dimanche 10 août 2008

Encart spécial dimanche

Il ne vous aura pas échappé que le billet d'hier était illustré de photographies d'un bien photogénique ensemble musical.

Et que ces photographies, dues à Flo Py, étaient en couleur (je précise pour le lecteur anonyme qui me regarde en gardant ses raibannes).

J'aurais bien aimé ajouter, en illustration sonore, le joyeux bordel charivarique produit par les membres de la fanfare Droit dans l'mur, qui se définit comme "fanfare punk à tendances circassiennes ", mais je n'avais rien trouvé sur le ouaibe.

Cependant délimochionne possède bien des ressources cachées qu'une recherche scientifiquement menée par un bibliothécaire virtuose des escaliers peut difficilement mettre en évidence...

Le hasard, et le hasard seul, d'une recherche d'images sur une charmante bourgade gersoise, connue (horresco referens) pour ses fêtes tauromachiques, me fit atteindre les vidéos postées par MilieVolt .

Je vous en propose trois.

Que voici, que voilà.

7 avril 2007, à la Miroiterie, Paris.




14 mai 2007, à Vic-Fezensac.




20 janvier 2007, à l'espace autogéré des Tanneries à Dijon.




A les entendre, malgré une prise de son peu avantageuse, j'imagine que les murs des centres de rétention administrative ne tiendraient pas longtemps devant leurs éminentes qualités poliorcétiques...

[Nota Bene pour les esprits mal tournés: C'est une sorte d'image, ça, monsieur Hortefeux, pas une suggestion, encore moins une incitation... ]



samedi 9 août 2008

P'tit bal sauvage à Bellevill'montant, 6 mai 2012

Ce billet est une pochade fictionnelle rédigée en réponse à Kamizole qui a eu l'étrange et amusante idée de m'inscrire dans une "chaine" bloguistique demandant réponse à cette question: "Où serez-vous le 6 mai 2012 ?"




Dimanche 6 mai 2012.

L'aube est un peu fraîche dans mon pigeonnier de Ménilmontant, mais le ciel là-bas, vers Charonne, est d'un bleu délavé bien printanier.

Comme il y cinq ans, jour pour jour, le petit bal sauvage de la commune libre de Bellevill'montant va déployer ses drapeaux noirs et rouges au pied de l'église de Ménilmontant.


Mais personne aujourd'hui ne tendra l'oreille aux rumeurs de résultats d'une élection présidentielle quelconque, c'est tout juste si quelques ruminants mémoriels dans mon genre vont évoquer entre eux l'ambiance plombée d'alors.

Les prochaines présidentielles auront lieu dans deux ans et demi.

Devant mon café, je remâche quelques souvenirs de la tragique comédie qui aboutit à ces élections de décembre 2009 où le petit Béarnais tenace descendit de son tracteur pour sauver la France du désastre.

La première perte de contrôle dramatique du président eut lieu pour le second anniversaire de son élection, en direct, sous l'œil fuligineux et le sourcil arcbouté d'une Arlette Chabot trop paniquée pour choisir entre le voussoiement et le tutoiement en voulant ramener au calme un Nicolas Sarkozy hors de ses gongs. L'image de sa blonde collègue ne pouvant contenir son fou rire, que le réalisateur ne put couper à temps, fit le tour du monde à la vitesse de l'internet…

L'opération de curetage des médias qui suivit fut finement, mais respectueusement, analysée par l'insubmersible Laurent Joffrin dans ses éditoriaux du Figaro, et par l'incontournable Bernard-Henri Lévy dans son bloc-note hébergé sur une pleine page de Charlie Hebdo (alors que Philippe Val, à la fois directeur de publication, rédacteur en chef et responsable de la machine à café, se contentait de remplir poussivement ses deux colonnes).

Seul le Contre-Libé, né sur les ruines du journal Libération en regroupant l'équipe du Contre-Journal et les rédactions régionales, osait dénoncer les dérives manifestes d'un pouvoir assez ivre pour croire les peuples impassibles.


Quelques semaines plus tard, l'hospitalisation du chef de l'Etat au Val de Grâce à la suite d'une rupture du tendon d'Achille dura plus longtemps que nécessaire. Les ironistes de tout poil prétendirent que l'accident était dû à l'effondrement d'une talonnette présidentielle en descendant l'escalier menant à la bibliothèque de l'Elysée. Les journalistes d'investigation et les commentateurs éclairés démentirent cette rumeur en rappelant que Nicolas Sarkozy n'avait jamais lu quoi que ce soit.

La réapparition publique de Nicolas Sarkozy étayé par deux cannes anglaises en fibre de carbone plaquées or, fut saluée par une spectaculaire remontée dans les sondages, alors que le train des réformes menées par un premier ministre de formule un mettait le pays au bord d'une grève générale toujours repoussée par des syndicats très satisfaits d'être parfois consultés.

Un spécialiste étasunien de paléoanatomie de la voûte plantaire, qui s'était rendu célèbre pour avoir reconstitué la démarche des premiers hominidés, analysa les premières vidéos accessibles sur YouTube et en conclut que le président ne pouvait pas avoir été opéré du tendon d'Achille.

Pendant ce temps, les tensions au sein de l'UMP atteignaient un point insoutenable et le PS cherchait toujours une raison de survivre...

Au cours de son intervention télévisée, enregistrée à l'Elysée et diffusée le 14 juillet, Nicolas Sarkozy apparut pâle et amaigri, les yeux éteints au fond d'orbites creusées et comme maquillées à la teinture d'iode.

Personne n'eut le loisir de commenter ses propos un peu pâteux: quinze jours plus tard, il avait disparu.

Son absence au dernier conseil des ministres fut "couverte" d'un communiqué laconique de Matignon expliquant le départ anticipé du président en vacances "pour raisons de santé". Mais il fut impossible de cacher longtemps la vérité: au terme d'une folle équipée autoroutière, Nicolas Sarkozy s'était retranché au fort de Brégançon et menaçait de se faire sauter avec la réserve de munitions.

Personne n'était en mesure d'évaluer l'état de ladite réserve: interrogé sur ce point, Jacques Chirac répondit qu'il pouvait donner un état descriptif très précis de la cave, mais qu'il ne s'était jamais intéressé aux munitions, n'étant pas consommateur... Valéry Giscard d'Estaing voulu donner des détails, mais aucun journaliste n'eut la patience d'attendre qu'il termine sa péroraison.

Les communiqués fermes et rassurants pleuvaient. La continuité de l'Etat était assurée. François Hollande demanda une réunion extraordinaire du Parlement. On laissa entendre que le forcené avait été depuis belle lurette dépossédé des codes de la force nucléaire française. François Hollande menaça de déposer une motion de censure.


Quand, après avoir passé une nuit entière à négocier avec son ami, Brice Hortefeux apparut, en bermuda et gilet pare-balles, tenant par la main un Nicolas Sarkozy échevelé, livide, noir de barbe, hirsute mais pas menaçant du tout (la camisole de force fut inutile), on tomba dans un imbroglio juridico-constitutionnel atterrant.

Jack Lang offrit ses services de spécialiste du Droit et de sauveur de la Patrie. Il fut aussi pitoyable que d'habitude.

Les élections confirmèrent la résistible progression de François Bayrou, le miraculé, qui l'emporta de deux voix, dont celle de Jack Lang.

Comme prévu, Jack Lang ne fut pas nommé premier ministre.





Avertissement:

"L'apparition (…) de personnages réels (…) ne signifie pas qu'ils ressemblent au portrait brossé dans cette nouvelle. L'auteur n'a pas le plaisir de les connaître personnellement et réserve par conséquent son jugement. Toutefois il les connaît en tant que héros de papier ou de l'écran, et il se contente de manipuler ce qui, par essence, n'est qu'une manipulation consentie par les manipulés."

Manuel Vázquez Montalbán, préface à Histoires de familles, 1987.
Traduction française par Alain Petre, Christian Bourgois Editeur, 1992.



PS1: Les photographies du petit bal sauvage, édition 2008, m'ont été aimablement prêtées par Flo Py.

On y reconnaitra la fanfare anarcho-punk Droit dans l'mur.

PS2: Puisque j'ai répondu à la question de Kamisole, je peux la repasser à quelque ami(e)s bloguesques, assavoir: Cochon Dingue, JR, Mademoiselle S., Flo Py et Françoise.

A vous de jouer.

vendredi 8 août 2008

De l'utilité d'un bouc émissaire


« Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov devront choisir. »

Maurice Druon, 1973

Cette déclaration de l'immortel Maurice Druon, qui était alors ministre des Affaires Culturelles et menaçait de supprimer les subventions aux directeurs de théâtre "subversifs", provoqua à l'époque une belle indignation et conduisit à l'organisation d'une manifestation grandiose pour marquer l'enterrement de la liberté d'expression.

Durant ce défilé, pas si silencieux que le dit Wikipédia puisque rythmé par des tambours marquant la cadence d'une marche funèbre, je me souviens avoir scandé au tuba les notes du troisième mouvement de la deuxième sonate, en si bémol mineur, op. 35, de Frédéric Chopin.

J'en garde comme des remords, qui me conduisent à vous le proposer, interprété par Jerome Rose:


Découvrez Jerome Rose


Moulage de la main gauche de Frédéric Chopin.

J'ai bien peur que la liberté d'exprimer et de manifester ses opinions ne soit encore plus menacée maintenant qu'à l'époque du sinistre Druon... mais que l'enterrement de la liberté d'expression, de nos jours, n'aurait lieu que dans une fort restreinte intimité...

Alors, dans l'intimité de ce blogue, je relaye ce constat fait par six associations reconnues par les pouvoirs publics.



Communiqué de presse commun
Cimade - Gisti - RESF - Anafé - Pastorale des Migrants - LDH


mercredi 6 août 2008

Incendies dans les CRA : le gouvernement cherche un bouc émissaire

« Suite à l’incendie partiel du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot samedi 2 août, le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, vient de déposer plainte contre le président de l’association SOS soutien aux sans papiers. En juin, après l’incendie du centre de Vincennes, c’est le Réseau éducation sans frontières qui était accusé.

Les associations signataires rappellent que la situation dans les centres de rétention administrative se dégrade depuis plusieurs années et en particulier depuis l’instauration des quotas d’expulsion. La pression qui s’est installée sur les étrangers et la réduction croissante de leurs droits génèrent un sentiment d’humiliation, d’angoisse et de révolte.

Dans des centres de rétention de plus en plus nombreux et de plus en plus grands, les actes de désespoir et de colère se multiplient. Automutilations, tentatives de suicide, grèves de la faim, débuts d’incendies sont fréquents. Les tensions et la violence sont permanentes. A Vincennes le 22 juin, comme au Mesnil-Amelot ce week-end, c’est cette colère qui s’est exprimée.

En désignant tel ou tel militant associatif et en faisant interdire une manifestation, les pouvoirs publics s’exonèrent de leur responsabilité et refusent de faire l’analyse des effets de la politique qu’ils mettent en œuvre.

Avec de telles manœuvres d’intimidation, le ministre de l’Immigration s'en prend au travail de toutes les associations de soutien aux sans-papiers. Il tente, devant l’opinion publique, de trouver un bouc émissaire et porte ainsi atteinte à la liberté d’expression et de manifestation.

La critique de la politique de l’immigration est-elle encore possible en France ?»


Ce communiqué m'a été transmis par un lecteur, Dorémi (que je remercie), dans un commentaire à un billet sur le début d'incendie au CRA du Mesnil-Amelot.

Il ajoute:

Et puis-je oser vous demander de signer cette pétition-ci, en faveur de mon filleul qui se trouve au Mesnil-Amelot depuis le 27 juillet… C'est la deuxième fois en moins d'un an qu'il se trouve en rétention. Bien le merci.

Bien sûr qu'il faut oser !

jeudi 7 août 2008

Un pistolet électronique qui sauve des vies


Découvrez John Zorn


Les lecteurs fanatiques de ce blogue qui suivent pas à pas mes déplacements savent que ceux-ci sont dominés par une bougeotte compulsive qui me fait osciller entre Belleville et Trifouillis-en-Normandie.

Nul n'ignore que Trifouillis est situé dans ce département d'une exquise ruralité qui fut autrefois connu pour avoir la plus grande surface de gazon tondu par habitant. Les opinions politiques et le climat y sont modérés et les seules graves controverses s'élèvent lorsque la température y dépasse les 23°C.

- Fait beau et chaud, hein, ma'ame Dugenou.

- Fait mêm' lourd!

(Avec un net tombé plombé des épaules sur la dernière syllabe...)

En Haute-Normandie, nous avons un quotidien régional qui semble encore plus régional que les quotidiens régionaux, il s'appelle Paris-Normandie.

C'est à peu près la seule source d'information sur la blessure par un tir de taser d'un jeune homme de 26 ans, à Vernon, tout près de chez moi. (Je signale aussi cette source au N-Obs.fr)

D'un premier article de Melanie Favreau, on peut tirer ce résumé des faits:

Ce soir-là, selon le substitut du procureur à Evreux, Elodie Blier, « des policiers de la BAC (brigade anticriminalité) auraient été insultés par une bande de jeunes à Vernonnet. Ils ont donc voulu procéder à une interpellation ». Oui mais voilà, l'intervention tourne au vinaigre. Une bagarre éclate entre les policiers et les jeunes. David s'en mêle et écope d'une décharge de Taser en pleine tête. Echappant ensuite aux autorités, il part se faire soigner au centre hospitalier. Très vite, les radios dévoilent une réalité alarmante. « L'arme a transpercé la voûte crânienne frontale droite et l'os crânien de plus de huit millimètres au total », explique le radiologue et conseiller municipal de la mairie de Vernon, Emmanuel Colletis. « Imaginez la puissance de cette arme pour faire des dégâts pareils ! »

(...)


Selon Fabrice, le frère de David, un de ses amis, Anthony, a été également blessé et a reçu quelques points de suture avant d'être placé en garde à vue. « Il s'était embrouillé avec les policiers de la BAC. David est intervenu pour le défendre. C'est comme ça qu'il s'est fait tirer dessus. » Dès que David sortira de l'hôpital, sa famille devrait porter plainte au parquet d'Evreux.

Un second article, de Vincent Folliot, donne le témoignage de la victime:

D'après le parquet d'Evreux, la BAC (brigade anticriminalité) aurait été prise à partie par un groupe de jeunes individus. Ce que réfute David. « Je ne me souviens pas du tout de les avoir insultés. Et les autres, je ne sais plus. » Les policiers font un contrôle d'identité. « Ils ont arrêté mon collègue Anthony. J'ai voulu voir comment ça se passait et je me suis approché. Là, je pense qu'un policier a pris peur et a tiré. J'étais au sol, à genoux à moins de deux mètres de lui » relate le jeune homme, qui avoue ne pas se souvenir de tout dans le détail. Malgré sa blessure, il parvient à échapper aux policiers et à se diriger aux urgences de l'hôpital de Vernon. « C'est un copain qui m'a emmené en voiture. Quand on prend un truc dans le crâne on a peur, on se sauve. On a tellement peur de s'en reprendre un dans la tête qu'on ne reste pas sur place. » (...)

Transféré dans la nuit de vendredi à samedi au CHU de Rouen, David a été opéré samedi soir. « La police d'Evreux est venue me voir à l'hôpital pour recueillir ma plainte » dit-il. Contactées à maintes reprises, les autorités policières ont décidé de ne pas s'exprimer sur cette affaire. Dans l'attente d'entendre David, le parquet d'Evreux, de son côté, a ouvert une enquête et demandé une expertise médicale.

David Sémy après son opération.
Photo trouvée sur le site de Paris-Normandie.

Au bas de la page 2 de l'édition du 6 août de notre quotidien, on trouve une brève donnant le point de vue syndical:

Le syndicat Alliance se défend
Pour Rémi Chemin, secrétaire régional du syndicat de police Alliance, le Taser a l'avantage d'être une arme "non létale."

« Cette arme a été utilisée à bon escient. C'est une arme faite pour éviter d'utiliser l'autre qui est plus dure. Les collègues sont bien intervenus. Ce qui nous étonne, c'est qu'il y a quand même une décharge forte et qu'il ait réussi à repartir en courant. J'ai testé l'arme sur moi, c'est assez fort quand même. Ça ne dure pas très longtemps, mais ça permet de maîtriser un individu.» Le représentant d'Alliance pense que le jeune homme aurait mieux fait de « rester sur place pour être soigné rapidement. » Au lieu de cela, « il est parti et il vient se plaindre. Ça nous étonne aussi » insiste-t-il. Pour autant, la blessure au crâne par une broche de Taser n'est pas contestée. « On ne nie pas qu'il ait été blessé à la tête. malheureusement, il suffit qu'il se penche et voilà... Quand on tire d'1 m 50 ou 2 mètres, c'est prévu pour maîtriser une personne très virulente. » Selon toute vraisemblance, les actions portées sur le pistolet utilisé par le policier devraient être examinées et décryptées.

J'ai reproduit cet articulet en essayant de respecter la mise en caractères, et je ne me permettrai pas de vous infliger une explication de texte: si vous êtes ici, c'est que vous savez lire...

De même je me garderai bien de commenter de quelque façon que ce soit les informations que vous pourrez trouver en consultant le site français de la société Taser. Je vous donne seulement les titres qui vous y attendent (pour faire du "teasing"...)

Le pistolet électronique qui sauve des vies.

Un pistolet non-mortel, facteur de paix civile.

Une transparence totale : le pistolet filme son action


Un esprit de responsabilité


Je sens que vous irez voir... Et vous aurez raison, car, au passage, vous pourrez répondre à un petit "sondage" maison:

Selon vous qui doit être équipé du Taser X26 ? (plusieurs réponses possibles)

Ceci dit, et sans vouloir faire de peine aux dirigeants de Taser (vous savez à quel point les bienfaiteurs de l'humanité sont susceptibles), je vous indique pour terminer deux sources d'information: Rapports d'Amnesty international sur le Taser et Campagne NON au Taser.


mercredi 6 août 2008

"Vivant, il ne nous aurait jamais quittés."




Le désir de justice des "braves gens" est impossible à rassasier, probablement.

On le voit s'exprimer de manière véhémente à longueur de commentaires sur le ouaibe, à la suite des articles qui nous informent de la mise en liberté, sous contrôle judiciaire, de Marina Petrella.

Une vie momentanément ravagée et quasiment ruinée, réduite à cette terrible volonté de ne plus être, par l'application de la loi, ne suffit pas aux "braves gens". Les voilà criant au déshonneur d'un pays où la Justice bafoue la Justice.

Je soupçonne parfois les "braves gens" d'avoir comme une sorte de nostalgie des supplices à grand spectacle.

Histoire d'alimenter les fantasmes des "braves gens".
Supplice de la roue.

En allant consulter le site Parole Donnée, où l'on peut trouver un dossier sur Marina Petrella et sur les réfugié(e) italien(ne)s, j'ai retrouvé l'annonce du décès de Jean-Jacques De Felice .

Ce texte a été largement reproduit, mais j'ai simplement envie de le relayer ici.

Pour Jean-Jacques De Felice

Le grand cœur de Jean-Jacques De Felice, notre avocat et ami,
s'est arrêté de battre cette nuit du 26/27 Juillet 2008

Vivant, il ne nous aurait jamais quittés. Il aura fallu, pour cela, que la vie le quitte, pour qu'il nous laisse. Nous, nous autres, nous les gens, non-citoyens, non-citoyennes, hommes femmes enfants du monde, métèques, métisses, parl'êtres parlant les langues les plus diverses…Nous les réfugiés, les même pas réfugiés à part entière; nous les migrants, les fuyards, colonisés, insoumis, insurgés, exploités fuyant les misères, se révoltant contre l'oppression.

Ce n'est pas de la rhétorique. Nous tous et toutes sommes aujourd'hui un peu plus seuls : cet homme exquis qui se fit, avec ses armes à lui, l'un des combattants les plus tenaces pour défendre nos vies, a cessé de vivre cette nuit.

Nous sommes désormais plus seuls, mais pas démunis : si la cruauté machinique des dé-Raisons d'État a privé Jean-Jacques de la joie de voir Marina Petrella revenir à la vie, son combat est en de bonnes mains. Nous sommes avec Irène, avec Claire, avec les complices de Jean-Jacques, qui - comme tant d'autres au fil du temps - ont participé à la fraternelle conjuration tissée pour interrompre l'enchaînement des offenses et des vengeances, et faire de nos volontés et de nos forces rassemblées le barrage contre le déferlement du mal qui vient, fut-il perpétré au nom de la punition du mal qui a été…

Nous avons perdu un ami précieux, nous n'oublierons pas Jean-Jacques De Felice.

Les hommes et femmes d'Italie s'étant réfugié[e]s en France
Les participants aux Collectifs de solidarité avec Marina Petrella


PS: La note humoristique nous est fournie par monsieur Bernard Kouchner, du quai d'Orsay. Selon 20minutes.fr:

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a salué cette décision de justice, en indiquant qu'il avait "toujours plaidé pour une issue humanitaire" à ce cas.

Merci Bernard, on se demande ce qu'on ferait sans vous... mais vous n'avez rien plaidé du tout.

Celle qui a plaidé, c'est Irène Terrel, son avocate. Et j'ai le sentiment qu'en matière de droits de l'homme, elle pourrait en remontrer à beaucoup d'experts autoproclamés.

mardi 5 août 2008

Rhétorique du rideau de fumée

C'est encore un scoupe, mais un scoupe qui n'étonnera personne: je ne suis pas très doué dans le sérieux.

J'ai appris, dès l'aube, que ce bon monsieur Hortefeux avait décidé de déposer une plainte contre l'association (parfois nommée collectif ou groupuscule) SOS Soutien aux sans-papiers (parfois orthographié "SôS Soutien ô sans-papiers") dont un membre, Rodolphe Nettier (le plupart du temps nommé) aurait tenu dans un quotidien (non nommé dans la plupart des articles) des propos contestables (en général cités et suivis d'un démenti du même Rodolphe Nettier).

Cette plainte est déposée pour «provocation à la destruction, dégradation et détérioration volontaire dangereuse pour les personnes», explique le ministre dans un communiqué. (20minutes.fr)

Sur le site du ministère de l'Identité Nationale et des dégâts collatéraux, je n'ai trouvé aucune trace de communiqué relatif à cette plainte.

J'ai donc envoyé mon CV aux services de monsieur Hortefeux: s'ils ont besoin d'un gugusse qui roupille devant un écran avec le titre de ouaibe-mastére, je peux faire.

Sur le site du Parisien.fr, qui, d'après mes recherches, aurait publié les propos incendiaires de monsieur Nettier, je n'ai trouvé que la même dépêche d'agence régurgitée après rumination légère que partout ailleurs... Seule une photo se distinguait du tout venant médiatique.

La photo du Parisien.fr

Mais, me dis-je in peto et en latin, qui sont ces militants visés par la vindicte de ce bon monsieur Hortefeux?

Un lien de 20minutes.fr se révèle bien décevant, menant à un blog assez peu actif dont le dernier signe de vie remonte au 29 juin 2008... et ne comportant aucun appel à manifester au Mesnil-Amelot.

J'en étais là dans ma recherche, désespéré, me décidant à faire un faux billet et un vrai appel à témoin: vous, mes chers lecteurs, qui savez tout, qui ne vous prenez jamais les pieds dans la toile, dites-moi si vous savez quelque chose sur SOS Soutien aux sans papiers... ce "groupuscule d'extrême gauche" (à prononcer avec tout le mépris entendu que peu secréter un ancien corpuscule d'extrême-droite)...

Quand...

Avant de boucler le billet le plus nul de ma carrière de blogueur zinfluent, je consultai une dernière fois les "Actualités".

Pour constater que tout ce que cherchais venait de sortir sur Rue89.

Merci, Rue89... (Je vous remets le lien parce qu'ils sont sérieux à Rue89...)

Mais si j'avais su, j'aurais fait un billet drôle sur le monstre de Montauk.

Parce que, évidemment, je sais qui c'est...

Vous voyez pas ?

lundi 4 août 2008

Début d'incendie au camping du Mesnil Amelot

Au bout des pistes de Roissy, on trouve quelques horreurs architecturales et un centre de rétention administrative, dit "du Mesnil-Amelot", d'où partent régulièrement des "retenus" qui accèdent ainsi au digne statut de "reconduits".

C'est subtil, mais on n'en a pas fini avec la subtilité.

Certains de nos compatriotes aiment à se réunir, le samedi après-midi notamment, autour de ces centres de rétention. Tous les loisirs sont imaginables, n'est-ce pas ?

Le samedi 26 juillet , une joyeuse bande devait se rendre aux abords du CRA du Mesnil-Amelot, à l'invitation de l'association "SôS-Soutien aux sans-papiers". Elle ne le put.

Pour faciliter le transport vers le CRA du Mesnil-Amelot, très isolé, l’association SôS-Soutien aux sans-papiers, organisatrice de la manifestation, avait donné rendez-vous à la porte de La Chapelle une demi-heure avant l’heure de départ. À ce moment, une vingtaine de militants sont présents, « accompagnés » de policiers en civil. Soudain, une dizaine de fourgons de police, suivis d’un bus, arrivent de tous les côtés, encerclant les militants qui patientaient auprès de leurs véhicules. Dix personnes sont immédiatement interpellées. D’autres s’éloignent un peu sur le trottoir. Les voitures sont perquisitionnées de fond en comble. Les militants fouillés au corps, avant d’être embarqués dans le bus. À commencer par Rodolphe Nettier, président de SôS-Soutien aux sans-papiers. Seule explication donnée sur place : « opération de police ».

Vient le tour des militants qui observaient la scène d’un peu plus loin : huit nouveaux interpellés. Parmi eux, Henri Braun, avocat de l’association et membre du comité central de la Ligue des droits de l’homme (LDH). « C’était parfaitement illégal », nous confie-t-il, en précisant : « Soit il y a un trouble à l’ordre public caractérisé, ce qui n’était évidemment pas le cas. Soit c’est un contrôle d’identité, mais, ici, tout le monde avait ses papiers, sauf Rodolphe. Nous n’aurions donc pas dû être arrêtés. » La police en profite d’ailleurs pour contrôler et fouiller trois jeunes Noirs assis près de la bouche de métro. Les fouilles corporelles sont, elles aussi, jugées illégales par Henri Braun. « Ils ont fouillé nos poches, ce qui s’assimile à une perquisition. Sans autorisation. » Au commissariat, la pression continue : « On nous a fait retirer nos lacets comme si on allait être mis en garde à vue, raconte Rodolphe Nettier. Mais nous ne nous sommes pas laissé impressionner. » Devant le commissariat, une trentaine de personnes réclamaient la libération de leurs camarades. Une libération qui aura lieu une demi-heure avant l’expiration de l’autorisation de manifester.

(Compte-rendu par Christophe Payet, dans l' Humanité. fr,- merci à Flo Py pour le lien)

C'est un bel exemple de subtilité stratégique...

Certains de nos compatriotes ne se découragent pas. La manifestation fut remise au samedi suivant, le 2 août, et cette fois une quarantaine de personnes parvinrent devant le CRA.

N'étant pas un ingrat, je sais gré aux rédacteurs du Figaro.fr qui les premiers m'ont informé des événements. Non du fait, fort négligeable, qu'il y ait eu un rassemblement au Mesnil-Amelot, mais qu'il y a eu un départ d'incendie.

Vers 17H30, de la fumée sortait du bâtiment, où la chambre d'un retenu était en feu, alors qu'une quarantaine de militants de SOS Soutien aux sans papiers manifestaient devant le centre de 16H00 à 18H30, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le feu "a été vite circonscrit par les gendarmes, puis par les pompiers, qui assurent la veille" du centre, a-t-on expliqué à la gendarmerie, sans donner l'origine du sinistre. Un fourgon et un camion des pompiers sont arrivés en renfort peu de temps après, ainsi que des gendarmes pour maintenir l'ordre.

(...)

Les retenus du CRA de Vincennes en colère avaient incendié les bâtiments du centre au lendemain de la mort le 21 juin d'un retenu tunisien. Le CRA avait alors été partiellement détruit.


Le dernier paragraphe n'est pas un rapprochement hasardeux, mais une subtile mise en perspective journalistique...

La préfecture de Seine-et-Marne se fendit d'un communiqué que LeFigaro.fr relaya:

La préfecture de Seine-et-Marne a accusé les personnes qui avaient manifesté hier devant le Centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot d'avoir "incité" au mouvement de révolte des retenus qui ont tenté d'incendier certains bâtiments.


C'est subtilement ce que reprit FranceSoir.fr en donnant pour intertitre, en gras:

Mesnil-Amelot enflammé de l'extérieur

Comment peut-on appeler cela ?


Du côté des politiques, on a mis du temps à se réveiller, mais deux veilleurs en service minimum ont pris la parole.

Pour le PS, Faouzi Lamdaoui a dû consulter sa fiche pour réaction d'urgence:

(...) «La politique injuste du gouvernement crée des situations dangereuses tout à fait inacceptables, qui provoquent la révolte légitime des étrangers et de ceux qui défendent leurs droits», a ainsi jugé dimanche, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l'égalité. «Face à la multiplication des drames humains, il n'est plus possible de parler de cas isolés : la politique du chiffre menée par Brice Hortefeux est une chasse institutionnalisée aux étrangers», a-t-il affirmé.

Cela a dû titiller le très subtil Frédéric Lefebvre, de l'UMP:

Une accusation immédiatement dénoncée par l'UMP. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a ainsi estimé dimanche après-midi dans un communiqué que l'incendie dans ce centre est «à nouveau, comme lors de l'incendie du centre de Vincennes, le résultat de l'incitation à la violence par un collectif d'extrême gauche», ajoutant qu'«il y aurait pu y avoir des morts».

«Un parti démocratique comme le PS n'hésite pas à excuser ces actes en prenant la responsabilité de les justifier», poursuit l'élu des Hauts-de-Seine pour qui «c'est vraiment le signe que ce parti a perdu le sens de l'intérêt général».


20minutes.fr, auquel j'emprunte ces éléments bleuis, titre son article:

Révolte dans un centre de rétention administrative: la polémique enfle


Alexandre Soljenitsine, photographié en Vendée en 1993.
(repris de Ouest-France)

La mort d'
Alexandre Soljenitsyne, qui sera suivie d'une avalanche d'hommages, devrait permettre une rapide détumescence de cet œdème polémique...


PS: Pour des informations qui dépassent un peu les communiqués des "personnes autorisées", vous pouvez consulter LeMonde.fr et LibéOrléans.