Suite à la double bavure (si l'on peut dire) de samedi dernier à Villiers-le-Bel, les parents de Pierre, lycéen mineur blessé à l'œil le 27 novembre 2007 devant les grilles du rectorat de Nantes, demande de faire circuler le communiqué suivant:
Nantes, le mardi 12 mai 2009,
Le fait que deux jeunes habitants de Villiers-le-Bel aient pu être tous les deux blessés à l'œil simultanément samedi dernier 9 mai, par des policiers, conduit évidemment à s'interroger sur la possibilité de visées intentionnelles au visage ou même précisément aux yeux.
Cette grave affaire s'ajoute à celle de Toulouse, le 19 mars dernier, où un étudiant manifestant a perdu l'usage d'un œil, et de Nantes, le 27 novembre 2007, où c'était le cas d'un lycéen mineur, également manifestant, dans le cadre d'une expérimentation, « in vivo » en quelque sorte, par la police d'une nouvelle arme, le « Lanceur de balles de défense » (LBD 40), un super flash-ball extrêmement précis et dangereux.
On peut estimer ce soir que les enquêtes ouvertes par les procureurs de Nantes et de Toulouse n'aient aucunement dissuadé la police d'utiliser de tels armements sans discernement, pas plus que les reproches graves et circonstanciés faits à la police dans l'affaire de Nantes par la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité) et par Amnesty Internationnal.
Il est urgent que l'ensemble des personnes et mouvements attachés à la démocraties se saisissent de ce problème urgent, le nouvel armement de la police et les graves mutilations qu'il peut causer sur des innocents, problème encore actuellement placé au second plan dans le débat public.
Les parents de Pierre, lycéen blessé devant le rectorat de Nantes, le 27 novembre 2007.
Pour vous informer sur le combat admirable des parents de Pierre, vous pouvez consulter le blogue 27novembre2007, où vous trouverez aussi suffisamment de liens pour vous documenter sur ces nouveaux armements.
mardi 12 mai 2009
Communiqué à relayer
Les marronniers de Tarnac
On dirait bien qu'une nouvelle espèce de marronnier est en pleine croissance dans le parc journalistique hexagonal: le marronnier de Tarnac, dont la périodicité est encore incertaine, mais que je vous promets d'étudier de près en avalant un de ces jours l'imposant dossier de presse concernant l'affaire dite des "9 de Tarnac".
Les fleurs éclosent parfois sur les claviers des portables des spécialistes de la spécialité, parfois autoproclamés et en quête de reconnaissance, parfois déjà reconnus et en quête de confirmation. Ces derniers sont particulièrement redoutables, car il semble difficile de se spécialiser dans les questions d'ordre sécuritaire sans adopter un certain point de vue, assez proche finalement de celui des gens "de la maison". Je vous laisse trouver des noms...
(Comme un rappel n'est jamais inutile, ô lecteur/trice à l'attention volatile et volage, je note que Mathieu Rigouste, dans son Ennemi intérieur, a su résister à cette fascination pour la flicaille, et s'il parle couramment le langage-maison, sait conserver une admirable distance, bien marquée par l'usage de guillemets. C'est un des agréments et une des forces de son livre.)
Rue89 a publié hier un articulet signé d'Antonin Grégoire, universitaire, intitulé Coupat, l'ultra-gauche et la politisation du renseignement. Je n'ai pas trouvé de traces des publications d'Antonin Grégoire, et puisque je ne suis pas inscrit sur Rue89, je n'ai pu consulter sa notice. (Pourquoi réserver ces renseignements aux seuls inscrits ? ... comprends pas...)
Antonin Grégoire commence en nous expliquant ce qu'il faut entendre par "politisation du renseignement":
Le but d'un service de renseignement est de détecter et d'avertir des menaces que le politique n'a ni le temps ni l'expertise de percevoir. Problème : si le politique est en pleine parano sur l'ultragauche et qu'on lui vend de l'islamiste, il n'en tient pas compte, réduit les budgets, et, le jour où se produit l'attentat qu'on lui avait prédit et qu'il n'a pas voulu entendre, il vire tout le monde pour donner un exemple en pâture à l'opinion publique. Ce phénomène s'appelle la politisation du renseignement.
Il complète en nous présentant les deux écoles qui, selon lui existent face à ce phénomène, l'école Kennan et l'école Gates (que suivrait madame Alliot-Marie).
Il nous explique de manière plausible comment madame Alliot-Marie s'est embarquée dans cette affaire d'ultra-gauche terroriste, et pourquoi elle ne peut s'en dépêtrer... Si vous aimez les histoires de RG, vous irez voir cela. Ou pas.
Je dois dire que cela ne m'a guère passionné, et après avoir lu que "la ministre n'a aucune notion d'antiterrorisme", j'ai pensé qu'il faudrait sans doute lui conseiller, à notre madame Michèle, de prendre des cours du soir avec Antonin Grégoire.
En arrivant à la conclusion:
Non contente d'augmenter le risque terroriste en détournant les services, la ministre en crée un autre qui n'existait pas à l'origine. C'est la sécurité à la Sarkozy dirons-nous. Le conseil du jour : faites attention à vous. Pas parce que Sarkozy le dit mais précisément parce qu'il ne le fait pas.
... j'ai été pris d'une trouille verte.
La Trouille, affluent de la Haine, dans la traversée de Petit Spiennes.Si cet article m'a mis mal à l'aise, que dire des exclusivités à l'estomac que l'on nous sert sur cette même affaire ?
Mediapart, où il ne faut pas seulement s'inscrire, mais encore payer, revient sur l'arrestation et la garde à vue de Tessa Polak, membre d'un comité de soutien aux inculpés du 11 novembre. Cela donne un article assez développé, signé de David Dufresne, que l'on peut lire sur le site du Jura libertaire, à la suite de l'article qu'Isabelle Mandraud a publié dans le Monde.fr.
Ces deux articles apportent des précisions sur les circonstances de l'interpellation, le 28 avril, de Tessa Polak, à cet endroit où la rue des Pyrénées, refusant de se jeter dans la rue de Belleville en effaçant la rue de Jourdain, infléchit sa course, et où du confluent de plusieurs rues s'est formé une petite place sans grand caractère mais agréablement animée.
Ils reviennent aussi sur les conditions de la garde à vue, et la présentation au juge Fragnoli.
Tout cela est à dire, et répond, je le suppose, au besoin de témoignage de Tessa Polak.
Mais pourquoi, sinon pour battre le rappel des lecteurs, David Dufresne a-t-il posté cette vidéo pour accompagner son article ?
Ce que nous ressentons du désarroi de cette jeune femme, encore sous le coup de la violence inadmissible qui lui a été infligée, ne pouvait-il l'écrire simplement, au lieu de nous livrer ces images mal montées, accompagnées de transitions musicales incongrues (la musique est de Bertrand Toty, autant vous prévenir) ?
Je n'ai pu regarder ces images qu'en pensant à ces quelques photographies, prises par Tess Polak en Palestine, en 2000 ou 2001, que j'ai pu trouver sur le ouaibe, et en souhaitant que les mains de Tessa s'emparent très vite d'un appareil photographique.
PS1: Je n'ai pas oublié l'article de Karl Laske, dans Libération, mais ce sera peut-être pour plus tard.
PS2: Désolé de ne pas avoir parlé de monsieur Besson, mais rassurez-vous, aux dernières nouvelles, il va bien: il a réussi à trouver une filière...
PS3: Quant à Julien Coupat, il reste en prison.
lundi 11 mai 2009
Méthodes inqualifiables
Admettons donc que l'on ne puisse qualifier les méthodes employées par certains responsables de la politique de notre pays, et parlons d'autre chose.
Parlons des gens qui nous honorent, de ceux qui ne nous font pas tout à fait regretter d'être les citoyens de ce pays, ou les membres d'une nation qui a besoin d'un ministère pour affirmer son identité...
C'est probablement samedi qu'un bus d'une trentaine de personnes a été contrôlé par la police des frontières (PAF, pour les intimes), qui a retenu dans ses locaux, à Entzheim, un groupe de 16 personnes originaires des Philippines, dont trois petits de 6, 16 et 22 mois. Le bus venait de Paris.
Ainsi que le résume excellemment notre excellent ministre aux excellentes méthodes, tout le monde aura reconnu monsieur Besson, "En France, on ne sépare pas les enfants des parents." C'est ce qu'Emmanuel Terray, directeur d’études à l’EHESS, appelle "la jurisprudence Laval-Bousquet" dans un petit texte percutant qu'il conclut ainsi:
(...) Que, pour éviter la séparation des enfants et des parents, une autre solution existe, qui consiste à laisser toute la famille en liberté, cette idée n’a pas traversé l’esprit de Laval et de Bousquet en 1942, et apparemment en 2009, elle ne traverse pas non plus l’esprit de Besson.
Les deux situations sont incomparables, dira-t-on ? Certes ! Le fait que la même réponse soit reprise, à soixante-sept ans d’intervalle, par Laval et Bousquet et par Besson n’est-il qu’une coïncidence ? Sans doute ; on me permettra de penser alors qu’il y a des coïncidences malheureuses, et qu’elles devraient tous nous inviter à la réflexion.
On n'aurait pas su grand chose sur l'ignominie en train de se commettre si une vénérable mamie strasbourgeoise de 85 ans (ou 90 ?) n'avait appris la chose (par resf ?) et n'avait prévenu le fils de sa voisine, le docteur Georges Yoram Federmann*, psychiatre apprécié et militant connu à Strasbourg.
Le docteur Federmann a adressé illico à monsieur Raphaël Le Mehauté, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, un courriel que reproduit le blogue Tout est dans tout, dans sa feuille de chou n° 1746:
Mr Le Mehauté,
Permettez-moi d’intervenir en faveur d’un groupe de 16 personnes (Philippines) dont 3 nourrissons de 6, 16 et 22 mois retenus à la PAF d’ Entzheim depuis hier d’après mes sources .
Que je peux citer.
Il s’agit de la voisine de ma mère qui porte ses 85 ans et qui était si bouleversée par cette nouvelle qu’elle m’a joint, ce matin, avec comme bruit de fond les échos de la messe dominicale
retransmise à la télé… alors que je ne la connaissais que sous son jour laïc!
Pouvez-vous favoriser la libération de ces nourrissons et faire en sorte que l’esprit de la Loi l’emportât sur toutes considérations comptables?!
D’ailleurs au passage, est-ce que ces 3 arrestations seront comptabilisées pour permettre d’atteindre les quotas de reconduite?
Bien à vous
Bon dimanche
Dr Georges Yoram Federmann
Psychiatre pour enfants et adolescents
Un supplément à la feuille de chou n° 1746 reproduit un second courriel du docteur:
Bonsoir,
La PAF d’ Entzeim m’a annoncé que les 17 retenus (16 Philippins dont 3 enfants et 1 Indonésien)
étaient libres…à 22H et que je pouvais les chercher!
Je suis allé récupérer la maman de Faith et le bébé qui a 6 mois dont “la marraine républicaine” m’avait alerté ce matin, durant la messe télédiffusée .(Voir message précédent).
Très déférente, elle répondait en anglais à toutes mes questions “yes sir”.
On lui a dit, m’a t-elle déclaré, qu’on allait la renvoyer aux Philippines et qu’on pouvait la séparer de sa fille née en France.
Si j’ai bien compris ils se sont retrouvés à 8 dans un même local avec les 3 enfants sur des matelas à même le sol et pourtant les locaux sont “neufs”!
Les gosses n’ont eu droit qu’à des biberons d’eau sucrée et leurs couches pour bébés n’étaient pas accessibles .
Les policiers font ce qu’ils peuvent pourtant .
Les hommes, tous en tee-shirt, tels les membres d’une équipe de basket vétéran, très décontractés et très hiérarchisés, étaient là depuis 5 heures du mat pour certains: jour fériés et dimanches obligent.
Notre protégée était déchirée par le fait de laisser les 2 autres mamans avec leur gosse à Entzheim, une nuit de plus!
C’est la première fois qu’elle quittait la France pour faire du tourisme européen.
Le père de ses 2 enfants nées en France est en situation régulière et une demande de régularisation a été faite pour elle (313 11 6) comme mère d’un enfant né en France.
Elle n’envisage pas de retourner aux Philippines où la misère frappe le peuple,selon elle.
J’ai pu lui montrer la cathédrale illuminée en la déposant chez son hôtesse de 85 ans.
Le monument veille sur les Strasbourgeois .
La cloche de 10 heures a signifié aux “juifs d’aujourd’hui” que leur place était à Entzheim où l’Etat hébergera à l’œil cette nuit 15 personnes dont 2 enfants à 2 pas de là où ont atterri triomphalement Michèle et Barack Obama le 1 er avril dernier….
La petite Faith a dormi durant tout le trajet. Sa mère l’allaite et j’ai pu laisser toute la nourriture pour enfants à Entzheim.
Elle repose sur un grand lit et semble ne dormir que d’un œil.
Elle est catholique.
Si Jésus revenait aujourd’hui en Europe, il se retrouverait au centre de rétention de Geispolsheim.
Il ne s’agit pas de se poser en donneur de leçons mais franchement on pourrait faire mieux à la veille du scrutin du 7 juin prochain.
Et quelle énergie dépensée … de toutes parts.
Etait-il nécessaire de menotter cette femme?
Et comment ces 18 interpellations seront-elles comptabilisées?
Dr Georges Yoram Federmann
Psychiatre pour enfants et adolescents
Je ne sais quelles seront les suites données à cette interpellation...
Tout ce que je sais est que la maman et son bébé devaient prendre le train ce matin, et que RESF67 mobilise sur place...
Reste l'image de cette "hôtesse de 85 ans", cette "marraine républicaine", ouvrant sa porte...
La dignité.
* Georges Yoram Federmann est le co-fondateur du cercle cercle Menahem-Taffel qui réunit depuis 1997 des soignants français et allemands qui honorent la mémoire des 86 victimes du Pr August Hirt, médecin nazi qui a officié dans les locaux de l'Institut d'anatomie de Strasbourg.
Eric Besson dans l'urgence
Pas une seconde, je n'ai cru que cette semaine allait se dérouler sans que monsieur Besson s'invite dans un billet ou un autre de ce blogue.
C'est difficile à penser, je sais, mais monsieur Besson respire le même air que nous, et s'applique à nous le rendre irrespirable.
En venant commenter le billet précédent, à une heure encore très matinale pour moi, myrage m'a signalé cette nouvelle de la signature, hier, par le ministre de Notre Vaine Identité, du "texte attribuant la responsabilité de l'assistance juridique aux étrangers en rétention à six associations", dont le collectif Respect qui revendiquait, avec un culot phénoménal, une part de ce "marché".
Dans son blogue Hexagone, Catherine Coroller signale que le communiqué du ministère a été envoyé à la presse sur le coup de 21 h 46.
Je suppose que monsieur Besson a dû méditer sa décision durant tout ce long ouiquende.
On trouve un bon résumé des divers épisodes de cet appel d'offre dans le billet de Catherine Coroller déja signalé, qui explique bien comment le passage en force de monsieur Besson a été rendu possible par les retards au tribunal administratif.
Mais c'est dans l'article de Chloé Leprince, pour Rue89, que l'on voit apparaître un petit bout d'information qui fait dresser l'oreille:
Après plusieurs rebondissements en justice, une nouvelle procédure en référé est introduite par la Cimade devant le tribunal administratif. Le juge ordonne la suspension de la procédure pour vingt jours, et prévoit une audience d'ici la fin du délai.
Mais la justice connaît quelques lenteurs et la magistrate chargée du dossier tarde à convoquer les candidats à l'appel d'offre pour l'audience qui a finalement eu lieu mercredi dernier, le 6 mai.
Certains candidats, et notamment Respect, se plaignent alors d'être prévenus si tard, et réclament un ajournement. A l'audience du 6 mai, la magistrate propose donc que tout le monde se retrouve le 13 mai, c'est-à-dire au retour du pont du 8 mai.
Or, techniquement, le référé n'était reconnu « suspensif » que jusqu'au 7 mai, c'est- à- dire que le juge ne pouvait empêcher la signature du marché au-delà de cette date. Après le 7 mai, Eric Besson pouvait donc légalement passer en force, faisant fi de la procédure en cours qui avait du retard.
Ainsi, monsieur Besson a su profiter de l'opportunité d'un report d'audience, réclamé entre autres par le collectif Respect, pour faire à la justice "un véritable bras d'honneur", pour reprendre l'expression de Laurent Giovannoni, le secrétaire général de la Cimade.
PS de dernière heure:
Selon LeMatin.ch :
Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a affirmé lundi qu'il étudiait la possibilité de porter plainte en diffamation contre le secrétaire général de la Cimade, Laurent Giovannoni, qui l'a accusé d'employer "des méthodes de voyou".
Monsieur Besson nous donne cette belle leçon de logique:
"On ne peut pas dire - ou alors il faut le prouver - qu'un ministre a utilisé 'des méthodes de voyou'. De deux choses l'une : soit ce que j'ai fait est légal, auquel cas il ne peut pas utiliser ces propos, soit c'est illégal et il va falloir qu'il le prouve", a expliqué M. Besson à des journalistes dans son ministère.
Au lieu de passer ses soirées à signer des communiqués, monsieur Besson devrait sortir un peu: il pourrait rencontrer, y compris parmi ses amis, de parfaits voyous qui ont fait de belles affaires, en toute légalité.
dimanche 10 mai 2009
On n'est pas là pour rigoler
L'observation selon laquelle " Ya pas que la rigolade, ya aussi l'art", énoncée, sous cette forme ou une forme approchante, par l'un des personnages de Zazie dans le métro, du regretté Raymond Queneau, est bien admise: allez voir n'importe quelle exposition, en la choisissant assez rétrospective, d'un "incontournable" de l'histoire de notre culture occidentale, et, vous tournant vers les visiteurs, vous aurez l'ineffable spectacle d'une concentration appliqué et parfois, semble-t-il, assez douloureuse.
J'ai employé le mot "ineffable" sans réfléchir... mais je vais le laisser, pour faire ironique.
Car l'émotion esthétique, réelle ou simulée, est de plus en plus bavarde dans les musées et les expositions. Lorsque, par chance, vous ne vous trouvez pas embarqué au milieu des niaiseries convenues et pédagogiquement correctes d'une sortie scolaire, il vous faut en général supporter les discours empesés ou les développements érudits des gens qui, de naissance, savent tout et tiennent à le faire savoir.
J'envisageais de distraire quelque peu l'une de mes charmantes jeunes cousines en l'accompagnant au Centre Georges Pompidou, pour lui faire visiter la grrrrande rétrospective Vassily Kandinsky que tout parisien lecteur de Télérama et/ou du Figaro se doit d'avoir vue. Quand on ne lit ni l'un ni l'autre, aller quand même à l'exposition permet de donner le change, et c'était mon but.
Pour cela, et pour ne pas paraître trop défaillant à cette chère enfant qui, affectueusement, me surnomme "tonton", et parfois "papy" (mais il y a là quelque exagération), j'ai téléchargé le dossier pédagogique du centre Pompidou, et je comptais bien le consulter avec tout le sérieux qui s'impose... Mais j'en fus empêché par un fâcheux contretemps: la découverte du dernier numéro de Le Tigre, le fameux "curieux magazine curieux", qui est presque aussi beau qu'une revue, et beaucoup moins ennuyeux que le Figaro Magazine ou Télérama.
Couverture du numéro 31,et, comme on n'arrête pas le progrès dans ce blogue,
vous pourrez lire le sommaire en faisant clic dessus.
C'est en allant chercher l'inévitable numéro spécial de Télérama au kiosque à journaux de la place Gambetta, dans le XXième arrondissement de Paris, que j'ai eu cette inspiration: demander Le Tigre. Il y a beaucoup de choses dans ce kiosque à journaux, en plus du sourire, et le dernier numéro rayé venait d'arriver.
Et dans ce dernier numéro, il y a un reportage de Lætitia Bianchi, sur l'inauguration de l'exposition Kandinsky au Centre Georges Pompidou. Elle passe de salle en salle, en regardant, en écoutant, note ce qu'elle voit, ce qu'elle entend. Elle en fait un montage qui n'engendre pas la mélancolie, et qui est aussi, sans prendre de grands airs savants, un bel hommage au travail de l'artiste Kandinsky.
Alors, je n'ai rien lu, j'ai retrouvé ma petite cousine à la station Rambuteau, nous sommes allés faire la queue, et nous avons parcouru les salles de l'expo. Nous avons plus ou moins joué aux personnages figurant dans le reportage du Tigre, nous en avons découvert d'autres devant les tableaux et nous avons imaginé la suite de leurs aventures.
Et souvent, nous avons ressenti une étrange impression de plein équilibre en totale apesanteur.
A la suite de cette visite pleine d'alacrité et d'émerveillements, ma charmante cousine a tendance à me prendre pour un rigolo.
Ce n'est pas que cela soit tout à fait faux, mais elle n'aurait sûrement pas développé cette opinion si j'avais étudié, par exemple, ce "décryptage d'une œuvre mystérieuse", au lieu de m'amuser à lire l'article de Lætitia Bianchi.
Naturellement, je garde une dent contre Le Tigre.
samedi 9 mai 2009
Une affaire cousue de fil noir
Il va falloir s'habituer: monsieur Besson, dont pourtant je ne partage ni le sens de l'hospitalité, ni le sens de l'humour, semble devoir s'installer durablement au sommaire de ce blogue.
Ce n'est pas cela qui va améliorer mes statistiques...
Mais tant pis ! Les effets de la politique malfaisante du sinistre ministère de l'Identité-qui-n'est-pas-la-mienne sont trop choquants: il faut continuer à dire non.
La mise en rétention de Mohamed Allouche, qui a valu à monsieur Besson le sobriquet mérité de ministre du Trou de serrure et de la Vertu, s'est terminée par l'expulsion de Mohamed au petit matin du 7 mai.
Une bonne vingtaine de personnes, de Montrouge, de Malakoff, et peut-être d'ailleurs (on ne va pas demander des certificats de domicile), s'était postée devant le Centre de Rétention Administrative de Palaiseau, dès 5 heures du matin. Les militants du RESF font partie de la France qui se lève tôt. Parmi eux, quelques élus courageux, et avec eux, une équipe de télévision.
Mais Mohamed avait été "extrait" du CRA et conduit à Roissy vers 3 h 30...
Après une heure d'attente, le groupe s'est dirigé vers la préfecture, histoire de marquer sa présence et de montrer sa détermination. Je ne crois pas qu'ils ont été reçus.
A 8 h 30, c'est devant l'école Rabelais, où Noufel, le fils de Mohamed et Nadia est en CM2, que nos lêve-tôt se sont rassemblés, pour informer les enseignants et les parents. L'émotion est grande. Les enfants ont été accueillis dans la cour avec leurs parents, et je pense qu'il a bien fallu leur expliquer ce qui se passait, puisqu'ils vivent dans ce monde-là.
L'équipe de télévision tourne, enregistre Noufel qui traduit du langage des signes ce que dit sa mère, enregistre peut-être d'autres interventions.
En fin de matinée, la télévision prend contact avec la préfecture qui donne en retour un portrait très chargé de Mohamed en délinquant. Le tout sans beaucoup de précisions, mais avec des allégations (recherché en Italie, abuseur de femmes fragiles...) bien ciblées. Le reportage, qui devait être diffusé au journal de la mi-journée, est suspendu.
La dépêche de l'AFP, que j'ai citée avant-hier, a repris les affirmations de la préfecture, en les atténuant un peu.
La conférence de presse, qui s'est tenue au local du parti socialiste, à 16 h 30, a réuni peu de presse (pas la peine d'y aller, coco, t'as la dépêche...), mais a attiré une équipe de France Inter qui a diffusé le sujet au journal de 19 h.
A 20 h, une centaine de personnes se sont réunies à l'école Rabelais pour organiser le soutien à Mohamed, Nadia et Noufel, et décider des actions à venir.
Un comité de soutien s'est donc formé, qui devrait faire demain une information sur le marché de Montrouge, créer un site ouaibe "pour le retour de Mohamed" et animer des rassemblements chaque vendredi, de 18 h à 20 h, au kiosque de la mairie de Montrouge.
Habitants de Montrouge, de Malakoff, et pourquoi pas de Vanves et de partout ailleurs, allez-y.
Si l'on vous demande un certificat de domicile, ce sera une mauvaise blague.
C'est que l'on finirait par perdre le sens de l'humour, avec tout ça.
Mais pas le sens de la solidarité.
vendredi 8 mai 2009
La pathologie de l'obéissance
C'était au petit matin, j'avais six ans et j'étais dans mon lit lorsque j'ai été réveillé par des bruits dans la maison. Il y avait beaucoup de soldats dans le couloir. J'étais frappé par cette présence de soldats et d'officiers - et surtout de policiers français en civil, avec leurs lunettes noires, leurs chapeaux et leurs revolvers -, je trouvais absurde qu'ils aient des lunettes noires en pleine nuit. En définitive, les revolvers ne me faisaient pas peur, mais porter des lunettes noires la nuit, ça m'intriguait. Je pensais que les adultes n'étaient pas des gens sérieux - je n'ai d'ailleurs pas changé d'avis depuis ! - et dans le couloir, il y avait aussi des soldats allemands en armes, qui semblaient gênés puisqu'ils regardaient le plafond. Ils regardaient en l'air, peut-être - j'espère - parce qu'ils avaient honte d'arrêter un enfant de 6 ans et demi. J'espère que c'est ça, mais je n'en suis pas sûr !
Boris Cyrulnik, Je me souviens, L'esprit du temps, 2009.
Où donc était le petit Boris Cyrulnik, qui allait sur ses huit ans, le 8 mai 1945 ?
Etait-il encore garçon de ferme, enfant de l'assistance publique, "enfant sans valeur", caché là après avoir échappé à une rafle à Bordeaux ?
Il était encore vivant, riche de sa vie épargnée et riche de tous les encore possibles qu'il lui fallait découvrir, inventer.
Aujourd'hui, Boris Cyrulnik fait partie des 144 premiers signataires de ce texte:
QUI CRIMINALISE L’ENTRAIDE
Nous, signataires de ce texte, affirmons avoir aidé des sans-papiers ou être prêts à le faire. Considérant que ceux qui défendent cette loi justifient son maintien en expliquant qu’elle n’est jamais appliquée, nous demandons purement et simplement son abrogation.
L'article du Monde qui présente cet appel des 144 reprend quelques unes des déclarations que Boris Cyrulnik à ce propos.
Celle-ci, simple, directe, qui prend d'autant plus de poids que Boris Cyrulnik est un homme qui pèse ses mots:
"Si les gens avaient respecté la loi, je serais probablement mort. Je dois ma vie a des gens qui n'ont pas respecté la loi de Vichy."
Ou cette autre, où en parlant de la "pathologie de l'obéissance" qui a rendu possible quelques horreurs de l'histoire, il nous livre, mine de rien, un profond sujet de réflexion.
L'expulsion, le 3 avril, du futur époux a rendu impossible le mariage de M'hamed Naïmi et Jennifer Chary, prévu à Dijon huit jours plus tard.
M'hamed n'avait pas de titre de séjour.
En déposant un dossier de mariage à la mairie, ils sont tombés aux mains d'un réseau d'obéissants bien formatés. De soupçons en vérifications, l'affaire s'est terminée par l'expulsion de M'hamed.
En toute légalité, et en toute immoralité.
A cela s'ajoute, car l'obéissance à la loi est perfectionniste, la convocation de Jennifer au tribunal correctionnel de Dijon, le 11 mai, pour pour avoir "aidé au séjour en France d'une personne en situation irrégulière", c'est-à-dire pour avoir contrevenu à ce fameux article L 622-1.
La Cimade et le collectif des Amoureux au Ban Public, qui soutiennent Jennifer, ont appelé à un rassemblement lundi, à partir de 8 h 45, devant le tribunal correctionnel de Dijon.
Une pétition est disponible à cette adresse.












