lundi 4 août 2008

Début d'incendie au camping du Mesnil Amelot

Au bout des pistes de Roissy, on trouve quelques horreurs architecturales et un centre de rétention administrative, dit "du Mesnil-Amelot", d'où partent régulièrement des "retenus" qui accèdent ainsi au digne statut de "reconduits".

C'est subtil, mais on n'en a pas fini avec la subtilité.

Certains de nos compatriotes aiment à se réunir, le samedi après-midi notamment, autour de ces centres de rétention. Tous les loisirs sont imaginables, n'est-ce pas ?

Le samedi 26 juillet , une joyeuse bande devait se rendre aux abords du CRA du Mesnil-Amelot, à l'invitation de l'association "SôS-Soutien aux sans-papiers". Elle ne le put.

Pour faciliter le transport vers le CRA du Mesnil-Amelot, très isolé, l’association SôS-Soutien aux sans-papiers, organisatrice de la manifestation, avait donné rendez-vous à la porte de La Chapelle une demi-heure avant l’heure de départ. À ce moment, une vingtaine de militants sont présents, « accompagnés » de policiers en civil. Soudain, une dizaine de fourgons de police, suivis d’un bus, arrivent de tous les côtés, encerclant les militants qui patientaient auprès de leurs véhicules. Dix personnes sont immédiatement interpellées. D’autres s’éloignent un peu sur le trottoir. Les voitures sont perquisitionnées de fond en comble. Les militants fouillés au corps, avant d’être embarqués dans le bus. À commencer par Rodolphe Nettier, président de SôS-Soutien aux sans-papiers. Seule explication donnée sur place : « opération de police ».

Vient le tour des militants qui observaient la scène d’un peu plus loin : huit nouveaux interpellés. Parmi eux, Henri Braun, avocat de l’association et membre du comité central de la Ligue des droits de l’homme (LDH). « C’était parfaitement illégal », nous confie-t-il, en précisant : « Soit il y a un trouble à l’ordre public caractérisé, ce qui n’était évidemment pas le cas. Soit c’est un contrôle d’identité, mais, ici, tout le monde avait ses papiers, sauf Rodolphe. Nous n’aurions donc pas dû être arrêtés. » La police en profite d’ailleurs pour contrôler et fouiller trois jeunes Noirs assis près de la bouche de métro. Les fouilles corporelles sont, elles aussi, jugées illégales par Henri Braun. « Ils ont fouillé nos poches, ce qui s’assimile à une perquisition. Sans autorisation. » Au commissariat, la pression continue : « On nous a fait retirer nos lacets comme si on allait être mis en garde à vue, raconte Rodolphe Nettier. Mais nous ne nous sommes pas laissé impressionner. » Devant le commissariat, une trentaine de personnes réclamaient la libération de leurs camarades. Une libération qui aura lieu une demi-heure avant l’expiration de l’autorisation de manifester.

(Compte-rendu par Christophe Payet, dans l' Humanité. fr,- merci à Flo Py pour le lien)

C'est un bel exemple de subtilité stratégique...

Certains de nos compatriotes ne se découragent pas. La manifestation fut remise au samedi suivant, le 2 août, et cette fois une quarantaine de personnes parvinrent devant le CRA.

N'étant pas un ingrat, je sais gré aux rédacteurs du Figaro.fr qui les premiers m'ont informé des événements. Non du fait, fort négligeable, qu'il y ait eu un rassemblement au Mesnil-Amelot, mais qu'il y a eu un départ d'incendie.

Vers 17H30, de la fumée sortait du bâtiment, où la chambre d'un retenu était en feu, alors qu'une quarantaine de militants de SOS Soutien aux sans papiers manifestaient devant le centre de 16H00 à 18H30, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le feu "a été vite circonscrit par les gendarmes, puis par les pompiers, qui assurent la veille" du centre, a-t-on expliqué à la gendarmerie, sans donner l'origine du sinistre. Un fourgon et un camion des pompiers sont arrivés en renfort peu de temps après, ainsi que des gendarmes pour maintenir l'ordre.

(...)

Les retenus du CRA de Vincennes en colère avaient incendié les bâtiments du centre au lendemain de la mort le 21 juin d'un retenu tunisien. Le CRA avait alors été partiellement détruit.


Le dernier paragraphe n'est pas un rapprochement hasardeux, mais une subtile mise en perspective journalistique...

La préfecture de Seine-et-Marne se fendit d'un communiqué que LeFigaro.fr relaya:

La préfecture de Seine-et-Marne a accusé les personnes qui avaient manifesté hier devant le Centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot d'avoir "incité" au mouvement de révolte des retenus qui ont tenté d'incendier certains bâtiments.


C'est subtilement ce que reprit FranceSoir.fr en donnant pour intertitre, en gras:

Mesnil-Amelot enflammé de l'extérieur

Comment peut-on appeler cela ?


Du côté des politiques, on a mis du temps à se réveiller, mais deux veilleurs en service minimum ont pris la parole.

Pour le PS, Faouzi Lamdaoui a dû consulter sa fiche pour réaction d'urgence:

(...) «La politique injuste du gouvernement crée des situations dangereuses tout à fait inacceptables, qui provoquent la révolte légitime des étrangers et de ceux qui défendent leurs droits», a ainsi jugé dimanche, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l'égalité. «Face à la multiplication des drames humains, il n'est plus possible de parler de cas isolés : la politique du chiffre menée par Brice Hortefeux est une chasse institutionnalisée aux étrangers», a-t-il affirmé.

Cela a dû titiller le très subtil Frédéric Lefebvre, de l'UMP:

Une accusation immédiatement dénoncée par l'UMP. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a ainsi estimé dimanche après-midi dans un communiqué que l'incendie dans ce centre est «à nouveau, comme lors de l'incendie du centre de Vincennes, le résultat de l'incitation à la violence par un collectif d'extrême gauche», ajoutant qu'«il y aurait pu y avoir des morts».

«Un parti démocratique comme le PS n'hésite pas à excuser ces actes en prenant la responsabilité de les justifier», poursuit l'élu des Hauts-de-Seine pour qui «c'est vraiment le signe que ce parti a perdu le sens de l'intérêt général».


20minutes.fr, auquel j'emprunte ces éléments bleuis, titre son article:

Révolte dans un centre de rétention administrative: la polémique enfle


Alexandre Soljenitsine, photographié en Vendée en 1993.
(repris de Ouest-France)

La mort d'
Alexandre Soljenitsyne, qui sera suivie d'une avalanche d'hommages, devrait permettre une rapide détumescence de cet œdème polémique...


PS: Pour des informations qui dépassent un peu les communiqués des "personnes autorisées", vous pouvez consulter LeMonde.fr et LibéOrléans.


10 commentaires:

Jean-Baptiste a dit…

Ces salopards de gauchistes n'en ratent pas une, décidément…

En tout cas, j'adore le "Mesnil-Amelot enflammé de l'extérieur"… Aussi débile que mal écrit, un must.

Le Charançon Libéré a dit…

Mince… Jamais réussi à me servir de ces identifiants blogger, moi.

Donc : tout pareil que le précédent message. Mais sous mon pseudo actif (et puis hop, je vais me recoucher)

Françoise a dit…

Mon Cher Guy.M,

À la lecture de ton billet précédent et de celui-ci Je vois, qu'une fois encore, les mêmes heureux événements nous inspirent... Je prépare (les illustrations, entre autres, ça prend du temps) depuis que ces merveilleuses nouvelles ont été mises en ligne, un billet sur les mêmes sujets. ( Je ferai, bien sûr, référence aux tiens, qui sont excellents).

Guy M. a dit…

@ Charançon aka JBB,

J'ai eu peur que les pros de FranceSoir.fr ne se corrigent durant la nuit: mais non, le premier jet, c'est le meilleur!

(Blogger, c'est un peu nul... )

@ Françoise,

Merci. J'attends tes illustrations avec impatience...

Françoise a dit…

Guy M.,

Mr Hortefeux (j'ai lu l'article que tu signales chez Flo Py) porte plainte, mais "curieusement" il ne parle pas des mises en garde de la Cimade :

http://www.cimade.org/nouvelles/1026-La-tension-monte-au-Mesnil-Amelot

http://www.cimade.org/nouvelles/1088-Nouvel-incendie-dans-un-centre-de-retention---le-Mesnil-Amelot-partiellement-ferme

Je ne sais pas si, comme il le dit, l'association "SOS- Soutien O Sans-papiers", appelle les personnes enfermées à incendier les CRA (ce qui serait évidemment irresponsable), mais il semble bien qu'il y a suffisamment de désespoir dans ces centres pour qu'il n'y ait nul besoin "d'incitations" de l'extérieur.

(Je crains fort qu'on apprenne bientôt que la Cimade n'a plus la possibilité d'aller dans les CRA...)

Guy M. a dit…

Françoise,
Cette notion d'incitation extérieure est sans doute très prometteuse...

Dernière nouvelle: la manifestation de samedi prochain au Mesnil-Amelot est interdite.

http://www.20minutes.fr/article/243770/France-Centre-du-Mesnil-Amelot-Hortefeux-interdit-la-manifestation-prevue-samedi.php

Françoise a dit…

"Dernière nouvelle: la manifestation de samedi prochain au Mesnil-Amelot est interdite."

Merci. Oui, j'avais lu en parcourant les infos. On peut se consoler en pensant que comme ça ao moins, les manifestants ne se feront pas tabasser...

Guy M. a dit…

L'idée de n'autoriser les manifestations de soutien aux "retenus" que devant les préfectures va-t-elle aboutir ?

On gagnerait un temps précieux dans les opérations de fichage...

Dorémi a dit…

Un communiqué de presse commun à tout un tas d'associations et qui pourrait aussi bien paraître dans les commentaires des billets suivants :

Communiqué de presse commun Cimade - Gisti - RESF - Anafé - Pastorale des Migrants - LDH

mercredi 6 août 2008

Incendies dans les CRA : le gouvernement cherche un bouc émissaire

« Suite à l’incendie partiel du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot samedi 2 août, le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, vient de déposer plainte contre le président de l’association SOS soutien aux sans papiers. En juin, après l’incendie du centre de Vincennes, c’est le Réseau éducation sans frontières qui était accusé.

Les associations signataires rappellent que la situation dans les centres de rétention administrative se dégrade depuis plusieurs années et en particulier depuis l’instauration des quotas d’expulsion. La pression qui s’est installée sur les étrangers et la réduction croissante de leurs droits génèrent un sentiment d’humiliation, d’angoisse et de révolte.

Dans des centres de rétention de plus en plus nombreux et de plus en plus grands, les actes de désespoir et de colère se multiplient. Automutilations, tentatives de suicide, grèves de la faim, débuts d’incendies sont fréquents. Les tensions et la violence sont permanentes. A Vincennes le 22 juin, comme au Mesnil-Amelot ce week-end, c’est cette colère qui s’est exprimée.

En désignant tel ou tel militant associatif et en faisant interdire une manifestation, les pouvoirs publics s’exonèrent de leur responsabilité et refusent de faire l’analyse des effets de la politique qu’ils mettent en œuvre.

Avec de telles manœuvres d’intimidation, le ministre de l’Immigration s'en prend au travail de toutes les associations de soutien aux sans-papiers. Il tente, devant l’opinion publique, de trouver un bouc émissaire et porte ainsi atteinte à la liberté d’expression et de manifestation.

La critique de la politique de l’immigration est-elle encore possible en France ? »

Et puis-je oser vous demander de signer cette pétition-ci : http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article10063, en faveur de mon filleul qui se trouve au Mesnil-Amelot depuis le 27 juillet… C'est la deuxième fois en moins d'un an qu'il se trouve en rétention. Bien le merci.

Guy M. a dit…

Merci pour les infos.

J'en ferai le relai demain, et pour le communiqué et pour la pétition.