lundi 21 avril 2008

Journaux de voyage

Après vous avoir abandonné si longtemps, il me faut vous rendre compte de ce si long temps passé sans vous. Et je me dois de vous relater dans toute sa crudité cette plongée dans la France profonde qui m'a privé pendant six longs jours de l'accès aux Journaux.fr. Pour en supporter le sevrage, j'avais décidé de me rabattre sur la version papier disponible de l'indispensable Libération (d'Edouard de Rothschild).

Lundi 14 avril.
Nous montâmes dans la ouature à l'aube et prîmes dès que possible l'autoroute A quelque chose. Au premier arrêt sur une aire aménagée, après avoir visité l'espace* café, l'espace* détente, l'espace* ouifi, l'espace* table à langer (une erreur), l'espace* toilettes, l'espace* produits régionaux, j'achetai mon Libé à l'espace* journaux. Il fallait y penser, je n'y manquai point.

En première page: "Emeutes de la faim: les raisons de la colère". Avec, en page 2, cette belle déclaration responsable de monsieur Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI: "Si les prix de l'alimentation continuent à augmenter, (…) des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim. Ce qui entraînera des cassures dans l'environnement économique et parfois la guerre."

J'ai repris le volant avec une rage froide, genre "tais-toi et roule"; à mon approche, aucun camion n'a osé amorcer un dépassement d'un autre camion, on peut dire que je me suis fait de la place avec ma cédeux à décollage vertical.

Tout à ma hargne j'ai composé un billet incendiaire sur ces crétins criminels qui prétendent piloter l'économie mondiale, armés de leur prétendue science née il y a trois siècles en raisonnant sur les famines nationales et incapables de prévoir et surtout d'enrayer la famine mondiale qu'ils ont provoquée.

Mais je n'ai pas noté et j'ai oublié… Peut-être qu'en fixant intensément la photo de DSK, posant en dandy désabusé, cela me reviendrait. Je vous dirai**.

Mardi 15 avril.

Nous voici chez nos hôtes, dans ce recoin du Sud-Ouest où se juxtaposent le terroir de Buzet (ancien "petit vin" qui a maintenant des prétentions), le territoire de l'Armagnac et quelques prémisses de la forêt landaise. Non loin coule une rivière au nom enchanteur, malgré son tréma, la Baïse. A chaque fois, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée amicale pour Bobby Lapointe:

                           "Et tout en étant Française,
                             L'était tout de même Antibaise :
                             Et bien qu'elle soit Française,
                             Et, malgré ses yeux de braise,
                             Ça ne me mettait pas à l'aise
                             De la savoir Antibaise,
                             Moi qui serais plutôt pour..."


La flore journalistique est assez réduite en cette région, on y trouve du Figaro à foison, ainsi que des espèces endémiques locales (genre Dépêche ou Sud-Ouest) et des espèces d'importation (les britanniques lisent beaucoup les journaux, me confia le professionnel de la profession). J'ai bien cru ne pas trouver ma fleur de Libé. Le pro alla m'en récupérer un, "par derrière". En fait, pour tout vous dire, je le soupçonne d'en cultiver quelques uns pour sa consommation personnelle, en placard, comme on le fait pour certaines herbes aromatiques***.

Le titre du jour était: "Au secours, Berlusconi revient!"

Je jetai un coup d'œil à l'intérieur du journal, inquiet de voir si Laurent Joffrin n'allait pas se mettre tout soudain à critiquer les résultats de l'exercice démocratique. Rassurez-vous, le comité de rédaction a su contenir son gauchisme rampant.

Mercredi 16 avril.

Le même dealer de Libé me fournit en première page: "Y a-t-il vraiment trop de profs?"

Banal.

Ce qui n'est pas banal, c'est de trouver, en page 29, dans la rubrique Culture, sous-rubrique Variétés: "Pas d'évolution pour Aimé Césaire". Je ne suis pas sûr qu'Aimé Césaire aurait apprécié de se trouver dans le même panier éditorial qu'une quelconque artiste de variétés sans voix…

Jeudi 17 avril.

Départ pour La Rochelle, "belle et rebelle" (qu'ils disent) où Libé est en vente libre. Mais où il pleut, il pleut. Sur la une délavée, je distingue à peine une Rachida Dati en train de faire la tronche, mâchoires serrées et bouche en accent circonflexe, aimable comme une porte de prison, et je devine le titre: "Prisons pour les mineurs. La reine du barreau".





Nous avons le temps de profiter des arcades qui bordent les rues et d'admirer enfin des pavés. La rue de l'Escale a conservé des pavages de gros galets noirs qui servaient de lest sur les navires retour du Québec. Ni grès, ni granit, me semble-t-il, mais je ne saurais l'affirmer: la nuit tombait, et je n'ai pu en desceller un.


Vendredi 18 avril.

En première page: "Patrons-sans-papiers. Même combat". J'en connais qui auraient hurlé à la collaboration de classes, il y a quelque temps.

Aimé Césaire est sorti de la rubrique Variétés pour prendre le bandeau de la une. "Aimé Césaire. Le Nègre majuscule". En pages intérieures, un bel hommage et surtout les mots de Césaire:

                              J'habite une blessure sacrée
                               j'habite des ancêtres imaginaires
                               j'habite un vouloir obscur j'habite un long silence
                               j'habite une soif irrémédiable
                               j'habite un voyage de mille ans
                               j'habite une guerre de trois cents ans
                               j'habite un culte désaffecté entre bulbe et caïeu
                               j'habite l'espace inexploité…
                               je m'accommode de mon mieux de cet avatar
                               d'une version du paradis absurdement ratée
                               - c'est bien pire qu'un enfer -
                               J'habite de temps en temps une de mes plaies…
                                je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets
****

                                                                                    Extrait du recueil Moi, laminaire, 1982

Samedi 19 avril.

Retour.

Le titre: "Ouf! Les Français rient encore."

On termine donc sur un scoop.






* Les aires d'autoroute donnent raison à Georges Perec qui soutenait que "vivre, c'est passer d'un espace à un autre, en essayant de ne pas trop se cogner" (cité de mémoire, donc de travers).

** Au retour, j'ai trouvé un écho de cette colère dans le billet de Françoise (dont le très fort dessin mériterait la Une des Unes).

*** Il paraît que ça marche, mais il faut trouver le bon éclairage, et surtout la bonne aération, rapport au terreau enrichi à la bouse de vaches sacrées qu'il faut utiliser pour avoir le label "Agriculture biologique".

**** Puisque Lagarde et Michard ont fait ici une apparition fort remarquée, on peut imaginer une note de nos deux compères:
Quelle figure de style le poète utilise-t-il ici? En quoi souligne-t-elle son propos? Comparez avec l'emploi de la même figure par Henri Guaino.

dimanche 20 avril 2008

Nous irons tous au Panthéon… tralala…

Je m'y connais pas mal en nanisme intellectuel, et je comprends bien la fascination que peuvent exercer sur nous, si petits, les "grands". Et puisqu'ils sont toujours plus grands morts que vivants, quand un cadavre nous dépasse d'une bonne tête, nous ne savons où donner de la nôtre pour nous hausser quelque peu dans l'exercice d'une admiration de convenance.

Il doit y avoir un rédacteur spécial, à l'Elysée, pour mettre au point les lamentables communiqués nécrologiques qui suivent les disparitions de ces "grands". Et ces jours, il (ou elle) a dû faire face, faute à pas de chance, à deux décès sur lesquels "communiquer".

Le décès d'Aimé Césaire, "poète français, homme politique et co-fondateur du mouvement littéraire la négritude" (dixit le plumitif élyséen) donne lieu à un premier hommage .

Nous n'y apprenons pas seulement que la "négritude" est un "mouvement littéraire" (sic, sic et resic). Nous y apprenons qu'Aimé Césaire était "un grand poète qui a acquis sa notoriété par la qualité de son écriture." Comme si ce n'était pas la moindre des choses quand on écrit de la poésie… Quant à ce que cette poésie disait, proclamait, criait, il n'en sera pas dit un seul mot qui en soit digne. Seulement une précision lagardémichardienne* sur la Négritude: "On retiendra de lui qu’il est l’initiateur, avec Léopold Senghor, du concept de la Négritude." Il vaut mieux sans doute en parler comme d'un concept, et non comme d'un "mouvement littéraire"…

Et pour en finir sur l'écrivain, rangeons-le définitivement au rayon littéraire poussiéreux de l'humanisme: "Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle."

Il faut imaginer le plumitif heureux.

Heureux d'en avoir fini sans avoir lu une seule ligne du poète Aimé Césaire. Car je suis persuadé que cette poésie serait un alcool trop fort pour son estomac de petit blanc, ainsi que pour l'estomac de son patron.

Est-ce pour cela qu'on a songé reléguer Césaire dans les caveaux du Panthéon? Pour qu'il y blanchisse, enfin, et y perde de sa force comme un vieux rhum qui s'évente?

Ou parce que les nains ont tendance à glorifier post mortem les géants qui les ont dominés?


Tentative d'enlèvement d'Aimé Césaire
par un blanc non identifié.


Je retrouve ce "désir de Panthéon" dans certains des commentaires qui suivent l'annonce du décès de Germaine Tillion dans les journaux en ligne. Bel hommage expéditif!

L'hommage de l'Elysée est lui-aussi expéditif, peut-être rédigé par le même plumitif surmené.
"Nicolas Sarkozy a tenu à saluer une femme d'exception dont le courage, l'engagement et l'humanisme ont été les guides de toute une vie. Il rend hommage à la résistante de la première heure, internée à Ravensbrück et qui n'a jamais perdu l'espoir ; à l'ethnologue passionnée par l'Afrique du Nord et le Moyen Orient; à l'auteur prolixe et à la femme engagée dans le combat politique pour l'émancipation des femmes et contre toutes les formes de torture."

Et c'est presque tout. Mais j'aime particulièrement "l'auteur prolixe". Je relève dans le Dictionnaire Culturel en Langue Française sous la direction d'Alain Rey, à "prolixe": Qui est trop long, qui a tendance à s'exprimer longuement, dans ses écrits ou ses discours. --> bavard, diffus, verbeux. Un écrivain prolixe."

Il est bien évident qu'un plumitif surchargé ne prend pas le temps d'ouvrir les livres d'un "auteur prolixe"…

Les lecteurs du Figaro.fr non plus, probablement, mais cela ne les empêche pas de réagir avec vigueur, demandant l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion (la trouvant plus "honorable" qu'Aimé Césaire) ou s'y opposant.

Petite sélection, par copié-collé** (orthographe garantie d'origine):

"quasilinear : Le Panthéon
Si quelqu'un mérite le Panthéon, aux cotés de Jean Moulin, c'est bien Germaine Tillon, une grande dame, une conscience de la France. Elle, elle aurait mérité le Prix Nobel de la Paix. Chapeau bas, messieurs et mesdames les politiques !"


"aurelie : le Panthéon, en effet,
Elle, elle faisait vraiment partie des Justes qui honorent ce monde. Une droiture, une force de caractère comme la sienne, aurait même mérité le prix Nobel de la Paix. Mais elle était au-dessus de tout ça.

Une grande âme nous a quitté, et je suis vraiment très triste, cette fois."


"floripes : Assez
Assez d'éloges pour le poète martiniquais et honneurs et réconaissance à Madame Tillion. Voyons! La culpabilisation d'être français est arrivé à tel point que la presse et TV ignorent ce qu'elle a fait pour "notre" pays???"

"sanpaillo : Exemplaire certes , mais...
Resistante oui , déportée oui, méritante, certes. Mais je n'oublie pas qu'elle soutenait le FLN contre la France. Le panthéon ca non."

"citoyen-otage : c'est bizarre quand même
certains voudraient mettre au Panthéon l'un des "chantre de la négritude", qui était dans ses discours violemment anti-blanc (donc pur racisme) et une femme qui non seulement défendait le FLN mais toute la clique communistes, donc totalitariste.

On vit vraiment une époque formidable !!!"


Je trouve aussi.




* Pour mes lecteurs en bas-âge, il faut préciser que Lagarde et Michard sont les auteurs du "manuel" de littérature, avec morceaux choisis, en usage dans les lycées de ma fort lointaine jeunesse.

** Me pardonnerez-vous cette "facilité"? Dans le Cantal, oui, mais ailleurs?

jeudi 10 avril 2008

Départ pour la plage

Comme tous les blogueurs, je suis extrêmement attentif à l'évolution de "mes" statistiques de fréquentation. Aussi me suis-je inscrit pour bénéficier des services éclairants de gougueule analytixe. Je dois dire que je ne suis pas déçu, mais que je n'y comprends rien. La seule chose qui m'amuse est de consulter la répartition géographique des connections et d'imaginer l'ahurissement d'un internaute exotique tombant dans l'escalier.

Cependant, malgré les difficultés de lecture des résultats, j'ai pu constater qu'hier, le nombre de fidèles était tombé à deux, suite à la défection (momentanée, j'espère…) de ma groupie du Cantal.

Ce fait coïncidant avec les vacances scolaires dans ma région, j'ai décidé de suspendre mon activité débordante pendant une dizaine de jours, et de partir à la plage.




Illustration tirée de la page de la société Renov'Mat qui nous apprend que
"Le pavé est un matériau de caractère à la fois brut, esthétique et pratique.
En granit ou en grès, le pavé peut être rustique ou très raffiné, comme le prouve son utilisation
dans les parcs des châteaux ou dans les corps de fermes."
(Bof!)



Pendant mon absence, les commentaires seront modérés. Concrètement, vous pouvez envoyer tous les messages que vous voudrez ("Bon débarras!", "Guy, reviens!", "Ne nous quitte pas!", "Pars, ne te retourne pas!"…) en toute liberté et sans modération jusqu'à l'aube du 11 avril. Après, vous pourrez commenter aussi, mais votre commentaire attendra mon retour dans sa boîte et si vos injures ou flagorneries me déplaisent, je les mettrai à la poubelle . Je vous préviens, car je sais à quel point cela peut être frustrant, voire traumatisant côté narcissisme, de ne pas voir apparaître sur un blog un très beau commentaire…

Nos valises sont prêtes, l'itinéraire minuté, les musettes avec les repas prévues; mais une chose me chagrine encore: vais-je faire la première tonte de ma prétendue pelouse avant de partir?

J'aime beaucoup revêtir la tenue internationale et pittoresque du pousseur de tondeuse: un vieux ticheurte déchiré sous les bras, un chorte d'athlétisme des années soixante, de hautes bottes vertes avec la paille dedans et, bien sûr, à cause du soleil brûlant, mon bob "crédit agricole" (ils me l'ont offert quand ils m'ont accordé l'emprunt pour acheter ma propriété)… Impressionnant!

Le bruit du moteur ne me gêne pas; je suis sourdingue et les voisins préfèrent ça au saxophone...

L'opération est assez rapide; ma "pelouse" a, en gros, la surface d'un appartement pour sous-secrétaire d'état célibataire…

Mais ça m'ennuie de couper inutilement toutes les belles mauvaises herbes qu'il y a chez moi et d'envoyer au compost tous ces trésors pour botanistes.

J'avais bien envisagé de fonder, en espérant de grosses subventions, un Conservatoire National des Mauvaises Herbes de Normandie (le CNMHN), et j'avais rédigé de très beaux projets pour les soumettre à la secrétaire d'Etat à l’Ecologie, madame Nathalie Kosciusko-Morizet, qui me semblait plus facile à atteindre que monsieur Jean-Louis Borloo… Mais je viens d'apprendre que, la pauvre, elle n'est plus en odeur d'UMP-ité…

Adieu les subventions!

Seule consolation, on a eu droit, au sujet de madame Nathalie Kosciusko-Morizet, à une dernière raffarinade, pour la route:

«Elle voulait passer au vert, elle est passée au rouge, on lui enlève quelques points, mais il ne faut pas lui enlever le permis.»

Je verrai au retour si elle est toujours là.

mercredi 9 avril 2008

Rassemblements sur la voie publique

Hier matin, on pensait très fort, dans nos journaux, en hochant une tête méditative (en général, on ne voit effectivement qu'une seule tête dans les rédactions), que la "mobilisation lycéenne" allait "s'essouffler". Et on donnait largement la parole à l'inévitable monsieur Darcos.

«Je respecte les lycéens. J'ai eu 16 ou 18 ans aussi et je comprends qu'ils s'inquiètent de leur avenir, qu'ils soient vigilants, qu'ils soient militants. Je n'ai pas d'hostilité, j'ai même plutôt de la sympathie pour ces jeunes», a déclaré le ministre sur LCI.

«Mais je trouve que tout cela prend des proportions absolument hystériques tout de même: (...) que l'on ait des élèves qui arrivent dans un établissement pour tout casser, qu'ils molestent nos professeurs ou qu'ils volent les portables de leurs camarades ou qu'ils cassent la figure à des proviseurs, tout ça parce qu'à la rentrée prochaine il va y avoir une classe où ils étaient 32 - ils vont être 33 - ou parce qu'il y avait 100 professeurs - ils vont être 98 - je trouve que tout ceci prend des proportions qui ne sont pas raisonnables». «Ce pays n'est pas raisonnable», a-t-il ajouté.


Contrairement à son confrère monsieur Hortefeux, monsieur Darcos, par cette ultime déclaration me rendrait presque fier de mon pays.

De dos, quelques auxiliaires raisonnables de monsieur Darcos.



Boris Horvat AFP Manifestation d'enseignants le 7 avril 2008 à Marseille
pour la venue du ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos



Mes trois lecteurs/trices réguliers/lières et fidèles savent bien qu'après la pause consacrée aux arts, ici chorégraphiques, je monte ou descend une marche de l'escalier.*

Hier encore, la presse offrait une abondance déraisonnable de titres relatifs à des dysfonctionnements dans le difficile exercice du maintien de l'ordre républicain. A croire qu'un vent de contestation décoiffait les rédactions.

La police française critiquée par une commission

Détenus privés de soins : un rapport alarmant

Les force de l’ordre épinglées pour l’accès aux soins en détention

"On continue d'abuser du menottage"

Les abus "sécuritaires" sous surveillance

Le rapport de la CNDS dénonce le comportement de la police

Si j'ai bien compris, la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité) est chargée, depuis sa création en 2000, de veiller au respect de la déontologie par les personnes chargées d'une mission de sécurité.

Ainsi, nous apprenons que la violence d'Etat s'exerce en respectant une déontologie.**

Il vous est possible d'explorer les liens que j'ai judicieusement sélectionnés ci-dessus pour vous, vous y découvrirez maints exemple de ce que Michel Foucault et ses amis qualifiaient d'intolérable.

Vous pouvez aussi télécharger le rapport de la CNDS en vous rendant à cet endroit (le lien indiqué dans les journaux.fr vous donnent 404-banco!)

Pour vous donner un exemple du travail minutieux de cette commission et des réponses qu'elle reçoit, voici un extrait:

DIFFICULTÉS RELATIVES AUX RASSEMBLEMENTS SUR LA VOIE PUBLIQUE

> VOIR SAISINES 2006-5, 2006-22, 2006-51 et 2006-96.

A titre de précision, la CNDS entend par «rassemblement sur la voie publique» notamment toute manifestation, évacuation de «squats» concert, fête publique ou inauguration.

La Commission a poursuivi le traitement des quatre réclamations relatives aux manifestations dites « anti-CPE » du printemps 2006 qui lui ont été transmises. Néanmoins, saisie très rapidement de faits ayant conduit à l’ouverture d’une information judiciaire après constitution de partie civile, la CNDS n’a pas été en mesure d’achever le traitement de l’une de ces quatre saisines, le magistrat chargé de l’instruction n’ayant pas satisfait la demande de communication des pièces de la procédure, en invoquant le secret de l’instruction.

L’une de ces saisines concernait un jeune homme blessé lors du dispersement d’une manifestation à Toulouse. Elle a mis en évidence le recours injustifié à un tir de grenade lacrymogène qui a percuté le front de ce dernier (SAISINE 2006-22). Au regard de témoignages et de pièces transmises par l’IGPN, la Commission avait pu constater que les personnes présentes n’occasionnaient pas de trouble et ne représentaient pas de danger pour les forces de l’ordre. Elle a estimé, dès lors, que le tir de cette grenade dans la rue où se trouvait le jeune adolescent n’était pas justifié, constituant de ce fait une méconnaissance de l’article 9 du Code de déontologie de la police nationale, qui dispose que «lorsqu’il est autorisé par la loi à utiliser la force et, en particulier, à se servir de ses armes, le fonctionnaire de police ne peut en faire qu’un usage strictement nécessaire et proportionné au but à atteindre».

La Commission a transmis son avis au ministre de l’Intérieur pour qu’il envisage l’opportunité d’engager des poursuites disciplinaires. Celui-ci a, en réponse, informé la CNDS que la «blessure subie par [ce jeune homme] ne paraissait pas imputable à une action délibérée et volontaire, constitutive d’une faute susceptible d’engager des poursuites disciplinaires envers les fonctionnaires intervenants».

S’il est en effet certain qu’il n’y a pas eu volonté de la part des policiers de blesser ce jeune manifestant, il reste que ce tir de grenade n’était ni nécessaire, ni proportionné au but à atteindre, et qu’il s’est agi d’une action délibérée et volontaire qui aurait mérité des poursuites disciplinaires.


Dans deux autres affaires relatives au même motif de manifestation, à Niort, la CNDS a conclu que les conditions d’évacuation des manifestants d’une rocade routière avaient répondu à la nécessité de ménager des «échappatoires» pour éviter tout syndrome de «souricière» (SAISINES 2006-51 et 2006-96).

Cependant, des actes de violence subis par deux adolescentes ont été médicalement confirmés (piétinement, coups à la tête et au cou ; coup ayant cassé deux dents et accompagné d’un arrêt de travail de quatre jours), sans que l’identification des auteurs des coups n’ait été possible, les différents protagonistes se renvoyant réciproquement la responsabilité des gestes de violence. Cependant, la Commission a insisté sur le fait que les forces de l’ordre ne sauraient se soustraire à l’aide qu’il convient d’apporter, même au cours des manifestations, aux éventuelles victimes.

La Commission recommande que la plus grande précaution soit prise lorsque les forces de l’ordre se trouvent dans la nécessité de procéder à l’évacuation de jeunes manifestants sur la voie publique et que la force et/ou les gaz lacrymogènes soient utilisés avec discernement.

En réponse aux avis 2006-51 et 2006-96, le ministre de l’Intérieur a contesté la compétence de la Commission nationale de déontologie de la sécurité en matière de «conduite d’une opération de maintien de l’ordre», arguant que celle-ci ne relevait pas du «respect de la déontologie des personnes» ; il n’a ainsi pas «souhaité commenter [la recommandation de la Commission] sur ce sujet».

Comme elle s’était déjà exprimée par courrier et dans le précédent rapport annuel, la CNDS réaffirme sa position selon laquelle le comportement déontologique des forces de l’ordre (fonctionnaires de police ou gendarmes) est lié de manière étroite aux conditions concrètes dans lesquelles ils sont amenés à exercer leur «activité de sécurité», au sens de la loi du 6 juin 2000. Aussi, les modalités d’intervention de «personnes exerçant des activités de sécurité» lors d’opération de maintien de l’ordre, à la suite de rassemblements sur la voie publique ou de tout autre événement, ne sauraient être écartées de la compétence de la Commission lorsqu’elles sont susceptibles de révéler un manquement à la déontologie.





* Quelle figure vous suggère cette expression: une métonymie? - une allégorie? - une métaphore? - une harmonie imitative? - je ne sais pas.

** Quelle figure vous suggère cette expression: une analogie? - une tautologie? - un oxymore? - une flatulence imitative? - je ne sais pas.





PS: La fédération parisienne de la Ligue des Droits de l'Homme organise les 12 et 13 avril, à l'espace d'animation des Blancs-Manteaux (qui devraient vous rappeler une chanson dont les paroles sont de: François Léotard - Guy Debord - Jean-Paul Sartre - je ne sais pas.), les troisièmes rencontres du livre et de la presse des droits de l'Homme. Tous les renseignements sont sur la page liée.

mardi 8 avril 2008

Les Garçons Ramponeau

La rue Ramponeau est une très ancienne voie qui prolonge, au delà du boulevard de Belleville, la rue de l'Oreillon. C'est rue de l'Oreillon qu'un certain Ramponeau, marchand de piquette à moins cher, avait établi son cabaret au XVIIIème siècle. Là, les plus aisés prirent l'habitude de venir s'encanailler et firent la réputation du quartier et de l'établissement.

Mais je suivrai un autre jour le fil de ces "fraternisations entre classes".

D'après Prosper-Olivier Lissagaray, témoin actif et historien de la Commune de Paris, la barricade de la rue Ramponeau aurait été la dernière à tomber aux mains des Versaillais, le dimanche 28 mai 1871. "Pendant un quart d'heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris [actuellement rue de Belleville]. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s'échapper."(P.-O. Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871) La légende dit que ce "dernier soldat" était Lissagaray lui-même.

Louise Michel, autre témoin et non des moindres, parle bien de la barricade de la rue Ramponeau, mais donne celle de la rue de la Fontaine-au-Roi pour dernière à être prise.

Peu importe, on n'est pas aux jeux olympiques…

Je pensais à ces événements, vendredi soir, en descendant la rue de Belleville [anciennement rue de Paris], et en mastiquant un sandwich hallal, poulet, œuf dur, salade, mayonnaise, pour rejoindre le centre social Elisabeth, sur le boulevard, où l'association Canal Marche présentait ses productions.

Canal Marches, qui est une association créée par des professionnels de l'audiovisuel, des chômeurs, des précaires et des militants de mouvements sociaux, se donne pour but de contribuer à l'expression des "Sans voix". Parmi ses projets figure celui des "Paroles et Mémoires populaires" qui a abouti, entre autres choses, à la réalisation d'entretiens filmés avec des "anciens".

Parmi les films présentés, j'ai vu celui de Patrice Spadoni "Les Garçons Ramponneau" qui tresse par le montage trois entretiens avec des "anciens" qui se sont connus à l'école Ramponeau.





L'école primaire de garçons de la rue Ramponeau, dans les années 1920-1930, avait la réputation la plus déplorable du quartier: on y évitait notamment d'y nommer des institutrices. Plus de la moitié des élèves étaient immigrés, plus ou moins légalement, et les petits "gaulois" étaient, disons, bien "intégrés"…

Au moment des entretiens, les "vieux" ont "dans les quatre-vingts", et des masses de souvenirs dans lesquels, manifestement, ils ont déjà fait un tri. Ils parlent avec sérénité, un brin d'humour et une grande sagesse. Ils ne semblent pas vouloir donner de leçon à une époque devenue décevante, ils racontent simplement, en sachant que cela pourrait servir. Ils sont filmés avec beaucoup d'attention et de discrétion, et le montage est efficace sans esbrouffe: pas de plans de coupe "à l'estomac", pas de musique envahissante, quelques insertions de documents d'époque…

Il y a donc Etienne Raczymow, Jacob Szmulewicz et Gaston Largeault. Les deux premiers sont fils de juifs polonais immigrés et le dernier est un petit "gaulois".

Leurs témoignages entrelacés commencent avec les années 1920: la vie de leurs parents, l'enfance, l'école, les bandes de gamins ("Pas méchants, mais… bien voyous", comme le dit Etienne), passent par les secousses de l'histoire: les manifestations et les combats de 1934, l'espoir et les grèves de 1936, la déclaration de guerre, les rafles, la résistance, la libération, et se terminent avec les doutes sur le rêve communiste…

Dans l'une des dernières séquences, Etienne, qui est malade et décédera quelques mois après le tournage (il ne pourra voir terminé le film, qui lui sera dédié), demande qu'on lui apporte sa Légion d'Honneur (obtenue pour actes de résistance, dans la troupe des "noirs de barbe, hirsutes, menaçants", les FTP-MOI).



Tenant d'une main qui tremble un peu sa croix au ruban rouge devant la caméra, donc devant nous, il nous prend à notre tour à témoin, avec beaucoup de silences, mais d'une voix qui ne tremble pas:



Ça c'est la Légion d'honneur au titre de la Résistance
alors justement je voudrais dire quelque chose sur la Légion d'honneur
la police française a arrêté tellement d'enfants juifs
des milliers d'enfants juifs qui sont pas revenus gazés
à Auschwitz
quinze jours avant la libération de Paris
la police
en partie de la police parisienne
sont rentrés en résistance
en partie
quinze jours avant que la deuxième DB rentre à Paris
on leur a donné la Légion d'honneur
De Gaulle leur a donné la Légion d'honneur
c'est vrai qu'il y avait des problèmes politiques
j'comprends qu'il puisse y avoir des problèmes politiques
mais ça m'ennuie beaucoup qu'entre ma Légion d'honneur à moi
et la leur
ça soye pareil
ils portent la fourragère rouge dans les cérémonies officielles
et ça m'ennuie beaucoup
parce que pour quinze jours de résistance
nous qui avons tellement perdu de garçons et de filles
qu'ils aient la Légion d'honneur
voilà le pourquoi qu'ça m'ennuie.





PS: Canal Marches propose un coffret de quatre DVD, contenant le film de Patrice Spadoni et les trois témoignages complets de nos trois compères. Vous pouvez aussi trouver des sections de ces témoignages sur le site spécifique de Paroles et Mémoires.

Par ailleurs Canal Marches participera au printemps de Belleville en vue(s).
 

lundi 7 avril 2008

Les profanateurs de vies

Sur ceux qui profanent les tombes des morts pour se sentir vivants, je ne dirai rien.

Je suppose que seuls des déjà-morts ont besoin de cela pour que les pics de haine réveillent leurs électroencéphalogrammes déjà plats.

Ce n'est pas que cela soit bien réjouissant, mais les presque-morts ou presque-vivants qui profanent des vies à coups de textes réglementaires, cela m'attriste plus encore.

Voici un simple exemple.

Il s'est trouvé un préfet, le préfet d'Indre-et-Loire, Monsieur Patrick Subrémon (il a bien droit à la notoriété) pour considérer que l'administration de l'état, dont il est un fidèle commis, ne pouvait pas, absolument pas, renouveler le titre de séjour en France de l'épouse Guérin (on doit dire comme ça, je suppose, dans l'administration), au motif de la rupture de la communauté de vie avec monsieur Guérin.

Madame Guérin est Béninoise. Elle connaissait Claude Guérin depuis des années. Elle raconte: "Il venait très souvent au Bénin, et puis un jour il m'a demandée en mariage. Amoureuse, j'ai abandonné les deux salons de coiffure que j'avais, pour faire ma vie avec lui ici". Elle est arrivée en France, légalement, le 16 octobre 2005 pour se marier. Elle a bénéficié d'un titre de séjour temporaire, dont elle a demandé le renouvellement en septembre 2007.

Claude Guérin était déjà très malade, atteint d'un cancer, et il devait décéder le 3 octobre 2007. Honnête, madame Guérin est allée prévenir la préfecture du décès de son mari.

Trois semaines plus tard, elle reçoit un refus de titre de séjour accompagné d'une mesure d'éloignement.

Pour que vous suiviez bien, je me contente de citer l'article du Monde.

«Depuis la loi de 2006, les conjoints de Français doivent attendre trois ans pour faire la demande d'une carte de résident. Avant cela, un titre de séjour temporaire leur est délivré de plein droit, mais "à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé".

Le préfet d'Indre-et-Loire a considéré que l'administration ne pouvait renouveler le titre de séjour de Mme Guérin, "même si cette rupture de communauté de vie résulte malheureusement du décès du conjoint français" comme il l'indique dans son courrier.»


Le 6 mars, le tribunal administratif a rejeté le recours déposé contre la décision du préfet. Madame Guérin a saisi la cour d'appel.

Mais le mardi 1er avril (elle est bien bonne, n'est-ce pas?), elle est interpellée à son domicile et conduite en centre de rétention à Tours. Le 3 avril, le juge des libertés et de la détention (JLD) prononce sa libération, tout en l'assignant à résidence, avec contrôle quotidien à la gendarmerie de sa commune.

Madame Guérin a été soutenue par une association locale et l'association Amoureux au Ban Public a lancé une pétition nationale qui a recueilli 8500 signatures en 72 heures.





Ce matin, un courriel de l'association m'informait: ELISABETH VA ETRE REGULARISEE!

Et j'ai trouvé dans LeMonde.fr:

«Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Brice Hortefeux, qui a "pris connaissance des faits samedi après-midi à la lecture du journal Le Monde, a immédiatement demandé au préfet de régulariser la situation d'Isabelle Guérin", a indiqué le ministère. "Le ministre a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation, le décès de M. Claude Guérin, ressortissant français, ne saurait justifier le non-renouvellement d'une autorisation de séjour de son conjoint étranger en situation régulière", est-il ajouté dans le communiqué.»

N'ironisons pas sur les vertus de la lecture postprandiale du journal Le Monde le samedi (au cas où les ministres se mettraient en tête de suivre les éclairants conseils de Eric Le Boucher…) Ne remarquons même pas que le temps de cette lecture coïncide avec la présence non loin du ministère de l'ignominie nationale de 15 000 vivants réclamant la fin de la politique de xénophobie d'état.

Non, réjouissons nous, simplement. Les occasions ne sont pas si fréquentes.

Mais recommandons à monsieur Hortefeux de ne pas trop se faire d'illusions. Ce n'est pas parce qu'il a fait un petit geste qu'il lui sera beaucoup pardonné. Il en faudrait beaucoup de gestes de ce genre, de l'ordre de vingt-sept mille, pour qu'il lui soit un tout petit peu pardonné.

Quant au préfet qui a "commis une erreur manifeste d'appréciation", je n'en dirai rien de plus.

Mais on pourrait peut-être le muter à un poste de direction au service de la surveillance des cimetières nationaux. Violeur de vies, il devrait savoir parlementer et négocier avec les violeurs de sépultures.

vendredi 4 avril 2008

Exercice de communication

Le Canard Enchaîné en son n°4511 du mercredi 11 avril 2007, révélait, en page 4, que le Quai d'Orsay avait réglé à une société de communication une note de 122 000 euros pour financer la formation accélérée de monsieur Xavier Darcos, alors ministre délégué à la Coopération et au développement. Cette information est reprise par un article du site politique.net.

Monsieur Darcos a donc appris à gérer son image avec toute l'efficacité requise. Il ne devrait donc plus renvoyer l'image vieillote (que je lui attribuais) de l'inspecteur en visite détaillant avec componction, et en regardant sa montre, les passionnants articles de la dernière circulaire de l'Inspection Générale, devant un parterre d'enseignants somnolents, et qui regardent leurs montres. En général, on pouvait me trouver au pénultième rang échangeant quelques remarques laconiques mais pertinentes avec ma voisine (comme me l'a fait remarquer un collègue mathématicien, compte tenu de l'irrémédiable féminisation du métier, dans ces réunions, la probabilité est beaucoup plus forte, pour un monsieur, d'avoir une voisine pour voisin que d'avoir un voisin pour voisine).

Cela n'empêche que la bonne vieille technique, qui consiste à faire suivre une (non) réponse à une question gênante d'une attaque biaisée sur un autre sujet, semble toujours utilisée par notre spécialiste en communication.

Sur les suppressions de postes, elles ont été "largement discutées depuis août" et votées par le Parlement en novembre. Pas question de revenir là-dessus, on ne critique pas la démocratie parlementaire (surtout quand elle aboutit à n'importe quoi). Monsieur Darcos recommande aux lycéens de "ne pas poser tout ça en termes mathématiques". Effectivement, ce n'est pas de la mathématique, c'est de la cuisine (et pas gastronomique): les rectorats moulinent en "temps réel" toutes les données récoltées à l'aide de coefficients, de seuils d'ouverture, de seuils de fermeture, taux de ceci et taux de cela, et j'en passe, pour "ajuster" les suppressions de la manière la plus "scientifique" possible. (voir quelques aperçus ici*)

Sur l'ampleur du mouvement, il faut minimiser. Dire haut et fort que moins de 2% des lycées du territoire sont touchés, mais laisser Liberation.fr préciser que 20% des lycées d'Ile-de-France le sont.

Pour communiquer, il faut savoir poser "un geste fort". Rencontrer les lycéens? La semaine prochaine. Ce qui est beaucoup plus efficace, c'est de se déplacer. Par exemple au rectorat de Créteil, où ont eu lieu des incidents. On en profitera pour condamner fermement les agissements de 150 ou 200 personnes, que l'on distinguera (avec assez peu de conviction) des milliers de lycéens qui expriment leur inquiétude (il fallait que ça vienne, l'inquiétude des jeunes…)

Et pendant que nous y sommes, fronçons les sourcils en direction des enseignants. Après tout, c'est auprès des enseignants que monsieur le ministre a le plus d'autorité, non? Monsieur Darcos a donc profité de son déplacement à Créteil, bien en situation, devant les fenêtres brisées, je suppose, pour s'adresser "à certains professeurs extrémistes" et leur faire la leçon: Réfléchissez "au risque qu’il y a à jeter des élèves dans la rue", réfléchissez bien!

Des professeurs extrémistes, je n'en ai jamais rencontré beaucoup, pas assez pour "jeter" 6.700 lycéens dans la rue (à la manifestation parisienne selon la police, de 17.000 à 20.000 d'après les organisateurs).
 
Monsieur Darcos veut peut-être parler des syndicats enseignants (on ne sait jamais, le langage évolue, on redira sans doute bientôt "les rouges"). En ce cas, il devrait se renseigner auprès de ses services sur le taux de syndicalisation dans l'éducation nationale, sur l'influence des syndicats présents et sur leur "extrémisme"…

A moins que monsieur Darcos ne dise cela comme ça, parce laisser entendre à ses futurs interlocuteurs que l'on considère qu'ils sont manipulés, ça détend l'atmosphère…


* Merci à Françoise de m'avoir signalé ce lien.


PS1: Avec un à-propos étonnant, le ministère a publié il y quelques jours le palmarès des lycées qui a permis au Figaro.fr de placer à sa une: "Résultats au bac: les lycées privés devancent le public."
Ça n'a aucun rapport.

PS2: Puisque j'ai décidé d'aller promener mon marsupilami brodé à la machine (meunon, Flo Py, pas à la main…) sur le boulevard de l'Hôpital, derrière un drapeau noir (ou mieux noir et mauve, si je le trouve), il n'y aura aucun bruit dans l'escalier ce ouiquennede.

PS3: Ce soir, chez mes voisins: Centre social Élisabeth, 124-126 Bld de Belleville, métro Belleville.
"LES VOIX DE BELLEVILLE 2008" et "PAROLES DE SANS PAPIERS". En ouverture de l’initiative régionale "Paroles et mémoires des Quartiers Populaires 2008": Projections et installation vidéo de rue.
Programme détaillé en suivant le lien.