samedi 11 septembre 2010

Musique, et papiers pour tout le monde

Serge Gainsbourg aimait dire que la chanson était “un art mineur destiné aux mineures”.

En 1965, Régina Zilberberg Choukroun, plus connue sous le nom de Régine, n'était plus tellement mineure. Il lui offrit pourtant une gentille rengaine, intitulée Les p'tits papiers. Il n'avait aucune raison de se douter que cette chansonnette serait, bien longtemps après, interprétée par Régine, Jane Birkin, Clarika, Agnès Jaoui, Jeanne Cherhal, et bien d'autres, à l'intention de monsieur Eric Besson, sous les fenêtres du ministère dont il est si fier.

Après cette impertinente sérénade, une délégation a été reçue au ministère, pour participer à "une discussion de sourds", ainsi que l'a précisé Richard Moyon (du RESF) à la sortie.


A côté d'un inconnu déguisé en crustacé ridicule,
on reconnait Régine, Jane Birkin, Dan Franck et Stéphane Hessel.

On ne peut oublier que ce petit refrain a été écrit et composé par un certain Lucien Ginsburg, "né sous une bonne étoile... jaune", dont la famille a été dénaturalisée par le régime de Vichy.

Cela ne me déplairait pas que cette œuvrette mineure devienne la ritournelle de notre insolence irrécupérable face à ces gens très sérieux, sans doute majeurs dès leur naissance.

Dans une semaine, Jane Birkin viendra chanter Les p'tits papiers à Paris-Bercy lors du concert Rock Sans Papiers.

Cliquez sur l'affichette pour voir la liste des artistes prévus sur scène.



Nous, auprès des artistes, musiciens, comédiens, réalisateurs, écrivains, plasticiens, professionnels de la musique, du spectacle, du cinéma, de l’information, de la culture, des scientifiques et universitaires, des personnalités associatives, syndicales et politiques, avec la majorité des citoyens français, nous déclarons solidaires des milliers de sans-papiers qui grandissent, étudient, et vivent à nos côtés dans notre pays.

Nous refusons que des enfants, souvent nés et scolarisés en France, soient expulsés avec leurs parents vers des pays qu'ils ne connaissent pas ou plus et dont certains ne parlent même pas la langue.

Nous refusons que des parents soient arrêtés, menottés, rudoyés, humiliés et enfermés dans des Centres de Rétention Administrative sous les yeux de leurs enfants.


Nous refusons que des familles parce qu'elles n'ont pas de papiers soient séparées, le père brutalement expulsé à des milliers de kilomètres tandis que la mère et les enfants restent ici, souvent dans la misère et traumatisés à vie.

Nous refusons que des travailleurs, qui bien souvent exercent leur métier dans des conditions pénibles, car sans droit, dont la plupart cotisent (retraites, maladie, chômage...) et paient des impôts en France vivent en permanence dans la peur et la clandestinité.

Nous refusons les lois Besson sur l'immigration qui bafouent le droit d'asile français et font honte au pays des Droits de l'Homme.

Comme certains l’ont fait en d’autres périodes de l’histoire, en accord avec les principes du droit international qui protègent les migrants, en accord avec les droits de l'homme et de l'enfant, comme avec les valeurs universelles de fraternité, d’égalité, de liberté et d’accueil de notre République,
nous appelons à résister à ces pratiques indignes et inhumaines.

Pour signer cet appel, cliquez sur le logo:

6 commentaires:

pièce détachée a dit…

Papiers ?

« J'ai reçu une revue frappée de la croix gammée, Das deutsche Katzenwesen [Institution allemande des chats domestiques]. Un essai sur son utilité, écrit par son directeur général dans le grand style politique. Les associations regroupant les propriétaires de chats sont aujourd'hui fédérées au niveau du Reich ; seuls les aryens ont le droit d'en faire partie. Je n'aurai donc plus à payer mon Mark mensuel pour l'association locale.» (V. Klemperer, Mes soldats de papier, Journal 1933-1941, Seuil, 2000, p.162 [mardi 30 octobre 1934].)

«Je continue de recevoir régulièrement le Magazine félin, bien que non-aryen... j'ai toujours soin de le renvoyer. Le nazisme y donne libre cours à ses élucubrations les plus proprement grotesques. Le "chat allemand" [contre] les chats étrangers "aristocratiques".» (Ibid. p.193 [17 avril 1935].)

«[...] je n'avais plus le droit de verser à la société protectrice des animaux une cotisation pour les chats parce que, à l' "institution allemande des chats" [...], il n'y avait plus de place pour les créatures "perdues pour l'espèce" [...] qui vivaient chez des Juifs.» (V. Klemperer, LTI, La langue du IIIe Reich, trad. 1996, éd. Pocket p.142.)

Papiers ?

«CONSEILS VÉTÉRINAIRES — FAITES-EN UN BON CITOYEN — Le certificat de tatouage. Indispensable, il assure à l'animal une véritable protection [...]. S'il est récupéré par la fourrière, il peut y rester jusqu'à un minimum [sic] de huit jours. Grâce à ce numéro indélébile gravé dans l'oreille ou sur la cuisse, votre chien ou votre chat peut être rapidement et facilement identifié puisqu'il est enregistré sur un fichier central informatisé. Exigé dans les campings, les centres de vacances, les pensions et pour les expositions se déroulant à l'étranger, le tatouage peut faire l'objet de modification [...]. Le certificat de naissance : Dans les deux cas, le certificat de naissance comportant le nom, le sexe, la race, la taille, le numéro de tatouage, la couleur de la robe, les noms des ascendants sur trois générations ainsi que le nom du producteur de l'animal acheté doit également vous être remis.» (sans signature, Le journal du Centre, dimanche 12 septembre 2010, p.2.)

Guy M. a dit…

De très vieilles ombres, encore.

pièce détachée a dit…

Oui et non. À vingt ans, 1942 était hors de portée, et l'an 2000 aussi. Maintenant : «Tiens, 1942, à dix ans de ma naissance, autant dire rien.»

(Les ombres racourcissent.)

Guy M. a dit…

Klemperer a été un témoin, et un témoin irremplaçable, de la montée de ces ombres qui nous semblaient si lointaine dans la naïveté de nos vingt ans...

Nous aurions bien fait, qui sait, de le lire.

Et d'écouter les chats.

Kamizole a dit…

Bien contente de retrouver ce blog alimenté d'articles aussi excellents que toujours. Passée à quelques reprises au mois d'août je trouvai porte close et craignis une fermeture. La chanson de Régine et Gainsbourg - reprise à l'époque où nous luttions contre les lois Pasqua qui passent aujourd'hui pour une aimable plaisanterie à côté des vilenies de Sarko, Hortefeux et Besson ! - s'est imposée d'elle-même dans mon esprit au sujet des Roms. C'est avec plaisir que je l'ai vue ensuite reprise par une belle brochette d'artistes. Plus une interview de Régine.

Viviane Redding aurait présenté des excuses mais les mots prononcés sous le coup d'une belle colère reflètent exactement ce que je pense au sujet des dérives de ce pouvoir qui manie les mêmes ficelles que la bande à Pétain et Hitler. Non seulement honteux mais surtout éminemment dangereux !

Guy M. a dit…

La fermeture de l'Escalier n'est pas encore envisagée, même si des travaux de réfection s'imposent. Mais on verra plus tard.

Vers 2012, peut-être.