vendredi 3 décembre 2010

Ces gens, jeunes personnes et mêmes individus...

Hier, dans LibéRennes, une brève :

MAISON DE LA GREVE - La petite douzaine de jeunes personnes qui s’étaient installées dans les anciens locaux de la CFDT, cale de la Barbotière à Rennes, pour y tenir des “ag interpros”, une “cantine” et des ateliers informatique, vidéo, soudure, sérigraphie, mécanique, etc. ont été délogées jeudi matin (02/12) par les forces de l’ordre. Rebaptisé “Maison de la Grève”, l’endroit se voulait l’épicentre des “luttes sociales” depuis le mouvement contre la réforme des retraites. La ville de Rennes souhaite y regrouper plusieurs services d’aide aux “personnes en grande précarité”.

Malgré les pincettes en forme de guillemets que le rédacteur de cette information croit bon d'utiliser, elle a au moins l'avantage de faire sentir que la Maison de la grève de Rennes était un de ces lieux où continuait de s'expérimenter une autre manière de vivre les luttes sociales. Installée fin octobre dans des locaux vacants, pendant "le mouvement contre la réforme des retraites", la Maison de la grève avait survécu à l'enterrement de ce mouvement par les partisans du "Tous ensemble, on rentre chez nous".

Elle n'aura pas survécu, du moins à cet endroit, aux mauvaises manière de la municipalité "socialiste" de Rennes. Celle-ci a soudainement ressenti l'urgence qu'il y avait à récupérer ces locaux, et a, par conséquent, tout mis en œuvre sur le plan juridique pour que l'expulsion des occupants réguliers ou occasionnels soit possible avant la fin de l'hiver.

C'est à des actions courageuses de ce genre, savez-vous, que l'on reconnaît un vrai parti de gouvernement...

On va vous benner tout ça vite fait, avant la neige.
(Photo C. S. /Le mensuel de Rennes.)

Au lieu de s'intéresser à ce qui se passait à la Maison de la grève, il semble que les élu(e)s "socialistes" de la ville ont préféré mettre en avant un projet "social", prétendant que "ce dossier peut être planté si ces gens ne prennent pas leurs responsabilités", pour citer l'élégante déclaration de madame Nathalie Appéré, rapportée par le Mensuel de Rennes :

"Nous avions négocié des crédits d'Etat afin d'implanter dans ces mêmes locaux l'association de la sauvegarde de l'enfance à l'adulte, qui protège des jeunes en difficulté. Nous pensions également y installer des locaux pour la structure Puzzle qui prend en charge les sans domicile fixe. Nous étions prêts à démarrer les travaux."

Et, craignant peut-être une critique de leur "socialisme", les "élus" ajoutent:

"On a le projet de faire une maison sociale qui aide les enfants en difficulté ainsi que les sans domicile fixe... Qu'on ne vienne pas nous dire qu'on ne fait pas de social, ou qu'on n'est pas de gauche."

Ce sont donc ces gens-là, avec leur conception caritative du "social", qui ont demandé et obtenu l'expulsion manu militari de cette "petite douzaine de jeunes personnes", dont l'effectif s'élevait à 13 squatteurs/teuses lorsque les forces de l'ordre - "70 gendarmes mobiles venus épauler les polices nationales et municipales" - ont pénétré, vers 6h du matin, dans les locaux de la Maison de la grève.

L'article du Mensuel de Rennes nous assure que "le délogement s’est passé sans incident", et nous livre l'état des lieux, ainsi que des détails pratiques sur les travaux entrepris illico presto par l'impatiente municipalité rennaise:

"Les lieux sont relativement propres et bien tenus, les locaux n'ont pas été endommagés par l'occupation illégale", livre Laurent Jarry, responsable du service propreté de la ville de Rennes. "Nous mettrons une journée à murer tout le rez-de-chaussée du bâtiment. Nous allons poser 350 parpaings", ajoute un des sept maçons de la ville présent sur place. "Le premier étage sera barricadé et le bâtiment sera mis hors d'usage. L'eau et l'électricité seront complètement déconnectées."

On voit qu'il y avait vraiment urgence...

Travaux sous haute protection.
(Photo C. S. /Le mensuel de Rennes.)

Un rassemblement de protestation était prévu à 17 heures, hier soir, devant la mairie. Il a bien eu lieu, et a fait l'objet d'un compte-rendu d'une savoureuse combativité:

Couvent des Jacobins et tentative d’expulsion de la Mairie

Ce soir, trois cent personnes ; d’après nos sources ; se sont rassemblées à 17h00 place de la Mairie en soutien à la Maison de la Grève après son expulsion ce matin.

Le cortège s’est rendu au Couvent des Jacobins, où il y avait une exposition sur le projet de centre de congrès de la ville de Rennes. Leur future Maison du Capital a été contestée par le décrochage spontané d’une bonne partie de leur publicité à la gloire de celle-ci.

Ce que l’on ne manquera pas de nommer saccage répond symétriquement à celui auquel se sont adonnées les forces de l’ordre ce matin à la maison de la grève.

Le cortège a continué sa route pour procéder à l’expulsion de la mairie.
La porte a été bien secouée mais la police est intervenue avant que la porte ne cède.

Nous nous sommes dispersés dans le jeudi soir quelques temps plus tard.

A notre connaissance, il n’y a pas eu d’arrestation.

La Maison de la Grève vivra.

Évidemment, la presse, relativement discrète sur l'expulsion matinale, parle davantage du "saccage" vespéral.

D'autant plus que monsieur Daniel Delaveau, maire de Rennes, président de Rennes Métropole, est très colère, et l'exprime, en termes choisis, dans un communiqué tout aussi combatif, mais en beaucoup moins drôle :

Depuis plusieurs semaines, sous l'appellation "Maison de la grève", un groupe occupait illégalement des locaux rue de la Barbotière, locaux destinés par la Ville à des associations, liées notamment à l’accompagnement de l'urgence sociale.

La Ville de Rennes avait clairement mis ces personnes devant leurs responsabilités. Conformément à l’ordonnance rendue par le Président du Tribunal de grande instance, la Ville a demandé l’évacuation de ce squat, qui a été opérée par les forces de police ce jeudi matin.

Ce soir, ces mêmes individus ont pénétré dans le Couvent des Jacobins et saccagé l’exposition qui présente au public le futur Centre des congrès de Rennes Métropole. Je tiens à saluer le sang-froid avec lequel les équipes de l’Office de tourisme, qui organisaient une visite de l’exposition au moment de cette irruption, ont fait face à la situation.

Les mêmes individus ont ensuite tenté de forcer les portes de l’Hôtel de Ville.

Je condamne avec la plus grande fermeté ces agissements totalement irresponsables et demande que tout soit mis en œuvre pour en retrouver les auteurs. Nous allons bien évidemment procéder à un dépôt de plainte.

On comprend qu'il soit si colère, ce monsieur si responsable... Il n'y a pas que le "social" dans sa vie, il y a aussi le prestige de "sa" Ville.

6 commentaires:

Marianne a dit…

J'ai un petit faible pour le compte rendu des expulsés de la maison de la gréve.Je ne sais pas pourquoi ? plus objectif peut être ?

Guy M. a dit…

Indubitablement plus objectif...

pièce détachée a dit…

Qui sait combien de déodorants roll-on-2012 ont dû payer de leur poche toutes ces faces responsables pour se justifier de négocier l'argent public en vue du démarrage des travaux pour l'exposition touristique de la sauvegarde de l'enfance à l'adulte en faveur des sans domicile fixe liée notamment à l'accompagnement de l'urgence sociale des enfants qui protège les jeunes en difficulté dans trois cent cinquante parpaings structure puzzle en grande précarité et sept maçons du service propreté déconnectés des étages barricadés de la Maison du Capital ? Hein ? «Planter» ? Vous n'y pensez pas.

Semer, encore moins.

Guy M. a dit…

M'est avis que tu as de l'avenir comme "plume" de l'un(e) ou l'autre de ces messieudames en train de semer pour 2012...

pièce détachée a dit…

Sinon je peux faire parolière pour les soirées choucroute du club des vieux...

Guy M. a dit…

Ce serait du gâchis.