mardi 16 septembre 2008

Révélations sur ma fiche Edvige



J'ai bien failli me lancer dans un petit jeu bloguistique qui consiste à épingler (ou taguer, en franglosaxon) des blogueurs amis ou des blogueuses amies en leur lançant un défi (par exemple: trouver trois ou quatre qualités à Nicolas Sarkozy) et en leur demandant de faire de même avec trois de leurs amis. Il se forme ainsi une chaine infernale qui, normalement, devrait s'étendre à toute la blogoplanète et la faire exploser. Ce qui arrive presque tous les jours, comme on peut le constater.

J'avais envie de demander à chaque épinglé(e)s de rédiger sa propre fiche du futur fichier Edvige.

J'ai donc commencé à écrire, en utilisant un élégant style de rapport de police, ma propre fiche. Je me suis appliqué à résumer toutes mes turpitudes politiques, religieuses et sexuelles. Parvenu à ce dernier point, avec cette écriture complaisante et anémique, cela commençait à ressembler très curieusement à un roman de Christine Angot.

Alors je me suis arrêté là, et après m'être accordé une petite heure de contemplation ombilicale, j'ai renoncé à aller plus loin dans mon opération de tagage.

Résumé AFP, le texte actuel du décret est à consulter sur le site Legifrance.

Europe 1 était très fière, hier, de pouvoir annoncer qu'un nouveau décret sur la mise en place du fichier Edvige était déjà prêt et que l'Elysée tenait à ce qu'il soit rendu public dès cette semaine.

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy (car l'Elysée, c'est lui!) avait déclaré:

"Je veux une solution dans les tout prochains jours, avec une règle très simple: tout ce qui est nécessaire à la sécurité des Français, il faut le garder. Tout ce qui n'est pas indispensable à la sécurité des Français, il faut l'enlever, je précise, bien sûr, dans le cadre de ce fichier."

Une vue en pied de l'Elysée

Si l'on aime les jeux de piste filandreux, on peut s'amuser à suivre les pas en avant et les pas en arrière des membres du gouvernement, ou la mini querelle entre monsieur Devedjian et monsieur Accoyer... Tout ce remue ménage ne semble qu'un moyen d'égarer les esprits avant d'imposer, une fois de plus, ce qui est nécessaire à un grand état moderne: le flicage généralisé et surtout centralisé.

Encore quelques embrouilles et plus personne ne se souciera de savoir si les mineurs de 13 ans peuvent être fichés...

Seule note consolante: d'après LePoint.fr, qui reprend Reuters, Les opposants à Edvige veulent toujours l'abrogation .

Le collectif "Non à Edvige" et une douzaine d'organisations entendent toujours obtenir l'abrogation du décret sur le fichier de police en dépit de la concertation lancée par la ministre de l'Intérieur.

Dans un communiqué, les opposants au projet ne se satisfont pas du projet prêté au gouvernement de préparer un nouveau décret modifiant seulement certains points du texte controversé.

Ils demandent en outre à être reçus ensemble par le Premier ministre, François Fillon, soulignant que Michèle Alliot-Marie procède à des auditions alors que le texte est "probablement déjà bouclé."

Une journée de mobilisation reste prévue le 16 octobre, pour la Sainte-Edwige, soulignent les signataires.

Cliquer sur l'image pour signer la pétition.

Lors d'une conférence de presse, mardi 9 septembre, François Sauterey, représentant du collectif "Non à Edvige", a annoncé cette journée du 16 octobre.

Selon Tetu.com:

Le collectif annonce donc plusieurs actions à venir: le Syndicat de la magistrature a déjà préparé la distribution d'une parodie de fiche Edvige qui se présente de cette façon: «Vie sexuelle: Oui / Non», puis il est indiqué: «Régalez vos lecteurs, détaillez vos pratiques». Les répondants zélés seront ensuite invités à lécher le questionnaire pour y laisser leurs empreinte ADN, avant de le faire parvenir au ministère de l'Intérieur. Et une action médiatique est d'ores et déjà prévue devant les préfectures pour le 16 octobre… jour de la Sainte-Edwige. «On va lui faire sa fête!» annonce un membre du collectif.

Finalement, on va tous se taguer mutuellement...

Promis: pour la parodie de fiche, je laisserai tomber le style Christine Angot.

lundi 15 septembre 2008

Messe en latin à la Courneuve



Sans être exagérément alarmiste, je dois me rendre à l'évidence: mon personnal computer, de marque indéterminée et d'origine délocalisée, me semble arriver en fin de vie: il fait un bruit de moissonneuse batteuse, comme on dit par chez nous, et je dirais même plus, un bruit de moissonneuse batteuse qui vient de couler une bielle...

Comment continuer à bloguer avec une moissonneuse batteuse ?

Cette triste situation m'a empêché de faire sérieusement les recherches nécessaires, mais à ma connaissance aucun commentateur n'a profité de la coïncidence de la tournée triomphale de sa sainteté Benoit le seizième et de la fête de l'Humanité à la Courneuve, pour nous faire un parallèle bien convenu entre la grande messe communiste et le meeting des Invalides. Le tout introduit par une référence à "Celui qui croyait au ciel/Celui qui n'y croyait pas"qui aurait été amplement cité autrefois.


En attendant le sermon

Comme les catholiques redécouvrent, au bord de la pâmoison, l'orgasme de la célébration de la messe en latin, les communistes ont pu renouer avec la foi en une union de la gauche durable et sans pesticide.

C'est un progrès.

Et badadi et badadoi, la meilleure eau, c'est la Badoit.
Je n'ai pas trop envie d'ironiser.

Même pas sur les "j'ai envie de dire" que cette pauvre Marie-Georges Buffet croit bon de placer en tête de chacune de ses réponses...

(Si elle a envie de dire, qu'elle le dise !)

Mon ordinateur à l'agonie doit me rendre sentilmentalo-régressif: je pense surtout à ces vieux militants communistes que j'ai connus, et qui souvent m'ont honoré d'une sorte d'amitié goguenarde mais bien réelle, et je me demande quel haut le cœur, ils seraient encore capables de faire, eux qui pourtant ont avalé tant de couleuvres, au spectacle de ces petits manœuvriers qui se répartissent les strapontins de la démocratie représentative...


PS: Le Charançon, très en forme, propose dans son dernier billet, une saine réflexion sur les Fantoches du Programme commun.

samedi 13 septembre 2008

Luc Ferry négociant en philosophie



Souvent, pour m'amuser, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur ma pauvre tête, qui brasse plus de souvenirs que si j'avais mille ans, je m'achète le Parisien, où je me régale des rubriques du genre « ça s'est passé près de chez vous, vous vous rendez compte ».

Ce choix de l'abêtissement volontaire me remplit a posteriori d'une culpabilité bariolée; c'est pourquoi je ne l'avoue que rarement à mes plus intimes.

Mais aujourd'hui, la moisson fut bonne. Outre un ensemble de photographies de groupes et de grappes de visages illuminés à l'approche de la papamobile, de fort belle facture, j'ai trouvé la transcription d'un entretien de monsieur Luc Ferry, présenté comme philosophe virgule non-croyant, avec Charles de Saint Sauveur, qui doit être journaliste (avec un nom providentiel).

Je ne sais pas si vous vous souvenez de lui, mais Luc Ferry a été ministre de l'Education Nationale. Mais ce n'était pas vraiment son métier, on l'a rapidement constaté. Dans le civil, monsieur Luc Ferry est polygraphe en philosophie: il produit des livres dits de philosophie et la grande distribution les place en tête de gondole, pas loin du rayon "développement personnel". Il vit donc du négoce en philosophie.

Luc Ferry en pleine promo

Deux ou trois grandes et profondes paroles.

Je défends depuis des années l'idée que la philosophie est une spiritualité laïque, une façon de prendre en charge la question du sens de la vie et du salut par la raison et par soi-même en assumant la lucidité... plutôt que par Dieu et par la foi.

Quel philosophe peut-on prétendre être pour confondre philosophie et spiritualité, et quel non-croyant peut-on prétendre être lorsqu'on utilise cette idée de "salut" ?

Mais Luc Ferry, s'il est un pi(è)tre philosophe et un non-croyant mal dégrossi, est un fin météorologue qui sait bien prendre le vent côté "racines chrétiennes" de l'Occident.

La religion chrétienne est une construction grandiose. Même pour un non-croyant comme moi, elle est magnifique, sans égale sur le plan intellectuel et historique. En outre, le pape est de toute évidence un homme hors du commun.

Heureusement que le commun des mortels n'a que peu à voir avec sa sainteté infaillible...


PS qui n'a rien à voir, mais nous ramène au commun des mortels...

Dans la rubrique « Faits divers »:

Emeute à Château-Rouge

Intervention policière très mouvementée, hier après-midi, au métro Château-Rouge. Une tentative d'interpellation, sous le regard de plusieurs dizaines de badauds indignés, a bien failli dégénérer. Tout commence à 15 heures quand l'un des membres d'une patrouille qui stationne devant le marché Dejean (très fréquenté par la communauté africaine) tente « d'embarquer » une vendeuse à la sauvette. Une arrestation peu orthodoxe. Selon plusieurs témoins, le policier aurait ramené la femme jusqu'à son véhicule en la tirant par les cheveux sur une dizaine de mètres. La foule, très dense sur le boulevard Barbès, prend immédiatement parti pour elle. Un attroupement se forme, quelques insultes fusent et les policiers, débordés, appellent des renforts. En quelques minutes, une demi-douzaine de patrouilles arrivent sur place, sirènes hurlantes. L'ambiance devient de plus en plus électrique. un fonctionnaire fait usage de son Tonfa (grande matraque) pour éloigner la foule. Un autre utilise sa bombe lacrymogène. Il faudra plusieurs minutes pour que l'attroupement se disperse. Selon des témoins, des badauds auraient profité de la cohue pour empêcher l'interpellation de la vendeuse, qui a disparu dans la foule.

B. H.

J'espère bien que les témoins ont bien vu, et que la vendeuse a pu s'échapper.

vendredi 12 septembre 2008

Dieu, le pape et moi



Tout à l'heure, comme pris d'une fringale moyennement spirituelle, je me suis envoyé deux religieuses.

Au chocolat. Toutes crues et encore un peu congelées.

(Elles venaient de la grande distribution... Pourquoi se contenter de religieuses de la grande distribution ? dites-vous. Alors je réponds: à la campagne, à part pisser librement sur la haie du voisin, on ne fait pas toujours ce qu'on veut!)

Le martyre de ces deux nonnettes chocolatées m'a permis d'honorer avec un humour très relatif (y a des jours comme ça) la venue du très saint père sur notre territoire.

Ce n'est pas que mes relations avec Dieu soient du genre conflictuel et revanchard. Après neuf ans dans des institutions privées et confessionnelles, cela pourrait se comprendre. Mais non, je ne suis pas devenu athée militant, mais plutôt agnostique tolérant: pour moi, Dieu est le sujet grammatical dont je ne peux rien prédiquer avec certitude, pas même l'inexistence. Alors il me fout la paix. Et réciproquement.

Cette réciproque ne s'étend pas à ceux qui prétendent être parmi nous les représentants de cet ectoplasme logique, dans sa version vaticane.

Prenons (un exemple!) ce Benoit XVI qui va balader sa blancheur immaculée anticontraception à Paris et à Lourdes, sans passer par la Normandie (après tout ce qu'on a fait pour l'Occident chrétien!)

Dessin de Maëster, piqué sur son blog.

Didier Pourquery, qui commet des éditoriaux dans Libération quand Laurent Joffrin a mal à la tête, intitule, avec un humour inouï, son édito "Subtilités". Il y appelle à une écoute quasiment désinhibée du discours que le bon pape vient tenir parmi nous...

Espérons donc que le discours de Benoît XVI sera audible, car cet intello francophone a des choses à dire sur les compétences de l’Eglise et de l’Etat qui, d’après lui, ne doivent ni se confondre ni s’affronter systématiquement. Ecoutons ce qu’il a à dire notamment sur l’idée de laïcité positive.

Benoît XVI est certes celui qui encourage des pratiques liturgiques surannées et fait revenir le latin à la messe, mais son message est plus complexe que la manière dont il est présenté. Gageons qu’il sera certainement plus surprenant et nuancé que notre président.

Ben voyons.

Dans Le Monde, vous trouverez un point de vue assez différent, celui de Jean-Luc Mélenchon.

Monsieur le sénateur Mélenchon me fait toujours penser, avec son air mélancolique et ronchon, à ce fameux neurone qui meurt de solitude dans le cerveau d'une blonde (vous connaissez sans doute cette blague "à la Bigard" qui fait tant rire ceux dont la population neuronale est assez désertifiée). Je trouve que c'est une description très précise de sa situation au sein du PS.

Son point de vue est intitulé Un pape pour le "choc des civilisations".

Début:

Nous vivons un mélange des genres entre religion et politique très significatif avec la visite de Benoît XVI. La débauche ostentatoire des moyens officiels mis à disposition, l'occupation agressive de l'espace public, le harcèlement médiatique télévisuel, tout fait sens. Ici, le moyen, c'est le but. Le pape et le président ont en commun une stratégie de reconfessionnalisation institutionnelle de la société française.

Les deux hommes s'inscrivent à ce sujet dans la théorie du choc des civilisations de Samuel Huntington, bréviaire de la diplomatie des Etats-Unis. Ils tirent de la religion la légitimité à agir pour la domination d'un prétendu "Occident". Dans cette perspective, la République laïque fait obstacle. Un changement de cap est nécessaire. Le discours de Latran de Nicolas Sarkozy l'a proclamé sous le nom d'une "laïcité positive".

Et voici la fin:

La vision est plus large encore. C'est l'Occident qui est en cause. "L'Occident est menacé depuis longtemps par le rejet des questions fondamentales de la raison et ne peut en cela que courir un grand danger", déclare le pape. Nicolas Sarkozy partage ce credo. Le "premier risque" dans le monde, a-t-il déclaré trois mois après son élection, c'est celui d'une "confrontation entre l'islam et l'Occident". Foin de la réalité étatique de l'ordre international, et tant pis pour cinq millions de musulmans français. Bien sûr, cette thèse ne proclame une identité que pour mieux désigner des adversaires.

L'islam d'abord. Cette lecture d'un Occident menacé par l'islam, Benoît XVI l'a aussi exprimée de manière particulièrement provocante dans son discours de Ratisbonne en 2006. Au prétexte d'une réflexion sur la foi et la raison, le pape utilise un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant perse sur "le christianisme et l'islam, et leur vérité respective". Il citait ainsi l'empereur chrétien : "Montre-moi donc ce que Mohammed (le Prophète) a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foiqu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive."

Cette référence très douteuse prononcée au lendemain de l'anniversaire des attentats du 11-Septembre est un programme politique. Et une mystification. Elle fait en effet l'impasse sur les siècles de violence impulsée par l'Eglise, des croisades à l'Inquisition en passant par les dragonnades, la chouannerie et la résistance à la loi de 1905.

Face au tollé soulevé par ce discours, Benoît XVI en avait minimisé la portée, prétextant d'une réflexion anodine. Pourtant, son secrétaire particulier, l'abbé Gaenswein, en confirmait un an plus tard la portée très politique : "Je tiens le discours de Ratisbonne, tel qu'il a été prononcé, comme prophétique. On ne peut pas éluder les tentatives d'islamisation de l'Occident. Et le danger pour l'identité de l'Europe, qui y est lié, ne doit pas être ignoré." Tel est l'arrière-plan de la croisade du pape dans la France de Nicolas Sarkozy.

Le pape est bien un chef politique autant qu'un chef religieux. Toute l'Amérique latine progressiste en fait l'expérience amère dans sa lutte pour le droit au divorce ou à l'avortement et par la mise au ban de la théologie de la libération. L'Italie, l'Espagne et la Pologne le paient d'intrusions permanentes dans leurs élections.

La France ne sera pas épargnée si l'hébétude du spectacle clérical éteint la vigilance laïque. La laïcité prétendument positive est une tromperie. Elle rétablirait les privilèges de préconisation publique et de pressions privées de l'Eglise. C'est d'une laïcité étendue à de nouveaux domaines de l'espace public (hôpitaux, services publics, etc.) que la France a besoin. Plus que jamais : l'Etat chez lui, l'Eglise chez elle !

On comprend mieux les subtilités du personnage...


jeudi 11 septembre 2008

Cuisine médiévale pour tous



Sur le moyen âge je ne sais pas grand chose, hormis la mise en œuvre de quelques recettes de cuisine tirées du Viandier de Taillevent ou du Mesnagier de Paris, qui utilisent d'agréables épices, comme le galanga, le poivre long ou la graine de paradis. Et vous pouvez me croire, ça n'a rien à voir avec la tambouille de Jacouille la fripouille que l'on vous sert, avec une serpillière autour du cou en exhibant des dents gâtées, dans certains restaurants prétendus "médiévaux"...

Christian Clavier, médiéviste agréé auprès de l'Elysée.

Il y a parmi nous des universitaires qui consacrent beaucoup de leur temps à étudier la société médiévale. Il faut pour cela manipuler une assez large palette de savoirs, plus large en tout cas que celle de monsieur Nicolas Sarkozy dont je suppose la culture sur cette période historique tout droit sortie des récits des divers tournages des Visiteurs narrés par son délicat ami Clavier.

Je pense que les médiévistes doivent rire jaune en l'entendant parler du retour au Moyen Age en Afghanistan, comme n'importe quel plouc venu...

Ou se fâcher quelque peu...

Le billet de Françoise "Une Absurde anomalie", que je vous conseille, débusque sur le site du comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire une note de lecture sur le petit livre (84 pages) du médiéviste
Bruce Holsinger, intitulé Neomedievalism, Neoconservatism, and the War on Terror. Ce livre étudie les usages du paradigme médiéval par les néo-conservateurs, autour de George Bush fils...

C'est très appétissant, mais c'est en anglais, et Françoise ne veut pas le traduire... et me conseille d'apprendre l'anglais...

(J'ai passé neuf ans à apprendre l'anglais, Françoise, et je parle moins bien que notre président, qui est une référence!)

J'ai été très affecté par le manque de solidarité bloguistique de Françoise, mais je me suis vite consolé en retrouvant sur le site du CVHU des traces de la polémique qui a suivi la publication du livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Seuil, 2008).

L'article (dont je vous donne quelques extraits) est intitulé: Choc des civilisations et manipulations historiques. Troubles dans la médiévistique et signé par Blaise Dufal de l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales).

Sylvain Gouguenheim est enseignant à l’École Normale Supérieure de Lyon et professeur des universités, habilité à diriger des recherches. Il est notamment connu dans le monde scientifique pour ses travaux sur les mystiques rhénans (La sybille du Rhin. Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane, Paris, 1996). Après s’être intéressé aux Fausses terreurs de l’an mil (Paris, 1999), l’auteur s’attaque ici à ce qu’il considère comme un autre mythe de l’histoire médiévale : la transmission d’une partie de la science antique et des savoirs aristotéliciens par les arabes au Moyen Age. Abordant un des sujets les plus travaillés et les plus complexes de l’histoire culturelle et intellectuelle de l’Occident, l’auteur s’éloigne clairement de ses spécialisations académiques pour jeter un pavé dans la marre.

- Les Arabes n’auraient pas pu transmettre la pensée et la culture grecque !

L’auteur cherche à démontrer que la civilisation musulmane n’a connu qu’une « hellénisation superficielle » : « Jamais les Arabes musulmans n’apprirent le grec, même al-Farabi, Avicenne ou ¬Averroès l’ignoraient ». Ainsi la majeure partie de cet héritage antique aurait été préservée par les chrétiens orientaux, les Syriaques, entre le IVe et le VIIe siècles. Du fait d’une incompatibilité linguistique entre l’arabe et le grec, les Arabes n’auraient qu’une part infime dans la transmission de la culture antique vers l’Occident chrétien.

Pour étayer sa thèse et abattre ce qu’il considère comme un lieu commun historiographique, Sylvain Gouguenheim place au centre de son argumentation l’oeuvre de Jacques de Venise, clerc italien ayant vécu à Constantinople, le premier traducteur européen d’Aristote au XIIe siècle. Cette insistance sur le rôle de ce clerc vient de la découverte récente d’un manuscrit de l’abbaye du Mont saint Michel. Ce manuscrit devient alors la preuve suprême que la philosophie aristotélicienne a été transmise directement de la Grèce antique à l’Occident latin.

Ainsi d’une analyse précise d’un point d’érudition, l’auteur élargit la portée de son propos, le plaçant sous l’angle d’une problématique inspirée par le comparatisme entre des civilisations. L’Islam et la Grèce antique seraient des civilisations profondément étrangères l’une à l’autre pour des raisons d’ordre culturelles : les impératifs religieux musulmans auraient empêché la pénétration réelle de la culture antique. Ce processus d’opposition structurant l’histoire aboutirait à des identités fondées sur « l’altérité conflictuelle entre chrétiens et musulmans ».

Ce comparatisme est appuyé sur une argumentation ethno-linguistique qui débouche sur un racisme culturel : « dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. […] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie […] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu’elles défient presque toute traduction ». Ainsi les caractéristiques linguistiques de l’arabe rendraient la civilisation musulmane inapte à recevoir la culture antique.

Blaise Dufal revient sur les premiers compte-rendus: Roger-Pol Droit, dans Le Monde, qui conclut que
"la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam" et salue un livre "fort courageux"; Stéphane Boiron dans Le Figaro, favorable, qui place le livre dans lignée des positions du pape Benoit XVI...

Et décrit aussi les réactions des universitaires:

Face à cet accueil favorable de la part des chroniqueurs de grands quotidiens nationaux, les réactions des intellectuels sont immédiates, ce qui est assez rare pour être souligné, tant la communauté universitaire est peu encline à étaler ses dissensions publiquement et ce particulièrement chez des médiévistes qui se tiennent trop souvent en retrait par rapport aux questions d’actualité. Une pétition des élèves et des enseignants de l’École Normale Supérieure est publiée dans Télérama. Les historiens Gabriel Martinez-Gros et Julien Loiseau écrivent une tribune dans Le Monde intitulée « La vraie terreur de l’historien » et une quarantaine d’historien(-ne)s et philosophes des sciences, emmené(e)s par Hélène Bellosta (CNRS), ont publié un texte : « Prendre de vieilles lunes pour des étoiles nouvelles, ou comment refaire aujourd’hui l’histoire des savoirs ». Un collectif international de 56 chercheurs en histoire et philosophie du Moyen Age a publié dans Libération du 30 avril 2008 un article « Oui l’Occident chrétien est redevable au monde islamique ».

L’historien de la philosophie, Alain de Libéra, éminemment respectable et respecté, spécialiste mondialement reconnu de ces problématiques, est même sorti de sa réserve habituelle pour écrire une lettre mordante publiée par Telérama : « Landernau terre d’Islam ». Pour lui, « L’hypothèse du Mont-saint-Michel, chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire, a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette ». Il conclut alors : « Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale et aux caves du Vatican. »

J'avoue que la réaction d'Alain de Libéra, grand intellectuel très discret, me remplit d'aise...


Le malaise réapparait en arrivant à ce passage:

-Des fréquentations politiques de certains historiens français

Le livre de Sylvain Gouguenheim est fortement marqué intellectuellement et idéologiquement du côté d’une pensée catholique « néo-conservatrice ». Ce positionnement se manifeste notamment par la forte influence que semble avoir exercé le journaliste René Marchand, auteur de La France en danger d’Islam, entre jihâd et reconquista, édité à l’Âge d’Homme (2002) et de Mahomet. Contre-enquête : un despote contemporain, une biographie officielle truquée, quatorze siècles de désinformation aux éditions de l’Échiquier (2006). Relecteur attentif, remercié par l’auteur, René Marchand est un des auteurs de référence de l’extrême droite française dans son combat anti-Islam qui intervient sans cesse dans le champs historique notamment en collaborant à la Nouvelle Revue d’Histoire.

Cette revue, qui rejette une vision « partiale » de l’histoire, accueille d’éminents historiens académiques tels que Karl Ferdinand Werner, Jean Pierre Poussou, Jean Tulard, Jean Favier, Michel Zink et beaucoup d’autres. Rémi Brague y collabore aussi, lui qui est cité par l’auteur à des endroits stratégiques de sa démonstration. Cet historien est l’auteur d’un livre Europe, la voie romaine, édité chez Criterion (Paris, 1992) où il insiste sur l’héritage romain dans l’identité européenne. Il a par ailleurs soutenu Louis Chagnon accusé de racisme anti-musulman par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme.

Cette revue a été fondée par Dominique Venner, ancien de l’O.A.S., fondateur avec Alain de Benoist du GRECE (Groupe de recherche et d’études pour la civilisation européenne), laboratoire de la pensée de La Nouvelle Droite. Ce journaliste, spécialiste des armes à feu, a rédigé plusieurs ouvrages à caractère historique comme Histoire et tradition des Européens : 30 000 ans d’identité (Paris, 2002) où il tente de définir la tradition culturelle européenne. On retrouve ici l’enjeu central du livre de Gouguenheim, la construction d’un bloc occidental, justifié historiquement et culturellement, cohérent et structuré par le christianisme. Cette revue apparaît désormais non seulement comme une simple lubie de vieux professeurs d’université mais comme un véritable lieu de construction d’une contre-histoire de l’Occident.

On ne peut que souscrire à la conclusion:

Les multiples réactions face à ce livre montrent bien que le but de cet ouvrage n’est pas d’emporter la conviction mais de susciter la réaction, de faire naître un débat là où il n’y a pourtant aucune nécessité intellectuelle. Il s’agit de créer des camps, des fractures, de forcer à de nouvelles oppositions sur des questions culturelles et intellectuelles. Des livres comme celui-ci laissent traîner des idées, créent de vaines polémiques pour faire exister des discours dans l’espace public où même invalidés ils gardent une efficience.


mercredi 10 septembre 2008

Avis à la populasse de Bellevill'Montant



Savez-vous qu'il y a une alternative à la fête de l'Huma...


AVIS A LA POPULASSE
*****************
DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 1908 - 14H
*****************************
5 ième CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES

DEROULEMENT ET PARCOURS OFFICIEUX DU CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES:

La participation au critérium sauvage des Cascades est ouverte à tous les gonzes et gonzesses sans discrimination de quartiers d'origine (banlieue, province, et étranger compris). Les inscriptions se feront de 14h à 14h30 juste avant le départ au bistroquet dit « LA FONTAINE D'HENRI IV » sis au 42 bis rue des Cascades à Ménilmontant. Le critérium se fait en 10 tours du parcours suivant (hors trichailleries de bon aloi): départ vers 14h30 rue des Cascades, devant l'trocson - descente rue des Savies - remontée rue d'la Mare - descente rue des Couronnes - descente rue Henri Chevreau - remontée rue d'la Mare (en entière c'coup ci!) - sprint de fin de tour par la rue des Cascades, et on r'commence... Jusqu'à la fin, mais on a le droit d'abandonner.

***************************

REGLEMENT NON OFFICIEL DU CRITERIUM SAUVAGE DES CASCADES:

Le matériel vélocipédique devra être composé d'au moins une roue mue par la force mécanique, intellectuelle ou pataphysique des concurrent-es. Engins à 3 roues ou plus ainsi que les variantes manufacturées (tandems par exemple) ou bricolées (caisses à savon et autres machines infernales) sont bien sûr autorisées (pas de rollers bien sûr). Le dopage est laissé à l'appréciation de chaque participant-e... La 3ème mi-temps aura lieu dès la fin de la course. Il faut tout de même effectuer au moins un tour du quartier pour accéder au tableau de classement de l'héroïsme local. Il n'y a aucune récompense ni gain à espérer, la casquette NUMBER ONE étant remise en jeu chaque année. Les résultats de l'an dernier seront -enfin! - affichés en ce jour par le sous secrétariat à l'antisport de la Commune de Bellevill'Montant. On peut consulter les photos des années précédentes sur:

http://www.zananas-martinique.com/criterium/ (1905, 1906 et 1907)
Et sur le blog du délégué Garibaldien: http://dpaone.free.fr/Criteriumsauvage/ (1907)

*************************************************
ANIMATION MUSICALE PAR L'ORCHESTRE MELODICA DE LA PLACE DES FETES
****************************************************************
CETTE MANIFESTATION POPULAIRE ET SPONTANEE N'EST PAS SPONSORISEE PAR JCDECAUX
**************************************************


mardi 9 septembre 2008

Relance du tourisme à Levallois

Depuis que je prépare avec soin mon accession aux délices du troisième âge, j'entretiens des correspondances très nourries avec les offices du tourisme et syndicats d'initiative des petites et moyennes villes de notre beau pays.

Et j'y constate une certaine morosité...

Un tarissement de la créativité communicationnelle, en quelque sorte.

Certes, depuis quelques années, je perçois un renouveau avec l'utilisation du thème, fort riche et séduisant, du développement durable: je ne compte plus les dépliants en deux couleurs où l'encre végétale a imprégné durablement un maigre papier recyclé, déjà biodégradé et utilisable dans des toilettes sèches...

Mais cela reste un peu tristounet.

Je compte beaucoup sur le nouveau thème de la sécurité qui me semble se mettre en place dans nos villes.


Une initiative très prometteuse avait été faite, il y a plus d'une dizaine d'années, par je ne sais quelle agence de voyage, de faire visiter Paris en passant par les plus remarquables caméras de surveillance installées à proximité des hauts lieux de notre belle capitale. Je n'ai pas retrouvé de traces de cette balade guidée...

Avec quelques aménagements, il me semble qu'il y aurait là un créneau. Il faudrait, bien sûr, repeindre la tôlerie des caméras d'une laque pimpante, prévoir une visite d'un centre de contrôle (fictif, évidemment) et engager deux ou trois figurants pour simuler une agression réprimée sous l'œil de la caméra...

C'est quand même plus tentant que les friches industrielles reconverties en conservatoires des arts et traditions durables...



Dans le domaine du tourisme sécuritaire, les villes qui se déclarent très intéressées par la possibilité d'équiper leurs policiers municipaux de "pistolets à impulsion électrique X26" (PIE) de marque Taser, prennent une avance considérable.

Car le Taser X26, objet de fantasme s'il en est, peut ajouter à tout cela une pointe de piment inappréciable.

Prenons le cas de la belle ville de Levallois-Perret, haut lieu touristique fort négligé par les tour operators, malgré les efforts de séduction de son équipe municipale dirigée par monsieur Patrick Balkany.

On savait que monsieur Balkany avait jadis (ou naguère ?) eu quelque attirance pour le jeu des armes à feu, et on se réjouit de le voir se convertir au Taser. Ecoutez-le:

"Le Taser est l'arme idéale, car elle ne blesse pas, elle paralyse l'individu visé quelques minutes, déclare-t-il au point.fr. Elle permet notamment d'intervenir dans les conflits familiaux où un homme sous l'emprise de l'alcool menace sa femme et les policiers avec une arme blanche, comme un couteau. Le Taser sauve des vies."

On aura reconnu le slogan de la marque... que j'ai déjà utilisé comme titre d'un billet.

Mais poursuivons notre copicollage de LePoint.fr.

À ceux qui dénoncent les dangers potentiels du pistolet à impulsion électrique, Patrick Balkany répond que les équipes de nuit et d'intervention qui en seront équipées sur sa commune "seront formées (dans un premier temps) par la société Taser elle-même, à savoir s'en servir, mais aussi à ne pas s'en servir." Le Taser possède une vidéo qui permettra l'utilisation conforme de l'arme, fait-il valoir au point.fr. Sa couleur jaune et la lampe laser qu'il produit ont à elles seules un effet terriblement dissuasif."

Olivier Besancenot, l'une des figures de l'opposition au pistolet à impulsion électrique en France, avait pourtant dénoncé la mort suspecte de plusieurs personnes aux États-Unis. Réponse cinglante de Patrick Balkany : "Je crois qu'Olivier Besancenot a été attaqué par la société Taser pour divulgations de fausses nouvelles." Selon lui, "le seul danger du pistolet électrique est que l'individu visé se blesse en tombant".

Réponse d'orfèvre que cette "réponse cinglante"...

Pour les touristes, il est clair qu'il faudra mettre en avant ce contraste fascinant de la couleur jaune sur un fond bleu-flic.

Et pourquoi ne pas proposer une petit essai à l'un des membres du groupe. Cela pourrait être assez spectaculaire:


Une vidéo montrant les derniers instants de Robert Dziekanski, un Polonais de 40 ans, mort après avoir reçu deux décharges électriques à l`aéroport de Vancouver, le mois dernier, a été rendue publique le 14 novembre dernier. Ce film, tourné par Paul Pritchard un résident de Victoria, a été donné aux médias par l'avocat de la mère de la victime pour que le public voit la brutalité de l'intervention.

NB: Cette vidéo est en ligne sur le site du Nouvel Obs, accompagnée de l'avertissement que j'ai reproduit.

L'article qu'elle illustre fait état de la réaction du Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme, qui saisit le Conseil d'Etat:

Devant la décision du Ministère de l’Intérieur d’équiper les policiers nationaux et municipaux de pistolets à électrochocs de type Taser X26, RAIDH saisit le Conseil d’Etat en annulation des décrets d’autorisation.

Face à la surdité politique dont le Ministère de l’Intérieur a témoigné, la voie juridique nous a semblé être la seule option désormais envisageable pour rendre les droits de l’Homme effectifs en France.

Vous trouverez en document joint la saisine du Conseil d’Etat visant l’abrogation de l’article 114-5 de l’arrêté du 6 juin 2006 autorisant le recours et la dotation en pistolets à impulsion électrique de la police nationale.

Une autre saisine demandant l’abrogation du décret autorisant l’équipement des policiers municipaux est en cours de rédaction.

(Communiqué du RAIDH)