mercredi 25 août 2010

Point de non retour

Parmi tous les mondes possibles, il en est un où jamais personne ne songe à terminer d'éternelles vacances pour faire sa "rentrée".

C'est un vieux rêve d'écolier que celui d'en avoir franchi, par mégarde, la frontière et d'avoir fait le pas qui outrepasse le point de non retour...

(Au fil du temps, tout corseté des impératifs catégoriques de la "valeur travail", l'écolier oubliera ses rêves et, adulte en vacances, s'emmerdera copieusement en attendant la fin de ses congés pour, enfin, retrouver la calvitie précoce sur barbe de trois jours de son chef de sous-service.)

Point de non retour en univers vacant.

En cette fin d'été, on est plutôt envahi par un cauchemar réel dont on tarde à s'éveiller.

On a bien franchi une frontière, et c'est celle qui nous sépare d'un état conservant toutes les apparences de la démocratie d'un pays gouverné par une clique se réclamant d'un national-populisme. Monsieur Nicolas Sarkozy et ses acolytes ont dépassé cette limite en imposant sur le sol français une pratique de ségrégation basée sur des critères ethniques. Ainsi la xénophobie d'État, déjà largement instituée mais ne reposant que sur des critères prétendument administratifs, s'est muée en un véritable racisme d'État, qui la prolonge, certes, mais en explicite la "vérité" idéologique.

Inutile de chercher à masquer cette vérité, mise à nu par les sarkozistes eux-mêmes, en déployant devant elle les motifs de son exhibition. Que m'importe, par exemple, qu'il s'agisse là de l'ultime, ou pénultième, manœuvre électoraliste d'un pouvoir impuissant et englué dans des "affaires" poisseuses...

Ces analyses convenues ne font que banaliser et minimiser le pas décisif qui a été fait par les gens au pouvoir, sans qu'il leur soit possible de faire machine arrière.

En avoir pris conscience m'a quelque peu privé d'humour, je le crains.

D'autant plus qu'une recherche approfondie au fond de mes tiroirs a confirmé que jamais, au cours de ma longue et méritante vie, je n'avais mérité la moindre médaille décorative que j'aurais pu renvoyer en recommandé au Palais de l'Élysée.

Le père Arthur mérite bien, pourtant, de faire école*...


* Sans avoir connaissance de l'initiative prise par le père Arthur, Anne-Marie Gouvet, médecin anesthésiste à la polyclinique de Navarre à Pau, a adopté une démarche de protestation analogue en refusant le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. Son refus est accompagné d'une lettre expliquant superbement son geste.


PS1: Malgré sa tiédeur, l'Appel citoyen "Non à la politique du pilori" constitue la protestation minimale.

On peut regretter que cet appel à des manifestations le 4 septembre fasse référence à l'instauration de la IIIè République, qui s'est fortifiée, à sa naissance, du sang de la Commune et a confié, en agonisant, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain...

(Est-ce bien malin ?)

M'enfin, je me sens prêt à défiler derrière une escouade de curetons, et main dans la main avec monsieur de Villepin...

PS2: C'est justement après le 4 septembre que je reprendrai avec assiduité mes activités de bibliothécaire dans l'escalier.

D'ici là, si cela se trouve, je posterai quelques souvenirs d'escales estivales...

PS3: Les plus attentifs d'entre vous ont dû constater que la colonne de droite s'était enrichie d'un lien permettant de s'abonner à une niouseléteur, destinée en principe à avertir les heureux abonnés de la publication d'un nouveau texticule sur le blogue.

J'espère que cela fonctionne.

En tout cas, la concierge que j'ai engagée pour vous monter les courriels ne parle qu'anglais, et je n'ai pas pris la peine de lui apprendre à massacrer notre belle langue.

5 commentaires:

pièce détachée a dit…

Au Struthof, les pas côtoient des vivaces bleues à clochettes dans l'herbe pelée, en contrebas des gazons peignés — interdits, mais qui voudrait se risquer sur cette nappe accueillante, rase, lisse, sans barrières évidemment, d'inconscience vert fluo ? Les pieds se posent après d'autres pieds sur des marches trop hautes en grosses pierres de granit rose (pancarte : «nous déclinons toute responsabilité en cas d'accident» — on ne saurait mieux dire trop tard). Beaucoup d'yeux rencontrés paniquent et s'enfuient, hâte d'avoir fait le Struthof, vers le «chef de sous-service».

Dans la foulée, noces chez les riches, où le gazon annexé n'a sans doute jamais été foulé que par le «pas décisif» des bourreaux. On peut s'y allonger comme eux, c'est permis, sans peur des clochettes bleues.

Au retour : «Point de non retour en univers vacant». Nous y sommes. Merci, Guy.

À part ça, les œufs livrés tout frais de Gniouse-lès-Teurres, non non non. J'aime bien venir les chercher toute seule pieds nus en chemise.

pièce détachée a dit…

Et puis tiens : cette clique au pouvoir exhibe des états d'âme très tendance (on voit bien laquelle). En voici une expression, il y en a tout une liste. (Attention, prose glaireuse. Se munir de lunettes protectrices.)

Guy M. a dit…

Avec notre art consommé du "lieu de mémoire", l'histoire du Struthof sera bientôt une affaire classée... monument historique.

Et tu as raison de me rappeler qu'en cette fin d'été l'état d'âme se porte sans foulard.

pièce détachée a dit…

Le "lieu de mémoire", le monument historique : on est dépossédé, on ne peut pas s'en retourner, on craint d'avancer, on ne saisit rien.

Ça ressemble à ce qui nous attend avec le racisme d'État, et l'illustration de ton billet m'a sauté à la figure.

Difficile à expliquer...

Guy M. a dit…

J'aurais bien du mal à dire pourquoi j'ai, de toutes celles dont je disposais grâce à gougueule image, choisi cette illustration. Sans doute m'a-t-elle aussi "sauté à la figure"...