samedi 1 novembre 2008

Pouvoirs sorciers





Nous apprenons très tôt, il me semble, que l'exercice de l'autorité, fût-elle suprême et légitimée par les urnes démocratiques, a une grande affinité avec le ridicule. N'importe quel écolier vous le dira.

Dans l'affaire de la désormais bien connue poupée vaudou, chacun peut y aller de son coup d'épingle. Débouté de sa plainte, monsieur Nicolas Sarkozy fait appel de la décision. Le très sérieux magazine Le Point, parangon de la pensée non critique, peut titrer:

La poupée vaudou sauve sa tête, piqué au vif Sarkozy fait appel.

Et citer la réaction de l'éditeur du fameux livre-objet:

La maison d'édition K&B et son conseil, Maître Arnaud Rouillon, qui ont appris mercredi soir par voie de presse que Nicolas Sarkozy entendait faire appel de cette décision, regrette que "la mise au point des juges, rappelant notamment que nul ne peut prendre au sérieux ce procédé et croire qu'il prônerait un culte vaudou tel que pratiqué dans les Antilles ", n'ait pas suffi à apaiser un chef de l'État peut-être superstitieux. Dans un communiqué, les concepteurs du manuel vaudou rappellent "qu'ils n'ont jamais eu l'ambition d'outrepasser leurs rôles d'éditeurs et de développer de vrais pouvoirs de sorciers".

Attention ! ce sont des vraies !

Plutôt que de chercher à tout prix à me procurer la poupée vaudou (ou les deux, je ne suis pas sectaire), j'ai préféré me plonger dans le livre de Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, paru en 2005 sous le titre "La sorcellerie capitaliste, pratiques de désenvoûtement", aux éditions La Découverte.

Philippe Pignarre et Isabelle Stengers ne sont des guignols assermentés de la pensée consensuelle, et leur livre n'est pas fait pour aller dans le sens du courant. Il est possible de découvrir ces deux auteurs et les grandes lignes de leur livre dans le compte rendu du site de Mona Cholet, Périphéries....

Le capitalisme serait donc une sorcellerie sans sorciers, machinant son emprise sur nos êtres à coups "d'alternatives infernales" qui paralysent notre volonté et notre pensée, jusqu'à nous réduire au rôle de "petites mains" du capitalisme... Parce que nous acceptons le "il faut bien faire avec le système".

Tout ceci est assez séduisant, et même stimulant, mais on se demande rapidement si cela est opérant...

On sait que l'on sort d'un sortilège, que l'on se désenvoûte, en retournant la prise de possession, en général, sur le sorcier.

Des exemples sont donnés de tels retournements: les événements de Seattle (que les auteurs privilégient), le retrait de la plainte contre l'Afrique du Sud par les industries pharmaceutiques, les mouvements anti-OGM, l'entrée dans les laboratoires des "usagers".

Mais, à distance, on peut bien sûr se demander si ces opérations de désenvoûtement ont été durables... et se poser la question qui semble accompagner toute action: mais où allons-nous ?

Cette question, au nom d'une méfiance envers tout absolu, ce "poison" de la pensée, les auteurs ne veulent pas la poser. Ils se présentent comme "jeteurs de sonde", postés à l 'avant du bateau, indiquant si ça passe, si ça casse, si ça s'enlise et s'échoue...

Et pourtant, si l'on se réjouit du "cri" de Seattle "un autre monde est possible", c'est bien que l'on a une certaine motivation pour se dire anticapitaliste, et cette motivation trouve sa source dans quelque chose qui ressemble beaucoup à une sorte de principe absolu...

Ou alors c'est que je n'ai rien compris.

C'est bien possible. Vous me le direz.

vendredi 31 octobre 2008

Un temps de Toussaint



Dans ma Normandie natale, et postnatale, l'expression "un temps de Toussaint" désigne cet état météorologique où les charrois de nuages gris n'en finissent pas de frôler les coqs des clochers, ce qui à la longue pousse une grande partie de la population à chercher une corde pour se pendre.

Car les ruraux de ma Normandie natale n'ont guère plus d'imagination que des détenus de prisons françaises.

Quand on ne trouve pas de corde, on se réfugie au coin de la cheminée, avec un bon livre.

C'est ce que j'ai fait, après avoir relu cet article réjouissant sur LeMonde.fr.

Rétention : le juge administratif oblige le gouvernement à revoir ses critères de sélection des associations.
Le tribunal administratif de Paris a annulé, jeudi 30 octobre, l'appel d'offres lancé par le ministère de l'immigration sur l'aide aux étrangers en centre de rétention. Il a jugé qu'il y avait une mauvaise évaluation du marché et notamment de l'expertise juridique que sont appelées à exercer les associations auprès des étrangers retenus.

Bien sûr, monsieur Hortefeux devra tenir compte, mais:

Dans un communiqué publié aussitôt l'ordonnance du tribunal prononcée, le ministère a pris "acte de la décision" et annoncé qu'il allait engager "immédiatement un nouvel appel d'offres". Il estime que l'annulation prononcée par le juge est fondée sur "un motif de pure forme, tenant aux modalités d'appréciation de la valeur technique des offres, ne mettant nullement en cause, sur le fond, la réforme engagée".

Certes, certes... reste à interpréter correctement ce désaveu.

Pour la Cimade, cette décision du tribunal, "met en évidence l'incompatibilité du texte imposé par le ministère avec la mise en œuvre effective d'une action de défense des droits et de la dignité des étrangers placés en rétention".

En tout cas, ça fait du bien.

Comme de penser à ceci, par un temps de Toussaint:

Zao Wou Ki, Sans titre 1967

jeudi 30 octobre 2008

La tentation du mépris

"Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille!"
Robert Desnos, 1943.




Cette phrase du timide rêveur Robert Desnos, qui ouvre l'un des plus beaux poèmes de résistance que je connaisse, m'est revenue il y a quelques jours. Et je ne chercherai pas le chemin qu'il lui a fallu faire pour arriver là. C'est ainsi.

Ce que je sais, c'est qu'alors mon cœur, et tout mon être, étaient envahis d'un fiel que je hais par-dessus tout, mais qui m'étouffait au point d'en oublier le combat.

Ce fiel est le mépris.

L'incommensurable mépris qui m'a envahit à la lecture de cette information, que je copicolle du billet de Flo Py:

« Mme M., femme de ménage, habitait le 12e arrondissement depuis son arrivée en France en 2002. Elle a emménagé avec son fils en mai 2008 dans le 5e arrondissement de Paris. En juillet 2008, elle se rend à la Mairie du 5e pour inscrire son fils à l’école de son quartier. Curieusement, on lui demande alors si elle possède un titre de séjour, document qui n’a pas à être demandé lors d’une inscription scolaire. Elle répond par la négative.

Fin août, elle reçoit une convocation au commissariat du 5e à laquelle elle ne défère pas. Fin octobre, il est déposé dans sa boite aux lettres une nouvelle convocation au commissariat « suite à l’inscription de votre enfant à l’école et votre situation alors irrégulière en France ».
Ce sont donc bien les services de la Mairie du 5e qui ont dénoncé la situation de Mme M. aux services de police.

La politique des quotas, des expulsions programmées, conduit maintenant aux dénonciations qui nous ramènent à de bien tristes souvenirs. »

Mépris absolu pour cette personne qui a cru que c'était là son DEVOIR.

Ici, on fait son devoir: on dénonce

Le mépris est un sale sentiment qui paralyse. Et il n'est aucun besoin de cela pour combattre cet adversaire rampant qu'on ne pourrait nommer sans faire injure (ou outrage, je ne sais) à la petite et grande administration de notre pays.

Ce matin, sans injure, sans outrage, et sans mépris non plus, une centaine de personnes ont fait ce qu'ils pensaient devoir faire; ils ont accompagné madame M. au commissariat où elle était convoquée.

Madame M. est ressortie libre au terme d'une "simple audition" qui a semblé bien longue à ses soutiens. Le soulagement se lit dans les messages qu'ils ont envoyé ici ou là...

Est-ce le poids des citoyens présents, ou le poids d'une presse qui se réveille un peu ?...


La "Une" d'un quotidien parfois méprisable...

Qu'importe.

Peut-être le début d'un rêve: pouvoir un jour conclure conclure comme Robert Desnos, sans rien y changer, car de la liberté découle l'égalité, et de l'égalité découle la fraternité.

"Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit."
Robert Desnos, 1943.

mercredi 29 octobre 2008

Un bien beau métier

Mon amour immodéré pour l'humanité me pousse à m'enquérir le plus souvent possible de ceux qui exercent le bien beau métier de sauver des vies.

Aussi, vais-je souvent consulter avec ravissement le site de la société Taser France qui, pour mon plus grand bonheur, s'ouvre sur la rubrique "Dernières nouvelles" qui regroupe des "coupures de presse", façon site ouaibe, où sont mises en évidence les grandes qualités biosalvatrices du fameux Taser X26, l'arme du troisième millénaire.

Récemment, il m'est venu un doute, et ce doute ne cesse, évidemment, de me tarauder aux alentours de la circonvolution pré-centrale ou post-centrale de mon cerveau avachi.

En bref, je me demande si la modestie n'étoufferait pas quelque peu les ouaibemasteurs de chez Taser France, ou leur commanditaire. Car je ne trouve que trois vies sauvées pour le mois d'octobre: la vie d'un menuisier de Saint-Agil, celle d'un forcené ébroïcien et enfin celle d'un bagarreur à Saint-Claude dans le Jura. C'est assez peu, si l'on y songe...

Pourquoi ne pas signaler le cas de ce jeune homme qui a été immobilisé par une décharge de Taser, le 21 octobre, à Marseille ?

Je trouve parfaitement digne de figurer dans cette revue de presse, cet article du journal La Provence qui s'ouvre par cette interrogation: "Le Taser a-t-il sauvé une vie mardi, à Marseille, en venant se substituer à une arme de service ? " et qui continue par: "C'est ce que soutiennent d'une même voix les syndicats policiers Alliance (plutôt de droite) et Unsa (plutôt de gauche), pour commenter l'usage d'un pistolet à impulsion électrique sur un adolescent de 15 ans. "

A moins que cette affaire, à la réflexion, et à la lumière de ses développements ultérieurs, ne puisse sembler un peu confuse.

Un article de Rémi Leroux sur Rue89, daté du 27 octobre, révèle d'abord:

Dans un premier temps présenté comme mineur dans la presse, le garçon victime de la décharge de 50000 volts serait en fait majeur, tout comme d'ailleurs le deuxième jeune homme arrêté. "Ils ont fait l'objet d'examens radiologiques et osseux confirmant leur majorité", précise le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest. Tous les deux sont sans-papiers.

Je n'ironiserai pas, ce n'est pas mon genre, en disant que c'est fou ce que les sans-papiers ont du mal à faire leur âge...

Jeudi dernier, les deux jeunes hommes interpellés ont été jugés en comparution immédiate et s'ils ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis et interdiction du territoire national de un an pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers, ils ont en revanche été relaxés du chef de "violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique".

La Justice a estimé que rien ne permettait de dire, en l'espèce et jusqu'à preuve du contraire, que les deux jeunes sans-papiers avaient représenté une menace pour les CRS en service.

Je comprends mieux maintenant pourquoi ce cas ne figure pas parmi les "vies sauvées". Si les jeunes gens ne présentaient aucune menace grave pour les CRS, ceux-ci n'avaient pas à user de leur arme, et par conséquent la vie des deux jeunes gens n'a pas pu être sauvée par le Taser puisqu'elle n'était pas en danger...

Ou alors, c'eut été une bavure...

Mais je ne vais pas me mettre à utiliser des gros mots.

D'ailleurs, le Parquet a fait appel.

Et toc!

Armes d'estoc, non disponibles chez Taser France

Ce qui manque cruellement sur le site très intéressant de la société Taser France, ce sont des nouvelles, mises à jour assez régulièrement, des divers procès intentés par la société à des associations, des personnalités...

Pour avoir quelques renseignements là-dessus, on peut aller sur le site du Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme (RAIDH), qui est bien fait aussi. On y trouve un communiqué dont voici le "chapeau":

L’entreprise SMP Technologies Taser France a été déboutée de l’ensemble de ses demandes et condamnée aux dépens contre le Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme le 27 octobre 2008. RAIDH entend intensifier sa campagne « Non au Taser » auprès des maires et parlementaires et lancer une initiative afin de dénoncer l’instrumentalisation de la justice par des entreprises privées visant à tuer tout débat public menaçant leurs intérêts.

Le communiqué est accompagné d'un petit clip qui est presque aussi bien fait que l'animation de chez Taser... et que je trouve moins menaçant.


Vous me direz: c'est un site partisan, ça!

Oui, mais c'est le parti que j'ai pris.


PS: Pour ceux qui en rêvent, on trouve tout sur le ouaibe.

Ne cliquez pas dessus, vous allez prendre tout dans l'œil

mardi 28 octobre 2008

Brad Will encore présent aujourd'hui


Cette photographie de Brad Will, anarchiste étasunien, journaliste d'Indymedia New York, réalisateur de documentaires, a été prise deux jours avant son assassinat le 27 octobre 2006, à Santa Lucia del Camino, dans la banlieue de la ville d'Oaxaca, au Mexique. La fusillade fit trois morts, Brad Will, Esteban Zurita López et Emilio Alonso Fabián.

Brad a filmé jusqu'au bout. Voici sa dernière vidéo (avec des sous-titres en anglais):







Ces images, et les témoignages de ceux qui l'entouraient, semblent désigner clairement les auteurs des coups de feu, aussi clairement que sur ce montage photographique trouvé sur le blog du gamin blanc en colère: Angry White Kid.

La police mexicaine prétend avoir exploré en vain cette piste et assure désormais, près de deux ans après les faits, que les assassins de Brad Will sont des membres de l'APPO (Assemblée Populaire des Peuples de l'Oaxaca), dont il était solidaire.

Cela peut paraître scandaleusement ridicule, et ça l'est pour quiconque a suivi de près ou de loin ce qui s'est passé à Oaxaca et continue de s'y passer; mais le ridicule du pouvoir mexicain est un ridicule trop sanglant pour qu'on puisse en rire.

Selon le gamin blanc en colère, qui vit à Oaxaca, et qui met régulièrement à jour les informations sur son blog, la police avance cette hypothèse au moment où s'annonce une vaste campagne d'arrestations dans les milieux activistes: entre 250 et 300 mandats d'arrestations auraient été émis. La première arrestation connue, a été, le 16 octobre, celle de Juan Manuel Martínez Moreno, accusé du meurtre de Brad Will et incarcéré au Pénitencier Central de Santa Maria Ixcotel.

Juan Manuel Martínez est probablement toujours en prison et son sort inquiète Amnesty International qui a publié, le 20 octobre, un appel, indiquant qu'il fallait craindre qu'il ne soit soumis à de mauvais traitements et des tortures afin de lui faire avouer sa participation au meurtre de Brad Will.

Le blog de Kristin Bricker, de son côté, signale un appel à des actions, le lundi 27 octobre, pour obtenir la libération de Juan Manuel Martínez, l'annulation des mandats d'arrêts contre les compañeros du mouvement et l'arrestation des véritables assassins.

Manifestation au consulat du Mexique 30 octobre 2006
Photo Piratejenny

Que ce soit au Mexique ou aux Etats-Unis, ceux pour qui Brad Will est encore présent ne réclament pas seulement justice...

A New-York, devant les bureaux de la sénatrice Hillary Clinton, le collectif Friends of Brad Will a organisé une veille de quatre jours, accompagnée d'une grève de la faim et de la soif, pour dénoncer, entre autres choses, le soutien de la sénatrice à l'Initiative de Mérida (qu'ils nomment aussi Plan Mexico).

Vous pourrez trouver sur leur site les détails de l'action prévue (en anglais).

De ce côté de l'Atlantique, nous ne pouvons pas nous plaindre d'avoir eu les oreilles lessivées sur cette Initiative de Mérida, projet de coopération en matière de sécurité concernant les États-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale. Le congrès étasunien en a discuté au mois de juin dernier.

L'objectif avoué de cette coopération renforcée est de combattre plus efficacement le trafic de stupéfiants et le crime organisé au Mexique et en Amérique Centrale. Si j'ai bien compris, cela prévoit une aide de 1,6 milliard de dollars en trois ans au Mexique, à l'Amérique centrale et aux Caraïbes.

Au moment des discussions au Congrès étasunien, Amnesty International a publié un communiqué où je découvre ceci:

Amnesty International a exhorté ce mercredi 4 juin le Congrès des États-Unis à préserver les garanties relatives aux droits humains dans le projet de coopération en matière de sécurité qui, sous le nom d’Initiative de Mérida, concerne les États-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale.

L’organisation fait cette demande au moment où le Congrès des États-Unis est soumis à des pressions croissantes pour que les garanties en matière de droits humains ne figurent pas dans le projet. Le gouvernement mexicain a déclaré qu’il ne poursuivrait pas les négociations sur cet accord si les dispositions relatives aux droits humains n’étaient pas retirées.

Les choses ont dû avancer, car on peut trouver dans le compte rendu de la rencontre, le 23 octobre, à Puerto Vallarta station balnéaire mexicaine, entre Condoleezza Rice et son homologue mexicaine Patricia Espinosa:

«L'Initiative de Merida est une démonstration de la maturité de notre coopération bilatérale fondée sur la responsabilité partagée (...) La première réunion du groupe bilatéral de haut niveau de l'Initiative se tiendra fin novembre à Washington», a souligné pour sa part la ministre mexicaine.

(...)

Cette aide au Mexique approuvée en juin par le Congrès américain, doit se traduire surtout par la fourniture d'avions, hélicoptères et autres moyens de surveillance, dont la livraison connaît quelque retard.

A cet égard, Mme Rice a assuré que leur expédition était imminente ajoutant que cette Initiative conduisait l'«effort commun à un niveau supérieur. Pour les Etats-Unis il s'agit d'une initiative très importante, un objectif urgent (...) car il va améliorer la sécurité du Mexique et des Etats-Unis».

(...)

Les deux gouvernements préparent les documents à signer pour déclencher la livraison de l'aide technique prévue par «l'Initiative de Merida». Elle devrait intervenir dans un délai «inférieur à plusieurs semaines», avait indiqué pour sa part Tom Shannon, vice-secrétaire d'Etat pour les questions de l'hémisphère occidental, qui accompagne Mme Rice.

Si la police dispose d'avions et d'hélicoptères, il faudrait que les meurtriers de Brad Will courent très vite pour arriver à s'échapper...

A moins qu'ils ne soient dans l'avion ou l'hélicoptère.


PS: Un autre éclairage sur ladite Initiative: un article du blog Changement de Société.

lundi 27 octobre 2008

Vingt six centimètres. Respect !



Une dame qui fut épouse, ou compagne, ou partenaire, d'un réalisateur plus connu pour ses conquêtes d'actrices vedettes que pour ses films, répondit un jour, à un journaliste indiscret qui s'enquerrait du secret de la séduction de cet homme, ces quelques mots:

"Vingt-six centimètres..."

Précisons pour nos lecteurs en bas âge qui auraient franchi par miracle les barrières du contrôle parental, que la dame indiquait laconiquement que le secret du monsieur était de posséder un membre viril dont la longueur, lorsque le monsieur était en de bonnes dispositions, atteignait 26 cm.

Soit une taille respectable...

Utile pour la mesure de la respectabilité de ces messieurs:
Mètre étalon, 13 place Vendôme, Paris.

S'il m'est parfois arrivé d'envoyer à des supérieurs hiérarchiques mes salutations respectueuses, c'était toujours avec un demi sourire ironique. Car le mot "respect" me semble assez marginal dans mon lexique courant, et en est quasiment absent sous les espèces communes de l'interjection "Respect!", qui me fait immanquablement penser à "Couché!"

Les ambiguïtés du mot, et de l'attitude qu'il dénote, me paraissent trop envahissantes. Outre l'emploi de "respectable" dans mon "petit" exemple, considérez le sens second du mot "respectabilité", où j'entends trop bien toute la bienséance hypocrite à laquelle est attachée une bonne partie de notre société.

J'avais pu constater que monsieur Sarkozy, lors de sa campagne victorieuse, avait un faible pour ce mot qu'il répétait et martelait face à son adversaire... A l'entendre, monsieur Sarkozy respectait alors tout le monde et toute chose.

Ce faisant, il sous-entendait qu'il réclamait une certaine réciprocité du respect.

Si j'en crois le titre-résumé d'un article paru sur 20minutes.fr, que j'avais favorisé la semaine dernière et n'ai lu qu'il y a une heure, désormais "Nicolas Sarkozy veut du respect".

Il est assez difficile de parler de réciprocité comme le montrent les multiples actions en justice qui actuellement tournent autour des notions d'outrage et d'injure. Exemplaire et symptomatique est le cas de monsieur Hervé Éon, qui risque 1000 euros d'amende pour avoir tenu sur le passage de monsieur Sarkozy un carton portant ces simples mots "casse toi pov'con". Ce n'était pourtant qu'une tentative de mise en œuvre de la réciprocité, si ma mémoire est bonne.

Par ailleurs, on peut noter une certaine insistance sur le respect qui serait dû aux symboles républicains (drapeau, hymne national) et, dans le cadre d'une laïcité ouverte, aux symboles religieux...

REUTERS/Francois Mori/Poo
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy,
durant la cérémonie à la mémoire de Sœur Emmanuelle,
le 22 octobre 2008 à la cathédrale Notre-Dame, à Paris.

A vrai dire, j'avais mis cet article dans mes favoris temporaires à cause de cette photographie, dont j'ai soigneusement conservé la légende.

On y voit un couple durant une cérémonie religieuse. Le visage de monsieur est plissé d'un rictus qui n'est pas sans rappeler la mimique d'un content de lui qui vient d'en sortir une "bien bonne" et qui rit de sa propre blague en ajustant son veston. Bien sûr, mon coup d'œil d'ancien prof peut se leurrer; il peut s'agir d'une agitation faciale incontrôlée, due par exemple à une remontée gastrique inopinée, mais, connaissant le régime alimentaire de monsieur, j'ai des doutes... Madame sourit assez largement, mais baisse les yeux vers le recueil de cantiques (ou de je ne sais quoi) qu'elle a en main. L'expression de son visage, en général très contrôlée, semble s'éclairer d'un "ah! toi alors, t'en rates pas une..."

Sauf votre respect, m'sieur-dame, bien entendu...

samedi 25 octobre 2008

Récits voyageurs



Durant les deux années que je passai au Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), je me livrai à un très grand nombre d'exploits aventureux dont je réserve le récit à mes mémoires posthumes.

L'un des plus éclatants reste d'avoir pu supporter la durée d'un dîner au restaurant dos à dos avec monsieur Gérard de Villiers qui pérorait à la table voisine, et ceci sans l'étrangler sauvagement.

Bel exemple de maîtrise de soi, ou de self-control, comme on dit en franglosaxon.

Les remous de la rébellion dans la région du Shaba s'étaient apaisés après l'intervention de la Légion à Kolwézi. Et cette heureuse idée de monsieur Valéry Giscard d'Estaing avait sauvé le régime du président Mobutu...

La rumeur nous avait appris que le grand écrivain avait été vu aux abords de l'ambassade de France, du Centre culturel français et du bar de l'hôtel Intercontinental. Sa présence en chair et en verbe nous la confirmait.

Mais moi, je l'avais dans le dos.

J'étais jeune alors, pas encore trente ans, et ma surdité inexistante, et je pus profiter, sans vergogne, des propos du créateur de l'immortel prince Malko Linge... et les transmettre à mes commensaux et commenselles.

Pas trop classieux, le monsieur insista pour qu'on lui servît des frites pour accompagner le filet de perche du Nil à l'oseille... Ayant ainsi imposé son mauvais goût, il monopolisa ensuite la parole en dressant pour ses interlocuteurs consentants un tableau définitif de la situation du pays, agrémenté, il est vrai, d'une demi-douzaine d'anecdotes ramassées sur le trottoir de l'ambassade (de France) ou pas trop loin.

Ces anecdotes, je les retrouvai toutes dans le SAS tiré de ce séjour de grand voyageur. Je crois que c'était Panique au Zaïre... Je ne vais pas le relire pour vérifier, ça non!
Canon à fantasmes bidochons

Lorsque Lieve Joris est venue à Kinshasa, six ou sept ans plus tard, ce n'était pas pour faire provision de couleur locale afin d'agrémenter de quelques effets de réel un récit d'espionnage alternant avec une certaine monotonie les scènes de violence et de torture où les natifs révèlent un naturel bien sadique et les scènes de sexe où les femmes sont des tigresses en chaleur feulant de plaisir en labourant de leurs ongles le dos de l'irrésistible altesse sérénissime...

Non, cette jeune journaliste belge de trente deux ans, travaillant aux Pays-Bas, était venue pour y chercher les traces d'un oncle parti comme missionnaire au Congo dans les années 1920. Elle avait fait comme lui le voyage en bateau en compagnie de vieux coloniaux nostalgiques - ce qui en soi est déjà une preuve de grand courage - et allait passer plusieurs mois au Zaïre, prenant le temps de découvrir les lieux et de créer des liens avec les gens qu'elle rencontrait.

De son séjour, elle rapportera assez de matière pour construire ce beau livre intitulé Mon oncle du Congo, qui est paru en néerlandais en 1987, et qui a été traduit en français par Marie Hooghe, en 1990 aux éditions Actes Sud (maintenant en poche Babel).

Son récit est celui d'une voyageuse peu commune, qui s'immerge dans la réalité du pays qu'elle parcourt sans jamais se départir d'elle-même, mais sans jamais non plus réduire son propos à ses seules impressions: elle est là pour retrouver, voir, écouter, comprendre, et retranscrire. Et cela, elle le fait avec beaucoup de talent, et avec également une indépendance d'esprit qui pourra choquer les lecteurs qui l'aborderaient avec des idées un peu tranchées. Mais ce qu'elle a pris le temps de découvrir et de mettre en livre, il faut aussi que nous prenions le temps de le lire et de le comprendre. Avec Lieve Joris, nous sommes bien loin du prêt à penser...


Lieve Joris (assise au premier plan)
tenant salon
et y signant son dernier livre.

Après ce premier voyage au Congo-Kinshasa, qui s'est terminé de façon confuse au regard des autorités du pays, Lieve Joris ne pensait pas pouvoir y retourner...

Elle y reviendra pourtant au moment de la chute du régime de Mobutu, et y passera seize mois. Elle tirera de ce voyage Danse du léopard, paru en 2001 et traduit par Danielle Losman, en 2002, pour les éditions Actes Sud.

Un dernier livre sur la RDC, L’Heure des rebelles, a été publié en 2006 et traduit par Marie Hooghe en 2007 ( on peut en lire le début sur le site d'Actes Sud).

A l'occasion de la sortie en France de ce livre, Mona Chollet a eu un entretien avec Lieve Joris et en a tiré un article que l'on trouve sur le site Phériphéries, dans la rubrique "Gens de bien".

Lieve Joris y a bien sa place.