mercredi 3 février 2010

Pensées matinales embryonnaires

Monsieur Eric Zemmour, penseur décomplexé contemporain, a consacré sa chronique matinale sur RTL, intitulée "Z comme Zemmour" (encore un qui a de la chance de ne pas s'appeler Queneau), à la "lecture" qu'il a fait du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui a été remis hier à madame Bachelot.

Sur le point de conclure sa non-pertinente intervention, notre billettiste radiophonique a lâché cette sidérante considération:

"On songe, effrayé, que nous avons tous été des fœtus."

Et soudain, je me mets à "songer" que si ce fut bien notre lot commun d'avoir "été des fœtus", certains d'entre nous en sont restés très nettement plus marqués que d'autres.

Et malheureusement, à vie...

Photo d'Eric Zemmour au stade post-fœtal.

Hier, madame Roselyne Bachelot avait, elle, déjà lu le rapport de l'IGAS (Evaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesses suite à la loi du 4 juillet 2001) et pouvait, en répondant aux questions de Corinne Thébault, dans Le Parisien, annoncer des "mesures".

Madame Bachelot se dit d'abord "frappée" par "la situation des mineurs":

On apprend dans ce rapport que deux tiers des filles de 3e pensent encore qu’on ne peut pas tomber enceinte lors du premier rapport sexuel.

C'est en effet "frappant".

Mais madame Bachelot ne nous dit pas si le rapport précise le pourcentage des garçons de 3e qui ont la même confortable certitude...

Elle est ensuite frappée par le fait que "50 % des IVG sont pratiqués chez des femmes qui sont sous contraception, pilule ou stérilet."

Comme je trouve ailleurs que, selon le rapport, "72% des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception", je suppose que madame Bachelot a mal lu, ou mal retenu, ses notes.

Mais, ce constat frappant étant fait, à 50% ou 72% peu importe, Corinne Thébault relance par une question:

C’est un échec de la politique de contraception en France ?

Réponse admirable de madame Bachelot:

Je ne vais pas culpabiliser les femmes qui choisissent d’interrompre leur grossesse !
Mais c’est sûr, il faut améliorer l’accès et l’information à la contraception. Je dois aussi faire en sorte que l’accès à l’IVG à l’hôpital soit mieux organisé.


Il me semble déceler dans ce curieux enchaînement de madame la ministre de la Santé comme une pensée embryonnaire...

La doxa nous dit que ces chiffres, 50% ou 72%, sont l'indice indiscutable d'un "échec de la politique de contraception", admettons-le. Mais qui est responsable de cette politique, sinon la personne à qui la tête de l'État a donné la charge de conduire la politique de santé du pays ? S'il y avait quelqu'un à "culpabiliser" (pourquoi ce mot vient-il dans la bouche de madame Bachelot ?), ne serait-ce pas cette personne ?

Il est sans doute plus simple de penser, et de faire penser, à toutes ces dindes qui ne savent pas prendre leurs pilules...

"Ça pense qu'à se la dorer, la pilule..."
(Mon beau-frère, humoriste.)

Madame Bachelot a la solution: l'éducation des dindes, en commençant par les dindes en bas-âge, et s'il s'en trouve quelques jeunes dindons de leur génération.

Avec Luc Chatel, ministre de l’Education, nous allons mettre le paquet sur l’information en milieu scolaire. C’est là que les jeunes filles et les jeunes garçons doivent pouvoir trouver le maximum de conseils.

"Mettre le paquet", oui, mais il faudra tout de même penser à l'emballage du paquet. Car, pour ce que j'en ai vu, et surtout entendu, de la part d'élèves qui en sortaient, les séances d'information "en milieu scolaire" ont souvent tous les défauts qui affectent la diffusion des savoirs par "les gens qui savent" et qui n'imaginent même pas que "des filles de 3e pensent encore qu’on ne peut pas tomber enceinte lors du premier rapport sexuel".

Et je dois bien vous avouer que j'ai ressenti comme un embryon de fou-rire en voyant rentrer de sa "mission" d'information, en salle polyvalente, l'infirmière pète-sec du lycée où j'exerçais mes talents, portant sous le bras sa "mallette pédagogique" d'où dégoulinait un préservatif féminin déployé...

L'information avait dû être assez exhaustive.

6 commentaires:

pièce détachée a dit…

«Culpabiliser les femmes qui choisissent d'interrompre leur grossesse» ? Et pourquoi pas les éhontées qui choisissent de ne pas être mères du tout du tout ? (c'est , ça dure 28 mn, c'est beau — enfin je trouve).

(merci au Perce-Oreilles pour le lien)

Et «avec Luc Chatel, [...] mettre le paquet» ? Cette façon de s'exprimer sur un tel sujet, c'est de l'humour boutonneux ou ils le font vraiment pas exprès ? (dans les deux cas c'est pire)

Adolescente (j'ai 58 ans), tout ce que j'entendais à propos de sexe était soit graveleux, soit assené du ton de Yahvé tonnant du haut de la malédiction ; dans les deux cas, je me sentais aveugle et traquée. Le graveleux est toujours là, et c'est la «mallette pédagogique» qui se charge du massacre. Ces constantes, y en a-t-il que ça arrangerait ?

Guy M. a dit…

Merci pour ce lien (et merci aussi au Perce-Oreilles), cela console d'avoir à écouter, pour information, le triste Zemmour...

La "culpabilisation" évoquée par Mme Bachelot, ministre libérée et décomplexée, a dû lui échapper: mais la femme n'est-elle pas "coupable, forcément coupable" depuis sa fâcheuse rencontre avec le serpent, et l'IVG peut-elle être autre chose que l'indicateur d'un échec ?

Quant au "massacre", c'est bien vu: Yahvé est maintenant en blouse blanche, et il a une "mallette pédagogique" sous le bras.

Gilles Delouse a dit…

Bonjour,

D'abord une petite critique, sur la forme du billet. Au vu du reste de vos écrits, j'imagine que sur ce sujet, comme sur les autres, nous sommes à peu près sur la même longueur d'ondes, mais votre billet n'est pas très clair, et je n'ai pas trop compris où vous vouliez en venir.

Cela étant, une remarque sur le traitement médiatique de ce rapport, et sur cette vision d'un échec de la contraception parce que 72% des IVG sont pratiquées pour des femmes sous contraception.

A mon avis, le véritable échec c'est qu'encore 28% des IVG sont pratiquées pour des femmes qui n'utilisent pas de moyen de contraception. En effet, qu'une femme qui est sous contraception avorte en cas de grossesse non désirée est parfaitement logique. Malheureusement aucun moyen de contraception n'est fiable à 100%, et une capote qui craque, un oubli de pilule une journée suffisent à provoquer une grossesse non désirée.

Le problème c'est donc qu'il y a encore des femmes qui ne veulent pas d'enfants (ce qui est, comme le rappelle pièce détachée, leur droit) mais qui n'utilisent pour autant pas de moyen de contraception. Il serait intéressant d'avoir des données sur ces femmes-là, histoire de savoir s'il s'agit vraiment une question d'éducation (sont-elles plutôt jeunes ? quand sont-elles sorties du système scolaire ? etc.)

D'autre part il ne faut pas non plus négliger, comme vous le soulignez fort justement, le rôle du partenaire. Parce que dans ces 28%, combien de cas où le mâle refuse de mettre une capote, ou pire, combien de cas où le mâle refuse que sa femme utilise un moyen de contraception ? Pour faire un enfant, il faut être deux, et il ne faudrait surtout pas négliger l'éducation des "dindons" aussi.

Mais de ce côté-là, ce n'est pas gagné. Il est par exemple hallucinant de constater que jusqu'en 2001, la vasectomie était illégale en France...

Guy M. a dit…

C'est vrai qu'à mesure que le temps passe, je suis de moins en moins satisfait de ce billet. Je l'avais conçu comme très partiel, ne s'arrêtant qu'à la réception du rapport par un éditocrate lamentable et par la ministre.

J'avais été frappé par sa manière de simplifier les choses et de tout ramener à l'information. Or si l'information est indispensable, il faut aussi s'interroger sur la manière de la diffuser, et surtout sur la manière dont les destinataires se l'approprient...

Il y aurait bien des enquêtes à faire sur ce qui se déroule en milieu scolaire... Je ne sais pas si le rapport en a fait (pas eu encore le temps de le lire). Des années que j'ai passées à l'EducNat, je garde l'impression qu'en ce domaine le jeune homme ou la jeune fille a surtout besoin de trouver quelqu'un à qui poser, entre quat'zieux, ses questions, même si la séance d'information, ou de sensibilisation, ou d'éducation, lui a fourni toutes les réponses... Il faut multiplier les relais possibles, et pour cela, peut-être, informer les infirmièr(e)s, les enseignants, les surveillants, etc...

Bien d'accord avec vous sur la fiabilité relative des moyens de contraception (même une pilule scrupuleusement prise n'est pas fiable à 100%). Il faudrait là-dessus soulever le problème de la prescription chez le médecin: suivant les situations, suivants les parcours de vie, suivant les âges de la vie, il faut choisir le moyen contraceptif le plus adapté, mais on sait que la chose est parfois bien vite expédiée...

Quant aux questions plus précises que l'on peut se poser sur les résultats qui ont été retenus par les médias, il faudrait aller voir l'ensemble des résultats.

Flo Py a dit…

C'est pas pour jouer ma fayotte, mais tout partiel qu'il soit, ton billet a au moins le mérite d'exister.

Bises et bon week-end

Guy M. a dit…

Mais exister est d'un bien court mérite, après tout...

Pfff...

Bises dépressives !