vendredi 7 novembre 2008

Sur les bords du lac Kivu



Si l'on vous parle des malheurs de la République Démocratique du Congo, prenez un air pénétré et relancez la conversation sur les voies bien balisées du "scandale géologique" et de la "mosaïque ethnique". Vous serez à peu près au niveau du lecteur moyen du Monde.fr qui aurait parcouru l'article "Kivu: les clés du conflit".

En utilisant ces deux expressions, vous aurez fait par surcroît une discrète allusion au passé colonial de ce territoire (vous savez, toutes ces vieilles histoires) puisque c'est ainsi que les colonisateurs exprimaient leur étonnement devant, d'une part, la diversité et l'abondance des ressources minières du pays, et, d'autre part, l'enchevêtrement des cultures, ethnies et clans qu'il comportait...

Sur le premier point, les colons ont bien compris comment cela pouvait s'organiser...

Sur le second, à part quelques ethnologues égarés, les colons n'ont jamais bien tout compris. Qu'importe, ils ont fait semblant et ont tenté d'utiliser pour leurs profits les dissensions ethniques.

Un ouvrage essentiel sur les "vieilles histoires":
Les Fantômes du roi Léopold, de Adam Hochschild,

Bien sûr, l'actuel conflit du Nord-Kivu peut être éclairé par ces deux lieux communs, mais c'est loin d'être suffisant.

Plus qu'un enchevêtrement d'ethnies, le Nord-Kivu est le lieu d'une superposition de conflits non résolus, traité on ne sait comment par les organisations internationales. D'où la présence probable, aux côtés du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) des troupes rwandaises du président Kagamé, que Laurent Nkunda a soutenu; d'où la présence, aux côtés des troupes gouvernementales congolaises des rebelles Maï-Maï et des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), issues des anciennes milices Interhamwe responsables du génocide rwandais. Il faudrait ajouter l'Angola et ces étranges milices Rastas, dont parle l'article du Monde...

Et ne pas oublier la présence de la Monuc qui regroupe les forces de l'ONU et dont le mandat précise ceci:

Le mandat de la MONUC est placé sous le Chapitre VII de la Charte de l'ONU. Il l'autorise à utiliser tous les moyens nécessaires, dans la limite de ses capacités et dans les zones de déploiement de ses unités, pour dissuader toute tentative de recours à la force qui menacerait le processus politique, de la part de tout groupe armé, étranger ou congolais notamment les ex-FAR et Interahamwés, et pour assurer la protection des civils sous la menace imminente de violences physiques.

La MONUC peut, conformément à son mandat, utiliser des tactiques d'encerclement et de recherche pour prévenir des attaques contre les populations civiles et contrer les capacités militaires des groupes armés illégaux qui continuent de faire usage de la violence dans ces régions.

L'impuissance et l'incompétence des troupes onusiennes est également un lieu commun, hélas! Et dans le cas du Nord-Kivu, les déclarations du colonel indien Chand Saroha (ex-commandant au Nord-Kivu) tenus à la mi-avril 2008, au cours d'une cérémonie d'adieu en présence de Nkunda et de son état-major sont pour le moins étranges: il qualifie Nkunda de frère combattant pour une noble cause et Laurent Nkunda le remercie pour son amitié et son soutien... L'ONU a ouvert une enquête.

REUTERS/STR
Dans une maison de Kiwanja,
les corps de plusieurs civils tués lors du massacre.
(Voir LeMonde.fr)

Sans surprise, le sommet de Nairobi, qui s'est tenu aujourd'hui, appelle à un cessez-le-feu immédiat et à la mise en place d'un couloir humanitaire.

Faites-le!

J'aurais envie de le hurler, mais je ne suis pas objectif.

J'ai passé au bord du lac Kivu, à Goma, les jours les plus tendus de mon existence: les rebelles katangais avaient pris Kolwezi, les nouvelles étaient rares et peu fiables, les rumeurs parlaient de soulèvements au Kivu, de massacres ici ou là... J'étais un peu inquiet, et plus aucun avion ne permettait de rejoindre Kinshasa...

Malgré les propositions d'hébergement qui m'avaient été faites par des membres de la communauté blanche, j'avais tenu à rester dans un petit hôtel de la ville. Je traînassais dans les rues et je ne passais pas inaperçu... Je n'ai pas compté le nombre de gens qui m'ont dit: "Le jour où ça sera mauvais pour les blancs, je te trouverai et te le dirai..." et qui l'auraient fait.

Ils n'ont pas eu à le faire, le Kivu ne s'est pas embrasé, et j'ai pu m'embarquer pour Kinshasa.

Mais eux, vers quel futur ont-ils embarqué ?


PS: Sur la situation au Congo-Kinshasa, on peut visiter le blog de la journaliste Colette Braeckman, et consulter les sites de Jeune Afrique et France24 (merci Karine).


jeudi 6 novembre 2008

Violence proportionnée

Est-ce un extrait d'un sérieux texte réglementaire, d'un manuel d'instructions, d'un code de déontologie... ou n'est-ce qu'un canular ? Il se dit que le policier doit exercer, en cas d'incident, une "force proportionnée" à celle de la menace.

Quiconque a reçu un coup de matraque, ou en a senti le vent, ne peut que sourire de cette expression (en révélant parfois une dentition un peu erratique...)

Mais, pardonnez-moi, en parlant de coup de matraque, j'ai utilisé un langage trop approximatif, j'aurais dû parler de "geste technique", comme je l'ai entendu dire à la presse locale par un policier-chef ou un chef-policier, qui venait de donner l'ordre de dégager, à coups de tonfa, l'entrée d'un lycée bloquée par quelques lycéen(ne)s.

D'autres gestes techniques sont possibles: le regard méchant, l'injure inaudible, l'injure audible, l'avancée d'un pas, la pression de bouclier, la poussée sur la poitrine, le coup de matraque sur l'épaule, sur la tête, sur le genou, dans le dos, le jet de gazeuse, le lancer de grenades lacrymogènes, le tir de flashball, etc...

J'imagine bien qu'il doit exister quelque part, dans la formation d'un policier, un enseignement de l'utilisation de chacun de ces gestes. J'imagine même une sorte de tableau de proportionnalité mettant en regard, selon les justes règles des proportions, l'attitude du ou des manifestants et la réponse proportionnée à lui donner.

Un grand classique de la littérature policière.

Or on sait que l'enseignement de la proportionnalité est une catastrophe nationale, et on ne me fera pas croire que les membres des forces de l'ordre ont été épargnés par cette catastrophe au cours de leur scolarité, ou de leur formation...

Si nous avions plus de témoignages, et plus de récits documentés dans la presse, il sera intéressant d'analyser, de ce point de vue, le déroulement de la manifestation de Vichy, le 3 novembre. On y a vu les forces de l'ordre utiliser un grand nombre de gestes techniques et procéder à une quarantaine d'arrestations.

Vichy comme vous ne l'avez jamais vue.
Photo prélevée sur le site de RESF.

Le même jour, à Marseille, la situation était beaucoup plus simple, les manifestants moins nombreux.

Voici le communiqué de la section de la Ligue des Droits de l'Homme de Marseille:

COMMUNIQUE
Marseille le 3 novembre 2008

Droit d'expression pour établir des ponts, pas des murs policiers

La Ligue des Droits de l'Homme proteste contre l'interdiction de toutes manifestations ce jour, sur un périmètre comprenant le Vieux Port de Marseille. Nous rappelons que le droit de manifester est une liberté fondamentale du moment que la manifestation ne menace pas l'ordre public.


Nous étions environ 200 personnes, citoyennes, citoyens, élu(e)s, responsables d'organisations et d'associations sur le quai de la Fraternité rassemblés pour dire « Non » à la politique européenne d'immigration, pour construire une autre Europe que celle qui s'érige en forteresse enfin dire « Non » aux camps de rétention administrative. Ce rassemblement était éminemment pacifique. Il s'est terminé par un sit-in à 50 m du lieu initial !


Nous protestons énergiquement sur le fait que sur ordre les policiers nous ont repoussé avec soit disant une force proportionnée : ils étaient presqu'aussi nombreux que les « dangereux, manifestants » ! Ils ont malmené, les personnes bien sur, mais aussi la banderole « Des ponts, pas des murs » et ils ont pris 2 drapeaux de la Ligue des droits de l'Homme, dont ils ont cassé les hampes et jeté le tout dans une poubelle !

Cela fait la deuxième fois que les forces de l'ordre s'en prennent aux dangereux symboles des Droits de l'Homme. Il faut croire que les principes qu'ils représentent sont insupportables aux yeux de Monsieur le Préfet Sappin et aux policiers qui agissent sous ses ordres. La première fois c'était, le 6 décembre 2005, lors de la venue du premier Ministre Chinois Wen Jiabao à Marseille où des drapeaux et une banderole avaient été saccagés et les porteurs brutalisés.


Derrière un mur de CRS harnachés en robocop, comment un Ministre européen aurait-il pu apercevoir ces symboles ? Tout ce déploiement de force c'est probablement pour que les Ministres européens présents au Pharo ne se sentent pas agressés, ni terrorisés par le rappel aux droits fondamentaux que signifient ces symboles !


Où sont passés le droit d'expression et le droit de manifester ? A la poubelle comme les drapeaux ?


Bientôt le 10 décembre 2008, nous fêterons le soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Triste anniversaire lorsque nous constatons toutes les atteintes aux droits fondamentaux dans le pays qui les a vu naître.


(Bien sûr, c'est ce communiqué qui m'a rappelé l'expression "force proportionnée". Merci au rédacteur.)

Monsieur Sarkozy essayant de marcher aussi vite
que le mur des robocops de l'empereur Qin.

mercredi 5 novembre 2008

Triomphe démocratique



Mes plus fidèles lecteurs/trices le savaient déjà, car je vous l'avais bien dit (très précisément dans ce billet), monsieur McCain n'avait aucune chance d'être élu: dans un éditorial retentissant d'inanité sonore, Philippe Val avait pris le parti du sénateur Obama. Quand on connait l'influence outre-atlantique de Philippe Val, notre penseur contemporain, on en tire les conclusions qui s'imposent.

Ce que j'ai fait.

J'ai donc le triomphe modeste.

Ce ne sera pas le cas de tout le monde, bien sûr.

Cependant, il faut préciser qu'est totalement infondée la rumeur selon laquelle on aurait vu, tôt ce matin, monsieur Bernard-Henri Lévy danser nu sur le parvis de Saint-Germain-des-Prés en compagnie de nymphettes vêtues de leurs seuls piercings ombilicaux. Monsieur Bernard-Henry Lévy ne tolère que des joies intérieures, qui nourrissent son oeuvre. Et il doit être en train d'essayer de trouver mieux que ce qu'il déjà a dit dans son Bloc-Note de LePoint.fr: "J'avais dit «Clinton» - c'était «Kennedy»." (Merci au Charançon pour avoir signalé cette belle chose.)

Reconnaissons que l'émotion est à son comble.

Bernard Guetta, ce matin, a bien failli fondre en larme au moment où l'indépendance faite journaliste, Nicolas Demorand, lui a donné la parole sur France-Inter. Il a commencé sa célèbre chronique géopolitique en sortant résolument de son domaine: "on a marché sur la lune", a-t-il dit, ou quelque chose comme ça. Faudrait peut-être qu'il arrête de prendre des trucs avant l'émission. On verra demain dans quel état on le retrouvera.

Une charmante coutume:
Candidats à la présidence étasunienne exposés après avoir été battus



Nous avions de quoi nous réjouir du fonctionnement de notre petite démocratie française: nous avons élu à la présidence un fils d'immigré hongrois, mais, que je sache, c'est un blanc...

Les étasuniens donnent au monde une belle leçon de démocratie universelle: ils élisent carrément un président noir. Banco, rien à dire...

Et tout cela, sans recomptage des voix.

A ce propos, je trouve que monsieur McCain aurait dû faire un peu plus attention avant de s'incliner si élégamment malgré ses rhumatismes.

Une dépêche de l'AFP nous apprend que le vote de la grand-mère maternelle de monsieur Obama va être pris en compte. Or madame Madelyn Dunham est décédée avant l'ouverture des bureaux de vote.

C'est tout de même étrange, non ?

Je croyais que faire voter les occupants des cimetières était une spécialité corse...

Monsieur McCain devrait se poser la question du nombre de grands-mères que monsieur Obama a pu faire ainsi voter par internet...

mardi 4 novembre 2008

Souvenirs de Vichy

Il me semble que tout être à peu près sain de corps et d'esprit ne peut passer plus d'une heure à vagabonder dans une ville thermale sans éprouver l'envie de se foutre à l'eau.

J'ai toujours renoncé à cette solution extrême, car les eaux des villes thermales sont, la plupart du temps, des eaux qui puent.

Imbuvables.

N'étant pas malade à temps plein, je n'ai jamais profité des plaisirs d'une cure, à part quelques verres d'eau chaude d'une ancienne station des Pyrénées, fermée pour excès de radioactivité. Ses eaux étaient réputées pour leur effet bénéfique sur les voies urinaires, alors, me suis-je dit, visons l'idéal olympique: plus haut, plus loin, plus fort...


J'ignore si les eaux de Vichy sont puantes... mais hier l'atmosphère y était nauséabonde.

Et pas seulement à cause des gaz lacrymogènes.

Si, lors de la débâcle, les autorités avaient choisi la ville de Vichy pour se replier, et s'abandonner aux bons soins du Maréchal Pétain, c'était à cause des capacités hôtelières de la ville et de la modernité de son central téléphonique... Pour justifier son choix d'y réunir un sommet européen sur l'intégration, monsieur Hortefeux a préféré invoquer la nécessité de "mettre fin à 60 ans d’ostracisme". Il est vrai que Vichy n'avait accueilli aucune conférence internationale depuis la seconde guerre mondiale...

Mais, si je puis me permettre, Trifouillis-en-Normandie non plus, et on s'en moque !

Les vichyssois peuvent être satisfaits, ils ont eu leur sommet, et leur contre-sommet. Comme des grands.

Sur le sommet lui-même, monsieur Hortefeux dira tout le bien qu'il en pense. Après avoir déclaré, dans son discours d'ouverture: "Nos politiques d'intégration sont à bout de souffle", je suppose qu'il va pouvoir conclure en disant que ces deux jours de remise en forme à Vichy ont été bénéfiques.

Le contre-sommet semble avoir été un cafouillage indescriptible.

Et un cafouillage qui en reste au cafouillage est un ratage.

Divers points de vue s'exposent sur LeMonde.fr, le NObs, Rue89, Liberation.fr...

Je me suis arrêté en lisant le titre de l'article de Libé: "Sommet sur l’immigration: une trentaine de casseurs arrêtés"... Inutile d'aller sur le site du Figaro...

A propos de ce dérapage de Libé-Joffrin, on peut lire quelques commentaires de lecteurs de LibéLyon sur un article relatant les étranges contrôles d'identité effectués en gare de Perrache, au départ des cars pour Vichy.

Les amateurs de vidéos pourront aller voir celles que met en ligne (combien de temps, je ne sais...) LaMontagne.fr. Il y en a une ici et une autre là, que j'ai trouvée sur You Tube.





Voici, avant de vous laisser vous exciter sur le match Obama-McCain, un témoignage anonyme trouvé sur Indymedia-Grenoble.

Personne n'avait osé se mouiller. Les organisations politiques et syndicales - si ce n'est localement, à Vichy ou à Lyon, par exemple - avaient refusé d'appeler à la manifestation. Trop risqué politiquement quand on tente de créer un nouveau parti, ou quand on est en quête de légitimité. Même les "stars" annoncées se seront défilées, pas de Malek Boutih, pas de Noël Mamère.

La presse, elle, reprenait la version officielle (Le monde et L'express, notamment) : enfin, cette bonne vieille ville de Vichy, qui n'avait rien demandé à personne, se trouverait réhabilitée par ce sympathique sommet sur l'intégration des étrangers. Parce qu'il y en a marre de ces histoires du passé, comme dirait Hortefeux.

Les cars au départ de Lyon et Grenoble avaient été bloqués le temps de ficher les militants, voire de les photographier.

Malgré tout, il y a 2 à 3000 personnes à 18h, devant le lycée, à Vichy.

Le cortège s'ébranle, des chansons et des feux d'artifice fusent. Les manifestants portent pour beaucoup des masques blancs, visages figés. Une intervention au micro à la gare, comme prévu, mais ça va trop vite. Le cortège semble pressé de se rapprocher du lieu de rencontre des ministres : l'opéra - là où fut voté la fin de la IIIe république, et l'instauration du régime de Vichy, c'est de bon goût.
Sauf que le parcours a changé, le cortège est censé éviter le plus possible la zone rouge. Et en effet, des grilles anti-émeutes bloquent la rue qui devait être normalement empruntée.

D'abord quelques dizaines de personnes, derrière une banderole, puis quelques centaines, se massent devant les grilles. La banderole encaisse les coups, pendant ce temps des projectiles partent, des fumigènes, des fusées. La banderole est proche des grilles. Une corde est accrochée. Ca tire, les grilles bougent, les flics mangent, la corde rompt, les flics gazent. La police teste ses nouveaux gaz à Vichy. Superdosés : les manifestants crachent, pleurent ou dégueulent.
Le cortège se reforme, déterminé à réavancer. C'est que l'hostilité est tournée vers la police, plutôt que contre les fantasmatiques casseurs "sans aucun lien avec la manifestation" dont on parle aujourd'hui. Les militants restent. La CGT crie "police partout, justice nulle part". "Jeter des pierres sur la police, ok, mais les vitrines, ça non !" "Ils sont motivés ces jeunes." "Arrêtez !, mais arrêtez !"

Là on ne sait plus bien. Des groupes partent jusqu'à la mairie, dont les vitres sont brisées. Des banques sont cassées. Du côté des lignes de CRS, qui se sont extirpés des grilles, des voitures sont mises en travers, puis incendiées. Tout ce beau monde se retrouve à la gare. Les flics arrivent par plusieurs endroits. Les grilles de chantier sont déplacées pour les contenir.

Ca repart vers Cusset. De nouvelles voitures incendiées, de nombreux tags, une station Total attaquée, des lacrymos.
A l'espace Chambon le meeting continue. Les flics ont rattrapé leur retard, ils sont aux portes. Ils dissuadent à coup de flashball ceux et celles qui voudraient repartir.
Ils s'approchent trop, alors ça dépave, ça démonte tout ce qu'il y a - de la cabine téléphonique au banc - pour faire une barricade. Le feu y est mis. Finalement personne n'attaquera.

La préfecture annonce 3 policiers blessés, une trentaine d'arrestations, 5 voitures brûlées.

Hortefeux voulait être celui qui aurait redoré le blason de Vichy, pour de futures élections locales. Redorer le blason, même à coup de CRS, de trains bloqués, de contrôles à tout va. Ce matin le journal local titre sur les violents affrontements de la veille. Il voulait faire le fier devant ses potes européens. 3 semaines après que la France a présenté ses novatrices techniques de maintien de l'ordre aux autres polices européennes, ça la fout mal : les flics étaient complètement débordés, protégeant tant bien que mal la zone rouge, lâchant du gaz dans tout Vichy.

Aujourd'hui la presse n'en parlera quasiment pas. Que quelques centaines de personnes étaient là, à Vichy, répondant à la provocation, tentant par tous les moyens d'aller déloger les ministres.
Pas que ça à faire : c'est l'élection américaine. Et puis tenons nous en à la version officielle : c'est un simple sommet sur l'intégration, Vichy est une des 20 villes françaises pouvant accueillir une conférence internationale, nous ne comprenons pas que certains soient choqués...

En fait nous ne sommes pas outrés, nous prenons acte. Nous avons répondu dans la rue.

lundi 3 novembre 2008

Carte d'anniversaire



Très cher et très estimé monsieur mon fils,

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, il y a vingt-deux ans, j'ai prononcé des paroles tout à fait historiques que j'ai complètement oubliées, et j'ai eu alors l'impression que tu préparais comme un sourire.

Ironique, mais bienveillant.

C'est que j'avais dû dire une connerie.

J'ai depuis renoncé à proférer des paroles historiques, pour ne pas trop compliquer les choses.

Mais je crains fort d'avoir continué à dire des conneries...

Tu as donc dû faire face à une éducation bizarre.

Je t'ai ainsi enseigné comment naissent les vélos.

Il me semble bien que tu m'as appris et donné infiniment plus que je ne t'ai donné et appris.

Ça doit être à peu près normal, puisque toi, tu as grandi, pendant que moi, je vieillissais.

Mais sûrement moins vite que si tu n'avais pas été là.


Je te souhaite un bon anniversaire.

Et je nous souhaite encore beaucoup d'années où tu me retiendras de vieillir.

dimanche 2 novembre 2008

Une gloire bien trépassée

Dans mon souvenir, il était quasiment muet, et voilà que je le découvre bien bavard.

Né le 10 janvier 1880, Charles Adrien Wettach est mort le 14 juillet 1959, en Italie. Il n'a pas choisi la date pour se faire remarquer, puisqu'il était suisse.
Lien
C'est le claoune de mes souvenirs d'enfance, et ça doit être de vieux, très vieux souvenirs, ce qui fait que, surtout attaché aux mimiques et aux pantomimes, je l'avais fixé dans ma mémoire sans autres paroles que "sans blââgue..."

J'aurais aimé que Grock demeure ce gugusse qui déclenchait les rires en cascades de l'enfance... mais je lui découvre une curieuse admiration pour un certain Adolf Hitler...

Puisqu'il était suisse, il n'était même pas obligé.

Le plus grand des claounes peut être le plus petit des hommes.




samedi 1 novembre 2008

Pouvoirs sorciers





Nous apprenons très tôt, il me semble, que l'exercice de l'autorité, fût-elle suprême et légitimée par les urnes démocratiques, a une grande affinité avec le ridicule. N'importe quel écolier vous le dira.

Dans l'affaire de la désormais bien connue poupée vaudou, chacun peut y aller de son coup d'épingle. Débouté de sa plainte, monsieur Nicolas Sarkozy fait appel de la décision. Le très sérieux magazine Le Point, parangon de la pensée non critique, peut titrer:

La poupée vaudou sauve sa tête, piqué au vif Sarkozy fait appel.

Et citer la réaction de l'éditeur du fameux livre-objet:

La maison d'édition K&B et son conseil, Maître Arnaud Rouillon, qui ont appris mercredi soir par voie de presse que Nicolas Sarkozy entendait faire appel de cette décision, regrette que "la mise au point des juges, rappelant notamment que nul ne peut prendre au sérieux ce procédé et croire qu'il prônerait un culte vaudou tel que pratiqué dans les Antilles ", n'ait pas suffi à apaiser un chef de l'État peut-être superstitieux. Dans un communiqué, les concepteurs du manuel vaudou rappellent "qu'ils n'ont jamais eu l'ambition d'outrepasser leurs rôles d'éditeurs et de développer de vrais pouvoirs de sorciers".

Attention ! ce sont des vraies !

Plutôt que de chercher à tout prix à me procurer la poupée vaudou (ou les deux, je ne suis pas sectaire), j'ai préféré me plonger dans le livre de Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, paru en 2005 sous le titre "La sorcellerie capitaliste, pratiques de désenvoûtement", aux éditions La Découverte.

Philippe Pignarre et Isabelle Stengers ne sont des guignols assermentés de la pensée consensuelle, et leur livre n'est pas fait pour aller dans le sens du courant. Il est possible de découvrir ces deux auteurs et les grandes lignes de leur livre dans le compte rendu du site de Mona Cholet, Périphéries....

Le capitalisme serait donc une sorcellerie sans sorciers, machinant son emprise sur nos êtres à coups "d'alternatives infernales" qui paralysent notre volonté et notre pensée, jusqu'à nous réduire au rôle de "petites mains" du capitalisme... Parce que nous acceptons le "il faut bien faire avec le système".

Tout ceci est assez séduisant, et même stimulant, mais on se demande rapidement si cela est opérant...

On sait que l'on sort d'un sortilège, que l'on se désenvoûte, en retournant la prise de possession, en général, sur le sorcier.

Des exemples sont donnés de tels retournements: les événements de Seattle (que les auteurs privilégient), le retrait de la plainte contre l'Afrique du Sud par les industries pharmaceutiques, les mouvements anti-OGM, l'entrée dans les laboratoires des "usagers".

Mais, à distance, on peut bien sûr se demander si ces opérations de désenvoûtement ont été durables... et se poser la question qui semble accompagner toute action: mais où allons-nous ?

Cette question, au nom d'une méfiance envers tout absolu, ce "poison" de la pensée, les auteurs ne veulent pas la poser. Ils se présentent comme "jeteurs de sonde", postés à l 'avant du bateau, indiquant si ça passe, si ça casse, si ça s'enlise et s'échoue...

Et pourtant, si l'on se réjouit du "cri" de Seattle "un autre monde est possible", c'est bien que l'on a une certaine motivation pour se dire anticapitaliste, et cette motivation trouve sa source dans quelque chose qui ressemble beaucoup à une sorte de principe absolu...

Ou alors c'est que je n'ai rien compris.

C'est bien possible. Vous me le direz.