lundi 14 mars 2011

Le savoir-faire nucléaire français

Pour donner en direct la réplique au séisme nippon et à l'accident collatéral que, selon toute vraisemblance, il a provoqué dans plusieurs réacteurs nucléaires du Japon, l'Élysée et Matignon n'ont pas hésité à mobiliser leurs meilleurs spécialistes et à les envoyer devant tous les micros ouverts. On a pu ainsi entendre, pour le plus grand agrément de notre ouiquende, un trio d'excellence constitué de madame Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie, monsieur Eric Besson, ministre de l'Énergie, et monsieur Henri Guaino, plume de paon présidentielle.


Très professionnelle, la ministre de l'Écologie a déclaré, face à Dominique Voynet :

"Il faut se poser toutes les questions, mais l'énergie nucléaire reste une bonne énergie-base décarbonée."

("énergie-base décarbonée", c'est une bien belle expression, j'aimerais l'avoir trouvée...)

Très en verve, Nathalie Kosciusko-Morizet a lancé cette formule, d'une agréable profondeur :

"La seule énergie qui ne pose pas problème, c'est celle qu'on ne consomme pas."

Les générations futures tiennent là le sujet d'une discussion qui pourra meubler leurs longues soirées d'hiver...


Aussi peu informé que sa collègue, le ministre de l'Énergie a choisi d'éviter la tonalité désuète de la raffarinade. Il a préféré, comme il en a l'habitude quand il n'a rien à dire, ergoter sur le vocabulaire en soulignant la distance, essentielle à ses yeux, qui existe entre un "accident grave" et une "catastrophe"...

Conscient, cependant, de ses hautes responsabilités face à ses "concitoyens", il a tenu, pour les rassurer, à "dire et redire (...) que toutes les centrales (françaises) ont été conçues en intégrant les risques sismiques et d'inondation".

Il aurait pu dire que, très probablement, les installations japonaises ont également été conçues avec d'identiques bonnes intentions...

Les générations futures, si elles en ont le loisir, pourront s'interroger, durant leurs longues soirées d'hiver, sur la question de savoir si la présence d'Éric Besson à un poste de gouvernement a été un "accident grave" ou une "catastrophe".



Aucun des deux ministres n'a omis de signaler et de souligner le souci de sécurité qui caractérise les professionnels de l'industrie nucléaire de notre pays.

Mais il revenait à monsieur Henri Guaino, conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, de célébrer avec le plus d'à-propos, de tact et d'éclat le savoir-faire national en matière de sécurité nucléaire...

Sa fatuité Henri Guaino, invité de l'émission "Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro", a estimé que "l'accident nucléaire au Japon pourrait favoriser l'industrie française dont la sécurité est une marque de fabrique".

Prié de dire si les événements au Japon auraient un impact négatif sur cette filière, il a répondu : "Je ne crois pas." "Je dirais même le contraire puisque précisément la France s'est surtout manifestée par son souci de la sécurité". (...)

"Donc, je crois que ça devrait plutôt favoriser notre industrie nucléaire par rapport aux industries d'autres pays où la sécurité est passée au peu plus au second plan."

Ces déclarations ont été rapportées, par Reuters, sous un titre prémonitoire : Accident nucléaire : Areva favorisé ?

Confirmation de la prescience du conseiller présidentiel, le titre Areva à perdu 9,61 % aujourd'hui auprès des boursicoteurs parisiens... Autant vous dire que cette triste nouvelle ne perturbe pas trop mon système de refroidissement.

Il faut espérer que madame Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, a pensé à envoyer quelques éminents commerciaux dans le groupe de sauveteurs français qui vient d'arriver au Japon. Il y avait là une "opportunité", non ?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour Madame Lauvergeon, mise aux manettes par les socialistes et qui perdure sous un gouvernement de droite, vendre de la technologie nucléaire est le nec le plus ultra du commerce, mais quant aux risques..., si nous nous référons à la brève du figarodassault parue le 13 mars sur leur site web, ce serait plutôt le vieil adage "courage fuyons".

Fukushima: des salariés d'Areva évacués

Des techniciens allemands du groupe Areva, qui travaillaient sur le site de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima vendredi lorsque s'est produit le séisme qui a frappé le pays, ont pu être évacués rapidement sans être blessés, a-t-on appris dimanche auprès du groupe.

"Une partie de la centrale (de Fukushima) était à l'arrêt et nous avions des équipes qui travaillaient sur de la maintenance dans la partie à l'arrêt de cette centrale", a indiqué une porte-parole d'Areva, précisant qu'il s'agissait d'une dizaine de techniciens allemands, et confirmant ainsi des informations de médias allemands.

"Quand s'est produit le séisme, suivi du tsunami, ils n'ont pas été blessés" et "ont pu être évacués rapidement" après le séisme, a-t-elle précisé.

Ces techniciens ont été évacués à une cinquantaine de kilomètres de la centrale où ils se trouvaient encore samedi, et "ont dû regagner Tokyo en fin de journée" samedi, selon la porte-parole du groupe nucléaire français.

lejournaldepersonne a dit…

Le séisme des cœurs

Je vous parle de fraternité
Et vous me renvoyez à la dure réalité
Aux plaques tectoniques
de notre écorce cérébrale…
Aux tremblements des peurs
Et au déferlement des pleurs
Et la terre continue de trembler et de nous faire trembler…
Et un beau jour… ou peut-être une nuit… on décide de ne plus trembler… et on se met à bouger…
à prendre le large au lieu de subir les vagues successives de cette nature imbécile…
Oui…oui on ne peut pas changer les lois de la science physique mais on peut changer de politique…
parce que là, il ne s’agit plus de science mais de conscience…
cette petite flamme qui tremble et qu’aucun vent ne peut éteindre…
ma conscience politique… qui voudrait avant de mourir assister à l’éveil d’une autre conscience…
d’autres consciences, à une sorte d’effervescence… vive la révolution des consciences.

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/03/seisme/

Guy M. a dit…

@ Anonyme,

On ne peut pas dire qu'Areva cherche à occuper le terrain...

Toujours dans les dépêches:

La présidente du groupe nucléaire français Areva, Anne Lauvergeon, a reporté sine die une visite et un point de presse prévus à l'école d'ingénieurs de Cherbourg (Manche), "du fait de l'actualité", a annoncé dimanche le directeur de la communication de l'usine Areva de la Hague, Christophe Neugnot.

@ lejournaldepersonne,

Que dire ? Peut-être qu'un commentaire serait plus apprécié que la citation promotionnelle d'un billet...