vendredi 25 avril 2008

Et crachons dans la bétonnière


Ce n'est pas parce que j'ai une affection particulière
pour les patrons de l'hôtellerie qu'il faut oublier
ces autres entrepreneurs emblématiques du
"Ta gueule, hé, j'travaille!"
Guy M. , Aphorismes pré-posthumes (à paraître)



Je me demande si les bredouillis de monsieur Brice Hortefeux ne sont pas partie intégrante et structurante de sa personnalité un peu falote et lunaire. Il a toujours l'air de débarquer de la lune rousse; et à force d'avoir cet air de débarquer, il s'est laissé entraîner dans ces histoires d'embarquements immédiats de clandestins, dont il aimerait peut-être se laver les mains.

Aux dires de certains, ce serait un homme fort affable, d'un humour charmant et même capable de se présenter sur le plateau de Laurent Rucquier, sans préparation intensive, et d'y faire bonne figure. Sur ce dernier point, je ne peux confirmer, je ne regarde pas Laurent Rucquier. Dans mon village je suis connu comme un monsieur honnét' et prop': effectivement, cela fait des décennies que je n'ai pas acheté une revue porno, et je n'ai jamais mis les pieds dans un boxon.


En fait, tout va bien…

 

Monsieur Hortefeux n'a pas à être embarrassé et peut maintenir le cap: le coup de main du patronat et l'accompagnement des syndicats dans l'affaire des 600 grévistes sans-papiers, dont une grosse centaine seront vraiment régularisés (et non pas "naturalisés", c'est très différent, monsieur le Président!) provoque certes "un petit souci" pour tenir les objectifs chiffrés, mais renforce, ô combien! le dogme rather couillu (comme disent certains de mes amis anglo-saxons) de l'immigration par et pour le TRAVAIL (qui rend libre).
  

Avec quelques ajustements de communication, quelques hochements de tête approbateurs de l'opposition, quelques analyses par des spécialistes de la guimauve-langue du consensus, l'idée de la nécessité de maîtriser les "flux migratoires" avec un humanisme économiquement dosé devrait faire son chemin.

Et comme je suis, ce soir, flamboyant d'un optimisme béat, quoiqu'un peu antiphraseux, j'y aperçois un autre avantage à l'horizon. Pas nouveau-nouveau, mais toujours utile: c'est de réveiller un peu la vieille xénophobie populiste de la clientèle d'extrème-droite. Vous pouvez en trouver une amorce particulièrement hypocrite dans cet article de prétendue réflexion: "Vive les sans-papiers, à bas le smic!" La lecture rapide des commentaires qui le suivent donne une idée de la riche utilisation que pourront faire de ce thème les braves gens raisonnables au café de l'Economie et du Commerce.

Il reviendrait aux "forces de gauche" et, par exemple aux syndicats de contrer ce type de dérive. Mais ils sont devenus si raisonnables eux-aussi… Comment leur accorder un quelconque crédit ?
 


(c) D. Delaporte/Cimade

Sous les quolibets du Café du Commerce, des particuliers et des associations poursuivent leur travail.

La Cimade exerce depuis 1985 une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative. D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une mission d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues.

Le rapport 2007 vient d'être publié et a été mis en téléchargement hier à cette adresse. Il faudrait le citer en totalité: c'est le portrait fidèle et documenté de ce qui continuera d'être l'intolérable que les gens bien raisonnables tolèrent.

 


L'extension des centres existants et la construction de nouveaux centres de rétention vont fournir du travail dans l'industrie du bâtiment; réjouissons-nous: quand le bâtiment va, tout va.

Cracher dans la bétonnière, ça soulage.

Mais très peu.

6 commentaires:

Agronome sifflotant (un air de cumbia) a dit…

Et pour rester dans le theme sonore clic-clic boum-boum blang-blang sur fond de marteaux-piqueurs en batterie... la CIP-IDF organise un concert de solidarité "Avec les enfermé-e-s et les inculpé-e-s, contre la machine á expulser" le 26 avril 2008, 19h, à la CIP-Idf, coordination des intermittents et
précaires d’Ile de France, 14-16 Quai de la Charente, 75019
Paris (Métro Corentin Cariou)


Je ne sais absolument pas qui joue et je ne serais pas lá, mais j´ai une excuse: je suis actuellement en train de me tricoter un passe-montagne en soie de cochenilles (dactylopius coccus je crois), récoltés sur mes rangs de Nopal... avec un océan d´ecart, vers la gauche. La, en bas. Under ze volcanos.

Guy M. a dit…

@ Traquet motteux
Mais comment fais-tu pour savoir tout ça ? T'aurais pu en parler à ton père!

A part ça, tu pourrais mettre l'adresse de ton blog (j'ai noté une tentative de reprise)...

Bonne soirée, là-bas et bisous

Agronome sifflotant (un air de cumbia) a dit…

(at) blogueur barbichu

Hé bien je sais tout ca parce qu´ayant fini un peu plus tot le travail matinal a la ferme, j´ai eu le temps de réouvrir la boite aux lettres ou je recois d´habitude les courriers de mes copains qui ont le clavier entre les dents. Les gauchissssses.

Forcément, toutes les dates dedans ces courriers etaient perimées, sauf celle-la...
qui tombait fort a propos.

Pouf pouf.
( Malheureusement, a force de lire ton blog depuis la reception de l´hotel, je me retrouve a prendre les commandes de sacs de ciment du patron... Ce qui va nous alourdir le truck demain...)

Bisous

Françoise a dit…

Bonjour,

C'est Mme Parisot qui est contente (elle a beaucoup apprécié "le désir ardent [de Mr Sarkozy] de mettre la France à la même vitesse que le monde d’aujourd’hui".

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/social/20080425.FAP0314/sarkozy_des_signes_encourageants_pour_les_francais_selo.html

Les travailleuses-travailleurs de France vont être enfin com-pé-ti-tifs. Il était temps !

Guy M. a dit…

@l'agronome sifflotant,
Merci de l'info pour le concert.

Et pour la parfaite illustration de la nocivité sociale du ciment.

Bravo pour ton adaptation aux claviers qwerty et bon courage.

Bisous.

@Françoise,
C'est vrai, on se sent tellement mieux avec tout le monde. En train de filer à toute vitesse vers je ne sais quoi (mais j'ai bien ma petite idée - noire, ce matin).

@tous les fidèles,
Le troll qui se cache sous le transparent pseudo d'Agronome sifflotant est ce très cher et très estimé monsieur mon fils...
"Traquet motteux, ou l'agronome sifflotant" est le titre d'un livre de Jean-Loup Trassard, écrivain passionnant mais méconnu, dont j'aimerais vous parler, si l'actualité de l'intolérable nous laissait un peu de répit...

Françoise a dit…

Toutes mes salutations à Monsieur ton Fils.