mardi 4 novembre 2008

Souvenirs de Vichy

Il me semble que tout être à peu près sain de corps et d'esprit ne peut passer plus d'une heure à vagabonder dans une ville thermale sans éprouver l'envie de se foutre à l'eau.

J'ai toujours renoncé à cette solution extrême, car les eaux des villes thermales sont, la plupart du temps, des eaux qui puent.

Imbuvables.

N'étant pas malade à temps plein, je n'ai jamais profité des plaisirs d'une cure, à part quelques verres d'eau chaude d'une ancienne station des Pyrénées, fermée pour excès de radioactivité. Ses eaux étaient réputées pour leur effet bénéfique sur les voies urinaires, alors, me suis-je dit, visons l'idéal olympique: plus haut, plus loin, plus fort...


J'ignore si les eaux de Vichy sont puantes... mais hier l'atmosphère y était nauséabonde.

Et pas seulement à cause des gaz lacrymogènes.

Si, lors de la débâcle, les autorités avaient choisi la ville de Vichy pour se replier, et s'abandonner aux bons soins du Maréchal Pétain, c'était à cause des capacités hôtelières de la ville et de la modernité de son central téléphonique... Pour justifier son choix d'y réunir un sommet européen sur l'intégration, monsieur Hortefeux a préféré invoquer la nécessité de "mettre fin à 60 ans d’ostracisme". Il est vrai que Vichy n'avait accueilli aucune conférence internationale depuis la seconde guerre mondiale...

Mais, si je puis me permettre, Trifouillis-en-Normandie non plus, et on s'en moque !

Les vichyssois peuvent être satisfaits, ils ont eu leur sommet, et leur contre-sommet. Comme des grands.

Sur le sommet lui-même, monsieur Hortefeux dira tout le bien qu'il en pense. Après avoir déclaré, dans son discours d'ouverture: "Nos politiques d'intégration sont à bout de souffle", je suppose qu'il va pouvoir conclure en disant que ces deux jours de remise en forme à Vichy ont été bénéfiques.

Le contre-sommet semble avoir été un cafouillage indescriptible.

Et un cafouillage qui en reste au cafouillage est un ratage.

Divers points de vue s'exposent sur LeMonde.fr, le NObs, Rue89, Liberation.fr...

Je me suis arrêté en lisant le titre de l'article de Libé: "Sommet sur l’immigration: une trentaine de casseurs arrêtés"... Inutile d'aller sur le site du Figaro...

A propos de ce dérapage de Libé-Joffrin, on peut lire quelques commentaires de lecteurs de LibéLyon sur un article relatant les étranges contrôles d'identité effectués en gare de Perrache, au départ des cars pour Vichy.

Les amateurs de vidéos pourront aller voir celles que met en ligne (combien de temps, je ne sais...) LaMontagne.fr. Il y en a une ici et une autre là, que j'ai trouvée sur You Tube.





Voici, avant de vous laisser vous exciter sur le match Obama-McCain, un témoignage anonyme trouvé sur Indymedia-Grenoble.

Personne n'avait osé se mouiller. Les organisations politiques et syndicales - si ce n'est localement, à Vichy ou à Lyon, par exemple - avaient refusé d'appeler à la manifestation. Trop risqué politiquement quand on tente de créer un nouveau parti, ou quand on est en quête de légitimité. Même les "stars" annoncées se seront défilées, pas de Malek Boutih, pas de Noël Mamère.

La presse, elle, reprenait la version officielle (Le monde et L'express, notamment) : enfin, cette bonne vieille ville de Vichy, qui n'avait rien demandé à personne, se trouverait réhabilitée par ce sympathique sommet sur l'intégration des étrangers. Parce qu'il y en a marre de ces histoires du passé, comme dirait Hortefeux.

Les cars au départ de Lyon et Grenoble avaient été bloqués le temps de ficher les militants, voire de les photographier.

Malgré tout, il y a 2 à 3000 personnes à 18h, devant le lycée, à Vichy.

Le cortège s'ébranle, des chansons et des feux d'artifice fusent. Les manifestants portent pour beaucoup des masques blancs, visages figés. Une intervention au micro à la gare, comme prévu, mais ça va trop vite. Le cortège semble pressé de se rapprocher du lieu de rencontre des ministres : l'opéra - là où fut voté la fin de la IIIe république, et l'instauration du régime de Vichy, c'est de bon goût.
Sauf que le parcours a changé, le cortège est censé éviter le plus possible la zone rouge. Et en effet, des grilles anti-émeutes bloquent la rue qui devait être normalement empruntée.

D'abord quelques dizaines de personnes, derrière une banderole, puis quelques centaines, se massent devant les grilles. La banderole encaisse les coups, pendant ce temps des projectiles partent, des fumigènes, des fusées. La banderole est proche des grilles. Une corde est accrochée. Ca tire, les grilles bougent, les flics mangent, la corde rompt, les flics gazent. La police teste ses nouveaux gaz à Vichy. Superdosés : les manifestants crachent, pleurent ou dégueulent.
Le cortège se reforme, déterminé à réavancer. C'est que l'hostilité est tournée vers la police, plutôt que contre les fantasmatiques casseurs "sans aucun lien avec la manifestation" dont on parle aujourd'hui. Les militants restent. La CGT crie "police partout, justice nulle part". "Jeter des pierres sur la police, ok, mais les vitrines, ça non !" "Ils sont motivés ces jeunes." "Arrêtez !, mais arrêtez !"

Là on ne sait plus bien. Des groupes partent jusqu'à la mairie, dont les vitres sont brisées. Des banques sont cassées. Du côté des lignes de CRS, qui se sont extirpés des grilles, des voitures sont mises en travers, puis incendiées. Tout ce beau monde se retrouve à la gare. Les flics arrivent par plusieurs endroits. Les grilles de chantier sont déplacées pour les contenir.

Ca repart vers Cusset. De nouvelles voitures incendiées, de nombreux tags, une station Total attaquée, des lacrymos.
A l'espace Chambon le meeting continue. Les flics ont rattrapé leur retard, ils sont aux portes. Ils dissuadent à coup de flashball ceux et celles qui voudraient repartir.
Ils s'approchent trop, alors ça dépave, ça démonte tout ce qu'il y a - de la cabine téléphonique au banc - pour faire une barricade. Le feu y est mis. Finalement personne n'attaquera.

La préfecture annonce 3 policiers blessés, une trentaine d'arrestations, 5 voitures brûlées.

Hortefeux voulait être celui qui aurait redoré le blason de Vichy, pour de futures élections locales. Redorer le blason, même à coup de CRS, de trains bloqués, de contrôles à tout va. Ce matin le journal local titre sur les violents affrontements de la veille. Il voulait faire le fier devant ses potes européens. 3 semaines après que la France a présenté ses novatrices techniques de maintien de l'ordre aux autres polices européennes, ça la fout mal : les flics étaient complètement débordés, protégeant tant bien que mal la zone rouge, lâchant du gaz dans tout Vichy.

Aujourd'hui la presse n'en parlera quasiment pas. Que quelques centaines de personnes étaient là, à Vichy, répondant à la provocation, tentant par tous les moyens d'aller déloger les ministres.
Pas que ça à faire : c'est l'élection américaine. Et puis tenons nous en à la version officielle : c'est un simple sommet sur l'intégration, Vichy est une des 20 villes françaises pouvant accueillir une conférence internationale, nous ne comprenons pas que certains soient choqués...

En fait nous ne sommes pas outrés, nous prenons acte. Nous avons répondu dans la rue.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce n'est pas que pour bouter l'ostracisme hors de nos mémoires collectives que Mister 26.000 volts a choisi Vichy, mais aussi pour des raisons fort pétainistes en fait :
«Contrairement à Clermont-Ferrand, la capitale régionale, Vichy possède toutes les infrastructures nécessaires à l'accueil de délégations étrangères importantes.»
C'est ce qu'il a expliqué à l'Express, peu suspect d'anti-quoi-que-ce-soit primaire.
Jours tranquilles… ça l'aurait fait aussi vu le ton de ton écrit.

Guy M. a dit…

Bravo! Tu débusques le pétainisme en fin limier...

Mais, il n'a rien dit sur le central téléphonique ?

olive a dit…

A ma connaissance, les informations les plus suivies et les plus complètes à ce jour sur le contre-sommet de Vichy sont celles de http://rebellyon.info/article5598.html

(aller tout en bas de la page de rebellyon, après les commentaires très instructifs, pour leurs infos des jours précédents)

Guy M. a dit…

Merci du renseignement.