dimanche 3 août 2008

Des idées pour des vacances de rêve

Entre la fin du Tour de France et le début des Jeux Olympiques, on s'ennuie ferme dans les rédactions de province. Pas encore de canicule cette année... et l'affaire Siné, c'est bon pour les parigots intellos. Alors, autant ressortir les bons vieux marronniers et placer juste sous la météo des plages les chroniques attendues: par exemple, "ils passent des vacances originales pas loin de chez vous".

Je ne parlerai évidemment pas des vacances de monsieur et madame Sarkozy, qui ont choisi de faire comme vous et moi (enfin surtout vous) et jouent les pique-assiettes dans la belle famille de monsieur. C'est d'un banal! mais ça les rapproche de nos préoccupations franchouillardes de manière très bénéfique: de l'imaginer aux prises avec une belle-mère(et quelle!), les français trouvent notre Nico plus sympathique et le font remonter dans les sondages.

Ceci dit, la proximité a ses limites. Ne songez pas à aller faire un petit coucou à la famille Sarkozy-Bruni en vous baladant en nuhélème au dessus du cabanon de Brégançon, vous risqueriez les désagréments d'une interpellation, voire plus... Les jeunes époux veulent probablement pouvoir jouer à cache-cache dans les buissons tranquillement. On les comprend.

Si vous voulez quand même tenter le coup,
je vous donne la carte (en bleu foncé, c'est la mer).

On notera l'extrême originalité des vacances de la famille Diaz:

Un couple d’Equatoriens, M. et Mme Diaz et leur petite fille Elodie, 2 ans et demi, domiciliés à Illex en Belgique, ont décidé de passer quelques jours de vacances en France. Après une semaine dans un camping de Cherbourg, ils reprennent la route pour visiter le Mont St Michel. C’est sur ce trajet qu’ils sont arrêtés lors d’un contrôle routier le 25 juillet. Fouille en règle du véhicule, contrôle des papiers : ils sont en situation régulière en Belgique, leur fille ayant d’ailleurs la nationalité belge. Passeports, carte de résidents, il ne manque que la carte d’identité de leur fille. Aujourd’hui la préfecture explique que le conducteur a présenté un permis de conduire équatorien expiré. C’est évidemment la raison pour laquelle ils sont d’abord conduits au commissariat de Cherbourg puis présentés au juge des libertés et de la détention qui décide de les placer en rétention et de les transférer dans une prison pour étrangers, le Centre de Rétention Administrative de Saint Jacques de La Lande (Ile et Vilaine), spécialement aménagé pour « accueillir » les familles.

Ce récit est tiré d'un article du site de RESF, où l'on ajoute:

La famille équatorienne a payé le prix fort, celui des centaines de milliers de contrôles et d’interpellations exigées pour atteindre 26000 expulsions. Elle doit être évidemment indemnisée financièrement pour les dommages subis. Elodie, coupable d’être partie en vacances sans carte d’identité, pourra –t-elle un jour oublier qu’à deux ans et demi, elle a été enfermée, avec ses parents qui n’avaient commis aucun crime, 48 heures en cellule à Cherbourg et 5 jours derrière les portes fermées d’une prison pour étrangers qu’elle cherchait à ouvrir, dans ce pays voisin du sien et appartenant à la même Europe ?

Ils ont l'indignation toujours aussi facile à RESF, vous ne trouvez pas ?

Tout comme les gochisses du Contre-Journal qui donnent la parole à Damien Nantes, de la Cimade, sur le même sujet.

Elle a dû bien s'amuser, Elodie...
Photo de Fanny Lancelin, illustrant un bel article

"Pas de "bascule": ni pour les petits ni pour les grands",
sur le blog Enfants Etrangers Citoyens Solidaires - Nantes


La palme de l'originalité dans la "débrouille" pour passer des vacances inoubliables revient sans conteste à madame Marina Petrella, ancienne militante italienne des Brigades rouges, écrouée depuis un an dans l’attente de son extradition vers l'Italie.

Le 23 juillet, elle a été transférée de l'hôpital pénitentiaire de Fresnes à l'hôpital psychiatrique parisien Sainte-Anne. C'est sûrement plus classieux!

Dans un communiqué, le parquet général de la cour d'appel de Versailles a précisé que la mesure de transfert avait été "sollicitée par l'intéressée" et décidée par la direction de l'Administration pénitentiaire avec l'accord du procureur général de Versailles. Le transfert doit permettre à Marina Petrella "de recevoir les soins adaptés à son état de santé".

Le Docteur Frédéric Rouillon, professeur de psychiatrie à l’université Paris-V René-Descartes, qui exerce à la clinique des maladie mentales et de l’encéphale de l’hôpital Sainte-Anne, a publié, avec Serge Blisko, député de Paris, président du conseil d’administration de l’hôpital Sainte-Anne, une tribune intitulée "Marina Petrella ou la déraison d’Etat" dans le journal Libération.

Il faut la lire: un psychiatre est d'une certaine façon un spécialiste de la déraison.

Il faut aussi écouter le professeur Rouillon interrogé sur France-Info: on entendra que ce n'est pas un excité gochisse...

Bien sûr les "braves gens" qui n'ont jamais ressenti au creux de leurs os, ne serait-ce qu'un instant, cette totale fatigue d'être qu'est la dépression profonde, et qui ne peuvent la concevoir, pourront ricaner aux nouvelles des "vacances" de Marina Petrella.

Passez de bonnes vacances, "braves gens".


samedi 2 août 2008

"Il revient !"

Les distingués entomologistes de la blogosphère s'inquiétaient beaucoup: disparu au printemps, il avait timidement fait savoir, début juillet, qu'il remuait encore et avait fermement assuré qu'il reviendrait parmi nous.

Mais...

Antennes frémissantes, rostre en avant,
le charançon est de retour.


Un indice m'avait été fourni par l'espion intégré Gougueule Analytixe qui m'avait signalé parmi les "sources de trafic" un truc du genre article11.info/referral que je ne connaissais pas et qui après quelques recherches me mena à une bien belle page:

Page d'accueil à l'aube de ce jour,
donnant de jolies erreurs 404.


Un peu plus tard, vers les huit heures, le site commença à s'animer et disparurent enfin les frustrantes erreurs 404.

Article XI, le fanzine favori des bidasses, existe donc, et vous pouvez y retrouver Le Charançon Libéré, qui a l'air en pleine forme.

Le blougue charançonesque rénové.

Allez-y voir tout de suite, tant que ça marche...

Pour occuper vos enfants pendant que vous lirez avec délectation la prose délectable du Charançon, voici un petit coloriage à découper.

Pour les familles nombreuses,
il y a d'autres découpages chez greluche.info



NB: Le titre est inspiré de ce très beau poème de Louis Aragon sur le retour de Maurice Thorez après une convalescence en URSS:

Il revient ! Les vélos, sur le chemin des villes,
Se parlent, rapprochant leur nickel ébloui.
Tu l'entends, batelier ? Il revient. Quoi ? Comment ? Il
Revient ! Je te le dis, docker. Il revient. Oui,
Il revient. Le wattman arrête la motrice :
Camarade, tu dis qu'Il revient, tu dis bien ?
Et l'employé du gaz interroge : Maurice
Reviendrait ? Mais comprends, on te dit qu'Il revient,
Maurice. Je comprends, ce n'est donc pas un rêve ?
Les vestiaires sont pleins de rumeurs : vous disiez,
Il revient... Ces mots-là sont une lampe que lèvent
Les mineurs aujourd'hui comme au jour de Waziers.
Il revient... Ces mots-là sont la chanson qu'emporte
Le journalier, la chanson du soldat, du marin.
C'est l'espoir de la paix et c'est la France forte,
Libre et heureuse. Paysan, lance le grain.
O femmes, souriez et mêlez à vos tresses
Ces deux mots-là comme des fleurs jamais fanées.
Il revient. Je redis ces deux mots-là sans cesse.

vendredi 1 août 2008

Philippe Val, "honneur de la presse française"

"Pour la LICRA, Philippe Val est l’honneur de la presse française
par son engagement contre toutes les formes d’intolérance
et d’atteinte à la dignité de l’être humain."


Courrier* de la LICRA, daté du 29 juillet
et adressé à Christophe Barbier,
Rédacteur en chef de l’Express.






Il faudra que je songe (prochainement) à compléter mon assez remarquable curriculum vitae en précisant qu'au temps de mon "oisive jeunesse", je fus "approché" par l'entourage du tandem Font-et-Val qui envisageait alors de reprendre le Vrai chic parisien, ou Le café de la gare, ou un autre lieu enfumé fréquenté par des chevelus…

J'ai un peu oublié les détails de cette affaire: je me souviens surtout d'une épique polémique avec l'émissaire de Val-et-Font sur les mérites comparés du Gévéor-vieux-cépages et du Vin-des-Rochers-le-velours-de-l'estomac.


La collaboration envisagée ne se fit point, sans doute pour d'obscures raisons idéologico-œnologiques, à moins que la discussion ne se soit enlisée sur un différent idéologico-esthétique: de Philippe Val, je pensais "heureusement qu'il est avec Patrick Font !" et de Patrick Font, "dommage qu'il traîne Philippe Val !"

[Les nostalgiques dans mon genre, les curieux d'une époque révolue et les lecteurs en bas-âge pourront télécharger bon nombre des enregistrements du duo sur le site des auteurs réunis.]


Mais l'heure n'est plus à la nostalgie: notre ami Philippe Val est attaqué !

Les défenseurs de Philippe Val sont désormais fort nombreux, et composent un prestigieux panel représentatif des intellectuels de notre cher pays. On pourra en juger en consultant le "point de vue" publié par Le Monde sous le beau titre au rythme ternaire: Pour Philippe Val, "Charlie Hebdo" et quelques principes.

Loin de moi l'intention d'ironiser sur la présence ou l'absence de tel(le) ou tel(le) dans cette liste... mais vous pourrez constater que je n'y suis pas.

Je n'entends pas "apporter (mon) entier soutien à Philippe Val et à la rédaction de Charlie Hebdo pour la constance de leur engagement contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discrimination."

Et puisque les signataires du "point de vue" font état de dérapages de Siné remontant à 1982 et 1997, il est peut-être utile de consulter cet article d'Acrimed pour juger de la qualité du dispositif antidérapage chez Philippe Val...

Philippe Val croyait avoir débusqué, en août 2007, les « gros connards » antisémites de l’association France-Palestine Solidarité. Huit mois plus tard, il se déclare « navré » de s’être trompé d’erreur. (Voir la suite ici)



* Ce courrier entend protester contre la publication par l'Express de ce gentil dessin du gentil Plantu.

Bientôt une affaire Plantu ?

jeudi 31 juillet 2008

Ceux de la barricade

Pour une fois, je tiens un scoupe*: les CRS qui vont surveiller vos baignades sur nos belles côtes normandes auraient reçu une formation accélérée pour pouvoir intervenir psychologiquement auprès des vacanciers déprimés et suicidaires.

Car l'INSEE l'a établi, le Figaro l'a admis et l'agence Xinhua le révèle au monde:

France: le moral des ménages en juillet au plus bas niveau historique


Pour vous le remonter un peu, je m'en vais vous faire rêver... en collant en vrac des images et des sons en provenance d'Oaxaca.

Vous allez voir: l'art des rues et les chants d'un peuple en révolte, ça requinque.

[Pour des nouvelles fraîches, vous pouvez vous rendre sur La clenche, blog nouveau-né...]

boomp3.com
















































































boomp3.com






































boomp3.com

Cette dernière chanson El son de la barricada est peut-être LE chant de la Commune d'oaxaca.

En voici les paroles:

Ceux de la barricade

En ce quatorze juin de l'année deux mille six,
Sur la place d'Oaxaca, le monde est à l'envers.
Personne, le matin quand le jour s'est levé
N'aurait imaginé ce qui est arrivé...

Les professeurs en grève occupaient la grand-place,
Et le gouverneur félon avait tendu son piège.
Mais avant l'aube, ils ont quitté cette nasse,
Aux cris de rage des flics qui en faisaient le siège.

Refrain

Mais d'où sont-ils donc? Mais d'où sont-ils donc?
Ils sont de la barricade.
Et d'où sont-ils? Et d'où, et d'où, et d'où sont-ils?
Ils sont de la barricade.

Alerte dans la rue d'où vient le régiment!
Derrière la barricade s'est dressé le campement.
Aussitôt arrivés, ils ont fui à toutes jambes
Parce qu'ici sur la place nous savons nous défendre,

Surgissant de partout avec bâtons et pierres,
Maudissant la flicaille, la vouant à la merde.
Puis vient la contre-attaque par terre et dans les airs,
Nous arrosant de gaz et d'injures policières.

[au refrain]

Envole-toi, ma colombe, va raconter partout
Que le sang du maïs arrose la terre sacrée,
Que mensonges et coups ne nous ferons pas taire,
Que la paix doit être juste pour éviter la guerre.

Qu'ils s'en aillent, les lâches qui sont sans dignité
Et que restent ceux qui veulent changer de société
Car ici le cœur ne veut plus de leurs saletés
Le peuple veut la justice, le peuple est révolté.

[au refrain]

Le gaz n'a pas suffi contre notre bravoure,
Les forces de l'État vite ont dû reculer...
Ceux qui attaquent à l'aube ont été repoussés
Car les gens dans la rue sont sur les barricades.

[au refrain]


* Evidemment, hélas, c'est une fausse nouvelle...

PS: La traduction provient du numéro spécial de CQFD consacré à la libre Commune d'Oaxaca.

Les illustrations ont été prélevées sur le site de l'ASAR-O et sur le blog Colectivo Zape.



mercredi 30 juillet 2008

Des sous-hommes comme tout le monde

A la suite du billet Egalité des droits pour les handicapés, où était évoqué un épisode peu glorieux de la Sarkozie, le commentaire de Kiki évoquait ce bout de conversation entre les Posuti:

RV me dit : "réveille-toi, ils ont voté Sarkozy, ils pensent tout ça que les handicapés, les chômeurs, les émigrants c'est des sous-hommes !"

D'une marche à l'autre, "l'esprit de l'escalier" m'a mené à prendre sur le rayonnage du haut de ma bibliothèque le livre de Robert Antelme, L'espèce humaine, paru en 1947, où il rapporte ce qu'il a vécu au camp de Gandersheim.

Zoran Mušič, Le fauteuil gris.

Je l'ai ouvert un peu au hasard (je n'ai évidemment pas eu le temps de le relire…), et je suis tombé, vers la page 57, sur ce passage:


Je suis sorti du bureau et j'ai remis mon calot. Dans l'escalier, j'ai croisé un civil de trop près. Il portait une blouse grise, des bottes, un petit chapeau vert.

- Weg! (fous le camp!), m'a-t-il dit d'une voix rauque.

Ça a glissé. Ça n'avait peut-être pas grande importance ici. Mais c'était le mouvement même du mépris - la plaie du monde -, tel qu'il règne encore partout plus ou moins camouflé dans les rapports humains. Tel qu'il règne encore dans le monde dont on nous a retirés. Mais ici c'était plus net. Nous donnions à l'humanité méprisante le moyen de se dévoiler complètement.

Le civil m'avait dit très vite: Weg! Il ne s'était pas attardé, il avait dit cela en passant et le mot l'avait calmé. Mais il aurait pu faire éclore sa vérité: "Je ne veux pas que tu sois."

Mais j'étais encore. Et ça glissait.

Au prolétaire le plus méprisé la raison est offerte. Il est moins seul que celui qui le méprise, dont la place deviendra de plus en plus exiguë et qui sera inéluctablement de plus en plus solitaire, de plus en plus impuissant. Leur injure ne peut pas nous atteindre, pas plus qu'ils ne peuvent saisir le cauchemar que nous sommes dans leur tête: sans cesse nié, on est encore là.



PS: Le livre de Robert Antelme est disponible en collection de poche Tel, chez Gallimard. Vous pourrez en lire ici l'avant-propos.

mardi 29 juillet 2008

Retour d'Oaxaca





Je suis bien content pour eux: les ministres vont partir en vacances pour trois semaines et le président leur a fait cadeau du dernier opus (comme on dit dans Télérama) de son épouse kadutalent.

Z'en ont de la chance...

Ne comptez pas sur moi pour les suivre sur leurs lieux de villégiature, j'ai d'autres occupations, bien plus exaltantes.

Cependant, il est possible que vous trouviez, dans les jours à venir, que ce blogue prend des allures aphoristiques...

C'est que, voyez-vous, je me consacrerai quasiment à plein temps à mes devoirs de père de famille...

L'agronome sifflotant, ce très cher et très estimé jeune homme qui est intervenu en diverses occasions dans des commentaires, doit arriver ce jour quelque part dans la plaine de Roissy-en-France, où je tenterai de le récupérer, à une heure que je tente de déterminer avec toute la précision autorisée par les informations fournies par les compagnies aériennes, ma virtuosité bien connue pour faire des nœuds avec les fuseaux horaires et l'impatience très naturelle de mon cœur de père.

Je suis sûr qu'après son séjour mexicain, et notamment son passage à Oaxaca, il aura bien des choses à raconter en dégustant l'assortiment de mezcal qu'il aura pris soin de rapporter pour me faire goûter du "vrai".


Si vous ne trouvez aucun billet, ne vous inquiétez pas, et surtout ne prévenez pas la police, c'est que, tout simplement, nous sommes en train de rejouer la grande scène de la cuisine des Tontons Flingueurs.


lundi 28 juillet 2008

Edvige, Cristina et les autres...




Il est assez réjouissant d'imaginer qu'un digne employé du service de communication du ministère de l'Intérieur, affecté là pour ses talents littéraires, consacre une partie de son temps qui échappe à la pratique du sudoku à chercher et même trouver des acronymes plaisants pour désigner les fichiers informatiques que l'état policier prétend instaurer "pour notre sécurité".


Avec sa débordante imagination, qui me semble cependant un peu marquée au niveau sub-libidinal par l'âge d'or du minitel rose, il nous a pondu Edvige et Cristina, sans tenir compte du fait que pour les tempêtes tropicales et autres cyclones dévastateurs on appliquait désormais la règle de parité... C'est vrai ça, pourquoi pas Edvard ou Cristof ?

Il pourra largement compenser cette indélicate bévue avec les nombreux fichiers que semble annoncer madame Michèle Alliot-Marie dans sa réponse aux inquiétudes de la Halde sur le fichier Edvige. En bref, pour celui-là, c'est fait, c'est fait, cochon qui s'en dédit, mais pour ceux qui viendront, on vous consultera "très en amont"... En toute candeur dans le texte.

A propos d'Edvige, les élus se réveillent: "
Fichier Edvige: un élu lyonnais dépose un recours devant le Conseil d'Etat", nous apprenait samedi une dépêche AFP...

Le recours de l'élu lyonnais se fonde essentiellement sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme - sur la vie privée - ainsi que sur un arrêt rendu en 2006 par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) contre la Suède.

Selon cet arrêt, "un fichier n'est autorisé que sur des motifs de sécurité publique et ne doit comporter que des informations nécessaires concernant la sécurité publique", a précisé M. Tête.

Avec tous mes encouragements... et le soutien évident de mes compatriotes!

A ce propos, permettez-moi de copicoller cet article de
Jean-Marc Manach qui, à l'occasion du trentième anniversaire de la création de la CNIL, évoque opportunément l'ombre du grand projet Safari (ah quand les RG partaient en chasse!) et donne de précieuses indications sur Edvige et Cristina.

A qui profite la CNIL ? (Edvige, Cristina, la DST, les RG, et caetera)

11/07/2008, par jmm

La CNIL fête cette année les 30 ans de la loi Informatique et libertés, l’une des toutes premières lois du genre dans le monde, censée protéger les citoyens du fichage informatique.

A l’époque, le spectre de Big Brother était l’Etat. Depuis, le monde a bien changé, l’informatique est (presque) partout et Alex Türk, président de la CNIL, n’hésite pas à déclarer que “si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous… Vous êtes en plein dedans !”.

Le même, en marge de la conférence de presse où il annonça sa nomination à la tête du G29 (qui réunit les CNIL européennes) expliqua qu’il se demandait si cela valait encore la peine de s’opposer à un fichier policier, ou à une proposition de loi sécuritaire, puisqu’à chaque fois, ils ne sont pas entendus, et que le projet passe en l’état.

En 1978, la loi informatique et libertés avait donné la possibilité à la CNIL de bloquer la mise en place des fichiers manifestement contraires aux droits de l’homme, à la vie privée ou aux libertés. Mais en 2004, la nouvelle loi informatique et libertés, préparée sous Jospin, et soutenue par Alex Türk, a retiré ce pouvoir à la CNIL (cf. Une loi dont l’Etat se fiche pas mal et A qui profite la CNIL ?).

Début juin, je découvrais, consterné, que les Français étaient nuls ou presque en matière d’informatique et libertés, et qu’ils étaient aussi ceux qui, de tous les Européens, sont les plus enclins à militer pour (ou accepter) la surveillance de l’internet.

Aujourd’hui, le Syndicat de la Magistrature, la Ligue des Droits de l’Homme et d’autres s’émeuvent de la création d’Edvige, un fichier (avalisé, avec certaines réserves, par la CNIL) fichant entre autres les personnalités publiques (& les mineurs) “susceptibles de porter atteinte à l’ordre public”.

Dans le même temps, personne ne parle de Cristina, un autre fichier, bien plus problématique. La question, en résumé, revient à se demander s’il est plus dangereux, pour une démocratie :

- de constituer une police politique dont on sait qu’elle s’intéresse tout autant aux personnalités publiques (politiques, syndicales, religieuses, médiatiques) qu’aux délinquants potentiels, mais avec quatre fois moins de policiers qu’avant (du temps des RG),

et/ou

- de constituer une police politique dont on ne sait pas à qui elle s’intéresse exactement, sinon que la surveillance et l’écoute des télécommunications fait expressément partie de ses missions, et qu’elle dispose de deux fois plus de policiers qu’avant (du temps de l’ex-DST)…

Ce 11 juillet 2008, le premier fichier, Edvige, est évoqué, sur Google, sur près de 15 000 pages web. Le second, Cristina, ne l’est que sur 3 pages…

Explications :

En 1974, la France découvrait, atterrée, le projet de méga-base de données du ministère de l’Intérieur pudiquement intitulé Safari (sic, pour “Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus”). Le scandale fut tel que ce Safari fut stoppé net, entraînant l’adoption de la loi informatique et libertés (LIL), et la création de la CNIL.

Pour fêter les 30 ans de l’“autorité indépendante”, le ministère de l’intérieur a décidé de lui offrir deux nouveaux fichiers, aux noms très printaniers : Edvige (pour “Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale”), qui remplacera l’ancien fichier des RG, et Cristina (“Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux”), qui récupérera celui de la DST.

Edvige fichera les identités, adresses (électroniques comprises), comportements, déplacements, relations, opinions politiques et religieuses, appartenances sexuelles, ethniques, syndicales et associatives des personnes “susceptibles de porter atteinte à l’ordre public”, ou qui jouent “un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif”. La différence avec l’ancien fichier (papier, et régionalisé) des RG ? Le fichage commence dès l’âge de 13 ans, et comme il sera informatisé, sa consultation sera grandement facilitée pour l’ensemble des policiers et gendarmes habilités (il suffit de demander).

La CNIL regrette certes de ne point savoir comment les données seront sécurisées, d’autant qu’elles seront conservées de manière illimitée. Mais elle a aussi été écoutée… en partie : le ministère, qui s’y opposait, a finalement accepté de publier son avis au JO. C’est d’ailleurs le seul pouvoir qui lui reste, depuis qu’en 2004, la nouvelle LIL lui ait retiré tout pouvoir de blocage des fichiers “de sûreté”. Comme le Canard l’avait alors relevé, si le gouvernement est toujours tenu de lui demander son avis, il n’a plus à en tenir compte. On a connu autorité plus “indépendante”

Le fichier Cristina, lui, est passé d’autant plus inaperçu que la CNIL n’a pas le droit de commenter son “avis favorable avec réserves” qui, seul, été publié au JO. Si l’on ignore ce qu’il contiendra, Cristina fera probablement bien plus de ravages qu’Edvige. Car si les RG passent de 4 000 à 1 000 policiers, la DST, rebaptisée Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), et présentée par MAM comme un “FBI à la française“, passera elle de 2000 à 4000 condés !

Leurs missions : lutte contre l’espionnage, le terrorisme, protection du patrimoine économique, et surveillance des individus et mouvements susceptibles de “porter atteinte à la sécurité nationale”. Le décret portant création de la DCRI précise également qu’“elle contribue à la surveillance des communications électroniques et radioélectriques susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l’Etat”. Bref, Cristina sera truffé de données issues des écoutes téléphoniques et internet de ceux qui auront l’heur de déplaire à notre “FBI à la française”.

La CNIL, qui avait prévu de contrôler les fichiers des RG, dit maintenant attendre qu’Edvige soit mis en place pour s’y atteler. Des esprits retors pourraient penser que les RG en auront profité pour les nettoyer, d’autant qu’une bonne partie des informations seront récupérées par la DCRI. Et qu’elle n’aura pas le droit de fourrer son nez dans Cristina. Pour ne rien arranger, la LIL a donné le droit aux fichiers policiers d’attendre 2010 pour se conformer à la loi. Et dire que lorsque la CNIL n’existait pas, les Français avaient réussi à bloquer Safari !

Jean-Marc Manach