jeudi 17 mars 2011

Surenchère rhétorique aux suicides

Son blogue nous l'apprend, dans une note de la catégorie "articles de presse" daté du 15 mars, monsieur "Guy Lefrand a participé au déjeuner des anciens de la commune de BOURTH".

C'était dimanche dernier, et on peut lire que ça leur a fait une bien belle jambe, aux anciens de la commune de Bourth...

Il faut préciser, pour les parigots têtes d'escargots, que monsieur Guy Lefrand est député UMP de la 1ère circonscription du département de l'Eure, et que cela fait aussi partie de ses devoirs d'élu républicain que d'aller chanter Ah ! Le petit vin blanc ! aux banquets des anciens de ladite circonscription.


Suggestion de présentation.

Par ailleurs, à l'Assemblée Nationale, où il est entré le 13 janvier 2009, suppléant monsieur Bruno Le Maire appelé à de plus hautes fonctions, il défend actuellement le "projet de loi relatif aux droits et protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et modalités de leur prise en charge". Il en est le rapporteur.

On peut dire que notre tout frais parlementaire de la place n° 209 n'a pas vraiment de chance avec son premier travail législatif d'importance. Ce projet de loi rétrograde est tout simplement indéfendable.

(On pourra s'en convaincre en lisant les analyses rassemblées sur le site du Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire.)

Ayant à faire face à ce qu'il nomme assez vaguement "la médiatisation de certains", notre bizuth député a cherché à s'exprimer dans la presse... Et à lire ses déclarations ici et , on constate qu'il n'a probablement pas terminé son stage de formation en communication.

Il est curieux de lire, au début d'un collage de ses propos que l'on trouve dans Libération :

"Pourquoi une loi ? Le point de départ, on le sait, est une interrogation présidentielle par rapport à la sécurité de l’entourage des malades psychiatriques. Mais si j’ai demandé à en être le rapporteur, c’est que je voulais défendre aussi la sécurité des malades. On a tendance à l’oublier, mais il y a près de 4 000 personnes souffrant de troubles mentaux qui se suicident chaque année. Que fait-on pour eux ?"

Notons tout de même, au passage, que le "point de départ" a peu de chose à voir avec "une interrogation présidentielle" - depuis quand notre président s'interrogerait-il avant de "réformer" ? Rappelons simplement que ce projet de loi trouve son origine dans un des discours sécuritaires de Nicolas Sarkozy (celui du 2 décembre 2008) où la maladie mentale n'était considérée que du point de vue de la dangerosité. Dans ces conditions, il semble que prétendre vouloir "défendre aussi la sécurité des malades" relève de la naïveté ou de l'hypocrisie...

Pourtant, sans doute pas peu fier de sa trouvaille des 4000 suicides de "psychotiques", monsieur Lefrand, dans l'entretien accordé à 20minutes.fr, persiste de manière plus affirmative :

Question : Que répondez-vous à ceux qui taxe ce projet de loi de sécuritaire ? (sic)
Réponse : Que rien n’est sécuritaire dans ce texte sinon la possibilité d’éviter à 4.000 personnes psychotiques de se suicider par an.

Dans Libé, notre rapporteur affine sa réponse :

"On me dit que cette loi est sécuritaire. Peut-être au départ, mais le gouvernement a accepté deux amendements importants : il y aura la possibilité d’un recours au juge d’application des peines quand le psychiatre et le préfet ne sont pas d’accord sur la levée de la contrainte."

Vous avez bien lu : "possibilité d’un recours au juge d’application des peines" !

Encore un glissement de ce genre et les psychiatres dépendront de l'administration pénitentiaire.


Ceci est une bonne question...
(Affiche de l'appel à rassemblement
du mardi 15 mars à Paris.)

Le pivot autour duquel s'opère ce basculement de la psychiatrie dans la flichiatrie est l'inscription dans la loi de la possibilité de "soins" ambulatoires sous contrainte.

Cette disposition a été adoptée ce mercredi par les députés.

Certains d'entre eux, appartenant au collectif de la "Droite populaire", ont soigné leur popularité en se démarquant nettement du vague argumentaire en trompe-l'œil du rapporteur du projet :

"Des agressions de fous on en voit tous les jours."

Aurait déclaré, avec une remarquable précision statistique, monsieur Dominique Tian, revenant aux certitudes du président Sarkozy...

Pour qui la question ne semble pas vraiment "la possibilité d’éviter à 4.000 personnes psychotiques de se suicider par an".


Une alternative à la Nuit Sécuritaire.
(La Nuit étoilée, vue en 1889
par Vincent Van Gogh,
"suicidé de la société".)

3 commentaires:

Olivier a dit…

Bien vu le Van Gogh.

Guy M. a dit…

Il me semblait s'imposer...

pièce détachée a dit…

On connaissait, pour y être pris en étau, le chantage au «tiers de confiance». Le «tiers light», on n'ose y croire. Une conscience zéro calorie pour les vivants, avec des bulles qui font roter comme pour de vrai ?