dimanche 20 avril 2008

Nous irons tous au Panthéon… tralala…

Je m'y connais pas mal en nanisme intellectuel, et je comprends bien la fascination que peuvent exercer sur nous, si petits, les "grands". Et puisqu'ils sont toujours plus grands morts que vivants, quand un cadavre nous dépasse d'une bonne tête, nous ne savons où donner de la nôtre pour nous hausser quelque peu dans l'exercice d'une admiration de convenance.

Il doit y avoir un rédacteur spécial, à l'Elysée, pour mettre au point les lamentables communiqués nécrologiques qui suivent les disparitions de ces "grands". Et ces jours, il (ou elle) a dû faire face, faute à pas de chance, à deux décès sur lesquels "communiquer".

Le décès d'Aimé Césaire, "poète français, homme politique et co-fondateur du mouvement littéraire la négritude" (dixit le plumitif élyséen) donne lieu à un premier hommage .

Nous n'y apprenons pas seulement que la "négritude" est un "mouvement littéraire" (sic, sic et resic). Nous y apprenons qu'Aimé Césaire était "un grand poète qui a acquis sa notoriété par la qualité de son écriture." Comme si ce n'était pas la moindre des choses quand on écrit de la poésie… Quant à ce que cette poésie disait, proclamait, criait, il n'en sera pas dit un seul mot qui en soit digne. Seulement une précision lagardémichardienne* sur la Négritude: "On retiendra de lui qu’il est l’initiateur, avec Léopold Senghor, du concept de la Négritude." Il vaut mieux sans doute en parler comme d'un concept, et non comme d'un "mouvement littéraire"…

Et pour en finir sur l'écrivain, rangeons-le définitivement au rayon littéraire poussiéreux de l'humanisme: "Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle."

Il faut imaginer le plumitif heureux.

Heureux d'en avoir fini sans avoir lu une seule ligne du poète Aimé Césaire. Car je suis persuadé que cette poésie serait un alcool trop fort pour son estomac de petit blanc, ainsi que pour l'estomac de son patron.

Est-ce pour cela qu'on a songé reléguer Césaire dans les caveaux du Panthéon? Pour qu'il y blanchisse, enfin, et y perde de sa force comme un vieux rhum qui s'évente?

Ou parce que les nains ont tendance à glorifier post mortem les géants qui les ont dominés?


Tentative d'enlèvement d'Aimé Césaire
par un blanc non identifié.


Je retrouve ce "désir de Panthéon" dans certains des commentaires qui suivent l'annonce du décès de Germaine Tillion dans les journaux en ligne. Bel hommage expéditif!

L'hommage de l'Elysée est lui-aussi expéditif, peut-être rédigé par le même plumitif surmené.
"Nicolas Sarkozy a tenu à saluer une femme d'exception dont le courage, l'engagement et l'humanisme ont été les guides de toute une vie. Il rend hommage à la résistante de la première heure, internée à Ravensbrück et qui n'a jamais perdu l'espoir ; à l'ethnologue passionnée par l'Afrique du Nord et le Moyen Orient; à l'auteur prolixe et à la femme engagée dans le combat politique pour l'émancipation des femmes et contre toutes les formes de torture."

Et c'est presque tout. Mais j'aime particulièrement "l'auteur prolixe". Je relève dans le Dictionnaire Culturel en Langue Française sous la direction d'Alain Rey, à "prolixe": Qui est trop long, qui a tendance à s'exprimer longuement, dans ses écrits ou ses discours. --> bavard, diffus, verbeux. Un écrivain prolixe."

Il est bien évident qu'un plumitif surchargé ne prend pas le temps d'ouvrir les livres d'un "auteur prolixe"…

Les lecteurs du Figaro.fr non plus, probablement, mais cela ne les empêche pas de réagir avec vigueur, demandant l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion (la trouvant plus "honorable" qu'Aimé Césaire) ou s'y opposant.

Petite sélection, par copié-collé** (orthographe garantie d'origine):

"quasilinear : Le Panthéon
Si quelqu'un mérite le Panthéon, aux cotés de Jean Moulin, c'est bien Germaine Tillon, une grande dame, une conscience de la France. Elle, elle aurait mérité le Prix Nobel de la Paix. Chapeau bas, messieurs et mesdames les politiques !"


"aurelie : le Panthéon, en effet,
Elle, elle faisait vraiment partie des Justes qui honorent ce monde. Une droiture, une force de caractère comme la sienne, aurait même mérité le prix Nobel de la Paix. Mais elle était au-dessus de tout ça.

Une grande âme nous a quitté, et je suis vraiment très triste, cette fois."


"floripes : Assez
Assez d'éloges pour le poète martiniquais et honneurs et réconaissance à Madame Tillion. Voyons! La culpabilisation d'être français est arrivé à tel point que la presse et TV ignorent ce qu'elle a fait pour "notre" pays???"

"sanpaillo : Exemplaire certes , mais...
Resistante oui , déportée oui, méritante, certes. Mais je n'oublie pas qu'elle soutenait le FLN contre la France. Le panthéon ca non."

"citoyen-otage : c'est bizarre quand même
certains voudraient mettre au Panthéon l'un des "chantre de la négritude", qui était dans ses discours violemment anti-blanc (donc pur racisme) et une femme qui non seulement défendait le FLN mais toute la clique communistes, donc totalitariste.

On vit vraiment une époque formidable !!!"


Je trouve aussi.




* Pour mes lecteurs en bas-âge, il faut préciser que Lagarde et Michard sont les auteurs du "manuel" de littérature, avec morceaux choisis, en usage dans les lycées de ma fort lointaine jeunesse.

** Me pardonnerez-vous cette "facilité"? Dans le Cantal, oui, mais ailleurs?

7 commentaires:

Françoise a dit…

Tu redémarres en pleine forme ! Les escapades ont du bon.

(Crois-tu que le gentil monsieur blanc non-identifié avait tenté l'enlèvement pour avoir gratuitement toute la collection des Lagarde et Michard ? )

Guy M. a dit…

Le voyage fut fort éprouvant... tu es trop bonne.

Le Lagarde-et-Michard, même dans la rarissime édition brochée que je suis seul à posséder dans la région, a subit une décote vertigineuse. (Comme le petit monsieur...) Mais il n'en voudrait pas.

Françoise a dit…

Non, il n'en voudrait pas.

Moi je les trouvais pas bien faits. Qu'est-ce qui remplace maintenant ?

Guy M. a dit…

Il m'a semblé voir des collègues avec des L&M sous le bras, il y a peu... Mais était-ce pour leur consommation personnelle ou pour leurs élèves, je ne sais.

Une lectrice en bas âge a dit…

Merci pour la précision concernant Lagarde et Michard : elle s'imposait, en effet.

Bises !

La même lectrice en bas âge a dit…

Oups ! J'ai oublié de dire que oui, bien sûr, ailleurs aussi on te pardonne.

(Re)bises !

Guy M. a dit…

Chère lectrice en bas âge,
Si la précision s'imposait, c'est que les jeunes générations ont eu de la chance d'être tenus à l'écart des redoutables L&M (qui ont tout fait pour détourner nos studieuses années de la littérature vivante). C'est encore un héritage des années soixante-dix, probablement...

Ton pardon me va droitocoeur!

Bises.