dimanche 19 juin 2011

De l'utilité des transports en commun

Même ceux qui jugent qu'on l'a trop entendu continuent de l'écouter...

A croire qu'Alain Finkielkraut est devenu, pour le pire, notre indispensable (mé)contemporain du samedi matin.

Et que son émission se perde en des balbutiements d'une rare indigence n'y change rien : il suffit qu'elle accueille une triste vedette vieux-réac ou néo-con pour qu'elle soit largement commentée ici, ou là, ou encore là, comme ce fut le cas de celle du 11 juin...

On pouvait y entendre Richard Millet, auteur, pour cette année, de Fatigue du sens, chez Pierre-Guillaume de Roux , et de Arguments d'un désespoir contemporain, aux éditions Hermann...

Et Richard Millet, cela donne, par exemple, cela :

Pour répondre à votre question, je dirai que moi je suis dans une situation
(et pardonnez-moi si le terme est extrêmement provocateur, mais je veux le maintenir malgré tout parce qu'il peut faire sens)

je vis maintenant
en tout cas lorsque je suis en ville notamment dans les espaces comme le Rer
[la voix de Finkielkraut s'insère pour dire que, oui, cela revient dans son livre]
dans une situation d'apartheid volontaire
(alors je vais choquer énormément)

ça veut dire que je m'exclus moi-même d'un territoire et d'un lieu

(comment dirai-je ?)

d'un groupement humain où je ne me sens plus moi-même.

[Alain Finkielkraut, qui sent que ça vient, doucement, mais ça vient :
Oui mézalors, pourquoi ? Keskiss'passe ?
]
Pourquoi ? Parce que, par exemple, quand je suis le seul blanc, ça me pose de telles questions que je ne peux que m'exclure moi-même,
je n'ai plus
je n'ai plus de réponse à cela
je ne
je ne critique pas
voilà...c'est tout.
Et lorsque particulièrement cette population dans laquelle je me trouve est fortement maghrébine, alors là je suis encore moins
(si je puis me permettre encore une partie de réponse, je dois dire que mon enfance n'a pas été que rurale et corrézienne, elle a été aussi libanaise.
Et mon enfance a été libanaise, ma jeunesse a été libanaise pour une autre raison
c'est que j'ai, disons, guerroyé à Beyrouth à une époque, pendant quelques mois, aux côtés des milices chrétiennes.
(donc voyez que j'ai tout pour me faire détester par le temps, par l'époque actuelle
[Jean-Christophe Bailly insère ici cette remarque compatissante :
"Pas par tout le monde...",
à quoi Richard Millet répond :
"Pas par tout le monde, mais par beaucoup...",
car il tient sans doute à cette détestation quasi universelle auto affirmée.]))
Mais il n'en reste pas moins que
voilà
je
je me demande quelle est la compatibilité du Maghreb, des pays arabes et notamment de l'Islam, en tout cas de la visibilité de l'Islam,
avec une histoire qui malgré tout continue de frémir dans le territoire qu'on appelle France.

Bien que le propos du grantécrivain ne soit pas vraiment d'une limpidité absolue, on voit à peu près ce qui se met à "frémir" dans son bredouillement.

Mais ceux qui ont gardé l'oreille assez fine peuvent lui rendre grâce d'avoir, avec cette image du coincé - littéralement et dans tous les sens - dans une voiture de Rer, produit une métaphore très parlante de cet état bien nommé "apartheid volontaire"...

Très aimablement, le second invité, Jean-Christophe Bailly, au lieu de lui conseiller de s'acheter un vélosolex blindé, tentera de le rassurer sur le mode, peut-être ironique - cela ne m'étonnerait pas -, du "mais ça arrive à tout le monde". Il lui fera part du malaise, par lui ressenti, à se trouver "dans un wagon de train exclusivement peuplé de Français ayant l'air de souche célébrant telle victoire, sportive par exemple". Il y ajoutera, toujours empathique, qu'il lui arrive également de se "sentir totalement exclu dans un restaurant de luxe" et "mal à l'aise à la sortie de Saint-Nicolas-du-Chardonnet".

Cette réponse à distance, ainsi que d'autres du même ordre, a pu décevoir certains commentateurs qui auraient préféré que "le pauvre Jean-Christophe Bailly" soit moins "timoré" dans ses propos et s'engage sur le terrain de la polémique... C'est sans doute mal le connaître, et le confondre avec l'un de ces intellectuels inexistants, groupe qui comprend aussi certains des commentateurs en question, qui rêvent de faire partie de cette vingtaine de bavards qui font l'opinion. Et c'est sans doute mal entendre ces réponses qui, en restant sur le bord du débat qui pourrait s'ouvrir - mais selon les règles faussées de l'émission -, en démontrent, avec une indéniable élégance, l'inanité caricaturale.

Enfin, c'est être resté sourd à des paroles où se révélait une conviction non négociable.

Et notamment, plus loin dans le déroulement de l'émission, après avoir dû subir quelques développements morts-nés de Millet autour de la notion de "pureté", qu'il aime tant évoquer sans jamais la hausser à une quelconque pureté conceptuelle, ce rappel tranchant de Bailly :

Et je tiens à dire quelque chose aussi,
puisqu'on amène aussi le fait biographique,
puisque c'est lui qui nous motive au fond pour parler de cela.
Il se trouve que je vis avec une dame qui est...
dont le père est chinois.
A chaque fois que j'entends le mot "pureté" (....) assorti à ces questions-là
je me dis :
en quoi cette personne, cette femme, aurait moins d'identité qu'une autre
d'une part
et serait impure...
par rapport à quelle pureté ?

De cette pureté-là, je ne veux pas.

[Cette dame est Gilberte Tsaï, grande dame de théâtre, qui quittera très prochainement la direction du Centre dramatique de Montreuil, qu'elle a largement contribué à faire devenir ce qu'il est. Et c'est, bien sûr, son nom qui clôt l'ultime section, Références et remerciements, du livre de Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement, Voyages en France, Éditions du Seuil, 2011.]

Incipit : "Le sujet de ce livre est la France.
Le but est de comprendre
ce que ce mot désigne aujourd’hui
et s’il est juste qu’il désigne quelque chose

qui, par définition, n’existerait pas ailleurs.
"

Pour ceux qui l'ont si peu entendu, il reste la possibilité de découvrir Jean-Christophe Bailly en le lisant, tout simplement.

Dans son introduction, dont la première phrase, dit-il, aurait pu être écrite par le général de Gaulle, Jean-Christophe Bailly parle de la grande ancienneté de son projet de voyages en France et des questions qu'il porte. Il n'est pas indifférent qu'il y évoque, comme ultime déclencheur de sa mise en route, la visite qu'il fit, au début des années 90, à son beau-père dans une maison de convalescence de la région lyonnaise où le vieux monsieur chinois tentait de se remettre de l'opération du cancer qui devait l'emporter quelques années plus tard. Ainsi se trouve, d'une certaine manière, dédié ce très beau livre à cet émigrant, arrivé dans les années 30 de sa province du Zhejiang, installé à Lyon après la guerre, et, lors de cette visite, pestant, "avec son fort accent chinois", contre "les autres pensionnaires (...) qui ne savaient même pas jouer à la belote"... Il faut croire que l'auteur possède l'inestimable talent de se hâter lentement puisque la mise en écriture finale de son projet s'est déroulée bien plus tard, au moment même où un frénétique agenda politique instaurait l'urgence d'un grand débat sur l'identité nationale.

Cette agitation en eaux politicardes assez troubles n'a guère affecté la réalisation du projet de Jean-Christophe Bailly qui n'a pas cherché à courir après l'actualité...

Tant mieux.

Car il faut dire que l'ouvrage qui vient de paraître ne méritait pas de figurer au rayon des écrits de circonstance.

Bien au contraire, il mérite une lecture attentive, plutôt lente et assez gourmande pour apprécier la beauté de la langue - si évidente qu'elle ne peut qu'imposer le respect à un Richard Millet si épris de "pureté" - et le grand art déployé par Jean-Christophe Bailly pour composer le disparate de ses 34 excursions françaises. De cet art, il nous fournit peut-être la clé quand, passée l'introduction, il s’arrête, pour la première étape, dans une fabrique de filets et de nasse, la maison Larrieu, sise à Bordeaux. Là, il note que

(...) l'on pense, forcément, en contemplant ces résilles de lignes souples ou tendues, à la perspective, à cette sorte de nasse aussi par laquelle les peintres ont cherché autrefois à capturer le visible : même paradoxe d'un parallélisme convergent, même volonté d'emprise, même jeu de cache-cache, même espoir de saisie.

Et, forcément, le dernier chapitre du livre est titré : Point de fuite, où l'on peut lire cette juste notation sur l'impression de dépaysement :

Quel est donc, se demande-t-on alors, quel est donc cet ailleurs qui est ici ?

Avant d'en arriver à ce point, le lecteur aura éprouvé le dépaysement de paysages connus, ou non, et partagé quelques étonnements.

Comme celui-ci, qui semble lointainement faire écho aux affres exprimées par le grand styliste victime du syndrome du Rer :

La dernière fois que j'ai pris le car pour aller de la gare d'Avignon TGV à Arles, soit le trajet même dont Tarascon est l'unique étape, le chauffeur, un jeune homme, s'arrêta un instant, comme c'est l'usage lorsque la vitesse est assez faible pour le permettre, afin d'échanger quelques mots par la vitre baissée avec le chauffeur de la même compagnie qui venait en face. « Salam aleikum! - Aleikum salam! », voilà comment s'engagea leur dialogue, qu'ils poursuivirent ensuite en français avec l'accent du Midi. D'habitude, le car était conduit soit par un chauffeur assez bavard, soit par une blonde un peu costaude, et c'est pourquoi je fus surpris. Quelle est la nature de cette surprise ? Vient-elle d'un qui ne voyage pas, qui n'a jamais vu la banlieue, les banlieues, les cités ? Non, mais voilà, je le confesse, j'ai été un instant étonné puis, très vite, porté par la vitesse du car traçant sa route dans la nuit, cet étonnement s'est converti en une suite de pensées dont la clef était comme une exclamation - le retentissement, en moi, d'un "pourquoi pas ?" que je développais sous cette forme: pourquoi, grands dieux, ne serait-ce pas ainsi, ainsi aussi et comme cela, avec ces voix, avec ce salut, pourquoi l"'identité" d'une nation, d'un pays, serait-elle quelque chose de si faible et de si renfrogné qu'elle ait à redouter de tels inserts ?

samedi 18 juin 2011

La sortie du pro-nucléaire

Même s'il n'est pas totalement novateur, on espère que le geste de monsieur Éric Besson sur le plateau de M6 sera bientôt imité par tous ses amis, les actuels, les anciens, les futurs...

"Allez, je vous laisse. Je me casse. Fait chier."

Encore ! Et pour de vrai.

Parce que oui.

Font chier.

vendredi 17 juin 2011

Défiance toute scientifique

Il est toujours trop tard.

Le suicide d'un jeune homme nous place toujours devant l'irrémédiable. Et comme nous ne saurons jamais clairement à quelle blessure essentielle il aurait fallu porter remède, nous préférons souvent penser que cet acte de mort volontaire, par quoi toute une vie a basculé dans l'irrémédiable, était inévitable...

Mais on n'en pense pas moins.

En lisant l'article que Luc Mathieu a consacré, dans Libération, à Aminullah Mohamadi, ce jeune Afghan de 17 ans qui s'est pendu à un arbre dans le parc de La Villette, on peut tenter d'imaginer à quel point sa vie a pu être ébranlée par les doutes sur son âge. Ces soupçons de fraude se sont exprimés très clairement dès sa prise en charge par les services sociaux, après qu'il ait survécu trois mois sous un pont, dans le quartier très gentrifié de Gambetta.

Les services sociaux doutent de son âge, ils lui font passer un test osseux qui conclut que le jeune Afghan a plus de 19 ans. Jean-Michel Centres, membre du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), saisit le juge des enfants au début de l’année 2010. Le magistrat conclut qu’Aminullah est bien mineur et rédige une ordonnance de placement provisoire.

L'article précise :

Le juge motive sa décision concernant Aminullah par l’examen de sa taskera, la carte d’identité afghane. Alors que les plus récentes sont imprimées sur une simple feuille A4, celle du jeune Afghan date de la période où les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan, entre 1996 et 2001. C’est un petit carnet de huit pages, avec la photo d’un enfant qui cadre avec l’âge revendiqué à l’époque.

L'Aide sociale à l'enfance ne fera pas appel de cette décision, pourtant assez rarement accordée. Mais l'intime conviction suspicieuse survivra, par delà la mort d'Aminullah :

«Sa taskera était probablement trafiquée. Je reste persuadé qu’il avait entre 25 et 30 ans, affirme Pascal Moulin, qui gère le dossier d’Aminullah à l’Aide sociale à l’enfance. Il avait un visage ridé et son comportement ne cadrait pas avec celui d’un jeune de 17 ans. Le Mrap a monté un dossier en jouant sur les incertitudes.»

A quoi les amis d'Aminullah répondent :

Jean-Michel Centres est, lui, convaincu du contraire. «Si Aminullah avait voulu faire un faux, il aurait pris une taskera récente, beaucoup plus facile à contrefaire. Cela n’a aucun sens.»«Bien sûr qu’il était mineur. Je le connaissais bien, il me l’aurait dit s’il avait menti. Et son histoire était totalement cohérente», confirme Haroun Walizada.

Et l'on se demande bien quelle "aide" pouvait apporter au jeune homme le responsable d'un service social qui le regardait avec une défiance si durable...

(Mais peut-être n'était-il, malgré ses remarques dermatologiques, qu'un gestionnaire de dossiers sans visage...)

De quoi rêver : ceux-là sont vides.

Dire que la France est la patrie des Droits de l'Homme relève, on le sait bien, de l'ironie la plus légère, teintée d'une délicate amertume. Mais on sait aussi, et certains s'en inquiètent, qu'on ne peut pas y faire n'importe quoi, notamment dans le cas des "mineurs isolés étrangers" dépourvus de titre de séjour en notre généreuse "terre d'accueil".

Cependant.

Cependant, il n'est pas question, néz'ba, que la France accueille etc. etc et nianianianianianianiania...

D'où la riche idée de contester, lorsque cela semble possible, l'âge des prétendus mineurs. Et conséquemment le recours de plus en plus répandu à ce fameux "test osseux" auquel Aminullah dut se soumettre.

Une notice du volume 1 de cette France-là, détaille tout cela avec précision :

(...) le test osseux est (...) systématiquement pratiqué lorsqu’une demande de détermination médicale de l’âge est formulée par le procureur de la République. Celui-ci peut être sollicité à cette fin par la police aux frontières en zone d’attente, par la police à la suite d’une interpellation, par le parquet lorsque l’Ofpra sollicite la désignation d’un administrateur ad hoc [*] , ou encore par le juge des enfants et l’Aide sociale à l’enfance (ASE) — respectivement quand le premier est saisi d’une demande de placement d’un mineur et quand la seconde conteste une décision de placement dans l’un de ses établissements. Parce qu’un mineur isolé bénéficie d’un système de protection particulier, lequel interdit son éloignement, la détermination de l’âge représente un enjeu primordial tant pour les institutions de prise en charge de ces mineurs que pour les services de police : car si la lutte contre les fraudeurs est une préoccupation pour les premières, elle est un objectif prioritaire pour les seconds. À la suite de l’examen, le juge statue sur la majorité ou la minorité de la personne.

[* La loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale prévoit la nomination d’un administrateur ad hoc pour les mineurs isolés placés en zone d’attente. Cet administrateur doit « assurer la représentation du mineur dans toutes les procédures administratives et juridictionnelles relatives à son maintien en zone d’attente, afférentes à son entrée sur le territoire, et, le cas échéant, relatives à sa demande d’asile » (Anafé, note du 4 octobre 2006). ]

Comme je n'ai aucune défiance envers les institutions de mon cher pays - "France, mère des arts, des armes et des lois" -, je ne doute pas que cette procédure d'expertise ne soit parfaitement légale ; et si elle ne l'est pas, le législateur s'en souciera...

Mais je crois que l'on peut s'interroger sur la scientificité des protocoles utilisés pour déterminer l'âge du présumé fraudeur.

On peut aussi douter de la drôlerie de l'illustration.

Voici quelques extraits d'un exposé, intitulé Détermination médico-légale de l'âge d'un adolescent, prononcé par le docteur Odile Diamant-Berger lors du Colloque du 27 octobre 2000, organisé par France Terre d'Asile : «Quelle protection en Europe pour les mineurs isolés demandeurs d'asile ?». Madame Odile Diamant-Berger se présentait alors comme Maître de conférences des Universités en médecine légale, expert agréé par la Cour de Cassation et chef du service des urgences médico-judiciaires à l'Hôtel-Dieu.

La méthode la plus courante et la plus facile à réaliser repose sur la radiographie de la main et du poignet gauche. C'est la technique que l'on intitule «détermination de l'âge osseux».

Ces clichés radiologiques sont en effet comparés à ceux d'un atlas de références établi en 1935 à partir d'une population de race blanche, née au États-Unis, d'origine européenne et de milieu familial aisé, destiné non pas à déterminer avec précision un âge civil mais à déceler certaines pathologies, notamment les retards de croissance de l'enfant ou adolescent (Atlas de Greulich et Pyle).

Cet atlas regroupe les reproductions de radiographies main/poignet gauche d'enfants et adolescents ; âgés de 10 à 19 ans, de sexe masculin et féminin.

L'étude de ces clichés radiologiques repose sur l'évaluation des noyaux d'ossification et la persistance ou non des cartilages de croissance au niveau des os longs. La perception de ces critères dépend également des constantes de pénétration des rayons X lors de la prise de la radiographie.

Par ailleurs, il existe une variabilité importante chez les utilisateurs de l'atlas liée à la différence possible d'évaluation de similitudes entre un cliché radiographique et une planche de l'atlas.

Enfin, aucune étude analogue n'a porté sur les populations africaines ou asiatiques.

Au total, la logique scientifique exige de fournir un intervalle de confiance ; la mission de l'expert impose de fournir un âge...

Cette méthode d'évaluation dite de Greulich et Pyle est fiable à plus ou moins 18 mois.

Après avoir parlé d'autres méthodes, dont celle de Tanner-Whitehouse qui "repose sur l'étude de différents points d'ossification, comparés à des normes établies sur une population anglaise et écossaise de classe moyenne dans les années 50 et 60", elle conclut :

S'il est bien démontré actuellement que la maturation osseuse d'un enfant ou d'un adolescent s'effectue plus rapidement que par le passé... aucune de ces abaques n'a été remise aux normes actuelles.

En pratique, les différents critères radiologiques relevés sur un patient ne sont jamais comparés avec une population de référence appartenant à la même ethnie car ces atlas n'existent pas pour la population étrangère actuelle retrouvée sur le territoire national.

Il en résulte que les critères radiographiques relevés sont «mauvais scientifiquement » surtout entre 15 ans et 18 ans, les méthodes citées ci-dessus ne prennent pas en comptes les réelles différences de croissance et de maturation osseuse liées à l'origine ethnique et aux carences nutritionnelles dont souffrent bien souvent des individus. L'estimation ne peut donc être transposée qu'avec un certain facteur d'imprécision.

Quel est l'âge, selon vous, de ce jeune capitaine ?

Au vu de sa carte de visite, on ne saurait soupçonner madame Odile Diamant-Berger d'excès de radicalisme critique dans son examen de ces diverses méthodes dites scientifiques. Mais, malgré sa conclusion sans appel, on continue d'utiliser ces évaluations pifométriques pour produire, devant les tribunaux, une prétendue "détermination" de l'âge réel de jeunes gens (et jeunes filles) suspectés de fraude...

Pourtant, sur ces questions qui touchent à la (sur)vie même d'individus qui, au bénéfice du doute, doivent être considérés comme mineurs, ce qui doit d'abord être suspecté, car c'est l'exigence de "la logique scientifique", c'est la possibilité d'utiliser avec une absolue certitude ces méthodes.

Et ne me parlez pas de "fournir un intervalle de confiance" - à combien de %, d'ailleurs ? - dans ces affaire où je ne vois que défiance.

jeudi 16 juin 2011

Le miracle grec

C'est une incontestable réussite médiatique : quand une grève générale se déclenche en Grèce, personne en France ne s'en aperçoit...

(Mais on s'inquiète quand même :

La Grèce plombe le CAC qui tombe sous les 3800 points

Titre ce soir Le Figaro.

Ce qui est bien plus intéressant pour ses lecteurs que les événements d'hier sur la place Sintagma.)

Et pourtant...

... elle est bien photogénique, la révolte grecque.
(Photo empruntée au blogue de Serge Quadruppani
qui rend un bel hommage au "chien jaune des manifs grecques".)


mercredi 15 juin 2011

Argumentations sommaires

Ça doit être le sujet qui veut ça. Dès que l'on (re) parle, en milieu parlementaire, du mariage homosexuel, il se produit des effets de discours que l'on aimerait simplement qualifier de "conneries" si monsieur Luc Ferry, philosophe analytique de la société, n'avait déjà utilisé cette conceptualisation dans une récente communication.

Hier matin, alors que l'Assemblée Nationale se préparait à rejeter, "par 293 voix contre 222, une proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples homosexuels", madame Marine Le Pen a tenu à marquer son opposition à cette initiative. Et elle a sans doute cru livrer aux auditeurs de France Inter qui l'écoutaient un raisonnement très serré :

Parmi "les règles de notre société", "le mariage s'effectue entre un homme et une femme", a déclaré Mme Le Pen sur France Inter.

"Je ne pense pas qu'il soit positif de changer cette règle, parce que si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation", a-t-elle jugé.

"Pourquoi pas l'autorisation de la polygamie !", a-t-elle poursuivi. "Il existe des familles polygames, pourquoi est-ce que demain un certain nombre de groupes politico-religieux ne demanderaient pas que la polygamie, sous prétexte d'égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français ?", a-t-elle ajouté. "Et bien, c'est une autre civilisation", a-t-elle estimé.

Ces propos évoquent, bien sûr, ceux qui avaient été tenus par madame Brigitte Barèges, mais en plus sérieux. Madame Barèges faisait - elle l'a dit, alors on la croit - un mot d'esprit fort plaisant, ce qui était parfaitement souligné par cette subtile allusion aux "unions avec des animaux"... Madame Le Pen suit une ligne d'argumentation très directe en mettant en parallèle reconnaissance du mariage homosexuel et "autorisation de la polygamie", risquent de nous mener, "à la limite très loin", à une véritable mutation civilisationnelle.

Et ça, franchement, c'est pas rigolo...

Si l'on suit très strictement le parallèle établi par madame Le Pen, on peut se demander qui, dans le cas de la demande de reconnaissance du mariage homosexuel, tient le rôle de ce "certain nombre de groupes politico-religieux" prêt à se lever pour demander que "la polygamie, sous prétexte d'égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français"...

Sur RTL, monsieur François Baroin, le très décoratif porte-parole du gouvernement, n'a pas beaucoup éclairé les chers auditeurs sur ces "groupes" qui menacent, par leurs demandes intempestives, l'avenir de notre civilisation. Il a seulement assuré que ses amis n'en faisaient pas partie.

On se sait pas si cela fait beaucoup.

"Dans mon entourage, des amis qui sont gays, je n'en connais pas un qui veut se marier."

Un telle déclaration est sans doute une manière de "couvrir" ses amis, et c'est, anéfé, un bel exemple de ce à quoi une solide et indéfectible amitié peut conduire.

Car il ne saurait être question de prendre cela pour un début d'argument.

Pas facile de toujours dire des choses intelligentes...

Heureusement, monsieur Christian Vanneste, un authentique intellectuel picdelamirandolesque, était là pour produire une argumentation de haute volée :

Le député UMP Christian Vanneste a estimé aujourd'hui dans les couloirs de l'Assemblée que le mariage entre deux personnes de même sexe était "une aberration anthropologique" car la "société doit assurer sa pérennité", le reste "étant une question de mode".

Ce n'est là que le résumé de ses propos, qui ont dû prendre, "dans les couloirs de l'Assemblée", l'allure d'une véritable leçon inaugurale d’anthropologie sommaire.

"Je ne vois pas en quoi l'Assemblée nationale doit s'intéresser à une aberration anthropologique. Il n'y a que deux sexes, les hommes et les femmes. Et la société doit assurer sa pérennité par le mariage des hommes et des femmes. Le reste, c'est une question de mode, liée à quelques lobbies qui ont manifestement beaucoup de pouvoir."

On a vu plus haut qu'aucun "des amis" de monsieur Baroin "qui sont gays" n'appartient à ces "lobbies" qui font la mode. Je tenais à le rappeler moi-même, car le rédacteur de la dépêche ne le fait pas.

En revanche, il a pris bonne note des étapes de l’argumentation déployée par monsieur Vanneste :

"Ce n'est pas parce que quelques personnes ont des comportements, disons 'curieux', que forcément la société doit s'en préoccuper."

A-t-il poursuivi.

"C'est une affaire privée, qui ne concerne pas l'avenir de la société."

A-t-il ajouté.

"C'est du plaisir sexuel, c'est du divertissement, de l'affection. En quoi cela intéresse la société ?"

A-t-il demandé.

"La société s'intéresse au mariage dans la mesure où il est lié à la procréation dans la majeure partie des cas."

A-t-il précisé.

"Ce n'est pas la première fois qu'une mode sera à la mode parce que la presse l'aura décidé."

A-t-il encore ajouté.

On sent bien qu'on arrive à des sommets de pensée tout juste décoffrée.

Mais il faut signaler que le plus "curieux" de tout cela est peut-être que monsieur Christian Vanneste a, parallèlement à sa brillante carrière politique, enseigné la philosophie au lycée industriel et commercial privé de Tourcoing.

Sans doute y a-t-il développé sa "curieuse" conception de l'anthropologie...

mardi 14 juin 2011

Un fait divers sans commentaires

C'était un fait divers assurément trop banal pour faire l'objet d'une dépêche d'agence...

Aussi n'a-t-il été relaté, à ma connaissance, que dans l'article que Luc Mathieu lui a consacré, le 10 juin, dans Libération, sous le titre La France ou la mort.

Seul le visage n’est pas recouvert par le linceul blanc. Aminullah Mohamadi, un Afghan de 17 ans, avait des traits fins, un nez busqué et d’épais cheveux noirs. Ce vendredi 20 mai, quinze de ses amis se sont réunis autour de sa dépouille à l’institut médico-légal de Paris. Ils fixent en silence le cadavre à la bouche entrouverte. Hadji, vêtu d’un shalwar kamiz beige, la tunique traditionnelle afghane, murmure une prière en passant ses mains au-dessus du corps, comme s’il voulait le laver sans le toucher. Quelques-uns prennent des photos avec leur téléphone portable. Un employé de l’institut s’excuse avant de refermer le cercueil et de poser les scellés. La dépouille d’Aminullah Mohamadi devait arriver le 23 mai à Kaboul, la capitale afghane.

L’adolescent s’est suicidé trois semaines plus tôt. Son corps, pendu à un arbre, a été retrouvé dans l’après-midi par une patrouille de police dans le parc de La Villette, dans le nord-est de Paris. Il était arrivé en novembre 2009 en France après avoir traversé l’Iran, la Turquie, la Grèce et l’Italie. Aminullah avait vécu dans la rue, puis dans des foyers et des hôtels. Il avait appris le français et voulait, selon ses amis, devenir plombier. (...)

Tristesse, colère :

«C’est à cause d’eux qu’il est mort, dit Haroun Walizada, 17 ans, en se tournant vers deux employés de l’Aide sociale à l’enfance venus à l’institut médico-légal. Ils lui ont dit : "Tu as bientôt 18 ans, on va te renvoyer en Afghanistan." Aminullah a paniqué. Il disait que c’est son cercueil qu’ils renverraient.»

Incompréhension :

Devant l’institut médico-légal, Olivier Le Camus, chef du bureau de l’Aide sociale à l’enfance de Paris, réfute une à une les accusations. «Nous n’envisagions absolument pas de mettre fin à sa prise en charge. Nous lui avions même trouvé une nouvelle formation, un CAP de peintre en bâtiment. Il aurait dû commencer le jour où il s’est suicidé.»«Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour ce garçon, ajoute Romain Lévy, adjoint au maire de Paris en charge de la protection de l’enfance. Il a été placé dans une famille d’accueil, scolarisé, envoyé en vacances. Mais rien ne fonctionnait. Il ne s’adaptait pas, il ne s’entendait pas avec les autres jeunes.»

Témoignages contradictoires :

(...) Le 15 février 2010, Aminullah est envoyé dans une famille d’agriculteurs dans la campagne de Marmande (Lot-et-Garonne). «Il était perdu. Il ne parlait pas du tout français et n’avait que trois jours de cours par semaine», explique Jean-Michel Centres. Le jeune Afghan fugue et revient à Paris. Les services sociaux le scolarisent durant six mois dans un collège. «Il avait beaucoup de mal à apprendre. Il n’obéissait pas, il était insolent et agressif avec les adultes», affirme Pascal Moulin*.

Aminullah prend aussi des cours dispensés par France Terre d’Asile à Montreuil. Dans son évaluation rédigée après deux mois de formation, Emilie Pierard, professeure de français, le décrit comme un élève «assidu, curieux, très sociable et ayant fait beaucoup de progrès». Parlant désormais bien le français, Aminullah fait parfois office de traducteur pour les Afghans qui errent sur les berges du canal Saint-Martin ou aux abords de la gare de l’Est. «Il allait bien, il avait repris espoir», dit Jean-Michel Centres**.(...)

* qui gère le dossier d’Aminullah à l’Aide sociale à l’enfance.

** membre du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap).

Et puis ?

Mais à partir de l’automne, l’adolescent déprime. Il s’inquiète de ne pas avoir de formation professionnelle et de ne pas trouver d’emploi. Quand Aminullah a-t-il définitivement sombré ? Jean-Michel Centres, du Mrap, l’a vu une dernière fois début mars à une distribution de nourriture de l’Armée du salut dans le XIXe arrondissement. «Il était au bord des larmes, il allait de toute évidence très mal.»

Aminullah s’isole. Il ne contacte plus son entourage, ne fréquente plus les locaux des associations qui aident les migrants afghans. Il reste dans sa chambre de l’hôtel Seine-et-Rhin (XIXe) où l’ont logé les services sociaux. Le jeune homme vit avec son allocation de 12 euros par jour. A son ami Haroun qu’il finit par accepter de rencontrer, fin avril, Aminullah explique qu’un rendez-vous avec l’Aide sociale à l’enfance a mal tourné. «Ils lui avaient demandé de se faire établir un passeport à l’ambassade d’Afghanistan. Quand il est venu le leur apporter, on lui a dit qu’il serait renvoyé là-bas dès qu’il aurait 18 ans.»«C’est faux, répond Olivier Le Camus. Il n’avait aucune raison d’avoir peur. Il avait simplement besoin de papiers en règle pour obtenir un permis de séjour une fois majeur. Nous avions même décidé de prolonger sa prise en charge jusqu’à ses 21 ans.»

Un rendez-vous est pris à l’hôpital Saint-Anne, spécialisé dans les consultations psychiatriques. Aminullah n’y va pas. «Il répétait que ça ne servait à rien, qu’il serait de toute façon expulsé cet été, raconte son ami Haroun. Il m’a dit : "Si je me tue, n’emmenez pas mon corps en Afghanistan. Même mort, je ne veux pas y retourner."»

(Cette dernière volonté n'a pas même été respectée...)

Et puis ?

Le silence.

A la suite de cet article, qu'il faut lire en son intégralité, et faire connaître, les trolls habituels de Libé se sont tus.

lundi 13 juin 2011

Un philosophe mal embouché

Monsieur Luc Ferry, on le sait, est l'un des plus fascinants acteurs de la vie intellectuelle franco-parisienne. Sa récente prestation dans le style "je ne sais rien, mais on m'a tout dit", avec la complicité (involontaire) de monsieur Yves Bertrand, ancien patron des Renseignements généraux, dans une composition inspirée de "je sais tout, mais je ne dirai rien", a été un franc succès public, et notre malicieux pantin a pu s'en réjouir un instant.

Jusqu'à ce que le vilain Canard (Enchaîné) ne révèle que sa position administrative et, par suite, l'origine de ses émoluments, n'étaient pas d'une clarté absolue.

On sait que ce type d'information a le don de faire lever très haut le sourcil ombrageux du contribuable mécontent...

Sans vouloir me prévaloir de mon expérience personnelle en ce domaine - car c'était il y a longtemps, et plutôt que de continuer à toucher mon salaire, j'ai dû en rembourser un et attendre l'autre pendant quatre mois -, il est possible que monsieur Luc Ferry soit de bonne foi, aux prises avec l'un de ces sacs de nœuds que l'administration sait artistement ouvrager.

Mézalors, un simple communiqué, très didactique, aurait dû être suffisant pour éclaircir la situation.

Au lieu de cela, monsieur Luc Ferry s'est très rapidement excédé, et l'on a pu voir cet éminent enseignant, du supérieur il est vrai, commettre l'impardonnable erreur de s'abandonner à une colère mal dominée devant un auditoire à ses yeux trop obtus pour comprendre en quelques mots. Beaucoup de ses collègues, qui remplissent de manière effective la tâche d'enseignement qui leur est dévolue, auraient pu lui déconseiller cette stratégie calamiteuse : devant une classe, la colère doit être parfaitement contrôlée, l'idéal étant tout simplement de la simuler.

Monsieur Luc Ferry a préféré lâcher la bride à son courroux fulminant.

Et rester, ce ouiquende, insensible à l'humour corrézien.

On a pu l'entendre, ce ouiquende. Il parlait assez fort dans les micros.

Sur France-Info, hier soir, il a annoncé qu'il allait "à partir de maintenant poursuivre en diffamation les gens qui prétendent (qu'il) occupe un emploi fictif".

Précisant:

"L'affaire commence à bien faire. L'affaire commence à me chauffer les oreilles et maintenant je vais prendre un avocat pour poursuivre les gens qui disent des conneries."

Et expliquant encore et encore :

"L'idée de remboursement n'a pas de sens. Je suis détaché de mon université dans une autre administration, à savoir les services de Matignon comme président d'un des conseils qui entourent le Premier ministre. Donc, il ne s'agit pas de rembourser."

"Les gens comprennent que je touche deux traitements ou que Matignon va rembourser des heures que je n'ai pas faites, mais c'est grotesque! On ne rembourse pas des heures que je n'ai pas faites. Je suis payé comme président du Conseil d'analyse de la société."

"Si tel ou tel député, si Mme Royal ou l'autre zouave, veut supprimer le Conseil d'analyse de la société mais qu'il le dise, je m'en fous, qu'il le supprime. Mais qu'on ne dise pas que j'ai été payé pour des heures que je n'ai pas faites et que je devrais rembourser. C'est honteux, c'est scandaleux."

(Je n'ai pas regardé si "l'autre zouave" avait réagi...)

Ce n'est pas l'autre, mais celui du pont de l'Alma, à Paris.

A l'heure de mon premier café matinal, monsieur Ferry était toujours sur la brèche, et pas vraiment calmé. Il s'entretenait avec Pascale Clark, dans sa courte séquence "5 minutes avec...". On a pu vérifier qu'il n'est pas faux de dire que l'humeur coléreuse pousse l'individu a des extrémités où il se révèle.

Et c'est en authentique pignouf, d'une incomparable goujaterie, avec le vocabulaire de charretier que seul peut employer un gougnafier parvenu, que je l'ai entendu défendre son considérable "travail" à la tête du Conseil d'Analyse de la Société (CAS).

Pour découvrir le labeur et les produits de ce trop méconnu Conseil, que monsieur Luc Ferry s'emploie actuellement à populariser, en ne ménageant pas son irascible talent, le plus simple est de se rendre sur le site du CAS. Une fois dépassée l'étrange impression d'être arrivé par inadvertance sur une page dédiée aux Editions Odile Jacob, vous pourrez y découvrir l'édito illustré d'un portrait (souriant) du "président délégué", qui est un raccourci de la présentation qui, elle, est agrémentée de photographie de séances de travail plénières.

Un rapide passage en revue de la liste des membres du conseil vous permettra de vous faire une idée de la diversité plutôt convergente des "32 personnalités de tous horizons" qui le composent, toutes "choisies en fonction de leur compétence".

On y trouve, et j'y vais un peu selon mes goûts pour faire cet assortiment,

Christine Albanel, Ancien Ministre de la Culture et de la Communication,
Patrick Artus, Directeur de la Recherche et des Études économiques de NATIXIS,
Jeannette Bougrab, Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative,
Monique Canto-Sperber, Philosophe. Directrice de l’École Normale Supérieure,
Bernard Fixot, Éditeur,
Mara Goyet, Professeur d’histoire-géographie,
Etienne Klein, Physicien, adjoint au Directeur des sciences de la matière au CEA,
Père Alain Maillard de la Morandais, Prêtre,
Emmanuel Leroy-Ladurie, Universitaire, membre de l’Institut,
Gilles Lipovetsky, Professeur agrégé de philosophie, essayiste,
Alain-Gérard Slama, Universitaire, journaliste,
Lucy Vincent, Docteur en neurosciences et pharmacologie.

Rassurez-vous, le Conseil d'Analyse de la Société ne comporte, parmi ses membres, aucun spécialiste du "social" - quel vilain mot !

Enfin, pour découvrir le sujet de société qui sera prochainement analysé par le CAS, il vous suffira d'ouvrir la dernière lettre de mission reçue du premier ministre. Elle date du 13 mai 2011, et demande un rapport "sur les jeunes" pour le mois de novembre 2011.

On peut trouver que c'est bien court, mais la lettre du premier ministre balise assez bien le travail demandé. Après avoir très modestement fait un bilan de tout ce que son gouvernement a déjà fait pour "les jeunes", monsieur François Fillon écrit :

Aujourd'hui, dans un monde en profonde mutation, les jeunes Français, comme le montrent plusieurs études récentes et contrairement à ce qu'insinuent certains discours trop caricaturaux sur l'état de notre jeunesse qu'on entend ici ou là, restent très majoritairement confiants dans leur avenir individuel et dans leurs capacités personnelles de réussite. Mais ils affichent encore souvent un certain pessimisme quant à l'avenir de leur pays et, pour un certain nombre d'entre eux, une défiance à l'égard des institutions et des médias.

Il nous appartient de prendre en compte les légitimes attentes de la jeunesse pour continuer à faire évoluer notre politique en faveur des jeunes.

A ce titre, je souhaite que vous puissiez analyser les aspirations des jeunes, dans leur diversité, et ce faisant distinguer la part du réel et celle du mythe dans les inquiétudes qui la traversent aujourd'hui.

Si on lit bien, ces messieudames ont déjà le plan de leur rapport, avec, en prime, quelques mots clés et une partie de la conclusion.

Alors, au travail !