon billet.
La semaine dernière, ceux-là partaient pour la Martinique...A la Guadeloupe, on avait déjà fait le plein.
Au matin de ce lundi, selon LeMonde.fr:
(...) Douze personnes ont été interpellées et une quarantaine d'autres étaient en passe de l'être, autour de barrages routiers érigés par les manifestants, notamment au Gosier, près de Pointe-à-Pitre.
Les forces de l'ordre ont démantelé neuf barrages érigés tôt le matin par les grévistes du collectif LKP contre la vie chère et la "profitation", mais de nouveaux barrages de fortune étaient bâtis à la hâte un peu plus loin, selon des témoins, sur fond d'échauffourées. Les manifestants interpellés, dont certains portaient cagoule et masque de chirurgie, se voient reprocher des "entraves à la circulation", et des "violences à l'encontre des forces de police avec jets de pierres", selon une source policière.
Des grévistes ont de leur côté déploré des "actions violentes" de la police vis-à-vis des interpellés. Un des responsables du LKP, Alex Lollia, s'est vu délivrer à l'hôpital cinq jours d'interruption temporaire de travail (ITT) après avoir été blessé sur un barrage routier dégagé par la police. A sa sortie de l'hôpital, il portait une minerve. Il a expliqué aux journalistes présents : "les CRS sont arrivés en masse, ils ont commencé à nous frapper et à lancer des gaz lacrymogènes. C'était excessivement violent". Le syndicaliste a affirmé avoir entendu des policiers proférer des insultes racistes.
On saura gré au sérieux journal de donner la version des deux parties en présence.
Dernière heure:
La cinquantaine de grévistes et manifestants guadeloupéens interpellés lundi 16 février autour de barrages routiers érigés dans l'île ont été libérés à la mi-journée, a annoncé une source judiciaire. Dix d'entre eux ont été convoqués devant la justice en juin.
Ces convocations leur ont été délivrées pour "entrave à la circulation", violences lors de manifestations publiques "avec armes" et "refus de se prêter aux photos d'identité judiciaire et relevés d'empreintes".(...)
Par ailleurs, et je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle, notre guide suprême prendrait l'affaire en main.
Cela m'étonnerait beaucoup que sa technique habituelle d'annonces et de promesses rassurantes soit très efficace devant tout un peuple qui affirme sa dignité, pour reprendre le titre d'un bel article du Monde.
dimanche 15 février 2009
Courrier pour monsieur Darcos
Comme je n'écoute pas RMC (on ne peut pas tout faire non plus, avouez...), je n'ai pas entendu, jeudi dernier, monsieur Darcos, qui est toujours ministre de l'Education Nationale, hausser le ton, et même hausser le menton de manière assez spectaculaire, en répondant à la demande faite par la Conférence des Présidents d'Université d'un report à 2011 de la réforme de la formation des maîtres.
J'espère qu'il est doté d'autant d'humour que sa collègue madame Bachelot, et qu'il appréciera le souhait que je formule de le voir se démantibuler les cervicales à force de hausser le menton et de se pousser du col.
Il n’y a « aucune raison aujourd’hui objectivement [de repousser la réforme de la formation et du recrutement des enseignants à 2011, comme le demande le bureau de la Conférence des Présidents d’Universités]. D’ailleurs, on me dit "les universités ne voudront pas préparer les étudiants à cela" ; vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd’hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi , n’est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n’ai pas absolument besoin d’entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur . Je définis les concours dont j’ai besoin . Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai . Après, chacun nous suit, ou pas.»
Ce copicollage reproduit la mise en forme des propos de monsieur Darcos, d'après leur prononcé, par les initiateurs de la Lettre à Xavier Darcos, Citoyen, futur ancien Ministre de la République. Pour une fois, j'ai maintenu le grasseyement pédagogique, car il souligne très exactement les mots choquants et inadmissibles de la part d'un ministre de la république.
Cette lettre est une pétition qui exige la démission de monsieur Darcos, pour des raisons qui me paraissent tout à fait raisonnables.
Avant d'aller la signer, malgré un point de désaccord* avec le texte, je vous la transfère ici:
Ces propos sont inadmissibles.
Votre indifférence proclamée envers les demandes formulées par le bureau de la Conférence des Présidents des Universités, par la Coordination Nationale des Universités, par des conseils d’administration, des étudiants, des enseignants et des enseignants-chercheurs, des associations d’universitaires, des syndicats, des parents d’élèves est inadmissible.
Le cynisme avec lequel vous avouez ouvertement que peu vous importe qu’il y ait ou non au sein du service public des préparations aux concours de recrutement des enseignants du service public est inadmissible.
Cette porte grande ouverte aux préparations par des organismes privés à ces mêmes concours est inadmissible.
Monsieur, ces propos sont ceux d’un chef d’entreprise. Ils relèvent d’une logique qui est celle du privé. Mais vous n’êtes pas chef d’entreprise, l’école n’est pas une société par actions dont vous seriez le président-directeur général. Vous êtes vous-même au service du recruteur et de l’employeur, qui ne coïncide pas avec votre personne, aussi remarquable puisse-t-elle être : le recruteur et l’employeur, c’est l’Éducation Nationale, c’est l’école de la République, c’est l’école de tous les citoyens, de tous les contribuables, de tous les électeurs, de tous les parents d’élèves, de tous les habitants de ce pays. Vous n’êtes pas doté des pleins pouvoirs. Vous êtes au service des citoyens de ce pays, vous êtes au service de la France.
Monsieur, ces propos vous disqualifient et vous déshonorent. Ils révèlent une confiscation de la res publica, de la chose publique, par un individu. Ils révèlent que vous vous considérez comme le dépositaire unique de la légitimité, dans un domaine qui relève de la volonté populaire. Ils révèlent que vous confondez votre position actuelle de Ministre avec un pouvoir que personne n’a le droit de vous contester, un pouvoir absolu. Vos propos rappellent, Monsieur, le basculement de la démocratie vers une personnalisation tyrannique du pouvoir dont l’histoire a donné maints exemples. Ils sont inacceptables pour tout républicain authentique, de Jules Ferry au Général de Gaulle.
Vous ne tenez votre légitimité de Ministre, Monsieur, que de l’expression de la volonté populaire. La volonté populaire ne vous a pas donné mandat de détruire au nom de la république un système fondé sur les valeurs de la république.
Nous vous accusons, Monsieur, d’indignité républicaine. L’école n’est pas votre propriété. Par vos propos, vous vous êtes montré inapte à assumer vos responsabilités républicaines et le mandat qui vous a été confié par le peuple français. Vous avez révélé que vous méprisiez et ne compreniez pas l’essence même de votre fonction de Ministre.
En tant que citoyens, électeurs, contribuables, parents d’élèves, habitants de ce pays, nous ne reconnaissons plus la légitimité morale et républicaine de la position que vous occupez.
Nous exigeons votre démission.
PS: D'autres réactions aux propos de monsieur Darcos peuvent être consultées ici.
Par ailleurs, une des grandes questions du ouiquende est de savoir où est passé le décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Caduc ou pas caduc ?
La situation est aussi limpide que de l'eau de boudin...
* J'ai de plus en plus de mal à considérer Charles de Gaulle comme un républicain authentique...
vendredi 13 février 2009
Publi-rédactionnel au Figaro
Exceptionnellement, lorsque je suis sur mes terres, à Trifouillis-en-Normandie, il m'arrive d'acheter un exemplaire du Figaro. Cela me permet de marquer publiquement, devant la piétaille paysanne qui s'alcoolise consciencieusement en se cramponnant au bar, ma qualité de notable du village que l'on me dispute parfois. Ainsi, lorsque je croise mon notaire, je peux lui faire croire que, moi aussi, je trouve que le Monde est un journal sérieux, mais très orienté à gauche, et que Libération est fabriqué par une cellule invisible de gauchistes non repentis.
Un rien m'amuse...
Hier, je n'avais aucune raison d'acheter la Figaro: il était beaucoup plus amusant de consulter son site ouaibe où une misérable opération de... comment dire?... d'information?... se délitait au fil des heures.
C'était pourtant un sacré scoupe !
Marc Mennessier et Martine Perez annonçaient:
Le maïs OGM est sans danger pour l'homme, selon l'Afssa
On sentait bien, à ce titre mal balancé rythmiquement (on attendrait plutôt: Selon l'Afssa, virgule, etc.), qu'ils auraient aimé être plus catégoriques...
L'illustration, elle, était dans le genre triomphal:
L'article fait dans l'exclusif, puisque c'est un scoupe, et laisse entendre que le rapport de l'Afssa aurait été mystérieusement bloqué par des puissances, sinon occultes, du moins obscurantistes.
On finit par se dire qu'on a vraiment de la chance d'avoir au Figaro une rédaction si courageuse. Et bien soudée face à l'adversité: l'éditorial d'Yves Thréard ne mâche pas des mots consensuels:
Les conclusions du nouveau rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), que révèle mercredi Le Figaro, confirment ce que cette même institution disait en 2004, et ce que l'Académie des sciences ne cesse de répéter à longueur de colloques : rien ne s'oppose aux OGM.
Et arrive à sa conclusion:
La raison va-t-elle enfin l'emporter ces prochains jours ? Scientifiques, médicaux, économiques, financiers, les arguments ne manquent pas pour laisser le champ libre au maïs MON810.
Les experts ont fait leur travail, à l'abri de la pression des lobbys. Aux politiques désormais de ne pas céder à la démagogie.
Une telle indépendance a été aussitôt saluée comme il se doit par la société Monsanto, et le Figaro a marqué, à son tour, son indépendance d'esprit en publiant la réaction du semencier:
"Nous ne sommes pas surpris" par cet avis, dévoilé par Le Figaro, "qui vient confirmer" une trentaine d'"expertises scientifiques" menées par la Commission du génie biomoléculaire (CGB), l'AFSSA en France ou l'Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA) en Europe, a déclaré Monsanto dans un communiqué.
"Les conclusions, en France ou dans le monde, vont toujours et encore dans le même sens", selon le semencier qui affirme que "les variétés de maïs contenant MON810 sont sûres pour le consommateur et l'environnement".
Le Figaro, objectivité oblige, donne également la parole au lobby anti-OGM dans un article intitulé: «On ne connaît pas les effets à long terme des OGM», soigneusement placé entre guillemets, parce qu'au Figaro, on ne mégote pas sur la précision scientifique...
Seul cet article a une chance d'apprendre au lecteur que l'affirmation tenue par le premier article publié, le sensationnaliste, n'est étayée par aucune étude scientifique nouvelle, allant dans un sens ou un autre. L'étude de l'Afssa ne se base que sur ce qui a été publié, qui est fort incomplet...
Finalement, la réponse à l'injonction finale de l'éditorial d'Yves Thréard est tombée, et le dernier article de notre promenade en compagnie du Figaro est intitulé, comme à regret:
La culture du maïs OGM reste interdite en France
Le coup éditorial s'en trouve un peu dégonflé.
D'autant plus qu'il risque de ranimer la vigilance des anti-OGM...
PS: Ce scoupe du Figaro en ferait presque oublier un autre, qui montre bien que les rédacteurs sont tenaces, et risquent donc de nous resservir de l'OGM sous peu... Ce second scoupe est signée de Marie-Estelle Pech et intitulé:
Un quart des enseignants-chercheurs ne publient pas.
Il y a des journalistes qui devraient en faire autant.
jeudi 12 février 2009
La rectitude de monsieur Besson
" Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. "
Georges Moinaux, dit Courteline.
Se faire traiter "d'élite tordue" par un homme dont la rectitude est aussi indubitable que monsieur Eric Besson relève bien aussi de la jouissance élevée que peut prendre un fin gourmet tel que moi.
D'autant plus que je me sens flatté d'être intégré dans l'élite de mon pays, ambition à laquelle j'ai joyeusement renoncé il y a une quarantaine d'années.
Mais mon nez délicat flaire dans ce recours au mot "élite", pris de manière dépréciative, une petite odeur nauséabonde qui s'insinue imperceptiblement... Comme un relent populiste revanchard, qui n'aurait pas choqué plus que cela dans la phraséologie lepeniste des anciens jours.
Quant au mot "tordu", je l'aime bien et je l'utilise la plupart du temps comme un compliment, à l'égal du mot "cintré".
Je me sens prêt à appliquer mon esprit tordu à la rédaction d'un éloge complètement cintré du "courbe".
Mais je pense être incapable de rédiger un éloge du "fourbe".
Il faudra que monsieur Besson trouve quelqu'un d'autre.
Il ne manquera pas d'alliés. Monsieur Frédéric Lefebvre, le porte parole de l'UMP qui arrive très bien à descendre tout ce qu'il défend, a déjà proclamé que "la dénonciation est un devoir républicain" et conseillé aux "élites tordues" de "regarder le dictionnaire".
Ce qu'il nous arrive de faire, anéfé...
Visiblement le dictionnaire utilisé par monsieur Besson est assez minimal et se préoccupe fort peu de l'historique du mot "délation", qui est présenté par lui en rapport direct avec le "langage de 2ième guerre mondiale"... Le mot et la chose sont attestés bien avant cela, mais cela ne donne aucune dignité républicaine à la chose...
Les détails de la délation républicaine inventée par monsieur Besson sont remarquablement résumés dans la dépêche de l'AFP qui rapporte ses propos.
Le dispositif de rétribution d'une dénonciation faite par un "clandestin", nommé ici "victime", est le suivant:
Le sans-papiers, une fois entendu par les services de l'Etat, disposerait d'"un délai de réflexion de 30 jours pour lui permettre de se soustraire à l'influence de ses exploiteurs et prendre sa décision de porter plainte". Ce n'est qu'une fois cette décision prise que "la victime pourra recevoir une carte de séjour temporaire" de 6 mois minimum, "renouvelable jusqu'à l'achèvement définitif de la procédure judiciaire".
Si une condamnation effective est prononcée, la victime pourra obtenir une carte de résident de 10 ans, selon M. Besson.
On ne dit pas si la "victime" sera protégée des représailles éventuelles par un placement dans un centre de rétention...
On appréciera le fait que cette sortie populiste ait été faite par monsieur Besson lors d'une visite en Grande-Bretagne, où il a tenu à rencontrer son "homologue"...
Mais on appréciera peut-être encore plus le fait qu'il ait profité de son passage "dans ce pays de l'habeas corpus"*, ainsi qu'il le signale pour faire son malin, pour relancer en catimini, mais avec la très grande franchise qui semble le caractériser, la question de l'utilisation des tests ADN.
L'article de LeMonde.fr qui donne l'information rappelle les faits suivants:
Tels qu'ils ont été votés en France dans le cadre de la loi sur la maîtrise de l'immigration en 2007, les tests ADN sont actuellement en expérimentation pour tout demandeur de regroupement familial, en cas de doute sur l'authenticité des actes d'état civil présentés. Mais le décret d'application n'a, à l'heure actuelle, toujours pas été adopté.
Il faut toujours se méfier de ces textes qui traînent, à l'essai, au cas où, pas encore appliqués...
L'article continue:
Tout en rappelant que douze pays de l'UE pratiquent de tels tests "sans que cela suscite polémique", M. Besson a annoncé que ce décret sera prochainement examiné par le gouvernement. Une réunion interministérielle aura en effet lieu sur le sujet le 18 février, au niveau des directeurs de cabinet et des conseillers, a indiqué le ministre, avant que le dossier soit porté sur le bureau de François Fillon. Sachant que ce dispositif avait été au cœur d'une vive contestation, Eric Besson a souligné qu'il voulait que "le décret, si le premier ministre donne son feu vert, crée le moins de polémique possible".
C'est peut-être un ballon d'essai lancé discrètement par monsieur Besson.
Alors, contactez le plus directement possible toutes les "élites tordues" que vous connaissez et prévenez-les: monsieur Besson nous prépare un coup tordu avec les tests ADN...
*Dire que la Grande-Bretagne est le pays de l'habeas corpus, c'est comme dire que la France est le pays des Droits de l'Homme: ça n'a rien à voir avec la réalité.
mercredi 11 février 2009
La formation à prix entrepôt
le lundi 9 février 2009 à 14H
"Du bricolage de l'université à l'Université du bricolage : la formation à prix entrepôt"
sous la direction de M. Nicolas Sarkozy
Campus Est- Bâtiment Vincent Bolloré (anciennement Université Stendhal - Grenoble)
Amphithéâtre Christian Clavier (anciennement Amphi 2)
Un pot de thèse suivra, offert par DEXIA
Cette invitation, assez classique dans sa forme, a été lancée au nom de madame Valérie P. par un Comité de mobilisation de l'Université de Grenoble 3, regroupant le Collectif MARRE, Sauvons L’Université !, SUD éduc. , SNESUP. et d'autres peut-être...
Il s'agit bien sûr d'une œuvre théâtrale très contemporaine, assez ouverte dans sa forme, peu exigeante en décors, dont le canevas peut être consulté et téléchargé à cette adresse, ou à celle-ci. Il est, je suppose, fortement conseillé de s'approprier ce canevas et de continuer à broder cette critique-charge de la réforme des Universités...
Le scripteur décrit ainsi les personnages et accessoires :
- Nicolas Sarkozy, avec une grosse montre, des ray ban et un téléphone portable
- Xavier Darcos, costume cravate
- Laurence Parisot, pantalon + veste longue + grand foulard chamarré
- Carla Bruni, en jeans et petit top (à manches, pas de rhume !) + i.pod dans les oreilles (casque visible autour de la tête) et tél. portable
- Valérie Pécresse, en tailleur ou pantalon ou jupe, chemisier blanc.
- Albert Einstein, pantalon velours côtelé et pull jacquard.
- Madame Loyal. Habillée comme elle veut, mais avec sa belle voix, sonore. Rôle double, elle sera aussi musicienne et chanteuse (pour la chanson finale). Rôle pouvant être adapté en Monsieur Loyal.
La première de cette pièce a été donnée lundi, comme prévu:
Voici le premier, avec la présentation des personnages:
Il y en aura d'autres demain.
Mais il ne faudrait pas que les démêlés de madame Pécresse avec les enseignants chercheurs, à propos de leur statut, ne soit "l'arbre qui cache la forêt", comme on dit parfois quand on ne sait pas trop ce que l'on dit.
Il y a aussi ce projet de réforme du recrutement et de la formation des futurs enseignants dont les effets catastrophiques sont prévisibles.
Un "point de vue", publié par le journal Le Monde, et signé de onze professionnels reconnus, les décrit avec beaucoup de précision.
Cet article, très lucide, qui montre une vraie connaissance des problèmes et des enjeux, est à lire en totalité. Je ne citerai que sa conclusion:
Que faire devant tant d'irresponsabilité et tant d'irrespect envers les acteurs de la formation ? Au regard des délais, il n'y a plus d'autre solution : les parents d'élèves, appuyés par les parlementaires et les élus locaux attachés à la qualité de notre école, doivent demander l'arrêt d'urgence de ce train fou. Nous en sommes convaincus, le gouvernement devra alors cesser de s'entêter et retirer sa "réforme", maintenir une année de plus les concours actuels, prendre le temps d'évaluer l'existant et organiser l'indispensable négociation. C'est l'esprit républicain et c'est le simple bon sens. Mais il faut agir vite.
L'article est intitulé: Formation des professeurs : parents d'élèves, si vous saviez...
On n'est pas obligé d'être parent d'élève pour le lire, et le faire passer (on le trouve aussi reproduit sur Fabula.org).
mardi 10 février 2009
Les démentis de madame Pécresse
Pour une fois qu'elle arrivait à se faire entendre, madame Valérie Pécresse a buté sur une bête histoire de millésime, annonçant l'application de ses réformes à la rentrée 2010, et elle a dû publier très rapidement un démenti, sans doute en GRAS MAJUSCULE pour qu'on en tienne compte avant le 20 heures...
La rapidité avec laquelle la presse en ligne a pris au sérieux son malencontreux lapsus montre bien à quel point le doute commence insidieusement à s'installer concernant la fermeté de la détermination du monsieur qui fait un métier très difficile à la tête de l'état...
Heureusement le communiqué corrigeant la bourde ministérielle a été diffusé assez tôt. Cela a évité à madame Pécresse l'infamie de la disgrâce: on ne l'a pas embarquée à l'aube de ce mardi pour aller occuper un poste obscur d'attachée d'ambassade à Bagdad, où son patron aurait pu la déposer en passant.
Monsieur S. , prêt à partir incognito pour Bagdad,apprend la bévue de madame Pécresse.
(Cliché de paparazzi)
Dans ce lot de réformes prévues pour l'université, on a mis en avant la modification du statut des enseignants chercheurs, probablement parce que la plupart des universitaires verraient bien une clarification des règles dans ce domaine.
Axel Kahn, le très médiatique Axel Kahn, par ailleurs président de Paris 5 Descartes, s'est laissé aller à une certaine impatience en cosignant, le 29 janvier, une tribune du Monde approuvant le décret révisé.
Monsieur Sarkozy, qui flaire à des lieux à la ronde l'homme de gauche prêt à se laisser séduire par sa puissance de persuasion, en fit état avec éclat et satisfaction lors de sa soirée face à la crise (et face à Alain Duhamel dont le sautillant spectacle est encore plus affligeant que celui offert par la crise).
Il est bien possible que cette mise en lumière sarkozienne ait gêné le professeur Kahn, qui s'est décidé, le 7 février, à préciser à l'AFP qu'il était tout à fait "contre la manière de procéder du président" alors même qu'il est "favorable depuis longtemps, dans son principe, à la modification du décret de 1984 fixant les services des enseignants-chercheurs à l'université".
Le lendemain, madame Valérie Pécresse a rappelé sur le plateau de Ripostes (France 5), le soutien d’Axel Kahn à sa réforme.
J'ignore si elle a publié un démenti.
Hier, 9 février, un groupe de présidents d'universités, réunis à la Sorbonne ont mis au point un appel très court, et sans équivoque:
"Les présidents d’université et les représentants d’université présents en Sorbonne appellent les deux ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à retirer tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l’ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l’ensemble de la communauté universitaire"
Madame Pécresse pourra toujours proclamer que la CPU (Conférence des Présidents d'Universités) la soutient... on n'aura pas besoin de démenti.
Nommer une "médiatrice" revient à avouer une certaine impuissance à convaincre...
Ce qui est une situation fort inconfortable en pédagogie. Mais qui vient peut-être d'une erreur pédagogique qu'un stage assez prolongé dans les classes ou des amphis aurait pu éviter à madame Pécresse et à monsieur Sarkozy. Ils auraient pu y apprendre qu'il est extrêmement difficile de se faire entendre après avoir donné libre cours à son mépris populiste...
Le discours de monsieur Sarkozy, prononcé le 22 janvier, est un modèle du genre, et il a été reçu comme tel.
Il a donné lieu à des critiques sévères.
En voici une, en image:
Ce discours, d’une rare violence dans ses termes, est méprisant et diffamatoire à l’encontre de tous les personnels de nos laboratoires ainsi que de toute la communauté scientifique française. Le diagnostic porté est mensonger et les réformes annoncées par le gouvernement pour la recherche scientifique de notre pays sont hâtives et dangereuses. L'ensemble des personnels, qu’ils soient techniciens, ingénieurs ou administratifs, chercheurs ou enseignants-chercheurs, étudiants ou stagiaires donnent dans leur immense majorité le meilleur d’eux-mêmes avec compétence, professionnalisme, énergie et beaucoup d’abnégation face à un système qui depuis plusieurs années s’escrime à détruire notre outil de travail. Les "admirables chercheurs" qui obtiennent des récompenses prestigieuses ne sont pas "l'arbre qui cache la forêt" mais les fleurons d'une communauté qui aspire à l'excellence et dont le travail est largement collectif.
De plus, ce discours démontre une totale ignorance du principe d'évaluation de la recherche par les pairs (français et étrangers) qui est le standard international incontesté, auquel sont bien évidemment soumis, et ce depuis très longtemps, tous les chercheurs et enseignants-chercheurs français.
Notre communauté est la cible des plus acerbes attaques de la part du Président de la République et de ses ministres. C'est pourquoi nous lui demandons des excuses publiques.
A mon avis, le président va prendre cela pour un outrage...
lundi 9 février 2009
Une histoire banale à Angers
C'est une histoire qui devrait nous paraître insensée, mais qui est, dans son esprit, devenue banale depuis quelques temps...
On doit au journal Ouest-France, et particulièrement à la journaliste Claudine Quiblier, qui signe l'article, d'être informé sur l'histoire de madame Yvonne Klein et de son fils adoptif Khalil.
Et je dois à la Niouses letteur n°186 des Mots ont un sens d'avoir été averti de cet article. Le site de RESF l'indique également...
Madame Yvonne Klein a 71 ans et vit près de Saumur.
En 2005, elle s'est fait aider, pour soigner son mari atteint de la maladie d'Alzheimer, par Khalil, étudiant en pharmacie à Angers.
Elle adopte Khalil en juin 2006.
Il s'agit d'une adoption simple, puisque l'adopté est majeur, et non d'une adoption plénière qui lui aurait donné de droit la nationalité française.
Khalil reste donc soumis aux règles édictés par les gardiens de la forteresse française, représentés par monsieur Hortefeux et son digne successeur monsieur Besson, autrement dit Ubu père et héritier.
A moment de l'adoption, Khalil avait un titre de séjour "étudiant", et était donc en règle. L'article souligne que la proposition d'adoption ne lui a pas été faite "par calcul". C'est d'ailleurs une précision qu'apporte madame Klein, comme si le reproche lui avait déjà été fait et qu'elle tenait à le désamorcer...
Les petits Ubus de la préfecture d'Angers vont apporter la preuve éclatante du manque de calcul.
Voici les faits, relatés par Claudine Quiblier:
Fin 2007, Khalil demande le renouvellement de sa carte de séjour. Mais, cette fois, dans la catégorie "vie privée, vie familiale". Premier refus. Il dépose un recours. Second refus. Il demande alors au tribunal administratif de statuer. Il attendait des nouvelles lorsque, la semaine dernière, il reçoit une convocation à la préfecture d'Angers, "dans le cadre de l'instruction de son dossier".
Méfiante, son avocate téléphone pour demander s'il s'agit d'un arrêté de reconduite à la frontière. "On m'assure que non", témoigne Me Lamy-Rabu. Elle avait pourtant vu juste. Khalil s'est vu en plus confisquer son passeport.
Khalil a présenté un dernier recours jeudi dernier devant le tribunal administratif qui devait lui donner réponse aujourd'hui.
La réponse serait si simple si nous n'étions pas au pays d'Ubu...
Mais comme le dit l'avocate de Khalil, Me Lamy-Rabu:
"Le droit civil reconnaît à l'adopté simple les mêmes droits qu'aux enfants légitimes. Alors qu'en droit des étrangers, ce n'est pas un lien filial suffisant !"
A l'heure où je poste ce billet, l'info en continu de Ouest-France fait défiler beaucoup d'alertes à la tempête, mais pas de nouvelles d'Angers...
PS: Les archives des Mots ont un sens contiennent des traces de la triste aventure de Léo Aman-Clair, ivoirien adopté par une famille française et expulsé. Voir ici et là.
dimanche 8 février 2009
Une voix de l'autre rive
Bien sûr, un biologiste des passions ou un chimiste des émotions pourrait m'expliquer en détaillant synapses par synapses pourquoi certaines voix me font littéralement frissonner, quelques soient les circonstances. Ce n'est pas que cela soit inintéressant, mais cela ne provoquera jamais chez moi cette légère lévitation que suscite le simple fait d'entendre inopinément l'une de ces voix.
La semaine passée, dans une rue quelconque d'une capitale normande, je suis passé à l'aplomb d'une croisée qu'on avait ouverte pour de bonnes raisons hygiéniques. Il en descendait la voix de Kathleen Ferrier, trop vite recouverte par le ronflement poussif, crachotant et asthmatique d'un aspirateur hors d'âge...
Comment peut-on penser à faire le ménage en écoutant Kathleen Ferrier ?
Il y a bien longtemps que j'ai entendu pour la première fois cette aria de Bach, Erbarme dich, mein Gott (Mon Dieu, prends pitié de nous), extraite de la Passion selon Saint Matthieu, interprétée par une chanteuse dont j'ignorais tout, et qui était Kathleen Ferrier.
Comme tous les admirateurs de Kathleen Ferrier, j'ai accumulé les galettes de vinyle, bien ou mal enregistrées, collectionné les anecdotes, vraies ou totalement inventées, et m'en suis longtemps contenté, en sachant très bien que l'essentiel était cette émotion toujours intacte, toujours nouvelle, qui passait par sa voix.
Je n'ai lu qu'un seul essai biographique, et très tardivement. Il s'agit du petit livre, intitulé Klever Kaff, de Ian Jack, paru d'abord en 2001 dans la revue Granta et traduit par Boris Terk, en 2006, pour les éditions Allia.
Ian Jack, qui est forcément un admirateur de Kathleen Ferrier, esquisse les grandes lignes de cette carrière très courte. Née en 1912, à Preston, village du Lancashire, dans une famille peu aisée, Kathleen Ferrier quitte l'école à 14 ans, pour travailler comme opératrice téléphonique. En 1935, elle se marie avec Bert Wilson, dont elle devait se séparer 12 ans après en obtenant l'annulation du mariage. En 1937, encouragée ou mise au défi par son mari, je ne sais trop, elle remporte un concours de chant et commence à prendre des leçons. Sa notoriété va croître jusqu'à sa rencontre avec Bruno Walter qui va la "lancer" sur la scène internationale. Cette carrière va être brisée, petit à petit, d'opérations en opérations, de complications en complications, par le cancer qui devait emporter Kathleen Ferrier, le 8 octobre 1953.
Mais, en utilisant correspondances et témoignages, Ian Jack dépasse largement cette image dramatique de la grande artiste foudroyée dans son essor. Il nous présente la Kathleen Ferrier "sympathique, simple et directe" dont beaucoup ont parlé. Joyeuse, blagueuse, moqueuse, maniant le contrepet et le calembour, se jetant avec gourmandise sur les plaisirs de la table et s'inquiétant des bourrelets qui apparaissent à sa taille..., elle reste, promue diva, fille de la campagne anglaise. "Nature", comme on dit, mais avec une "classe" qui inspire le respect.
Ian Jack accorde les derniers mots de son essay à Bernie Hammond, l'infirmière de Kathleen Ferrier, qui déclare avec tout le laconisme dont peut être capable une infirmière anglaise:
"C'était une personne extraordinaire, et une personne ordinaire."
C'est cette personne ordinaire qui chante ce simple folk song dont vous pourrez trouver les simples paroles ici.
En découvrant cette voix, Bruno Walter avait entendu "la" voix qui, selon lui, devait chanter Mahler.
Du travail qu'il mena avec Kathleen Ferrier on peut écouter, et je pense qu'on réécoutera longtemps, l'aboutissement: l'enregistrement, en 1952, de Das von der Erde (le Chant de la Terre), avec le Wiener Philharmoniker (et, il ne faut pas l'oublier, le ténor Julius Patzak).
Gustav Mahler a construit son œuvre sur une suite de poèmes adaptés du chinois par Hans Bethge, en les modifiant à son tour. Les sinologues, anglicistes et germanistes peuvent suivre toutes ces transformations sur le site mahlerarchives.net.
La dernière partie, Der Abschied (L'Adieu), se termine sur un poème de circonstance de Wang Wei, profondément modifié.
En voici la traduction française, que j'ai trouvée sur le blogue cap-corsaire d'Angèle Paoli, Terres de femmes:
Où vais-je ? Je vais errer dans les montagnes.
Je cherche le repos pour mon cœur solitaire.
Je chemine vers mon pays, vers ma demeure.
Je ne m’aventurerai pas au loin.
Calme est mon cœur, il aspire à son heure !
La terre bien aimée en tout lieu refleurit
au printemps et verdoie de nouveau.
Partout et pour toujours les horizons bleuissent !
Eternellement… éternellement.
Traduction de Georges Gourdet
Dernière partie du Chant de la Terre.
Lorsque Kathleen Ferrier chanta pour la première fois ce Chant de la Terre sous la direction de Bruno Walter (c'était en 1947, au premier festival d’Edimbourg), elle termina au bord des larmes et, la gorge nouée, ne put chanter le dernier ewig.
On peut imaginer les sentiments de la chanteuse lorsqu'elle vint présenter ses excuses au très grand chef qu'était Bruno Walter, créateur de l'œuvre en 1911 et, d'une certaine manière, héritier spirituel de Gustav Mahler... Avec une suprême élégance et, j'en suis sûr, une sincérité totale, il lui répondit: "Si nous avions tous été aussi artistes que vous, nous aurions tous été en larmes comme vous".
vendredi 6 février 2009
Jolis chahuts universtaires en tous genres
Autant vous le dire tout de suite: hier soir, j'ai bien cru que j'allais pousser le dernier couac.
D'après mon diagnostic, j'ai été approché par une cohorte de sarkophylocoques à parachutes dorés (ce sont des microbes infectieux récemment mutés), et mon organisme, resté très sain malgré tous mes excès, en a été littéralement infesté.
Ce qui m'a sauvé, c'est de regarder, en lieu et place de la prestation de monsieur Sarkozy, quelques images de l'inauguration, hier, de l'Université de Strasbourg par madame Valérie Pécresse.
Elle avait bien choisi sa date...
Elles montrent un déploiement de contestation joyeuse et insolente qui répond bien au sérieux pontifical des institutions universitaires. Ces gens-là sont une provocation permanente à l'insolence.
Les enseignants chercheurs parisiens ont, ce même jour, organisé une manifestation aux alentours de l'ancienne école polytechnique où siège désormais la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, quand elle n'est pas coincée à Strasbourg.
D'après les traces médiatiques que j'avais pu en trouver, la manifestation, plutôt joyeuse et bon enfant, aurait dû se disperser sur la place du Panthéon, à l'entrée de la rue Soufflot.
Les journalistes des agences ont dû se disperser avant la manifestation, car, d'après les témoignages que j'ai pu recueillir, au lieu de se disperser, la majorité des participants est restée sur place, en instaurant un face à face avec un cordon de CRS.
Si j'en crois ce qu'on m'en a rapporté, quelques slogans nouveaux ont été improvisés à cette occasion:
"CRS impuissants, la matraque fait pas d'enfants"; "On veut un CAPES, pour pas finir CRS"; "Rendez-vous, vous êtes cernés".
Ce sont des choses qui permettent de détendre l'atmosphère, certes, mais le tête à tête ne pouvant durer indéfiniment (jusqu'à l'arrivée d'ordres et/ou de renforts), deux groupes de manifestants ont lancé deux charges, de chaque côté du cordon, qui, en se combinant habilement, ont fini par déborder les forces de l'ordre. La manifestation ensauvagée, et encore nombreuse, dévale vers la Sorbonne, puis la rue des Ecoles, où elle force à nouveau le passage en chargeant le cordon de CRS (qui apparemment n'ont toujours pas d'ordres...)
Boulevard Saint-Michel, boulevard Saint-Germain, les manifestants prennent de vitesse les CRS, passent entre les voitures, exhibent leurs pancartes, reçoivent des encouragements et finissent par arriver sur les quais de la Seine.
Une accélération de la cadence a coupé le groupe en deux, et quai Malaquais, les forces de l'ordre sont en nombre. Pas de gazages, mais charges et matraquages dans tous les sens, avec un certain déploiement d'agressivité mal contrôlée. Quand on ne contrôle pas la situation globale, il est difficile de contrôler en plus son agressivité... et puis c'est tout de même jouissif, non, d'écraser des paires de lunettes sous ses godillots...
Le dernier carré de résistance, d'à peu près 150 personnes (pas d'interpellations), s'échappe par le pont des Arts, et va se perdre je ne sais où, vers le Louvre.
La grève continue et la prochaine mobilisation aura lieu mardi.
PS: Comme j'étais au bord de la syncope fatale en rédigeant mon billet d'hier, j'ai oublié de signaler la journée de mobilisation contre l'enfermement des étrangers, demain, 7 février, à l'appel du RESF, d'UCIJ (Unis Contre une Immigration Jetable) et de Migreurop.
En cherchant bien, vous ne devez pas être très loin d'un point de rassemblement.
jeudi 5 février 2009
Eric Besson fidèle à lui-même
Monsieur Eric Besson est un personnage qui sait, à coup sûr, se rendre sympathique. Il vient de signer, ce "jeudi 5 février, lors d'une visite à la Préfecture de police de Paris, une circulaire autorisant les préfets à accorder un titre de séjour provisoire aux sans-papiers qui dénoncent des filières, des passeurs". Dixit LeMonde.fr.
Ce type d'opération "gagnant-gagnant", comme on dit de manière si ridicule présentement, est bien une opération de basse police, pratiquée depuis des temps immémoriaux de façon plus ou moins ouverte, certes, mais en général avec une certaine discrétion assurant l'efficacité de la manœuvre. Les balances ne sont pas très appréciées, en quelque milieu que ce soit.
Le grand courage de monsieur Eric Besson est d'officialiser la délation.
On ne peut que le féliciter de confirmer par cette signature quelque peu médiatisée les intuitions que l'on commençait à avoir sur le fond de sa personnalité.
Monsieur Eric Besson jouant avec son double à la préfecture de police.(Belle photo, très évocatrice, de Martin Bureau, AFP)
Monsieur Eric Besson se dit "surpris" et "choqué" que l'on puisse parler à cette occasion de "délation".
Ma grand-mère aurait sans doute demandé à monsieur Besson d'arrêter de faire le sot... Je ne puis prendre une telle liberté, mais je soutiens qu'il me semble qu'il y a beaucoup d'affectation dans cette surprise, et peut-être une certaine satisfaction aussi.
Car cela permet à notre ministre de notre Identité de placer son petit couplet victimo-humanitaire:
"Les femmes battues qui portent plainte doivent-elles être accusées de délation ? Ces clandestins doivent-ils éternellement rester dans leurs ateliers, dans leurs caves, dans leurs arrière-cours de restaurants, sur les trottoirs de la prostitution, pour ne pas qu'on les accuse de délation"
Bien envoyé, n'est-ce pas ? On sent bien que monsieur Besson est très doué: il parle déjà couramment et sans effort apparent le démago-sarkozien.
Faut-il aller dans son sens et lui signaler que bien des clandestins (comme il dit, après monsieur Hortefeux) sont d'abord et surtout victimes de la politique qu'il a accepté de conduire à la demande du chef de l'état ?
Diverses associations ont déjà répondu à la mesure prise par monsieur Eric Besson. On trouvera le résumé de leurs déclarations et communiqués dans un article du Monde intitulé Inciter les clandestins à dénoncer leurs passeurs est "dangereux" et "inefficace", selon les associations.
Je vous copicolle la réaction de Laurent Giovannoni, président de la Cimade, dont le point de vue est toujours éclairant:
Au-delà de la polémique, les associations regrettent une "sortie médiatique" qui ne s'attaque pas aux véritables causes de l'immigration clandestine. Pour Laurent Giovannoni, ce sont les politiques européennes "qui verrouillent complètement les possibilités d'accès légal au territoire européen et poussent les personnes à avoir recours à ces filières". (...)
Autant vous dire que j'ai tendance, par une sorte de rigorisme un peu désuet sans doute, à mettre dans le même panier les exploiteurs des filières clandestines et les dénonciateurs pour récompense... Dans notre univers décomplexé, c'est une faute de goût, mais ce n'est pas cela qui va m'empêcher de respirer.
En revanche, ce qui me coupe un peu le souffle - oui, je suis moi aussi "surpris" et "choqué" - c'est que l'on réagisse si peu, autour de moi, quand on entend un transfuge politique modèle défendre ce sale outil de la délation.
mercredi 4 février 2009
Remous dans la soupe mathématique
L'article de Denis Guedj, paru dans Libération au mois de décembre, risque d'être passé inaperçu à la plupart, et pourtant on continue d'en parler dans la mare aux canards mathématiques. Il était intitulé Ces mathématiques vendues aux financiers et adoptait un ton polémique et, disons-le, grandiloquent, pour parler de ces mathématiques appliquées à la finance (MAF) dont l'existence a été révélée au grand public par la question (réelle) de leur rôle dans le développement de la crise financière.
Ce point de vue suivait les déclarations de Michel Rocard sur ces "professeurs de maths qui enseignent à leurs étudiants comment faire des coups boursiers", allant jusqu'à dire, dans un dernier effet de manche avant la retraite: "Ce qu’ils font relève, sans qu’ils le sachent, du crime contre l’humanité." Denis Guedj, qui juge cette phrase excessive, n'en donnait pas moins ce portrait sévère des dits étudiants:
Cornaqués par un quarteron de mathématiciens appliqués, aux carrières marquées du sceau de leur fascination pour le marché, ces jeunes golden génies de 23 ans, tout juste sortis de l’adolescence, pour qui les maths ne sont pas une connaissance, mais un instrument de puissance au service des puissants, jouent à la finance, au mieux dans une inconscience polissonne, au pire dans un cynisme condamnable. Abominablement ancrés dans le temps et dans le réel, pragmatiques maladifs à l’esprit stochastique, ils ne cessent de jongler avec la durée, les retards, les avances, le virtuel, le potentiel, et ne parviennent qu’à produire un présent douloureux.
Avant d'attaquer leurs professeurs:
Certains chercheurs, par choix idéologique, intérêt financier, arrivisme, se sont délibérément installés dans le camp des puissants. Je regarde ces chercheurs comme des «ennemis», ils travaillent au malheur du plus grand nombre.
Et leurs résultats:
Gestion des risques, je me marre ! Il faut être gonflé pour affirmer que les MAF ont pour principal objet la gestion des risques. Voilà des experts haut de gamme, à l’intelligence brûlante, armés d’un nouveau savoir aux performances majeures, génies formés pour évaluer les risques et qui n’ont rien vu venir… Rien ! Circulez, y a rien à voir. Que voilà un savoir efficace et des experts compétents !
Les enseignant et les chercheurs en mathématiques appliquées à la finance avaient, dès le mois de novembre, réagit à la pression de la crise sur leur domaine. On peut consulter en ligne le numéro 87 de Matapli, bulletin de la Société des Mathématiques Appliquées et Industrielles, consacré au sujet Mathématiques financières et industrie bancaire.
Dans son éditorial, Denis Talay, président de la SMAI souligne
qu’on ne saurait trop expliquer autour de nous que les mathématiques ne sont pour rien,
techniquement, dans la crise financière actuelle, les seuls vrais ressorts des bulles spéculatives étant l’appât de gains faciles et de graves manques de contrôle des marchés.
Ce qui me semble un peu court...
Nicole El Karoui est rapidement montée au créneau pour la défense des MAF, et Denis Guedj la met en cause dans son article en la baptisant "la diva des médias". Il se trouve que madame El Karoui, brillante mathématicienne, est une des pionnières françaises dans le domaine des mathématiques financières et est une des responsables du Master de Probabilités et Finances de l'Université Paris VI, cohabilité avec l'Ecole Polytechnique, qui forme les quants (analystes quantitatifs) que le monde nous envie. Elle les présentait ainsi en mai 2007:
Le métier, apparu dans les années 70, s’est fortement développé dans les salles de marchés des banques d’investissement dans les années 90, parallèlement à l’essor des produits dits "dérivés". Les quants participent à la création de ces derniers avec les traders, les structureurs voire les clients. Son rôle consiste surtout à modéliser, calculer, programmer et simuler des modèles mathématiques pour évaluer les produits en fonction de multiples paramètres mais surtout mettre en place les stratégies de couverture des risques inhérents à ces produits, entre autre la défaillance des émetteurs pour les dérivés de crédit.
Cette formation attirait jusqu'ici une bonne partie de nos étudiants les plus brillants...
A ma connaissance, Nicole El Karoui n'a pas répondu à l'article de Denis Guedj. Peut-être ne le fera-t-elle jamais.
En revanche, j'ai pu lire les réponses de Bruno Deutsch et de Denis Talay.
Si l'article de Guedj tient du coup de gueule, les réponses tiennent plutôt du coup de menton méprisant par leur utilisation d'un argument qui m'a un peu surpris.
Il s'agit de contester à Denis Guedj la qualité de "mathématicien", au prétexte que sa liste de publications se limite, dans le domaine mathématique, à sa thèse.
Quelque chose me gêne fort dans ce reproche: j'y retrouve trop ce grand air péremptoire, cassant et prétentieux que l'on prête trop souvent aux mathématiciens...
Ce qui me gêne encore plus, c'est de trouver ceci sous la plume d'un chercheur (Denis Talay) écrivant sur le site Images des Mathématiques que le CNRS tient pour justement diffuser une autre image des mathématiques et des mathématiciens...
Denis Guedj n'a probablement démontré aucun théorème non trivial (rien ne me prouve que monsieur Talay l'ait fait), mais il a, par son travail d'écrivain, intéressé davantage le grand public, qui dépasse largement l'annuaire des anciens élèves de Normale Sup, que ne saurait le faire la mesquine réaction d'un matheux soucieux de la reconnaissance de ses publications.
mardi 3 février 2009
Un grand créateur se révèle
A bien l'observer, on pouvait se douter qu'il y avait chez cet homme-là une vocation contrariée ou un grand rêve d'enfance ravalé dans les larmes et les trépignements.
Maintenant, nous savons: monsieur Sarkozy a une passion rentrée et c'est la rage de créer.
L'indépendance calamiteuse des soubresauts qui agitent ses quatre membres principaux l'ont empêché de pratiquer quelque discipline artistique que ce soit, et par conséquent il est entré en politique en gardant en lui cette frustration douloureuse.
Mais, par un effet banal de retour du refoulé, le voici prêt à donner libre cours à ses pulsions. Il vient de s'autoproclamer, ce lundi, président du Conseil pour la création artistique qu'il s'était promis de créer pour se faire plaisir. Et il n'a pu s'empêcher de prononcer, pour l'occasion, un discours de haute tenue, écrit par on ne sait qui, dont voici le pompompompeux incipit:
Madame la Ministre, chère Christine,
Mesdames, Messieurs,
En créant un Conseil pour la création artistique - j'ai vu que cela en avait étonné certains - dans mon esprit je ne fais que renouveler l’attachement séculaire qui unit la Nation et ses artistes. Depuis Charles V et François 1er, l’État a été le promoteur de la création et le protecteur des artistes. Le Val de Loire, Versailles et Paris ont été modelés et embellis sous l’action du couple formé par le politique – celui qui construit la Cité – et le poétique – celui qui rêve mais aussi qui agit, au plus haut degré.
Comme j'ai décidé d'être bienveillant avec les rédacteurs attitrés de monsieur Sarkozy qui ont dû travailler jour et nuit ce dernier mois, avec tous ces discours de vœux qu'il a inventé de prononcer, je ne relèverai pas cette opposition entre le politique et le poétique, où l'étymologie me semble un peu malmenée... Pendant qu'on y était, on aurait pu parler du politique qui construit en poète, non ? Mais une référence à Hölderlin revisité par Heidegger aurait-elle été captée au vol par madame Albanel ?
Monsieur Sarkozy en serre une poignée à monsieur Karmitz,tandis que madame Albanel regarde l'heure au poignet de son voisin.
Je passerai tout aussi charitablement sur la suite du discours où le rédacteur se contente d'enfiler quelques banalités de bon aloi sur la création artistique, en les teintant d'assez de hargne pour les faire passer pour des vérités iconoclastes et décomplexées.
La présentation de monsieur Marin Karmitz, qui, en tant que délégué général, sera la cheville ouvrière du Conseil, est un modèle de fausse provocation autosatisfaite:
Ah, j’oubliais, Marin Karmitz, semble-t-il, n’aurait pas les mêmes idées politiques que moi. Cela devrait rassurer, que des femmes et des hommes différents soient capables de travailler ensemble sur ce que doit être au XXIème siècle la politique d’encouragement à la création en France. Cela devrait profondément rassurer. (...) Alors j’ajoute, cher Marin, que le fait que l’on travaille ensemble, maintenant, cela fait ressortir votre passé glorieux. J’ai découvert plein de choses sur vous. Vous étiez donc très à gauche, très jeune, vous n’êtes pas le seul. Cela ne vous disqualifie pas pour porter un regard sur la création.
Monsieur Sarkozy est bien taquin, lorsqu'il parle du "passé glorieux" de Marin Karmitz.
Il aurait été préférable et plus véridique de dire que Marin Karmitz est un de ces nombreux renégats d'un gauchisme mal pensé qui, pour paraphraser un titre de Guy Hocquenghem (qui, lui n'a rien renié), sont passés du col Mao aux salons de la Fondation Saint-Simon, là où s'est élaborée cette nuisance rosâtre appelée le social-libéralisme et où, prétendait-on, s'opérait " la rencontre de gens qui avaient des moyens avec des gens qui avaient des idées"(Pierre Nora).
A l'époque, l'ancien cinéaste militant Marin Karmitz avait des moyens.
Quant aux idées, il est possible qu'il n'en ait jamais eu.
La réflexion n'était déjà pas son fort en tant que cinéaste.
Quand sont sortis, en 1971, Coup pour coup de Karmitz et Tout va bien de Godard et Gorin, on pouvait déjà faire la différence entre un monteur de pellicule et deux créateurs de cinéma.
La vidéo qui suit, un peu datée, permet d'entendre le point de vue de Jean-Luc Godard sur cette question du cinéma militant.
lundi 2 février 2009
Dialogue sarkozien à l'université
"Un chercheur, ça trouve et ça ferme sa gueule."
Guy M., Recueil de sarconneries potentielles, à paraître.
L'admirable sens du dialogue de monsieur Nicolas Sarkozy, largement imité, mais rarement égalé, par ses collaborateurs du gouvernement Fillon N+1, a été résumé par une belle formule tout assaisonnée de sel attique: "J'écoute, mais je tiens pas compte." La négation boiteuse prouve, à l'évidence, qu'il a trouvé ça tout seul.
La pédagogie étant, entre autres choses, un art de la redondance, Monsieur Fillon, justement, se permet de développer quelque peu cette conception démocratique du dialogue:
"Il n'y aura pas de tournant de la politique économique et sociale", (...) "cela n'empêche évidemment pas qu'il y ait place pour le dialogue et la concertation."
(Entretien Le Monde)
Il avait été précédé de peu dans cet exercice de paraphrase par monsieur Hortefeux, qui, après avoir estimé que la manifestation du 29 janvier avait été "dense" mais "pas historique", a déclaré:
Changement de cap bien sûr que non, dialogue bien sûr que oui.
L'art du dialogue sarkozien est magistralement illustré par les célèbres duettistes Xavier Darcos et Valérie Pécresse, dont les prestations de qualité ne vont pas tarder à faire surgir une ligne d'opposition unie de la maternelle à l'université.
En cette heure vespérale où la soleil se couche sur une Normandie couverte d'une épaisse couche de neige, l'assemblée générale de la Coordination Nationale des Universités, qui s'est tenue ce lundi, à partir de 14 heures, dans l'amphi Descartes de la Sorbonne, est terminée.
Cette réunion a rassemblé plus de 300 personnes, représentant(e)s de diverses universités, et s'est conclue par le vote d'un appel à la grève:
L’appel à la grève illimitée et générale sous le mot d’ordre «l’Université et la recherche s’arrêtent» a été voté en ce premier jour censé marquer le début du blocage des universités par l’arrêt des cours des enseignants-chercheurs mobilisés. Les revendications concernent toujours le retrait du décret de 1984 sur le statut modifié des enseignants-chercheurs et sur la réforme de la formation des enseignants.
(...)
Le mouvement peut aussi compter sur l’appui des IUFM dont une quinzaine (sur 31) a rallié le mouvement samedi 31 janvier 2009 pendant la réunion de la Coordination nationale.
(Voir ce court article de Fabienne Guimont)
Dès ce matin, un bon nombre d'universités étaient déjà touchées par la grève:
La grève affectait «au moins 45% des activités d'enseignement», a estimé lundi le Snesup-FSU.(...) Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Enseignement supérieur n'était pas en mesure vers 15h de donner un panorama global des effets de la grève. (20minutes.fr)
A mon avis, selon le ministère, tout va bien... et tout ira bien mieux demain.
Comme nous commençons à connaître par cœur les lois du dialogue sarkozien, nous savons qu'il faut répondre: "Affirmatif !"
Il est peu probable que le commandant en chef Sarkozy et la petite caporale Pécresse obtiennent la réponse attendue.
Il y a dans ce mouvement une part d'inédit que le subtil historien Brice Hortefeux (mais ne lui parlez pas de Vichy, surtout) pourra confirmer: les blocages de l'université par les enseignants sont extrêmement rares...
Je me demande si le cas s'est déjà produit.
PS: Pour comprendre les enjeux des réformes jugées indispensables par nos élites politiques au pouvoir, je ne peux que vous conseiller la lecture de l'entretien accordé par Jean Louis Fournel, président de Sauvons l'Université, à Sylvestre Huet, que vous trouverez sur son blogue.
Sur le même blogue, vous trouverez également un texte essentiel pour la réflexion sur ces questions. Il est intitulé Réforme des universités et de la recherche : des discours aux actes, et signé de Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, Denis Mazeaud, juriste, professeur.
dimanche 1 février 2009
Manifestation tolérée
Même pour un observateur aussi attentif et avisé que je le suis, il n'est pas toujours facile de décrypter (comme on dit dans les gazettes) les intentions de madame la ministre de l'Intérieur et de monsieur le Préfet de police.
Je me demande bien ce qui a bien pu motiver l'autorisation qui a été donnée par le second aux diverses organisations et divers collectifs qui, en lien avec le Comité de soutien aux inculpés du 11 novembre, appelaient à manifester contre la politique prétendument anti-terroriste systématique initiée par la première...
Il est vrai que la rafle du samedi précédent, à Barbès, doit occuper suffisamment les petites mains de l'anti-terrorisme qui, on le sait bien, n'ont pas quatre bras, mais aimeraient bien.
Cependant, comme monsieur Sarkozy n'avait prévu aucune sortie dans une ville de province pour y adresser ses vœux à l'une ou l'autre des forces plus ou moins vives de la nation, nos casernes disposaient d'importantes réserves de forces brutes et policières, mais quand même... Monsieur le préfet de police a ainsi pu puiser largement dans ces ressources et faire étalage d'un contingent important de muscles à peu près frais, en état de frapper, au cas où...
On peut considérer que la manifestation fut seulement tolérée.
Cette tolérance a permis que se tienne une manifestation assez curieuse et, on peut l'espérer, prometteuse, en rassemblant, une fois n'est pas coutume, des groupes et des individus qui passent habituellement beaucoup de temps à se crêper les chevelures, à coups de grands principes, d'invectives diverses et de poings dans la gueule, éventuellement.
Ainsi que le signale un tract du Scalp (devenu, pour l'occasion, Section qui Craque des Allumettes dans La Poudrière):
Nous ne serons jamais assez reconnaissants du travail du gouvernement Sarkozy.
Marx rêvait de l’union de tous les prolétaires : notre gouvernement, lui, a unifié les anarchistes, les autonomes et l’ultra-gauche, niant tous les conflits idéologiques et pratiques qui divisaient la "mouvance"… Merci !
Oui ! Le problème de la diversité des tactiques a été résolu : que tu sois militant RESF, jeune banlieusard, épicier à Tarnac, artiste en free-party, militant antifasciste... Tes actes ont désormais la même valeur criminelle qu’un mitraillage massif de touristes dans un aéroport.
D'où sans doute cette grande diversité dans les rangs de la manifestation, que signale l'article de Rue89 ("ils" étaient là, en vrai!):
Pas mal de jeunes, dont quelques têtes déjà croisées du côté des autonomes au contre-sommet à Vichy, à l'automne. Beaucoup d'hommes. Mais aussi de vieux militants, anciens gauchistes et des "non encartés". Un éditeur parisien, un jeune journaliste venu en citoyen. La plupart motivés par l'enjeu des libertés publiques.
(Vous m'aurez reconnu: je ne suis ni "l'éditeur parisien" - j'en ai croisé un, il rigolait -, ni le "jeune journaliste" - j'en ai croisé un, mais ils parlent peut-être d'un autre, moins talentueux-, alors qui suis-je ?)
Quand le cortège s'avança dans la rue Gay-Lussac, j'estimai que la Préfecture de Police dénombrerait quelques cinq cents personnes... Je dois reconnaître que le service de communication de la PP m'a feinté en annonçant assez tôt (dépêche AFP, reprise à 18h 35 par le JDD) mille deux cents manifestants.
Pourquoi annoncer un chiffre dépassant le millier alors qu'il devait y avoir dans les deux mille cinq cents personnes ? La préfecture aurait-elle inventé une nouvelle méthode de calcul ?
Ou bien madame Alliot-Marie, qui estimait autrefois la mouvance "anarcho-autonome" à deux ou trois cents personnes, va-t-elle demander une rallonge pour la SDAT ?
D'après les participants, la manifestation s'est déroulée avec calme. Le seul moment délicat fut le passage à proximité de la prison de la Santé: face à face houleux entre la foule à main nue et les forces de l'ordre sous carapaces.
Ces incidents ont été signalés dans le premier communiqué répercuté par la presse.
Par exemple 20minutes.fr:
Des tirs de feu d'artifice à l'horizontale, des jets de projectiles et de fumigènes ont visé les CRS, qui maintenaient un important cordon, avec grilles et canon à eau, pour empêcher les manifestants de s'approcher de la prison, ont constaté des journalistes de l'AFP. Le cortège est arrivé sans autre incident vers 17h30 place Denfert-Rochereau (14e arrondissement), lieu prévu pour la dispersion.
Curieusement, les dépêches d'agence suivantes s'ouvrent sur ces incidents, et certains, comme le NouvelObs.fr, qui n'en rate pas une, les suit à la lettre, dans deux articles (comme si au Nouvel Obs on avait oublié ce qu'est le travail d'un journaliste).
Dans le premier:
Huit policiers ont été blessés samedi 31 janvier, dont deux ont dû être hospitalisés, et quinze personnes ont été interpellées lors de la manifestation à Paris contre les lois antiterroristes (...).
Dans le second:
Huit policiers ont été blessés et quinze personnes ont été interpellées samedi après-midi à Paris lors de la manifestation de soutien à Julien Coupat, présenté comme le chef d'une cellule soupçonnée de sabotages de caténaires SNCF, a-t-on appris de source policière. Deux fonctionnaires de police ont été hospitalisés.
(...)
Les forces de l'ordre ont essuyé des tirs de fusée et de fumigènes, et des jets de pierre. Les quinze manifestants qui appartiendraient pour certains à la mouvance dite anarchiste et anarcho-autonome, selon la police, ont été interpellés pour ces violences mais également pour outrage à agent de la force publique et détention de stupéfiants. Elles ont été placées en garde à vue.
On remarquera que la plupart des interpellations ont eu lieu dans le métro... et que par conséquent il est assez aventureux de les lier aussi directement aux incidents près de la prison.
Je dois signaler que j'ai échappé de peu à une arrestation pour "outrage à agent de la force publique".
Me trouvant en queue de cortège à regarder les copains et copines de la Brigade Activiste des Claounes, je me suis pas rendu compte qu'un cordon de CRS (ou de je ne sais quoi d'autre dans le genre crustacé à bouclier) s'avançait. J'ai eu le temps d'entendre "Poussez-vous, monsieur" et de faire un demi pas de côté, avant d'être bousculé par un demi bouclier. Le voussoiement et le "monsieur" m'avaient suffisamment surpris pour me couper le souffle, et je ne répondis pas, comme à mon habitude normande: "Ah bah, t'vas quand mêm' pas m'marcher d'ssus, mon gars!" Il y aurait eu outrage, je pense...
Je rends grâce au président Sarkozy, qui a tant insisté, quand il était encore ministre de l'Intérieur, sur la politesse que devaient montrer les forces de police avant de cogner...
Sans ses efforts pédagogiques, je serais peut-être en garde à vue, à l'heure actuelle. Et une garde à vue avec une fracture du col de fémur, ça ne doit pas être confortable.
PS: A lire ab-so-lu-ment: le billet de JBB, aka le Charançon Libéré, ainsi que les commentaires qui ajoutent des témoignages. C'est ça le journalisme, messieurs du NouvelObs !




























