lundi 2 février 2009

Dialogue sarkozien à l'université

"Un chercheur, ça trouve et ça ferme sa gueule."
Guy M., Recueil de sarconneries potentielles, à paraître.





L'admirable sens du dialogue de monsieur Nicolas Sarkozy, largement imité, mais rarement égalé, par ses collaborateurs du gouvernement Fillon N+1, a été résumé par une belle formule tout assaisonnée de sel attique: "J'écoute, mais je tiens pas compte." La négation boiteuse prouve, à l'évidence, qu'il a trouvé ça tout seul.

La pédagogie étant, entre autres choses, un art de la redondance, Monsieur Fillon, justement, se permet de développer quelque peu cette conception démocratique du dialogue:

"Il n'y aura pas de tournant de la politique économique et sociale", (...) "cela n'empêche évidemment pas qu'il y ait place pour le dialogue et la concertation."
(Entretien Le Monde)

Il avait été précédé de peu dans cet exercice de paraphrase par monsieur Hortefeux, qui, après avoir estimé que la manifestation du 29 janvier avait été "dense" mais "pas historique", a déclaré:

Changement de cap bien sûr que non, dialogue bien sûr que oui.

C'est une certaine conception du dialogue
dont on voit ici une exemplaire mise en œuvre.


L'art du dialogue sarkozien est magistralement illustré par les célèbres duettistes Xavier Darcos et Valérie Pécresse, dont les prestations de qualité ne vont pas tarder à faire surgir une ligne d'opposition unie de la maternelle à l'université.

En cette heure vespérale où la soleil se couche sur une Normandie couverte d'une épaisse couche de neige, l'assemblée générale de la Coordination Nationale des Universités, qui s'est tenue ce lundi, à partir de 14 heures, dans l'amphi Descartes de la Sorbonne, est terminée.

Cette réunion a rassemblé plus de 300 personnes, représentant(e)s de diverses universités, et s'est conclue par le vote d'un appel à la grève:

L’appel à la grève illimitée et générale sous le mot d’ordre «l’Université et la recherche s’arrêtent» a été voté en ce premier jour censé marquer le début du blocage des universités par l’arrêt des cours des enseignants-chercheurs mobilisés. Les revendications concernent toujours le retrait du décret de 1984 sur le statut modifié des enseignants-chercheurs et sur la réforme de la formation des enseignants.

(...)

Le mouvement peut aussi compter sur l’appui des IUFM dont une quinzaine (sur 31) a rallié le mouvement samedi 31 janvier 2009 pendant la réunion de la Coordination nationale.

(Voir ce court article de Fabienne Guimont)

Dès ce matin, un bon nombre d'universités étaient déjà touchées par la grève:

La grève affectait «au moins 45% des activités d'enseignement», a estimé lundi le Snesup-FSU.(...) Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Enseignement supérieur n'était pas en mesure vers 15h de donner un panorama global des effets de la grève. (20minutes.fr)

A mon avis, selon le ministère, tout va bien... et tout ira bien mieux demain.

Comme nous commençons à connaître par cœur les lois du dialogue sarkozien, nous savons qu'il faut répondre: "Affirmatif !"

Une visite de rêve à l'université.

Il est peu probable que le commandant en chef Sarkozy et la petite caporale Pécresse obtiennent la réponse attendue.

Il y a dans ce mouvement une part d'inédit que le subtil historien Brice Hortefeux (mais ne lui parlez pas de Vichy, surtout) pourra confirmer: les blocages de l'université par les enseignants sont extrêmement rares...

Je me demande si le cas s'est déjà produit.


PS: Pour comprendre les enjeux des réformes jugées indispensables par nos élites politiques au pouvoir, je ne peux que vous conseiller la lecture de l'entretien accordé par Jean Louis Fournel, président de Sauvons l'Université, à Sylvestre Huet, que vous trouverez sur son blogue.

Sur le même blogue, vous trouverez également un texte essentiel pour la réflexion sur ces questions. Il est intitulé Réforme des universités et de la recherche : des discours aux actes, et signé de Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, Denis Mazeaud, juriste, professeur.

4 commentaires:

Margaret a dit…

« L'art du dialogue sarkozien est magistralement illustré par les célèbres duettistes Xavier Darcos et Valérie Pécresse, dont les prestations de qualité ne vont pas tarder à faire surgir une ligne d'opposition unie de la maternelle à l'université. »

C'est bien cette ligne que tentent de faire émerger les syndicats. Voir le communiqué de Sud Education : Janvier 2009 de la maternelle à l'université amplifions la mobilisation !

Bises et bonne soirée, camarade.

Guy M. a dit…

Je ne suis pas trop mécontent de me trouver sur la même ligne que Sud... Il y a des lignes plus tordues !

Courage, bonne soirée et bises itou.

JBB a dit…

Sud ? Ces syndicalistes irresponsables qui font rien tant que prendre en otage les usagers ? Marx m'en préserve…

(C'est une très bonne nouvelle, cette mobilisation des universités. Lycéens, anarcho-autonomes, universitaires et citoyens dans la rue, ça commence à avoir de la gueule. Qui a dit convergence des luttes ? )

Guy M. a dit…

Je n'ai pas beaucoup de nouvelles, mais ici l'université est arrêtée depuis hier.

(Sauf en socio, ce qui est un trait d'humour normand, sans doute.)

Si la socio se met à diverger, où irons-nous?