mercredi 15 février 2012

Gare au poutou qui tue

A l'heure où vous lirez ces lignes, bande de veinard(e)s, le président Nicolas Sarkozy sera sûrement devenu candidat, et les plus fins commentateurs politiques de ce pays vous auront expliqué pourquoi il a tant tardé à adopter cette position commode qui lui va si bien.

Car enfin, il faut bien reconnaître que, s'il n'a vraiment rien réussi comme président, il avait, en tant que candidat, au moins réussi à se faire élire président...

Et il est assurément plus gratifiant pour un égo monté sur talonnettes de se faire acclamer par une foule en délire lors d'un grand mitigne de campagne que de se faire applaudir par une bande de gamins tout excités de voir passer un président dans une petite ville de province.

Comme à Lavaur...

Lavaur est la charmante localité du Tarn que monsieur Sarokozy, ou l'un de ses conseillers, a trouvée idéalement profilée pour aller, le 7 février, débiter un discours présidentiel bien senti sur la politique familiale de la France. Il n'a pas hésité à dire que "la France est forte car la France est d'abord forte de sa démographie" et que "la démographie française fait l'étonnement d'une Europe vieillissante". Il a sûrement dit des tas d'autres platitudes intéressantes, mais je ne les ai pas lues.

Cette sortie sur le terrain était agrémentée de la visite de la crèche "Les Bouts de chou". Le président était, semble-t-il, accompagné de madame Bachelot, beaucoup plus à l'aise que lui pour dialoguer avec les futurs électeurs en couches-culottes. Il faut dire que ces petits baveux et morveux ont l'art, comme d'intuition, de faire la différence entre un vrai sourire et un rictus nerveux. Pour se donner une contenance, monsieur Nicolas Sarkozy s'était muni d'un appareil photographique aux équipements surdimensionnés...

Un photographe frimeur photographié.
(Photo : Michel Euler/AFP.)

Durant cette visite, monsieur Sarkozy s'est acquitté de toutes les tâches inhérentes à son dur métier de président : il a parcouru les rues de la ville, il a serré des mains tendues, a fait un bout de causette avec le député-maire et il a redescendu les marches du perron de l'hôtel de ville pour le plus grand plaisir des amateurs de contre-plongée - voir la fin de la vidéo, à partir de 0.15.




Ces images d'enfants qui agitent de petits drapeaux tricolores au passage du président ont été diffusées au Petit Journal de Canal + et relayées par Rue 89. Il ne semble pas qu'elles soient le résultat d'un montage. Elles sont confirmées par l'une des très officielles photographies du diaporama - que l'on pourra trouver sur le site de la Présidence de la République - qui nous offre une vue fixe de la même scène.

En moins bruyant mais en plus net.
(Photo : P. Segrette.)

Il apparaît que cette pimpante et patriotique mise en scène d'enthousiasme juvénile a été en grande partie machinée sans l'accord de bon nombre de parents.

Qui râlent.

Car le parent est râleur.

Et parfois avec raison.

Car, qu'ils aient ou non reçu la "note d'information" de l'ALAE (Accueil loisirs associé aux écoles), ils ont tous été trompés.

L'article de La Dépêche est sans équivoque sur ce point :

Dans cette note, il est stipulé «que les enfants de l'ALAE du centre assisteront au passage du cortège présidentiel sur les allées Jean-Jaurès. Dans l'hypothèse où vous ne souhaiteriez pas que votre enfant participe à cette animation, veuillez le signaler à la direction de cette structure». Or les petits n'ont pas été conduits sur les allées Jean-Jaurès comme indiqué dans la note, mais bien à l'intérieur du périmètre de sécurité, place du général Sudre.

Monsieur Joseph Dalla Riva, adjoint au maire chargé des sports et de la jeunesse, admet explicitement "certaines imperfections" qu'il attribue à des "contraintes de sécurité particulières". Plutôt que d’admettre la faute commise par ses services, il déclare qu'il "ne peu[t] en revanche accepter la volonté délibérée de nuire, dont certains font preuve" - je suppose que "certains" désigne ici les parents légitimement indignés par sa manipulation.

Avec un certain goût du risque en matière de comparaisons historiques, ce monsieur n'hésite pas à signaler :

"Ce n'est pas la première fois dans l'histoire que des enfants de l'école publique saluent comme il se doit le premier personnage de l’État."

On allait le dire.

Mais on ne sait pas trop ce qu'avait envie de dire, sur Europe 1, monsieur François Bayrou, en déclarant :

"Si cela est vrai - je ne l'ai pas vérifié, cela pose tout de même un certain nombre de questions sur la manière dont nous concevons la démocratie en France et dont on peut utiliser les enfants. Cela rappelle d'autres régimes."

Poussé à dire le fond de sa pensée, il a répondu, en parfait centriste :

"Des régimes à l'Est, vous savez bien..."

En moins net, mais très tricolore.
(Photo DDM, dans La Dépêche.)

Dans un article de ce matin, La Dépêche, évoquant cette "polémique" que l'UMP juge "inutile", fait allusion aux problèmes de sécurité soulevés par cette dérogation constatée...

J'allais justement en parler.

Car le dégagement en touche de monsieur Bayrou m'a rappelé l'histoire ancienne du poutou qui tue - bien attestée dans les romans de l'époque -, une arme redoutable mise au point durant la guerre froide par les espions, et surtout les espionnes, venu(e)s de l'Est. La pratique, peu hygiénique, du baiser à la russe, alors fort répandue dans les milieux diplomatiques, rendait son usage assez commode, et je suis sûr que le poutou qui tue a fait davantage de victimes que le fameux "parapluie bulgare".

Or, à Lavaur, on a pu assister à un incident très inquiétant pour la sécurité du chef de l’État. Arrivé à la hauteur des enfants qui l'acclament, il est, nous dit La Dépêche, "happé par une animatrice de l'ALAE" - celle que l'on voit s'agiter sur la droite, avec un vêtement dont je ne pourrais désigner la couleur sans être désobligeant - qui l'embrasse frénétiquement.

Une photo immortalise ce baiser passionné, où l'on voit monsieur Sarkozy, abandonné par sa protection rapprochée, résister de toutes ses forces...

Mais si cela avait été un poutou qui tue, il n'avait aucune chance de s'en sortir.


Les risques du métier.
(Photo DDM, dans La Dépêche.)

5 commentaires:

pièce détachée a dit…

Heureusement qu'il y a, sur la première photo, une personne (une seule) qui paraît saine d'esprit. Tout le reste est hideux ; venant des poètes grecs du billet précédent, c'est comme si l'on tombait dans une fosse assortie à la couleur du vêtement de la Dame-Poutou.

Guy M. a dit…

Escalier, terre de contrastes...

(Moi aussi, j'aime bien la moue désabusée de la personne qui paraît saine.)

Ysabeau a dit…

Bayrou est bon en géographie, étant donné qu'à l'ouest de la France il n'y a que la mer, à l'est il y a plein de pays et pas que l'ancien bloc soviétique...

Mais j'aimerais bien qu'on ne parle pas de poutou concernant cette affaire. Monsieur Poutou, le candidat du NPA est quelqu'un de très estimable, lui, et parfaitement honnête et dont le français est tout aussi irreprochable.

Guy M. a dit…

Guidé par le souvenir de très vieilles blagues du temps de la guerre froide, je n'ai pas songé un seul instant à me gausser de monsieur Poutou...

(Je ne plaisante pratiquement pas sur les patronymes.)

Ysabeau a dit…

En fait je venais de voir une vidéo avec Monsieur Philippe Poutou, c'est pour ça que j'ai pensé à lui.