samedi 1 mai 2010

Histoire de prototypes

A chaque premier mai que Dieu fait - de mauvaise grâce et sous la pression d'un mouvement revendicatif de grande ampleur -, mon beau-frère ne peut s'empêcher de souligner, d'un air entendu, la contradiction flagrante que constitue à ses yeux le fait de célébrer la fête du Travail en ne travaillant pas et en baguenaudant derrière des drapeaux sur les grands boulevards.

Il est comme ça, mon beau-frère.

Comme prototype du beauf, c'est une réussite absolue.

En pièce unique, bien sûr, à cause de son excessive perfection: le lancer en nombre sur le marché en aurait entraîné l'inéluctable effondrement.

Simulation de l'évolution du marché de la connerie
après l'apparition d'une série de clones de mon beau-frère.

Il faut lui accorder, parmi les nombreuses qualités, une très grande maîtrise de la notion assez fine de "prototype", qui, on le sait, se situe très exactement entre paradigme et fantasme, telle qu'introduite dans la pensée politique du vivre-ensemble par monsieur Brice Hortefeux, lors d'une université d'été de son parti à Seignosse, dans les Landes.

L'été dernier, au cours d'un interminable repas de famille auquel je n'avais pu échapper, j'ai eu l'occasion de l'entendre brosser, par petites touches allusives, le portrait de ceux qu'il appelle "les Zarabes". Je me permets d'introduire une graphie particulière, car l'extension du concept ainsi désigné par mon beau-frère me semble dépasser largement l'acception commune.

C'était au mois d'août, le "mois où moi j'doute"; mais pas lui.

Et il avait parfaitement raison de ne pas douter: le portrait qu'il nous faisait était très précisément celui que l'on nous fait, depuis une bonne semaine, de "cet étrange M. Hebbadj", pour reprendre l'expression très neutre du très digne Figaro.

Je ne puis que m'incliner devant la clairvoyance prémonitoire de mon beau-frère, car tout y était, ou presque: il n'avait oublié que la très émouvante histoire des enfants enfermés dans une chambre pour y apprendre le Coran, et de ce fait empêchés de faire un gros bisou au grand-papa. Mais cela ne m'étonne pas de lui; mon beauf est un grand pudique et n'aime pas trop jouer sur la corde de l'émotion.

Il va sans dire que si je m'incline devant lui, je suis littéralement à plat-ventre devant monsieur Hortefeux qui est, avec ses services, le véritable inventeur de ce personnage. Car si mon beau-frère l'a rêvé, et même un peu cauchemardé, monsieur Hortefeux l'a trouvé.

Il fallait le faire !

Mais au final, quelle pure merveille que cette insensible dérivation du niqab à la polygamie, en passant par la fraude aux allocs, avec en arrière-fond la notion de nationalité française.

Du grand art, assurément.

Et en plus, le prototype tiendrait une boucherie halal...

Un boucher découpe de la viande à Nancy.*
(Lemaire/Zeppelin/Sipa.)



* Cette photo a été utilisée par 20minutes.fr pour illustrer un article sur le tract syndical dénonçant la consommation de viande halal imposée à une compagnie de CRS.

Or, j'ai bien l'impression que ce boucher découpe des côtelettes de porc. Ce n'est évidemment pas du bœuf ou du mouton, mais je ne retrouve ni la couleur, ni la texture de la viande de veau...

PS du 2 mai, et correctif:

J'ai reçu du photographe Kévin Lemaire, auteur de cette photographie, un courriel apportant les précisions suivantes:

Bonjour,
Je me permets de vous reprendre concernant la photo d'une boucherie halal. En effet, me prénommant Kévin Lemaire, je suis l'auteur de cette image. Et je vous confirme que cette photo à été prise dans une boucherie Halal du quartier Saint Nicolas de Nancy et ce à la date indiquée dans la légende. Les couleurs sont altérées par la lumière ambiante qui était très rouge, donc ceci est normal que vous ne retrouviez pas les couleurs d'origines du sujet. Ne pouvant vous assurez de la provenance de la viande, je peux en tout cas vous assurez connaissant ces bouchers qu'ils ne travaillent aucunement de la viande de porc, et qu'ils respectent scrupuleusement les prérogatives de la viande Halal.

Kévin Lemaire
Photojournaliste
ZEPPELIN

Mes doutes n'étaient pas fondés, et je poserai dès demain ma démission du poste d'expert que j'occupe à la boucherie Sanzot.

6 commentaires:

Marianne a dit…

Ah la famille , plus les rajoutures comme s'exprimait une de mes amies . On ne peut choisir que la fréquence des rencontres et encore . Bravo pour cette identification d'une "photo cochonne "

Guy M. a dit…

A vrai dire, je me suis bel et bien "planté" sur cette identification: le photographe m'a envoyé le démenti posté en PS...

Dorémi a dit…

Je trouve ce billet-là plutôt pas mal balancé :
http://cestlagene.com/2010/04/27/petite-explication-entre-quatre-yeux/

Guy M. a dit…

Mais pour balancer ça, faut être L'Arabe...

pièce détachée a dit…

Au nom de la Sainte Estampille du Grand Moufti, je confirme que le cuissot de mouton jouit de toutes les «prérogatives » attachées à son état et fonction de «viande Halal», et prie Monsieur Guy de bien vouloir remercier de ma part Kévin, dont le maniement aérien des concepts et des majuscules fait honneur à la Patrie de la plus belle langue du monde. ;-)

Guy M. a dit…

C'est fait.

(Mais je crois que c'est du veau, et pas un cuissot/eau...)