mardi 7 décembre 2010

Une mauvaise blague

A l'appel de monsieur Éric Cantona, nous, les blogueurs de Trifouillis-en-Normandie, qui se réunissent régulièrement chez Pierrot, café-bar-tabac-loto-pmu-journaux sis place de l'église, avions décidé de semer la terreur dans toutes les banques du canton, ou plutôt dans la banque du chef-lieu de canton. Nous avions décidé d'opérer le retrait de nos avoirs déposés au Crédit Rural, Industriel et Commercial.

Nous avions emprunté quelques maillots au club de foute local, et, pour compléter, nous avions l'intention d'acheter, en arrivant, des masques "Eric Cantona" encore en stock au magasin de farces et attrapes. Arrivé le dernier - il me fallait bien garer la quatrelle -, j'ai été un peu dépité de constater qu'il ne me restait plus aucun masque à l'effigie du célèbre terroriste bancaire. La patronne de la boutique me proposa sans entrain une grande variété de "Nicolas Sarkozy", qu'elle était prête à solder, parce que, selon elle, cela se vendait de plus en plus mal. Je lui demandai, à tout hasard si elle n'avait pas quelques nouveautés, et aussitôt son visage aussi déprimant qu'une année sans carnaval s'éclaira. Oui, bien sûr, elle avait reçu les nouveautés 2012 !

Et c'est ainsi que je découvris un fort ressemblant masque "Dominique Strauss-Kahn" qu'elle me céda au prix fort.

Pendant ce temps, mes comparses, et néanmoins complices, ne m'avaient pas attendu pour investir les locaux du CRIC.

Ce fut une erreur.

L'accueil, en notre agence, est assuré par un charmant petit jeune homme, bien de sa personne mais un peu trop gominé effet mouillé. Il ne sait apparemment rien faire d'autre que d'indiquer aux client(e)s quel automate pourra répondre à leurs besoins. En voyant entrer trois "Eric Cantona" en maillot, il a évidemment pris peur, et cru qu'il s'agissait du hold-up d'une nouvelle bande de gangsters. N'écoutant que son courage, qui alors battait la chamade au niveau de son gros orteil, il a écrasé dudit gros orteil le bouton d'alarme.

Démasqués, mes anciens amis ont été placés en garde à vue.

J'entre en scène.

J'ignorais ces développements déplaisants lorsque je fis mon entrée dans les locaux du CRIC en demandant à voir le directeur.

Une charmante hôtesse d'accueil remplaçait le jeune homme, victime d'un malaise. Elle faillit partir elle aussi en syncope en reconnaissant en moi l'irrésistible french lover du effèmaille, comme elle crut bon de prononcer. Mais elle m'annonça et me conduisit sans tarder dans l'élégant bureau de la direction. Je m'y installai à mon aise.

Le directeur, croyant m'amadouer, m'offrit un Knockando "Master Reserve 21 years", et, pour bien montrer que j'étais un socialiste décomplexé, je l'acceptai en exigeant des glaçons.

Au terme d'une conversation très technique, et d'une âpreté sans concessions de part et d'autre, mon interlocuteur dut convenir qu'il ne lui restait plus qu'à me laisser les clés de l'agence.

Je lui proposai d'emporter la bouteille avec lui, mais il tint à me la laisser.

Avec le coffret.

4 commentaires:

pièce détachée a dit…

Moi j'aurais demandé un Laphroaig avec un glaçon d'eau d'huître.

Au Crédit Arboricole, ils ont adoré.

emcee a dit…

Tiens, j'ai bien rigolé!
Sacré Cantona, tout petit déjà, il mettait la pagaille! Pas étonnant que devenu grand ...
Bon, si je comprends bien, personne n'a retiré son argent de cette agence bancaire?
C'est mal barré pour faire trembler les banquiers.
Il va falloir essayer autre chose, quoi.
Un bon plan bien foireux ne peut que foirer.
Cantona étant désormais sur le banc de touche, qui il nous reste pour nous donner des idées révolutionnaires?

Marianne a dit…

La déconne sincère de Cantona est plutôt réjouissante mais ce qui est encore plus réjouissant c'est de constater que certains politiques et responsables ont pris le temps de commenter l'initiative . J'espère qu'il récidivra en plus monstrueux .

Guy M. a dit…

@ pièce détachée,

Ils sont bien raffinés au CA...

@ emcee,

Cantona aurait même "marqué contre son camp", d'après un éditorialiste !

@ Marianne,

Les responsables ont cru bon de dire que c'était irresponsable...