lundi 11 janvier 2010

Amères agrumes de Calabre

Pour une fois, personne ne contestera que le titre le plus révélateur sur ce que Libération nomme "les violences anti-immigrés en Calabre" a été trouvé par le spécialiste des gaffes-en-tous-genres du journal Le Progrès:

Une chasse aux immigrés dans le sud de l'Italie vire au drame

A l'automne, le même journal avait peut-être titré: Une battue au sanglier dans le Jura tourne à la tragédie...

Je ne sais pas, je ne suis pas abonné.

Oranges de Rosarno en attente de cueillette.
(Photo empruntée au blogue en italien Fortress Europe)

A Rosarno, en Calabre, dans ce pays où fleurit l'oranger, la chasse aux immigrés est peut-être ouverte dès que commence la saison de la cueillette des agrumes, principale production de la région. Quand ils ne servent pas d'occasionnel gibier à quelques jeunes locaux en manque de divertissement, les immigrés, avec ou sans papiers, sont surexploités, légalement ou illégalement, par les propriétaires de plantations.

Leurs conditions de vie et de travail nous sont rappelées par divers articles, comme celui d'Anne-Sophie Legge (de l'AFP), ou celui de Charles-André Udry (sur le site de A l'encontre) où l'on peut lire:

Les travailleurs immigrés qui arrivent dans cette région sont les survivants d’une odyssée durant laquelle ils ont été contraints d’assister à la mort de leurs congénères : dans les déserts, dans la mer ou dans les «camps de rétention extracommunautaires» financés par l’Union européenne et la Suisse.

Ils ont quitté des pays rongés par des guerres – derrière lesquelles se camouflent des conglomérats miniers ou des groupes pétroliers – et détruits par l’exploitation néocoloniale prenant appui sur des «élites» corrompues, alliées de leurs corrupteurs.


Ils arrivent dans une terre où, par milliers, ils ne seront que des bras pour cueillir des agrumes dès novembre et repartiront en mars après la récolte des oranges, migrant en Italie d’une région à l’autre, selon les récoltes. Sans toit, sans eau, sans électricité, sans sanitaires, reclus parfois dans des bâtiments industriels désaffectés. (...)

Pour reprendre la formule d’un des leurs : «Nous vivons entre les rats et la peur.» Un autre, originaire du Maroc, confie au journaliste Attilio Bolzoni du quotidien La Repubblica : «Je vis dans la peur, la peur de faire savoir à ma fa mille comment je vis en Europe.»

En fin d’année dans la région de Rosarno, chaque matin, des «contremaîtres» arrivent devant les baraques avec des camionnettes pour engager ces travailleurs immigrés qui n’ont littéralement plus rien si ce n’est leurs bras – de jeunes hommes – pour travailler 12 à 14 heures par jour, pour 20 euros, en payant 5 euros pour le «transport».


(Vous pouvez aussi retrouver l'intégralité de cet article sur le Jura Libertaire.)

Studettes à poutres apparentes...

...avec coin cuisine.
(Ces deux photos datent de janvier 2009,
et ont été empruntées à Fortress Europe.)

Face aux événements qui ont suivi, les médias sont si peu précis sur leur déclencheur immédiat que la presse d'extrême droite en ligne peut se permettre d'y trouver des "prétextes fallacieux".

Il est possible qu'un groupe de jeunes (ou moins jeunes) calabrais, en mal de divertissement, ait décidé de "faire un carton" sur un groupe de travailleurs... On a parlé, sans trop de précisions, de deux blessés par des tirs provenant d'une arme à air comprimé.

La violente manifestation de la colère des ouvriers immigrés, jeudi 7 janvier, dans les rues de Rosarno, a été davantage médiatisée:

La télévision italienne a diffusé abondamment des images des violences, montrant une dizaine d'immigrés brisant les vitres des voitures à l'aide de barres de fer. (Le JDD)

On peut trouver aussi des images et des vidéos sur les sites de par chez nous, et consulter les commentaires de nos compatriotes inspirés.

Je préfère ce commentaire-ci, qui conclut l'article de Charles-André Udry:

Ils se sont défendus comme des êtres humains dont la rage adoucit la souffrance – en cassant quelques voitures et vitrines de magasins – et ont été réprimés par la police comme «des animaux».

Rosarno, 7 janvier 2010.

Ce qui a suivi, alors que la police était déjà sur les lieux, s'inscrit dans la plus pure tradition du déchaînement raciste.

Plus d'un millier d'immigrés ont quitté la région de Rosarno.

Sans doute plus d'une trentaine de blessés parmi eux, par des moyens divers, et rarement précisés dans les dépêches...

Que ceux qui s'attendent à un réveil assez nauséeux en Italie se rassurent. Les Italiens ont une excuse imparable: C'est pas nous, c'est la mafia.

Quant au racisme, il n'existe pas plus en Italie que chez nous:

Dans un éditorial, Il Giornale, le quotidien de droite de la famille Berlusconi, adresse dimanche un appel provocateur aux habitants de Calabre: "plutôt que sur les nègres, tirez sur les mafieux".

"Pourquoi les Calabrais ne tirent-ils pas sur la mafia? Les immigrés sont pauvres et faibles, laids et sales, des cibles idéales. Le crime organisé, qui tient en échec les forces de l'ordre est fort, violent, avec un esprit de revanche et donc il convient de ne pas le toucher", estime le quotidien.

Une autre preuve irréfutable peut être trouvée dans ce poignant témoignage:

"Nous ne voulons pas qu'ils reviennent", déclare à l'AFP Giuseppe, propriétaire terrien à Rosarno, entouré de plusieurs amis. "Les nègres, nous les avons habillés et nourris, nous leur avons même offert des plats cuisinés à Noël", affirme-t-il, surpris qu'"on (les) prenne pour des racistes".

Cet article de l'AFP, publié par Le Matin, est intitulé Italie: sans immigrés africains, l'agriculture de Rosarno risque de mourir, et il est illustré d'une photo légendée

Des mandarines tombent au sol faute d'avoir été récoltées, le 10 janvier 2010 à Rosarno (Italie)

Cela me rend bien triste pour le pauvre Giuseppe...

Je lui souhaite de crever au plus vite, la gueule grande ouverte, sur son tas de mandarines pourries.

dimanche 10 janvier 2010

Haut niveau du bas débat

Il y a chez monsieur Eric Besson, étoile montante de la Sarkozie, comme des éclipses de discernement...

Ainsi, annoncer sa présence à une réunion-débat du Grand Débat, à Liévin, dans le Pas-de-Calais, le 13 janvier, en demandant (gentiment ?) de décaler l'heure afin d'y assister, c'était évidemment tendre une perche à madame Marine Le Pen, élue dans la région, qui a annoncé, elle aussi, son intention de venir, sans demander de modification horaire...

... et avec quelques copains.
(Steeve Briois et Marine Le Pen, AFP/Philippe Huguen)

Ceci était prévisible...

Mais il semble que monsieur Besson n'avait pas prévu les choses ainsi, puisque l'annonce claironnée de la présence de madame Le Pen à Liévin a été suivie, d'assez près pour que s'établisse un lien, par celle de l'absence regrettée de monsieur Besson, retenu à l'Elysée pour la cérémonie des vœux du chef de l'Etat aux parlementaires.

Le président de région, monsieur Daniel Percheron, qui n'est pas un mauvais cheval (ainsi que le dirait le grand JBB un jour de méforme), a lui aussi bronché devant l'obstacle et fait savoir que l'annonce de sa venue provenait d'«une erreur d'agenda de ses services»...

Le préfet du Pas-de-Calais a peut-être jugé qu'il y avait des limites à son dévouement et à ses attributions administratives. Il a préféré ne pas organiser ce qui s'annonçait comme un mitigne du Front National et a annulé la "rencontre".

Ce fâcheux concours de diverses circonstances et de décisions maladroites a hissé madame Marine Le Pen sur ses grands chevaux de pure race démocratique, et la voilà qui dénonce une "lamentable débandade".

Ce mot de "débandade" n'a certainement pas été lancé dans le feu d'une vertueuse indignation populiste, mais avancé avec toute la malice dont est capable la digne héritière du patriarche frontiste, si respectueux de la langue nationale, imparfait du subjonctif inclus...

Il est vrai qu'une telle allusion à un défaut de virile performance a dû atteindre au bon niveau le très susceptible monsieur Besson. Il n'a échappé à personne que ce dernier fait grand cas de ses attributs, signes extérieurs de virilité, avec une certaine prédilection pour ses prétendument précieux et imposants cojones.

Sur ce sujet, je ne peux que vous conseiller la lecture du "Rebond" d'Eric Fassin, publié le 4 janvier par Libération, Sexe, identité et trahison. Ce texte a été repris sur le blogue d'Eric Fassin, sous le titre Identité nationale: la débandade, et a donné lieu à un "complément" sur le blogue de Raphael Jornet: The testicles, virility, and politic in France.

Avec monsieur Besson, on atteint un tel niveau de profondeur, à partir de la ceinture, que l'on peut se demander si le prototype identitaire national de genre masculin n'avait pas déjà été immortalisé par le crayon prophétique de Jean-Marc Reiser.

Reiser, reviens, ils le sont devenus tous !

La réponse de monsieur Besson devait venir vendredi, en marge d'un "colloque économique" par lui organisé, deuxième édition de la série Nouveau Monde, Nouveau Capitalisme, sous-titré Régulation, gouvernance, progrès.

Monsieur Besson aime également beaucoup se prendre au sérieux...

On peut juger toutefois que cette réponse manque de hauteur, puisqu'elle peut se résumer en un puéril "ze m'en fisse pas mal de quoi qu'elle dit" (j'ai restitué le cheveu sur la langue si courant sur les cours de récré...)

Il a ajouté qu'il regrettait "de devoir répondre 'à des questions sur Marine Le Pen qui [le] gonflent prodigieusement' "

On notera dans ces propos l'ambiguïté du "qui"... A l'oral, il peut tout aussi bien se rapporter à "questions" ou à "Marine Le Pen". L'accord du verbe montre que l'AFP, en transcrivant ces paroles, a tranché.

N'ergotons pas, et tranchons !

Au bon niveau.

Face à Grand Débat sur l'identité nationale, il faut aussi trancher radicalement.

Il ne s'agit certes pas de s'attaquer aux désormais célèbres cojones de notre ministre.

Mais il s'agit de prendre la seule position cohérente envisageable: exiger la suppression du ministère de l'identité et de la honte nationale que ce monsieur occupe.

Cliquez pour accéder au texte de l'appel,
et vous joindre aux signataires.


Cet appel a d'abord été publié dans Libération, le 4 décembre 2009, accompagné des noms des vingt premiers signataires.

Il se trouve maintenant en ligne, sur un site donnant accès à des articles de référence, et à des informations sur le film prévu pour février 2010.

A l'heure où je vais faire clic pour envoyer mon billet, il y aura environ 17400 signatures...

Clic !


Addendum Post-Clicum: D'un message que je viens de recevoir:

Au 10 janvier 2009 (13:32) est atteint le nombre impressionnant de 17239 signatures... ce qui fait déjà de cette pétition un évènement politique et une contribution forte au non-débat sur l'altérité nationale lancé par le ministère à supprimer.

Mais une pétition ne suffit pas : une vaste campagne nationale de mobilisation des "forces vives de la nation" doit être lancée pour garantir que ce ministère de l'identité nationale et ses effets xénophobes ne s'installeront pas durablement dans le paysage politique du pays, dans sa structure étatique et dans notre régime politique.

En complément du site de signature de la pétition, un blog vient d'être créé pour refléter et aider cette campagne :

http://pourlasuppressionduministeredelidentitenationale.wordpress.com/

Des groupes locaux commencent à se créer. Vous trouverez notamment un reportage télévisé sur le collectif gardois pour la suppression du ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cette première création de groupe local donne un exemple dont on peu espérer qu'il sera suivi dans toute la France.

Actuellement, le compteur affiche 18 119 signatures.

vendredi 8 janvier 2010

Séguin vs Jospin

La vie étant pleine de choses redoutables, comme aimait à le répéter Jean Paulhan, j'ai dû, hier matin, me lever bien avant l'aube afin de pouvoir dégager, au fond du jardin, ma quatrelle ensevelie sous le petit mètre de neige tombé ces jours derniers en Normandie.

C'est ainsi que je me suis aperçu que monsieur Philippe Val, qui préside aux destinées de France-Inter, avait pris de grandes et efficaces décisions modifiant la grille matinale. Le pétulant et tonitruant Nicolas Demorand, l'indépendance faite ancien élève de l'ENS, débarque donc sur les ondes à 6h 30, nous débarrassant de Patricia Martin, qui nous donnait de plus en plus l'envie de ne pas y aller...

Inutile de vous dire qu'en entendant la voix de Demorand, je suis remonté vite fait pour vérifier le fonctionnement de mon réveil.

Tout en prenant le temps que j'avais prévu de perdre, je me livrai aux diverses ablutions et soins cosmétiques du matin, repérai sous quelle congère gisait ma ouature et la dégageai, tout en pestant in petto, comme font les vieux, contre ces changements de programmes inopinés...

Un article du Monde.fr m'a appris que les animateurs-journalistes de France Inter avaient été également "surpris par la brutalité" de cette modification, et que des "membres de la société des producteurs de France Inter" avaient demandé à rencontrer monsieur Philippe Val pour s'en expliquer avec lui. Ce qui fut fait le 18 décembre 2009.

Il avait profité de la rencontre pour leur faire part de grands changements dans la prochaine grille de septembre. Et sûrement des économies. "France Inter est une radio qui coûte cher à l'actionnaire, qui n'est pourtant pas très bien traité par la station", avait-il alors indiqué.

Cette phrase, "France Inter est une radio qui coûte cher à l'actionnaire, qui n'est pourtant pas très bien traité par la station", manifestement reprise du célèbre Manuel du grand manageur à l'usage des nuls, avec cette occurrence incongrue de "l'actionnaire", a offusqué la société des producteurs:

Le lendemain, un tract de la société des producteurs rappelait à M. Val que le seul actionnaire de France Inter était le peuple français, à travers le paiement de la redevance audiovisuelle. Et non pas le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui, désormais, nomme lui-même le PDG de Radio France.

La réponse de monsieur Philippe Val s'est voulue apaisante:

"Nous sommes encore dans une forme de nervosité. Il est évident pour moi que l'actionnaire d'Inter n'est pas le président de la République, mais les auditeurs. Tout changement est compliqué à faire, mais je ne veux pas que France Inter soit un musée."

Espérons que nous ne sommes pas d'ores et déjà "dans une forme de" servilité...

La quatrelle amphibie dont j'ai toujours rêvé,
résistant vaillamment à une attaque de scaphandrier.
(Photo découverte par JR, grand amoureux des zotos.)

Après avoir retrouvé mon véhicule, j'estimai avoir le droit de partir un peu en retard, et je repris un café très chaud en écoutant distraitement la radio nationale.

Rien bien de folichon: on annonçait que l'invité du jour était monsieur Lionel Jospin.

Monsieur Jospin, homme politique à la retraite depuis bientôt huit ans, est le type même de retraité qui, vous ayant fait le coup de la larme à l'œil auprès de la machine à café en expliquant que ça lui serait trop dur de revenir vous voir, est devenu impossible à déscotcher. Tous les six mois, vous le voyez rappliquer, sous un quelconque prétexte, pour pérorer à côté de la même machine à café, évoquant avec force détails les événements marquants de sa carrière.

Le prétexte de monsieur Lionel Jospin est, si j'ai bien compris, la diffusion sur une chaîne de télévision d'un documentaire sur sa vie et son œuvre, et la sortie, aux éditions du Seuil, d'un livre au titre fort alléchant: Lionel raconte Jospin.

Il ne faut pas dire trop de mal de ce titre, car Le Seuil, honorable maison d'édition, qui doit certes coûter cher à "l'actionnaire", aurait pu imposer un titre comme Si Jospin vous était conté par Lionel, ou Lionel Jospin par Jospin Lionel, ou Le petit Jospin illustré par Lionel, ou Jospin nous parle d'un temps que les moins de huit ans ne peuvent pas connaître...

Après des nouvelles désatreuses de la météo, Nicolas Demorand lance le journal, qui redémarre sur la météo.

On sent ensuite un léger flottement dans la direction, puis on annonce que monsieur Philippe Séguin aurait fait une crise cardiaque, et qu'il est "probablement décédé".

Monsieur Lionel Jospin, qui "venait d'arriver dans le studio", a dû penser qu'il était abonné à la scoumoune: venu pour replacer son "bilan", qu'il aurait mieux fait de placer de manière convaincante il y a huit ans, voilà qu'encore une fois, quelqu'un d'autre lui volait la vedette.

Je suppose que, désabusé, il a dû se réfugier dans l'arrière-salle d'un troquet de son cher dix-huitième arrondissement, pour taper le carton avec ses copains.

Il n'est pas certain qu'il gagne, mais c'est ça la retraite !

Lionel racontant Jospin, le 5 janvier 2010.

Depuis hier, on trouve toutes les qualités à monsieur Philippe Séguin, devenu le dernier prototype historique du gaulliste "social"...

Au milieu de ce flot d'hommages et d'éloges, on ose à peine rappeler, qu'un membre du RPR, ami de monsieur Charles Pasqua, reste un membre du RPR, ami de monsieur Charles Pasqua.

C'était un "homme de convictions", ces convictions ne sont pas les miennes.

A part peut-être son attachement irraisonné à la dernière clope...

Paix à vos cendres, monsieur.

mercredi 6 janvier 2010

Grande braderie de l'aide aux étrangers

Le samedi 26 décembre, Patrick Peugeot, président de la Cimade, s'est vu interdire l'entrée du Centre de Rétention Administrative d'Hendaye, sur décision de monsieur Philippe Rey, le très zélé préfet des Pyrénées Atlantiques.

Une demande officielle avait été adressée à la préfecture le 22 décembre. Demande de pure courtoisie, si l'on songe que la Cimade était encore à cette date la seule association habilitée à intervenir auprès des sans papiers dans les centres de rétention... Le préfet a fort courtoisement répondu en décidant que Patrick Peugeot n'était pas le bienvenu.

On peut noter un léger flottement quant aux motifs invoqués par la préfecture. Le communiqué de la Cimade Sud-Ouest indique:

Le préfet prétend que le centre était fermé. Il ment. Le règlement du CRA prévoit les visites pour les retenus TOUS LES JOURS de 9 h à 11h 45 et de 14 heures à 18 h. Il n'y est nullement question du samedi et du dimanche.

Le représentant de la CIMADE qui assurait la permanence au CRA le samedi 26 décembre a été témoin de la fin de non recevoir opposée à son président.

Un article de Sud-Ouest permet de prendre connaissance de l'ajustement effectué par la préfecture:

«Le préfet a envoyé une lettre à M. Peugeot afin d'expliquer sa décision». Dans cette lettre, «le préfet rappelle à l'association qu'elle doit appliquer les missions qui la lient à l'État via une convention. Et pour le préfet, cette convention doit être d'application stricte. En l'occurrence, la convention ne prévoit pas de possibilités de visite dans le CRA d'Hendaye en dehors des permanences assurées par des membres agréés. Or, M. Peugeot n'était pas agréé.»

Il n'est pas interdit de penser qu'un jour prochain, monsieur le préfet des Pyrénées Atlantique soit statufié dans un vaste groupe allégorique, sculpté dans le marbre d'Arudy, représentant l'inflexibilité administrative défendant les droits des étrangers contre les intrus non agréés.

La pose, pour l'éternité.

Interdire à la Cimade l'entrée de la plupart de nos prisons pour étrangers, c'était là un grand rêve de monsieur Hortefeux, qui fut le premier ministre des Expulsions du sarkozisme triomphant. En reprenant le flambeau, monsieur Besson hérita de ce grand dessein qu'il poursuivit avec détermination, et certaines méthodes d'un fair play assez douteux.

Après une longue bataille juridique, la réforme voulue par le gouvernement est entrée en application au 1er janvier 2010, et la Cimade a dû quitter 13 centres de rétention où elle est remplacée par d'autres associations.

Elle en prend acte, avec lucidité:

La Cimade manifeste à nouveau son opposition à cette réforme qui rendra plus difficile l’accompagnement et la défense des étrangers retenus, placera les différentes associations ou «personnes morales» qui interviendront en rétention dans une situation de concurrence absurde en matière de défense des droits de l’Homme. Cette réforme supprime une vision nationale de la situation des migrants en instance d’expulsion et affaiblit le rôle fondamental de témoignage et de contrepoids de la société civile.

Mais n'abandonne pas le terrain:

(...) Elle réaffirme également qu’avec ses partenaires associatifs, elle poursuivra quoi qu’il advienne sa présence et son action pour le respect des droits et de la dignité des étrangers dans ou hors des centres de rétention.

Et nous, nous continuerons d'affirmer avec la Cimade qu'il n'y a pas d'étrangers sur cette terre.

Cliquez sur l'image pour télécharger la brochure
retraçant l'histoire de la Cimade,
éditée pour son soixante-dixième anniversaire.


La nouvelle distribution du "marché"(sic) de "l'information juridique" n'a pas encore, à ma connaissance, fait l'objet des profondes analyses dans nos journaux, sauf dans le Figaro, où l'on explique, avec tout l'ingénuité dont on est capable, que "beaucoup [de migrants retenus] [étaient] relâchés par les juges administratifs, qui [donnaient] suite aux recours formés par ces migrants avec l'aide de la Cimade" et que "cet activisme a fini par irriter Brice Hortefeux, lorsqu'il était ministre de l'Immigration".

Il est peut-être un peu tôt pour juger de "l'activisme" des associations qui remplacent la Cimade. Monsieur Besson ne manquera pas de faire un point de presse là-dessus quand il aura suffisamment de chiffres à manipuler...

Cependant nous disposons déjà de quelques nouvelles, transmises par des militant(e)s aux côtés des sans-papiers, sur ce qui se passe notamment à Vincennes, où la Cimade est remplacée par l'Assfam (sur cette association, il faut consulter le billet de Pascale Lallement, sur l'indispensable blogue Combats pour les Droits de l'Homme, animé par Serge Slama).

Pour que nous sachions, partagée entre un sourd désespoir et une colère évidente, S. transcrit les témoignages des retenus et relate ses propres tentatives pour intervenir sur des dossiers qu'elle a suivis.

Celui-ci, en pointillés:

Le 4 janvier. Un mineur vient de se voir récuser sa minorité , car sa famille a faxé un extrait de naissance : le fax pour le président de la cour d'appel du 35bis, samedi matin, n'a pas valeur...
J'ai demandé aux personnes QUI REMPLACENT LA CIMADE , un référé suspension au Tribunal administratif, gros blanc...: jamais entendu parler! (...)

J'ai suggéré la saisine du juge des tutelles qui avait fait le placement (...), et surtout de téléphoner au père de ce jeune afin de lui demander d'envoyer par courrier urgent, un original d'extrait de naissance. Réponse: interdiction de téléphoner! ce jeune n'a pas de carte , ni d'argent pour
téléphoner au pays !

Le 5 janvier. Ce matin je retéléphone à la permanence (...) pour le jeune mineur qui a déjà fait deux tentatives de suicides. Il a présenté , à nouveau au médecin et infirmières son extrait de naissance. J'ai demandé aux A.S. si elles avaient envoyé le référé pour sa libération immédiate au T.A. comme je leur avais demandé hier.

Réponse :" nous avons beaucoup de dossiers".

Certes , ai-je répondu , mais ce dossier est une mesure d'urgence absolue: ce mineur ne doit pas être en détention au CRA.
Puis question fatidique : avez-vous son extrait de naissance ? " - Non , mais nous avons la preuve de sa majorité , nous avons l'examen osseux"...la perle des perles a été prononcée! Donc les A.S. se rangent du coté du Parquet : une radio pour déterminer l'âge osseux! Quel élément probant, face à un extrait de naissance!

Le 6 janvier. Le jeune retenu, mineur, qui a fait deux tentatives de suicide, vient d'être lâché, pardon relâché, dans les bois de Vincennes, juste ses baskettes aux pieds ( mais avec ses lacets, quand même!)

(...)

Ce jeune est parti sans un sous en poche , paumé (...). Il est sorti, disant aux codétenus, qu'il ne
savait pas où aller, qu'il allait traîner vers le 18ème pour savoir s'il pouvait trouver un squat ou un abri.

Voilà ce que donne, dans ce cas, l'ouverture du "marché" (resic) de l'aide aux étrangers: une incompétence évidente dans le domaine de l'aide juridique et une relative insouciance devant le poids des drames humains, réduits à de la gestion de "dossiers".

Chaque dossier a un visage.

Ici, celui d'un gamin perdu qui n'en peut plus, lâché dans le bois de Vincennes.

lundi 4 janvier 2010

Liquidation avant inventaire

Si vous êtes passé par hasard pour voir si je n'allais pas, des fois, faire quelques remarques ricanantes sur la revente des doses de vaccins anti-grippaux que nous aurions maintenant en trop, c'est raté.

J'ai toujours eu le plus grand respect pour les gens qui font des réserves de précaution. Quand je me suis installé dans mon manoir de Trifouillis-en-Normandie, j'ai fait installer une porte blindée à l'entrée de ma cave, et j'ai aménagé à l'intérieur des rayonnages en nombre suffisant pour y stocker mes provisions de survie. A chaque alerte de grève générale, j'y entasse du sucre, de la farine et des boîtes de foie gras, pour pouvoir tenir tout le temps du raz-de-marée rouge, et au-delà.

Lorsque l'alerte est levée, je déguste le foie gras, je laisse la farine aux charançons, et je n'ai pas besoin de liquider le sucre: il est déjà parti en sirop.

Ma cave est assez humide, faut dire.

Ma cave, vue partielle du côté liquides.

En matière de réserves de vaccins anti-grippaux, le gouvernement français avait prévu très large: double dose pour tout le monde, et Tamiflu pour les autres.

De peur qu'ils ne se gâtent à traîner dans les caves du ministère de la Santé, nos responsables ont commencé de revendre une partie des stocks.

On avait eu vent de quelques rumeurs, mais c'est Le Parisien-jadis-Libéré-et-Aujourd'hui-en-France qui a publié là-dessus les informations les plus précises dans son édition de dimanche. Ces informations ont été reprises un peu partout, et confirmées par madame Roselyne Bachelot elle-même.

Cette opération de revente à prix coûtant a été confiée au ministère de la Santé et au ministère des Affaires Etrangères.

On imagine que madame Bachelot doit être ravie de retrouver cette noble activité de "déléguée à l'information médicale" qu'elle a déjà exercée avec succès au "bon temps" où elle travaillait pour l'industrie pharmaceutique. Elle saura montrer, à n'en pas douter, une étonnante efficacité. Cependant, on peut craindre que son associé dans cette affaire ne soit pas aussi performant: depuis le temps que notre French Doctor essaie de refourguer sa camelotte, une dose d'humanitaire, une dose de militaire, de par le monde, il n'est peut-être pas le mieux placé pour faire le voyageur de commerce.

C'est sans doute pour cette raison que, d'après mes sources, dont vous avez déjà pu apprécier la limpidité, le très secret centre de recherche de Trifouillis-en-Normandie est entièrement mobilisé sur un programme d'étude des effets secondaires utilisables de ces fameux vaccins qui ne servent à rien.

Les chercheurs auraient déjà mis en évidence, chez les patients vaccinés, une très significative amélioration du transit intestinal.

Reste à savoir si les surplus vont être recyclés comme traitement de fond, ou comme laxatif léger occasionnel.

Allons, allons, tout n'est pas perdu...

Madame Bachelot, qui s'est invitée ce soir, à 20h, sur TF1, devrait nous éclairer sur ce point.

dimanche 3 janvier 2010

Professionnalisme aggravé

Avant d'entrer dans le coma, Michaël Blaise n'a sans doute pas eu le loisir de se rendre compte qu'il était bel et bien dans les mains de grands professionnels: quatre vigiles de grande surface.

Mais on ne saurait penser à tout, surtout avant de mourir à 25 ans, la cage thoracique écrasée sur une table, pour avoir voulu chaparder une canette de bière dans les rayons d'un supermarché Carrefour, vers 18h, lundi soir.

C'est maître Metaxas, grand professionnel du barreau et avocat de deux des quatre molossoïdes mis en examen, qui a insisté pour nous faire savoir que "les trois vigiles et leur manager, tous placés en garde à vue mardi midi, estiment être intervenus "de façon professionnelle, ce qui est confirmé par les enregistrements sonores du local de rétention"."

Autant faire un peu de publicité à ce magasin...
C'était le Carrefour Lyon Part-Dieu.

L'histoire de la mort de Michaël Blaise nous a été relatée par de grand professionnels de l'information qui ont pris un soin tout particulier à ne rien vérifier et à ne rien recouper.

La première version est celle que donne Yannick Vely, dans son article de Parismatch.com, d'après le premier article du Progrès (30/12/09, maintenant aux archives):

Lundi 18h30 : un jeune individu sans domiciliation connue erre dans les rayons de la grande surface. Selon la direction du magasin, citée par le journal régional, il «volait et détériorait des marchandises». Michaël est donc appréhendé par trois agents de sécurité. Nerveux selon des témoins, il est immédiatement amené dans la salle de contrôle de Carrefour. Le scénario morbide s’emballe. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme s’oppose aux agents de sécurité et se débat alors que l’on tente de l’immobiliser au sol. Pris d’un malaise, il reste inconscient quand il est replacé sur sa chaise. Le manager de la société de surveillance tente un premier massage cardiaque sans effet. Les pompiers et les services de secours l’imitent. Dans un état critique à son arrivée à l’hôpital, il est déclaré mort hier en début d’après-midi. Une autopsie sera pratiquée.

Une seconde version est donnée le lendemain (31/12/09), dans le même magazine, par Marie Desnos qui l'introduit ainsi:

Si les agents de sécurité rejetaient hier toute responsabilité dans le malaise qui a apparemment coûté la vie à Michaël Blaise, leur rôle pourrait s’avérer plus déterminant que prévu. Leur version des faits ne diverge pourtant pas beaucoup de celle qu’ont révélée l’autopsie et les enregistrements vidéo. Mais parfois un détail qui pourrait paraître anodin peut s’avérer fatal.

Et poursuit:

(...) Lundi, 18h15. Surpris en train de voler une bouteille de bière, Michaël Blaise est appréhendé par les vigiles, qui l’emmènent dans la salle de contrôle du Carrefour. Il fait preuve de résistance, se débat. Il est alors immobilisé, non pas sur le sol comme cela avait été indiqué dans un premier temps, mais sur une table. Un détail qui lui a probablement coûté la vie. Compressé sur cette table durant une dizaine de minutes, selon les premiers éléments de l’enquête, la cage thoracique aurait en effet subi une pression beaucoup trop forte par rapport à ce qu’elle peut supporter…

On peut noter que, le même jour, on trouve dans La Boussole 74* (?):

Selon le visionnage de la caméra de vidéosurveillance, les quatre vigiles ont maintenu le jeune homme au sol durant plus de dix minutes.

Consommateur, je te vois !

Des journalistes plus sérieux (quand même !) reproduiront les propos d'un homme qui, lui, a véritablement vu, et attentivement, cet enregistrement vidéo de ce qui s'est passé dans la prétendue "salle de contrôle" du magasin Carrefour. Il s'agit de monsieur Jean-Pierre Dages-Desgranges, procureur adjoint de la République de Lyon.

«Trois hommes lui ont appuyé sur le dos en lui maintenant les jambes écartées. L’un d’eux est pratiquement allongé sur son dos à tel point que la victime, qui est à moitié allongée sur une table [une table haute façon comptoir, ndlr], a les pieds qui ne touchent plus terre. La scène dure une quinzaine de minutes. D’abord la victime se plaint, elle crie, puis les cris s’estompent jusqu’à devenir des espèces de râles, puis plus rien du tout. Mais la pression continue.» Le corps de Michaël Blaise est totalement inerte, mais les agents de sécurité ne lâchent pas. «Durant encore six minutes», précise le procureur. Six minutes fatales qui «rendront impossible toute tentative de réanimation». (Propos retranscrits par Alice Géraud**, pour LibéLyon.)

Consommez en toute sécurité...

Hier après-midi, une manifestation s'est tenue à Lyon.

En voici la relation, que l'on trouvera intégralement sur Rebellyon:

Samedi après-midi, 30 personnes se rassemblent devant l’entrée du Carrefour Part-Dieu, là où Michael Blaise a été assassiné lundi…

Elles distribuent des tracts que tout le monde prend volontiers. La sympathie pour le rassemblement est unanime, beaucoup remercient. Certain.e.s étaient sympathisant.e.s en colère, d’autres la larme à l’œil. Un attroupement se forme rapidement, les gens discutent.

(...)

En quelques minutes les flics de la Part-Dieu rappliquent, intimant l’ordre de cesser de distribuer des tracts. Finalement ils laissent faire et vont discuter avec les chefs du supermarché. Quand il n’y a plus de tracts, le groupe s’en va, criant « Carrefour, Assassin ! », « Un mort, Deux morts, Trois morts, Avec Carrefour je Positive ! » et « Tabassé, Etranglé, Etouffé, Assassiné ! ». Il se dirige vers l’entrée de la galerie marchande, côté tram, où Michael traînait souvent. Là, des slogans sont lancés au mégaphone, de nombreuses personnes s’arrêtent, s’attroupent, discutent.

En 5 minutes ce sont 5 estafettes de flics qui déboulent, auxquelles s’ajouteront rapidement 4 camions de CRS, sans compter la BAC en nombre dans l’entrée de la galerie marchande, alors même qu’il n’y a plus qu’une dizaine de personnes… (...)

Avec les vigiles, ça s'est donc terminé en rassemblement de professionnels.


* Si vous allez sur le site de cette fameuse Boussole désorientée, voyez le premier commentaire... Et puis revenez vite, les vôtres ont plus de tenue...

** Il faut aussi signaler qu'Alice Géraud est une des rares journalistes à tenter de corriger le(s) portrait(s) que la presse a donné(s) de la personnalité de Michaël Blaise:

Jeudi, alors que le parquet révélait la réalité de ce qui s’était passé dans la salle de contrôle du magasin Carrefour, la famille et les proches de Michaël Blaise venaient expliquer à la presse qui il était. Ni SDF, ni marginal, selon eux. D’origine guadeloupéenne, il vivait à Lyon où il logeait en foyer. Il avait été suivi en psychiatrie après le décès de son père il y a quelques années et avait dû être placé sous tutelle. Mais il avait une famille, des amis, une petite copine. Avec qui il avait le projet de prendre un appartement. Il voulait suivre une formation de cuisinier.

Ses collègues continuent de parler d'un "marginal"...

En effet, tout le monde ne peut pas être vigile professionnel.

vendredi 1 janvier 2010

Fraternité

Monsieur Nicolas Sarkozy, dans son discours de "bonne année", a tenu à rappeler qu'il n'est pas "un homme qui renonce à la première difficulté", même si cette "difficulté" provient des institutions qu'il se doit, en bon démocrate, de respecter, et a exhorté ses compatriotes à redonner un sens au mot "fraternité", qui devrait être le mot de l'année 2010.

Y a plus qu'à publier le décret...

Fragment de copie d'écran effectuée par mes soins
sur le site de 20minutes.fr

On peut craindre que, sur cette notion républicaine de base, monsieur Sarkozy n'ait qu'une expérience assez limitée.

Afin de lui permettre d'élargir quelque peu sa culture générale sur ce point, je suis heureux de lui soumettre le document suivant, qui est un montage d'images enregistrée sur le trottoir de notre ambassade au Caire, où sont maintenus, non en rétention, mais en contention, deux ou trois centaines de participants à la Gaza Freedom March.


On notera, en passant et sans trop s'en étonner, le sens de la fraternité assez étroit développé par les autorités consulaires françaises, mais on s'arrêtera sur les dernières images qui donnent un exemple de timide "fraternisation" dans la nuit égyptienne...

Un billet du Canard de Palestine donne quelques détails sur la garde rapprochée en place devant l'ambassade de France:

Les soldats appelés qui les surveillent ont 17, 18 ans et font leur service militaire pendant 2 ou 3 ans. Leur service de surveillance dure 12 heures après quoi ils se reposent sur des bancs en bois de leur camions. La nuit dernière a été la première où ils ont pu surveiller ceux qui dormaient, non pas debout mais assis sur des bancs.

Quand les chefs ne sont pas trop près, de réelles fraternisations se font sous la forme d'apport de nourriture ou d'eau ou d'échange de prénoms. (...)

La fraternisation a également trouvé des limites dans les rangs de la police, notamment en civil, puisque des informations ont fait état, dans la journées d'hier, d'affrontements entre la police égyptienne et les participants à la Marche pour Gaza.

Inutile de compter sur nos journaux habituels pour avoir des précisions... Le Monde, dans sa brève ultra-courte, parle de "militants molestés" au cours d'une manifestation, et France2, sur son site, mélange les débordements policiers du 31 décembre avec la manifestation de dimanche dernier devant l'ambassade de France.

Le compte-rendu le plus précis semble celui de ce message de Leïla Shahshahani, mis en ligne sur "De Grenoble à Gaza":

En ce moment même environ 600 marcheurs se sont réunis devant le musée égyptien du Caire et ont entrepris un sit-in sur la rue. La police égyptienne a commencé à vouloir les faire partir en ayant recours à la force. Des policiers en civil se sont immiscés parmi les marcheurs et s'en sont pris directement à ceux-ci. Leïla ajoute qu'il y a des blessés légers parmi les manifestants (ndlr : une jeune fille a reçu un violent coup de poing prémédité en pleine figure sous mes yeux et saigné abondamment). Un quart d'heure plus tard environ, après s'être fait traîner au sol, les marcheurs sont à nouveau encerclés sur le trottoir en face du musée et continuent de crier "we want to go to Gaza!", "boycott Israël!".

Deux personnes auraient été sérieusement blessées.

Certains se réjouissent de ce tabassage en règle en des termes que je vous laisse découvrir...

Ici, c'est un drapeau qui dérange...

... là, un marcheur.

Avant de lâcher ses cogneurs sur les marcheurs solidaires et pacifiques, les autorités égyptienne avaient fait une dernière misérable proposition, par la voix de madame Moubarak, présidente du Croissant Rouge égyptien: cent places pour Gaza.

La plupart des militants engagés dans cette marche ont refusé.

Devant les bus qui s'apprêtaient à partir vers la frontière, Hedy Epstein a lu cette déclaration:

As much as I yearn to go to Gaza, I have decided not to join those 100 of you who are going.
Here are my reasons for the most difficult and heart rending decision I have made in my life:
The goal of this march is to break the siege of Gaza.
Fourteen hundred people died in Gaza last year at this time.
Fourteen hundred people should be marching to Gaza NOW.
In the last two days we have witnessed the effects of an authoritarian government.
This repression transcends the Egyptian Government.
The US Government and the Israeli Government
are responsible for the siege of Gaza.

I will not be complicit. I will not be complicit.
My work to free the one and a half million of Gaza's people continues.

La fraternité, c'est aussi la volonté du "tous ensemble" exprimée ici par une grande dame.


PS: Les marcheurs doivent maintenant se préparer à quitter Le Caire.

Les participants français, sauf imprévu, devraient arriver le 2 janvier, à 9h, à Roissy, terminal 3.

On peut aller les accueillir à 9h 30, ou les attendre, pour 11h, devant l'ambassade d'Egypte, 56 avenue d'Iéna (Métro Alma-Marceau), où ils comptent donner une conférence de presse.