lundi 8 septembre 2008

Cauchemar en plein jour

"La vie est pleine de choses redoutables", aimait à dire, je crois, Jean Pauhlan, avec lequel je ne me sens, par ailleurs, aucune affinité...

L'une des choses les plus redoutables qui puisse vous arriver, pour l'instant, c'est de vous réveiller, dans un état proche du dépassement non autorisé de coma, et d'entendre dans le poste monsieur Hortefeux dialoguer avec monsieur Demorand, l'indépendance faite homme...

Déjà... ça fait peur...

Ma générosité naturelle me pousse à vous faire partager mon cauchemar en plein jour.

Avec l'image en plus... comme ça vous pourrez voir que monsieur Hortefeux s'est équipé d'une paire de lunette qui lui va très mal (enfin, je trouve...) mais qui lui permet d'occuper ses mains.




Dans la suite de l'émission, monsieur Hortefeux s'est prêté avec sa grâce coutumière au jeu des questions des auditeurs d'Inter-Activ' (que vous pouvez réécouter ici).

A environ 6 minutes et 45 secondes du début de la séquence, vous serez peut-être surpris d'entendre une auditrice poser directement une question sur l'infamie (c'est mon avis) commise par les services préfectoraux inféodés (c'est mon avis) à monsieur Hortefeux.

Il s'agit de l'expulsion de Taoufik El Madroussi, élève en classe terminale au lycée professionnel Louis-Girard à Malakoff, qui a été "reconduit à la frontière" le 26 août dernier.

Sur le cas de ce lycéen, on peut consulter les billets suivants du blog A l'école des sans-papiers:

Double peine pour Taoufik.

Taoufik n'est pas parti.

Taoufik expulsé en catimini.

Taoufik disparu, Taoufik retrouvé… expulsé.

Et si vous trouvez ce choix de liens trop partial, consultez le Figaro.fr.

La réplique faite par monsieur Hortefeux (jusqu'à la neuvième minute de la séquence), sur le ton fatigué de celui qui répète la même chose pour la centième fois (c'est vrai, d'ailleurs, ce monsieur dit toujours la même chose... mais si ça le fatigue, il peut changer de métier...) ne donne absolument aucune réponse à la question très précise qui lui a été posée.

Peut pas tout savoir, direz-vous.

Monsieur Hortefeux avait été interpelé sur ce point par un courrier commun de la LDH et de RESF, que vous pourrez consulter ici.

Quand on est ministre, on peut lire son courrier. Ce sont des choses qui se font, monsieur Hortefeux.

Je m'attendais à une réaction de l'animateur Demorand, un peu fâché que son invité élude, en nouant de si grosses ficelles, une question sélectionnée par la rédaction du 7-10...

Mais non, vous pourrez l'entendre passer sans broncher à la question suivante...

Monsieur Hortefeux est-il si redoutable pour vous, monsieur Nicolas "l'indépendance" Demorand ?


dimanche 7 septembre 2008

Rencontre improbable au cabaret sauvage

Puisque rien ne vous échappe, vous aurez remarqué que le supplément culture de ce ouiquende est placé sous un titre « façon Télérama », le magazine incontournable de la société du spectacle.

Si vous avez fréquenté de vos amis enseignants, redevenus fréquentables pour cause de vacances, vous avez pu consulter chez eux les numéros estivaux du célèbre hebdomadaire et vous avez pu ironiquement constater que parmi les « séries de l'été », Télérama s'attachait à brocarder les tics du langage contemporain, tel l'emploi d'expressions comme « rencontre improbable au milieu de nulle part ». On n'est jamais mieux servi que par soi-même...

Le cabaret sauvage est, anéfé, un lieu improbable, forcément improbable, situé au milieu du parc de la Villette, donc, anéfé, nulle part. Le 12 septembre, au lieu de vous amuser des blagues désopilantes et rebattues de Benoit XVI, qui fera un show je ne sais où, vous seriez fort bien inspirés de vous y rendre pour assister au concert que donneront The Ex (groupe punk néerlandais) et Getatchew Mekurya (saxophoniste ténor éthiopien).

C'est beau, et improbable, comme la rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table à dissection... C'est dire!

Getatchew Mekurya est né en 1928, selon le calendrier éthiopien, qui n'est pas le calendrier grégorien (et bien sûr, j'ignore absolument les correspondances entre les deux...). Cela lui fait donc, en gros, un âge où l'envie de courir les salles de concert avec des arnarcho-punks braillards devrait l'avoir quitté...

En 1955 Getatchew Mekurya est devenu titulaire dans l'orchestre de la police à Addis-Abéba, et il y est resté jusqu'à sa retraite. Il a alors été engagé par l'hôtel Sheraton d'Addis pour animer les soirées des rares touristes et correspondants de presse.

Les rééditions des enregistrements des années glorieuses de la musique éthiopienne dans l'excellente série des Ethiopiques par Francis Falceto devait apporter à Getatchew Mekurya un début de notoriété. La rencontre avec The Ex devrait l'amplifier...

Voici quelques vidéos du concert donné le 20 août dernier par The Ex et Gegatchew Mekurya. La totalité du concert a été postée sur Youtube.






Getatchew Mekurya a mis au point, au début des années 1950, son style shellele
en adaptant au saxophone les invectives échangées par les guerriers avant le combat (voir la deuxième et la troisième vidéo).

Je ne sais pas à quoi ressemblent ces invectives, peut-être ont-elles le mauvais goût de mettre en cause la moralité des ascendants des adversaires, peut-être ont-elles la panache poétique de la

RÉPONSE DES COSAQUES ZAPOROGUES
AU SULTAN DE CONSTANTINOPLE

Plus criminel que Barrabas
Cornu comme les mauvais anges
Quel Belzébuth es-tu là-bas
Nourri d'immondice et de fange
Nous n'irons pas à tes sabbats

Poisson pourri de Salonique
Long collier des sommeils affreux
D'yeux arrachés à coup de pique
Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Bourreau de Podolie Amant
Des plaies des ulcères des croûtes
Groin de cochon cul de jument
Tes richesses garde-les toutes
Pour payer tes médicaments

Guillaume Apollinaire, La Chanson du Mal aimé, Alcools.

vendredi 5 septembre 2008

Pensées exotiques




Depuis quelques jours, une question me hante: comment ça pense un pitbull avec du rouge à lèvre ?

Quelques éléments de réponses peuvent être trouvés ici ou (merci à Gilles pour ce dernier lien).


Les fermes convictions de madame Sarah Palin, qui tendent à se répandre dans notre triste monde, concernant le respect dû à la VIE, surtout la plus embryonnaire possible, m'ont rappelé une archive que j'avais précieusement conservée. Et que je vous livre pour votre édification...

Au départ, cette curiosité médicale tératologique, publiée en brève dans notre Figaro.fr.

Un fœtus de 9 ans retiré sur une fillette

Des médecins grecs de l'hôpital de Larissa (centre) ont retiré du corps d'une fillette de neuf ans un fœtus qu'elle portait dans le ventre depuis sa naissance, un phénomène rare de "fœtus parasite", a-t-on appris aujourd'hui de sources hospitalières.

Selon les médecins, l'enfant, qui n'a eu aucune complication médicale après cette opération, portait un fœtus de 6 cm sur lequel "on distinguait des cheveux et des yeux".

Connue aussi sous le nom de "fœtus in fœtu", cette anomalie de grossesse gémellaire est parfois décelée avant la naissance par échographie. Mais elle passe parfois inaperçue et l'enfant grandit avec le fœtus parasite de son jumeau. Une fois découvert, une intervention chirurgicale est nécessaire pour le retirer.

Source : AFP

Quand la poésie s'empare d'un thème analogue,

cela donne un beau roman de Per Olov Enquist.

Voici maintenant les réflexions que l'on peut trouver sur le "portail de réinformation" E-DEO, suivies d'un commentaire sur ces réflexions.


Posté le 18 mai 2008 by Didyme

Des médecins grecs ont retiré à une fillette de 9 ans un foetus de 9 ans. Il s’agit d’un “foetus in foetu“, c’est-à-dire d’un foetus qui s’est développé alors que la fillette était encore au stade de foetus. C’est une anomalie de développement. Ce foetus supplémentaire peut se développer en dehors de l’abdomen, dans la vessie, dans le crâne, sur un testicule (il peut se développer chez l’homme). Il peut atteindre 2 kilos. En l’occurence, le bébé retiré avait des yeux et des cheveux. Il peut y en avoir plusieurs, parfois les uns dans les autres.

Pendant longtemps, les médecins n’ont pas su ce que c’était. Ils croyaient plutôt à un kyste ou à une sorte de tumeur. Mais ces foeti ne sont pas viables. Il leur manque des membres, et arrêtent souvent leur développement.

Ceci constaté, le cas moral est intéressant. S’il n’est pas viable, a-t-il une âme humaine ? Est-ce qu’il est plus proche de la tumeur que du foetus humain ? Doit-on considérer l’acte chirurgical comme un avortement ou plutôt comme une sorte d’ablation ? Les foeticides utilisés pour les avortements peuvent-ils être utilisés contre le foetus in foetu ?Pour ma part, le foetus in foetu est incontestablement de nature humaine. Il provient de gènes humains, et connaît le développement que peut connaître un foetus normal. Par conséquent, au même titre que le foetus normal, il a une âme humaine. Le retirer est donc un avortement, mais un avortement légitime, puisqu’il est comme un corps mort dans un corps sain. Le problème vient avec les questions religieuses dans le genre : comment fait-on pour le baptiser ? Généralement, pour le baptême, il suffit que les parents aient la volonté de le faire, et le fasse effectivement sur le cadavre après la naissance (il me semble!). Mais qui sont les parents ? Est-ce le premier foetus, ou les parents du premiers foetus ? Et d’ailleurs, doit-on parler d’hôte ou de parent pour le premier foetus?

Ce sont finalement des questions factices pour dire qu’il s’agit bien d’un avortement nécessaire et légitime à mon goût…

Un cas moral qui malheureusement accrédite l’idée que le foetus est comme un membre mort, un parasite humain dont il faut se débarasser… De quoi satisfaire la nouvelle inquisition du Planning Familial.

Je ne résiste pas au plaisir de vous donner aussi le commentaire de Virginie:

Virginie |Tout être vivant a une âme, ceci n’a rien à voir avec la viabilité de l’enfant.

Avorter, c’est tuer l’enfant à naître. Celui-ci (fœtus in fœtu) n’était plus appelé à naître, car d’une part il ne se développait plus et ne se trouvait pas dans les circonstances normales d’une grossesse. Preuve s’il le faut qu’il restât plusieurs années à cet emplacement et qu’il avait cessé tout développement.

Par ailleurs, ses parents sont ceux de la fillette puisqu’il s’agit d’une grossesse gémellaire et que seuls ses deux parents pouvaient l’avoir conçu. De manière naturelle, sa sœur jumelle ne pouvait concevoir.

Je pense que votre problème est mal posé. Il faut à mon avis l’entendre de cette manière.

Postulat de vérité et non négociable : le fœtus in fœtu est vivant et a une âme. Sa vie est sacrée comme toute autre et doit être regardée avec le plus grand respect. Donc toute mort sciemment donnée à cet enfant est condamnable.

Questions : A quelles conditions a t-on moralement le droit de le retirer du corps de sa sœur? Faut-il attendre que celle-ci soit en danger de mort?

S’il faut le retirer du corps de sa sœur, alors on doit tenter de garder le fœtus in fœtu en vie, ce qui donne dans l’état actuel de la médecine 0% de chance de réussite.

Tout l’aspect moral de cette situation réside donc dans l’intention : Dans quelle intention faut-il retirer cet enfant du corps de sa sœur? Est-ce que tout ce qui est actuellement possible est tenté pour préserver sa vie?

Moralement, la cause est sauve si je retire cet enfant pour préserver la vie de la sœur et que je mets tous mes moyens possibles en œuvre pour préserver la sienne. Dans le cas présent, je ne peux sauver le fœtus in fœtu mais je ne fais qu’accepter le fait que je n’ai pas les moyens humains de sauver le fœtus in fœtu.

La décision ne serait pas moralement recevable si je me résolvais à donner intentionnellement la mort.

C’est pourquoi on ne peut moralement parler “d’avortement nécessaire et légitime”. Dans ce cas, on peut parler d’accepter une mort inéluctable. Mais jamais la mort intentionnellement donnée à un innocent - par avortement, par exemple - ne peut être jugée “nécessaire et légitime”. N’offrez pas cette aubaine aux tenants de l’anti-culture de mort!

15 mai, 16:39 —

D'autres réactions, qui finissent par s'organiser en un savant débat, pourront être consultées sur le site...

Il m'arrive d'avoir des doutes sur les vertus du dialogue.


PS: Puisque j'ai mis une musique du groupe formé par Louis Sclavis (anches diverses), Henri Texier (contrebasse) et Aldo Romano (batterie), autant vous signaler que le festival de jazz de la Villette propose dimanche "L'oeil de l'éléphant" de leur compagnon Guy Le Querrec (appareil photographique). Guy Le Querrec sera accompagné par Louis Sclavis (toujours anches diverses), Michel Portal (idem, plus bandonéon), Henti Texier (contrebasse) et Jean-Pierre Drouet (percussions variées). Entre ceux-là, le dialogue est plus que possible!



jeudi 4 septembre 2008

Jazz à la Villette

Le service de communication du festival de jazz de la Villette, qui se tient du 2 au 14 septembre a fait un très gros effort de créativité promotionnelle en proclamant:

JAZZ IS NOT DEAD


Dans le genre "nouveau et intéressant", on peut faire mieux.

Pour soutenir cette sidérante affirmation, le festival de jazz de la Villette s'ouvre cette année à la danse.

Sur la danse, je ne dirai rien: ce n'est pas parce que je digère pas les pastèques et les concombres, que je puis me permettre d'en dire du mal...

J'insisterai seulement sur un autre poncif traditionnellement énoncé sur le jazz: son pouvoir de dépasser les frontières qu'on pensait pouvoir lui fixer. D'où ces nombreux mélanges des genres auxquels je vais me faire un plaisir d'assister, et dont je vous reparlerai peut-être.

Pour commencer, ce soir, le concert donné par Charles Lloyd, qui joue très bien du saxophone, Zakir Hussain, qui joue très bien des tablas, et Eric Harland, qui joue très bien de la batterie.

Voici, en deux parties, une vidéo publicitaire, uniquement pour vous donner une petite idée, ou des regrets, vous avez le choix.






mercredi 3 septembre 2008

Rentrée carcérale pour Rachida Dati



Madame Rachida Dati doit en avoir un peu marre de prendre la route de Fleury-Mérogis.

Vue aérienne de la maison d'arrêt.

Mardi après midi, elle s'est rendue au centre des jeunes détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis pour la rentrée scolaire.

Mais sur le sort des gamins en taule, il faudra repasser, car, par exemple du côté de l'AFP, cela donne ceci:

FLEURY-MEROGIS (Essonne)(AFP) (AFP) — La ministre de la Justice Rachida Dati a refusé mardi, lors d'une visite à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), de répondre aux questions sur son éventuelle grossesse, objet depuis quelques jours de rumeurs relayées par de nombreux médias.

Interrogée par des journalistes sur le fait de savoir si elle attendait un "heureux événement", la ministre a répondu: "ce n'est ni le lieu ni l'endroit, ma vie personnelle est ma vie personnelle".

"Moi, j'ai un engagement en tant que garde des Sceaux, c'est de lutter contre la délinquance", a ajouté Mme Dati, 42 ans, célibataire.

- "Mais ce serait une bonne nouvelle?", a relancé une journaliste.

"La bonne nouvelle c'est que nous favorisons la réinsertion des personnes détenues pour lutter contre la récidive", a rétorqué la ministre, éludant une nouvelle fois la question.

Les rumeurs sur une éventuelle grossesse ont été relayées par de nombreux médias après que la garde des Sceaux fut sortie du Conseil des ministres de rentrée le 28 août en affichant un ventre plus rond que d'habitude.

Rachida Dati s'entretient avec un détenu mineur,
le 02 septembre 2006,
lors d'une visite à la prison de Fleury-Mérogis.


Tout cela est bien intéressant...

La veille au soir, donc lundi (pour les handicapés du calendrier), madame Dati a fait une visite à Fleury, vers les 22 heures, pour féliciter les membres du GIGN (Groupement d'intervention de la gendarmerie nationale) de leur action face au détenu qui avait, le matin même, pris en otage un psychologue.

Ce détenu, que l'on nous a présenté en toute objectivité comme purgeant une peine de quinze ans de prison pour viol avec arme, "très menaçant et très déterminé", présentant un "profil psychologique dur", "connu pour être violent", ayant déjà commis "des actes de violence en détention", n'avait pas grand chose à faire dans une maison d'arrêt, qui, nous rappelle LeMonde.fr, "doit (...), en théorie, ne recevoir que les prévenus – détenus en attente de jugement – ainsi que les condamnés dont le reliquat de peine n'excède pas un an lors de leur condamnation définitive."

Le preneur d'otage, en possession d'une arme tranchante bricolée en cellule, a bénéficié, de la part des membres du GIGN d'un "tir de neutralisation" dans le bras, a-t-on d'abord affirmé, dans l'épaule droite, a-t-on ensuite confirmé.

Quel est l'état de santé d'un homme qui vient de bénéficier d'un tir de neutralisation du GIGN ?

Dans les médias, ça ment et ça dément: blessé grièvement ou légèrement, on sait que le détenu a été évacué et opéré.

Il faut attendre le mardi après-midi pour que le rédacteur de l'AFP ponde un second communiqué reprenant les déclarations de la Garde des Sceaux à Fleury-Mérogis.

FLEURY-MÉROGIS (AFP) — L'état de santé du détenu de 31 ans qui avait pris en otage lundi un psychologue à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), et qui a été grièvement blessé par un tir du GIGN, s'est "dégradé", a annoncé mardi la garde des Sceaux Rachida Dati.

"Actuellement, il est au bloc opératoire", a déclaré la ministre à la presse, en marge d'une visite au centre des jeunes détenus de la prison de Fleury-Mérogis pour la rentrée scolaire.

"Son état s'est dégradé depuis hier", a-t-elle ajouté, en indiquant qu'elle ne ferait pas davantage de commentaire.

C'est beaucoup moins intéressant que l'éventuelle future grossesse de Rachida Dati.

Qui se trouve confirmée par l'heureuse future mère célibataire.

PS: A part le ventre de Rachida, on pouvait voir ceci, à Fleury-Mérogis:

Les joies simples en maison d'arrêt:
Un détenu agite, le 02 septembre 2008,
un drap enflammé à la fenêtre de sa cellule de la prison de Fleury-Mérogis,
pendant la visite de Rachida Dati.
Photo AFP.

A ce sujet, on peut lire un reportage ici.

mardi 2 septembre 2008

Rasage sans angoisse


Découvrez Charles Lloyd


« Le libéralisme n'est pas une construction intellectuelle comme le marxisme : le monde a été créé ainsi. [...] C'est le meilleur système. La guerre économique fait moins de victimes que les guerres militaires ou religieuses. Le libéralisme est inscrit dans la nature humaine, parfois violente et injuste. » Jean-Marc Sylvestre. Entretien à VSD, 20/01/2005


Longtemps, je me suis rasé de bonne heure...

Anéfé, excepté ma célèbre barbiche, souvent copiée jamais égalée, je déteste présenter aux lèvres de mes contemporaines des joues rêches et rugueuses... Je dois dire que peu de mes contemporaines ont le bonheur de pouvoir déposer un chaste baiser sur ma célèbre barbiche.

Longtemps, ma séance de rasage coïncida avec la chronique économique de Jean-Marc Sylvestre sur France Inter.

A la seconde près!

J'ai tout tenté: me brosser les dents avant de me raser, me doucher après m'être rasé, prendre une tasse supplémentaire de café avant d'occuper la salle de bain... Rien n'y fit.

Bien sûr, les chroniques du sylvestre et bucolique Jean-Marc eurent pour néfastes conséquences de multiples coupures, qui ont trop souvent mis en danger mon asthénique pouvoir de séduction.

On aura compris que j'utilise un rasoir tout à fait mécanique, de ce modèle très astucieux formé d'une lame qui tire le poil et d'une autre qui le tranche avant qu'il ne se rétracte. L'horripilation provoquée par la voix de J.M. Sylvestre ayant pour conséquence que la première lame en arrivait à tirer le poil ET la peau, on imagine les désastres causés par la seconde lame.

Un Jean-Marc bien rasé.

Je peux maintenant empoigner mon rasoir sans angoisse: Jean-Marc Sylvestre n'assure plus sa délicieuse chronique sur les ondes de France Inter. Son immense talent va désormais s'exercer à travailler plus pour gagner plus, comme directeur adjoint de l'information de TF1 et de LCI, où il sera en charge de l'information économique et sociale.

Il est remplacé par Dominique Seux (journaliste aux Échos), que je n'ai pas encore entendu, et non par le délicat Bernard Maris (directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo et actionnaire de l'hebdomadaire à hauteur de 11%) comme je l'ai redouté un instant. Tonton Bernard Maris continuera à donner ses résumés de cours à 6h 50, dans le journal éco, avec Patricia Martin dans le rôle (de composition) de l'élève intelligente.

De Jean-Marc Sylvestre, j'aime évoquer son livre Une petite douleur à l'épaule gauche, chez Ramsay. Dont je copicolle cette

Présentation de l'éditeur

Eté 2002. Tout commence par une petite douleur à l'épaule gauche. Le lendemain Jean-Marc Sylvestre est hospitalisé. Atteint d'une infection d'origine nosocomiale, due à un staphylocoque à tête dorée, il doit en outre subir une opération à cœur ouvert. Trois mois de galère aux frontières de la mort. Quand ça arrive aux autres, on compatit. Quand ça vous arrive, on regarde la planète d'une façon différente. Jean-Marc Sylvestre fait le récit de cette épreuve, qui l'a changé profondément. Il a vécu l'hôpital de l'intérieur, il a découvert la compétence et le dévouement des personnels de santé - médecins, infirmières et aides-soignants.

" Du système de santé, dit-il, je ne connaissais que l'ampleur du déficit de l'assurance - maladie. Un gouffre... " Le journaliste économique, connu pour ses convictions libérales, qui n'a eu de cesse de critiquer les errements comptables de la Sécurité sociale, admet aujourd'hui que c'est elle qui lui a sauvé la vie. Des mois d'hospitalisation, de très lourds protocoles antibiotiques, des scanners, des IRM... Sans les assurances sociales françaises et la liberté qu'elles donnent aux médecins, Jean-Marc Sylvestre n'aurait pas pu s'offrir cette chance de survivre. Notre système de santé est exceptionnel de qualité, nous pouvons nous en réjouir. Est-il équitable et juste ? La question sera posée.

Haletante comme un thriller, l'aventure médicale et intime d'un homme qui, convaincu d'être perdu, remet en cause ses convictions les plus profondes. Mais aussi la révélation des dégâts croissants causés par les maladies nosocomiales et un plaidoyer lucide en faveur du système de santé français.

Trouvez l'erreur... ou l'hypocrisie...

Comme le disait Daniel Mermet dans son édito d'adieu à son confrère de chaine:

Pendant 22 ans, cet homme a murmuré à l’oreille des veaux. Un homme toujours prêt à lécher les maîtres du monde jusqu’entre les doigts de pied là où ça sent pas toujours très bon.


PS: Evidemment la musique du jour n'a rien à voir avec J.M.S....
C'était juste pour pouvoir dire que Charles Lloyd et Zakir Hussain, que l'on entend ici, donneront un concert à la Grande Halle de la Villette, ce jeudi, à 20h.

lundi 1 septembre 2008

Feuilleton par Delfeil de Ton



Le concert de jazz le plus extraordinaire auquel j'ai assisté eut lieu dans le dernier pavillon de Baltard à s'élever sur le site des Halles de Paris, que l'urbanistique gaullisto-pompidolienne s'employait à rayer des plans Taride, avec l'imagination qu'on lui connaissait et qui a fait les preuves que l'on connait.

Ce concert devait être littéralement "célébré" par l'Arkestra de Sun Ra, au lendemain des funérailles nationales du général de Gaulle. Une foule de deux ou trois milliers de personnes se présenta aux portes du concert, véritable antiphrase soixant-huitarde de la France en deuil de son général. Les autorités, mues par la crainte du désordre, ou le respect du glorieux décédé, ou le sens inné de la provocation, dépêchèrent sur place quelques escouades ou bataillons de policiers, de manière à limiter les entrées à 1200 auditeurs-spectateurs. Les cordons de CRS avaient pris le contrôle de la situation autour du pavillon Baltard, lorsque l'on vit Sun Ra, revêtu d'étoffes dorées et portant un ostensoir solaire, sortir du pavillon, rompre le cordon policier et venir chercher les spectateurs non encore dispersés.

Je n'ai, hélas, pas trouvé de photos de cet événement...


Le succès de ce concert était en grande partie dû aux articles de Delfeil de Ton, dans l'Hebdo Hara Kiri, qui venait tout juste d'être interdit.

Depuis qu'il détonne chaque semaine dans les pages du Nouvel Observateur, le magazine du prêt à penser de la gauche-un-peu-à-droite-de-l'extrême, je ne lis que très épisodiquement ses chroniques, généralement dans des salles d'attente, et donc avec retard.

Delfeil de Ton a quitté l'équipe du Charlie Hebdo historique (car il faut préciser) en 1975, sans trop donner d'explications, et c'était son droit. On a donc l'impression qu'il sort d'une réserve qu'il s'était imposée en s'intéressant de près aux affaires du soi-disant Charlie Hebdo (l'ersatz dirigé par Philippe Val). Cela donne un passionnant et instructif feuilleton de l'été, dont on peut retrouver les différents épisodes sur BiblioObs.

Le premier article est intitulé "Vive Siné !", est daté du 23/07/2008 et nous éclaire un peu sur la pensée du "petit monsieur Val":

«Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas.» La sentence de M. Philippe Val, penseur contemporain, figurait donc en couverture du numéro 1 du nouveau «Charlie-Hebdo». En 2004, lorsque parut un livre, «Les Années Charlie, 1969-2004», qui prétendait retracer l'histoire du journal, cette couverture y fut republiée sur une pleine grande page mais la sentence n'y figurait plus. Le court texte, dans lequel elle se trouvait, avait été supprimé. C'est ainsi qu'on fait l'histoire, au nouveau «Charlie-Hebdo».

Le 28/07/08, dans un entretien, DDT signale ceci:

(...) La réalité est la suivante: Siné, comme tout bon chansonnier ou chroniqueur humoristique, commente l'actualité. Et l'actualité, c'était que Patrick Gaubert, président de la Licra, se réjouissait, dans les pages de «Libération» du 23 juin, que «le fils de Nicolas Sarkozy, Jean», vienne «de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l'épouser». Siné ne dit rien de plus si ce n'est sa petite conclusion: «Il ira loin ce petit.» Or tout le monde pense que Jean Sarkozy, qui est, à 21 ans, président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine, ira loin. (...)

Le 30/07/2008, le savoureux "Théorème de Joffrin" nous livre la réaction de DDT aux propos éditoriaux du journaliste le plus bête de France:

«Mon cher Laurent, ton article est immonde qui affecte de croire que Siné n'a pas précisé le sens de son propos, qui était pourtant déjà très clair, voir les innombrables témoignages. Quant aux "bataillons cacochymes", ils comprennent la fine fleur de l'humour d'aujourd'hui. Dont le dessinateur de ton journal! »

En plein délire médiatique, DDT fait une mise au point (qui aurait dû être inutile en des temps plus éclairés...) sur la mise à contribution de feu Pierre Desproges:

«Gorgé de vin rouge et boursouflé d'idées reçues, qui présente à nos yeux blasés (...) la particularité singulière d'être le seul gauchiste d'extrême-droite de France (...) masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l'antisionisme propalestinien.»
Ces extraits en sont cités dans le «Rebond» d'un M. Marc Weitzmann, présenté comme journaliste, sur Libération.fr daté du 31 juillet. Je ne garantis pas l'exactitude des citations tronquées par M. Weitzmann.
Bon.
Figurez-vous, bonnes gens, qu'en ce temps-là, Desproges et Siné travaillaient dans le même journal. Lequel s'appelait «Charlie-Hebdo». Années 1970. Le vrai «Charlie-Hebdo». Pas le Charlie-Ersatz d'aujourd'hui.

Bref, les accusations portées par Desproges contre Siné et pieusement rapportées par des «philosophes», des «journalistes», c'était DE L'HUMOUR. Comme je vous le dis. C'était pas pour de vrai. C'était une blague entre copains.
Alors, s'il vous plaît, lâchez-nous avec Desproges. N'abusez pas de son cadavre. Il vous clouerait sur place, s'il pouvait revenir. Et je vous parie que ça le démange.

L'épisode le plus instructif est celui du 13/08/2008, intitulé "Cabu et Val, duettistes", que je vous conseille de lire en totalité pour bien connaître l'histoire de l'ersatz "Charlie Hebdo".

En 1992, Cabu et Val forment une société pour éditer un hebdo. Ils n'ont pas de titre. Je le sais d'autant mieux que pendant deux jours j'ai passé des heures au téléphone avec Val à en chercher un. A la veille de paraître, Wolinski dit: «Pourquoi pas Charlie-Hebdo?» (...)
(...)

Pendant ce temps, c'était la société fondée par Cabu et Val, pour un journal sans titre, qui gérait «Charlie-Hebdo». Il fallait donc régler ça. Cavanna souhaite partager sa propriété toute neuve. Un jour, Cavanna, Val et moi, on se retrouve chez Malka. Pour Cavanna et moi, il était notre avocat à tous. En fait, il était l'avocat de Cabu et Val. Nous lui demandons de préparer des statuts à la manière de ce que nous pensions être ceux du «Canard enchaîné»: les sept (dont Cabu) fondateurs encore vivants de «Hara-Kiri hebdo» (notre premier titre), puis de «Charlie-Hebdo», plus Val, seraient propriétaires temporaires à parts égales. Chaque part reviendrait à un collaborateur du journal choisi par les survivants après chaque décès. Cavanna, que «ça faisait chier» (et moi donc!) me confie le soin de suivre l'affaire.

Les semaines succèdent aux semaines et rien ne vient. Je fais irruption chez Malka. Je lui demande où il en est de ces statuts pour une société. Il me sort un brouillon de charte. J'ai compris qu'on se foutait de nous. Comme, déjà, l'autoritarisme de Val m'était insupportable, sa morgue, sa prétention, à quoi s'ajoutait l'ennui qui régnait dans la salle de rédaction, j'ai foutu le camp sans phrase, après cinq mois de collaboration, me contentant un dimanche de bouclage de ne pas envoyer mon article. Le mardi je recevais par la poste, sans un mot d'accompagnement, un «pour solde de tous comptes». C'était en mars 1993.

La suite, je ne la connais pas. Je constate que quinze ans plus tard, Cabu et Val se partagent, avec chacun 40% des parts, la société éditrice et une société immobilière, auxquelles sont seuls associés Bernard Maris et leur comptable. Je n'en ai jamais parlé avec Cavanna.

(Je dois dire que j'aime beaucoup-beaucoup le rôle de "l'autre économiste" de France Inter et du comptable !)

Enfin, dans son articulet du
27/08/2008, DDT nous révèle la couverture du numéro zéro du futur "Siné Hebdo".


PS: Bien que notre bien utile Deezer.com se soit enrichi notablement en jazz, ces derniers temps, il est toujours aussi peu documenté sur les plages proposées. En recourant à la discographie de Sun Ra (qui est aussi touffue que sa musique), j'ai trouvé pour le morceau ci-dessus:

Sun Ra-p; Akh Tal Ebah-tp; Marshall Allen-as, fl, ob; Danny Davis-as, fl; John Gilmore-ts, perc; prob. James Jacson-fl, bsn; Eloe Omoe-bcl, fl; Richard Williams-b; Luqman Ali (Edward Skinner)-d; Atakatune-cga. Live, possibly Philadelphia, 10/14/1977