lundi 7 avril 2008

Les profanateurs de vies

Sur ceux qui profanent les tombes des morts pour se sentir vivants, je ne dirai rien.

Je suppose que seuls des déjà-morts ont besoin de cela pour que les pics de haine réveillent leurs électroencéphalogrammes déjà plats.

Ce n'est pas que cela soit bien réjouissant, mais les presque-morts ou presque-vivants qui profanent des vies à coups de textes réglementaires, cela m'attriste plus encore.

Voici un simple exemple.

Il s'est trouvé un préfet, le préfet d'Indre-et-Loire, Monsieur Patrick Subrémon (il a bien droit à la notoriété) pour considérer que l'administration de l'état, dont il est un fidèle commis, ne pouvait pas, absolument pas, renouveler le titre de séjour en France de l'épouse Guérin (on doit dire comme ça, je suppose, dans l'administration), au motif de la rupture de la communauté de vie avec monsieur Guérin.

Madame Guérin est Béninoise. Elle connaissait Claude Guérin depuis des années. Elle raconte: "Il venait très souvent au Bénin, et puis un jour il m'a demandée en mariage. Amoureuse, j'ai abandonné les deux salons de coiffure que j'avais, pour faire ma vie avec lui ici". Elle est arrivée en France, légalement, le 16 octobre 2005 pour se marier. Elle a bénéficié d'un titre de séjour temporaire, dont elle a demandé le renouvellement en septembre 2007.

Claude Guérin était déjà très malade, atteint d'un cancer, et il devait décéder le 3 octobre 2007. Honnête, madame Guérin est allée prévenir la préfecture du décès de son mari.

Trois semaines plus tard, elle reçoit un refus de titre de séjour accompagné d'une mesure d'éloignement.

Pour que vous suiviez bien, je me contente de citer l'article du Monde.

«Depuis la loi de 2006, les conjoints de Français doivent attendre trois ans pour faire la demande d'une carte de résident. Avant cela, un titre de séjour temporaire leur est délivré de plein droit, mais "à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé".

Le préfet d'Indre-et-Loire a considéré que l'administration ne pouvait renouveler le titre de séjour de Mme Guérin, "même si cette rupture de communauté de vie résulte malheureusement du décès du conjoint français" comme il l'indique dans son courrier.»


Le 6 mars, le tribunal administratif a rejeté le recours déposé contre la décision du préfet. Madame Guérin a saisi la cour d'appel.

Mais le mardi 1er avril (elle est bien bonne, n'est-ce pas?), elle est interpellée à son domicile et conduite en centre de rétention à Tours. Le 3 avril, le juge des libertés et de la détention (JLD) prononce sa libération, tout en l'assignant à résidence, avec contrôle quotidien à la gendarmerie de sa commune.

Madame Guérin a été soutenue par une association locale et l'association Amoureux au Ban Public a lancé une pétition nationale qui a recueilli 8500 signatures en 72 heures.





Ce matin, un courriel de l'association m'informait: ELISABETH VA ETRE REGULARISEE!

Et j'ai trouvé dans LeMonde.fr:

«Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Brice Hortefeux, qui a "pris connaissance des faits samedi après-midi à la lecture du journal Le Monde, a immédiatement demandé au préfet de régulariser la situation d'Isabelle Guérin", a indiqué le ministère. "Le ministre a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation, le décès de M. Claude Guérin, ressortissant français, ne saurait justifier le non-renouvellement d'une autorisation de séjour de son conjoint étranger en situation régulière", est-il ajouté dans le communiqué.»

N'ironisons pas sur les vertus de la lecture postprandiale du journal Le Monde le samedi (au cas où les ministres se mettraient en tête de suivre les éclairants conseils de Eric Le Boucher…) Ne remarquons même pas que le temps de cette lecture coïncide avec la présence non loin du ministère de l'ignominie nationale de 15 000 vivants réclamant la fin de la politique de xénophobie d'état.

Non, réjouissons nous, simplement. Les occasions ne sont pas si fréquentes.

Mais recommandons à monsieur Hortefeux de ne pas trop se faire d'illusions. Ce n'est pas parce qu'il a fait un petit geste qu'il lui sera beaucoup pardonné. Il en faudrait beaucoup de gestes de ce genre, de l'ordre de vingt-sept mille, pour qu'il lui soit un tout petit peu pardonné.

Quant au préfet qui a "commis une erreur manifeste d'appréciation", je n'en dirai rien de plus.

Mais on pourrait peut-être le muter à un poste de direction au service de la surveillance des cimetières nationaux. Violeur de vies, il devrait savoir parlementer et négocier avec les violeurs de sépultures.

2 commentaires:

Françoise a dit…

Il faut lire à ce sujet le très intéressant article de Maître Eolas :

http://www.maitre-eolas.fr/2008/04/07/918-toutes-mes-condoleances-couloir-ou-fenetre

Le monde d'Ubu à côté c'est de la rigolade.

Guy M. a dit…

Merci pour le lien.
Vu par un avocat, ça devient "psychédélique" comme on disait jadis (quand JC Averty mettait en scène Ubu)