vendredi 13 février 2009

Publi-rédactionnel au Figaro

Exceptionnellement, lorsque je suis sur mes terres, à Trifouillis-en-Normandie, il m'arrive d'acheter un exemplaire du Figaro. Cela me permet de marquer publiquement, devant la piétaille paysanne qui s'alcoolise consciencieusement en se cramponnant au bar, ma qualité de notable du village que l'on me dispute parfois. Ainsi, lorsque je croise mon notaire, je peux lui faire croire que, moi aussi, je trouve que le Monde est un journal sérieux, mais très orienté à gauche, et que Libération est fabriqué par une cellule invisible de gauchistes non repentis.

Un rien m'amuse...

Hier, je n'avais aucune raison d'acheter la Figaro: il était beaucoup plus amusant de consulter son site ouaibe où une misérable opération de... comment dire?... d'information?... se délitait au fil des heures.

C'était pourtant un sacré scoupe !

Marc Mennessier et Martine Perez annonçaient:

Le maïs OGM est sans danger pour l'homme, selon l'Afssa

On sentait bien, à ce titre mal balancé rythmiquement (on attendrait plutôt: Selon l'Afssa, virgule, etc.), qu'ils auraient aimé être plus catégoriques...

L'illustration, elle, était dans le genre triomphal:

Et des comme ça, t'en as déjà vu, des comme ça ?
(avec bien sûr une référence faulknerienne)

L'article fait dans l'exclusif, puisque c'est un scoupe, et laisse entendre que le rapport de l'Afssa aurait été mystérieusement bloqué par des puissances, sinon occultes, du moins obscurantistes.

On finit par se dire qu'on a vraiment de la chance d'avoir au Figaro une rédaction si courageuse. Et bien soudée face à l'adversité: l'éditorial d'Yves Thréard ne mâche pas des mots consensuels:

Les conclusions du nouveau rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), que révèle mercredi Le Figaro, confirment ce que cette même institution disait en 2004, et ce que l'Académie des sciences ne cesse de répéter à longueur de colloques : rien ne s'oppose aux OGM.

Et arrive à sa conclusion:

La raison va-t-elle enfin l'emporter ces prochains jours ? Scientifiques, médicaux, économiques, financiers, les arguments ne manquent pas pour laisser le champ libre au maïs MON810.

Les experts ont fait leur travail, à l'abri de la pression des lobbys. Aux politiques désormais de ne pas céder à la démagogie.

Une telle indépendance a été aussitôt saluée comme il se doit par la société Monsanto, et le Figaro a marqué, à son tour, son indépendance d'esprit en publiant la réaction du semencier:

"Nous ne sommes pas surpris" par cet avis, dévoilé par Le Figaro, "qui vient confirmer" une trentaine d'"expertises scientifiques" menées par la Commission du génie biomoléculaire (CGB), l'AFSSA en France ou l'Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA) en Europe, a déclaré Monsanto dans un communiqué.

"Les conclusions, en France ou dans le monde, vont toujours et encore dans le même sens", selon le semencier qui affirme que "les variétés de maïs contenant MON810 sont sûres pour le consommateur et l'environnement".

Le Figaro, objectivité oblige, donne également la parole au lobby anti-OGM dans un article intitulé: «On ne connaît pas les effets à long terme des OGM», soigneusement placé entre guillemets, parce qu'au Figaro, on ne mégote pas sur la précision scientifique...

Seul cet article a une chance d'apprendre au lecteur que l'affirmation tenue par le premier article publié, le sensationnaliste, n'est étayée par aucune étude scientifique nouvelle, allant dans un sens ou un autre. L'étude de l'Afssa ne se base que sur ce qui a été publié, qui est fort incomplet...

Vous n'aurez pas la pipette dans votre assiette.

Finalement, la réponse à l'injonction finale de l'éditorial d'Yves Thréard est tombée, et le dernier article de notre promenade en compagnie du Figaro est intitulé, comme à regret:

La culture du maïs OGM reste interdite en France

Le coup éditorial s'en trouve un peu dégonflé.

D'autant plus qu'il risque de ranimer la vigilance des anti-OGM...


PS: Ce scoupe du Figaro en ferait presque oublier un autre, qui montre bien que les rédacteurs sont tenaces, et risquent donc de nous resservir de l'OGM sous peu... Ce second scoupe est signée de Marie-Estelle Pech et intitulé:

Un quart des enseignants-chercheurs ne publient pas.

Il y a des journalistes qui devraient en faire autant.

3 commentaires:

Flo Py a dit…

Pour ceux et celles que ça intéresse, le site Stop Monsanto donne pas mal de liens.

Bises et bon dimanche.

Jr a dit…

@ Flo et @ Guy
Et pour se faire autant plaisir qu'en lisant Le Figaro, le site de Monsanto vaut son pesant de propagande et montre les sources de la commission européenne…
Bon dimanche pareil !

Guy M. a dit…

@ Flo Py,

Les pratiques éthico-commerciales de Monsanto méritent d'être regardées de près. Certains des liens dont tu parles permettent d'en avoir un aperçu.

@ Jr,

Tu as raison, le retour aux sources est indispensable.

Bon dimanche à tous.