mercredi 6 août 2008

"Vivant, il ne nous aurait jamais quittés."




Le désir de justice des "braves gens" est impossible à rassasier, probablement.

On le voit s'exprimer de manière véhémente à longueur de commentaires sur le ouaibe, à la suite des articles qui nous informent de la mise en liberté, sous contrôle judiciaire, de Marina Petrella.

Une vie momentanément ravagée et quasiment ruinée, réduite à cette terrible volonté de ne plus être, par l'application de la loi, ne suffit pas aux "braves gens". Les voilà criant au déshonneur d'un pays où la Justice bafoue la Justice.

Je soupçonne parfois les "braves gens" d'avoir comme une sorte de nostalgie des supplices à grand spectacle.

Histoire d'alimenter les fantasmes des "braves gens".
Supplice de la roue.

En allant consulter le site Parole Donnée, où l'on peut trouver un dossier sur Marina Petrella et sur les réfugié(e) italien(ne)s, j'ai retrouvé l'annonce du décès de Jean-Jacques De Felice .

Ce texte a été largement reproduit, mais j'ai simplement envie de le relayer ici.

Pour Jean-Jacques De Felice

Le grand cœur de Jean-Jacques De Felice, notre avocat et ami,
s'est arrêté de battre cette nuit du 26/27 Juillet 2008

Vivant, il ne nous aurait jamais quittés. Il aura fallu, pour cela, que la vie le quitte, pour qu'il nous laisse. Nous, nous autres, nous les gens, non-citoyens, non-citoyennes, hommes femmes enfants du monde, métèques, métisses, parl'êtres parlant les langues les plus diverses…Nous les réfugiés, les même pas réfugiés à part entière; nous les migrants, les fuyards, colonisés, insoumis, insurgés, exploités fuyant les misères, se révoltant contre l'oppression.

Ce n'est pas de la rhétorique. Nous tous et toutes sommes aujourd'hui un peu plus seuls : cet homme exquis qui se fit, avec ses armes à lui, l'un des combattants les plus tenaces pour défendre nos vies, a cessé de vivre cette nuit.

Nous sommes désormais plus seuls, mais pas démunis : si la cruauté machinique des dé-Raisons d'État a privé Jean-Jacques de la joie de voir Marina Petrella revenir à la vie, son combat est en de bonnes mains. Nous sommes avec Irène, avec Claire, avec les complices de Jean-Jacques, qui - comme tant d'autres au fil du temps - ont participé à la fraternelle conjuration tissée pour interrompre l'enchaînement des offenses et des vengeances, et faire de nos volontés et de nos forces rassemblées le barrage contre le déferlement du mal qui vient, fut-il perpétré au nom de la punition du mal qui a été…

Nous avons perdu un ami précieux, nous n'oublierons pas Jean-Jacques De Felice.

Les hommes et femmes d'Italie s'étant réfugié[e]s en France
Les participants aux Collectifs de solidarité avec Marina Petrella


PS: La note humoristique nous est fournie par monsieur Bernard Kouchner, du quai d'Orsay. Selon 20minutes.fr:

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a salué cette décision de justice, en indiquant qu'il avait "toujours plaidé pour une issue humanitaire" à ce cas.

Merci Bernard, on se demande ce qu'on ferait sans vous... mais vous n'avez rien plaidé du tout.

Celle qui a plaidé, c'est Irène Terrel, son avocate. Et j'ai le sentiment qu'en matière de droits de l'homme, elle pourrait en remontrer à beaucoup d'experts autoproclamés.

3 commentaires:

rançoise a dit…

Plus en rapport avec tes billets précédents (mais tout est bien du "même tabac" . Quand je disais hier que la Cimade allait "avoir des ennuis" :

« Le ministère de l'immigration tente discrètement de réduire les capacités critiques de la Cimade, association d'origine protestante chargée d'assurer la défense et l'information des retenus au sein des centres. M.Hortefeux, qui ne dissimule pas son agacement vis-à-vis de la Cimade, préconise de faire appel à des associations caritatives, comme la Croix-Rouge ou l'Ordre de Malte (Le Monde du 26 juillet) pour assurer une plus grande "diversité" dans l'aide aux sans-papiers. "La Cimade est trop indépendante à ses yeux. Le ministère veut éclater ses missions en les confiant à plusieurs associations dans l'idée de réduire son poids", explique un proche du dossier. Les associations, qui décrivent une atmosphère tendue dans les centres de rétention, estiment que le ministère tente d'allumer des "contrefeux" pour prévenir les critiques au cas où surviendrait un drame. "Les gestes de désespoir se multiplient dans les centres. […] La stratégie de M.Hortefeux vise à cacher cette réalité qui est le produit de sa politique", souligne Richard Moyon, porte-parole de RESF. "Le gouvernement détourne l'attention sur des groupuscules d'extrême gauche , j'emploie des guillemets, pour éviter qu'on se préoccupe de sa politique et de ce qui se passe dans les centres de rétention", ajoute Stéphane Maugendre, président du Gisti. Les associations réfléchissent à une action commune pour dénoncer l'attitude du gouvernement. »

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/08/06/brice-hortefeux-s-en-prend-aux-soutiens-des-sans-papiers_1080667_3224.html

Françoise a dit…

Devant tant de bonnes intentions ministérielles, j'en ai perdu mon "F" ...

Guy M. a dit…

On en perdrait plus d'une initiale... et blogger aujourd'hui me parle en anglais!

Cet article du Monde est tout à fait instructif et éclairant. Il n'y a pas grand chose à ajouter, sinon la nécessité de rester aux aguets.

Merci.