mercredi 1 décembre 2010

J'embolise, tu embolises, ..., ils ou elles embolisent

Il se dit qu'à tout prendre, la mort par hypothermie est l'une des plus douces qui soient. Mais il faut bien reconnaître que cette assertion se fonde sur un assez petit nombre de témoignages vérifiables. On pourrait la tempérer en explicitant les comparaisons. Par exemple, on pourrait tenter de dire qu'il est certainement plus agréable, pour un étranger débouté de sa demande d'asile, de mourir de froid dans une ville de notre douce France que de mourir sous les coups dans une prison de son pays natal. Cependant, quand bien même tiendrait-on pour assurée cette dernière proposition, comment pourrait-on en déduire qu'il est plus jouissif de survivre aux rigueurs d'un hiver précoce que de survivre aux sévices de tortionnaires plus ou moins raffinés ?

Question décisive, mine de rien.

Il faut supposer que cette déduction a été considérée comme valide par le responsable de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) du Calvados, auteur de ce courriel adressé aux associations chargées de l’accueil des SDF que Libération, l'irréductible ouiquilix à la française, a révélé au public ce lundi.

Les extraits du courriel bas-normand livrés par Libération,
avec friselis de bordures du plus bel effet.

L'existence même de ce mail, et son contenu, est inadmissible.

En assaisonnant mon indignation d'un brin de populisme, je pourrais souhaiter que son auteur soit flanqué à la porte comme un malpropre, et expulsé de son appartement de fonction, s'il en a un.

Le contenu, le voici.

Premier extrait:

Bonjour,
Il a été rapporté à la DDCS que les ménages déboutés de la demande d’asile étaient présents en structure d’hébergement d’urgence.
Lors de la réunion qui s’est tenue en préfecture le 16 juillet, la DDCS avait clairement annoncé que les déboutés ne seraient plus pris en charge dans le dispositif d’hébergement, ce qui ne concerne donc pas uniquement les prises en charge dérogatoires à l'hôtel via le 115 mais aussi les structures d'hébergement.

Deuxième extrait:

Actuellement, de trop nombreuses personnes restent quotidiennement sans solution de mise à l’abri, certaines places d’hébergement d’urgence étant embolisées par des personnes déboutées qui, de par leur situation administrative, n'ont ni le droit à l'accès au logement ni vocation à rester en France.

Troisième extrait:

La DDCS continuera, sous réserve des crédits disponibles pour les nuitées d'hôtel, à héberger les demandeurs d'asile en attente de place en CADA mais pas les déboutés qui ne sont plus des ayants droit suite aux décisions de l'OFPRA et de la CNDA.

Ces morceaux choisis, qui n'ont pas trop besoin d'explication de texte pour être parfaitement clairs, servent de "produit d'appel", avec fac-similés en Une et éditorial assorti, à une "info Libé" exclusive qui a dû sembler prometteuse aux gestionnaires du journal.

Elle semble avoir déçu: l'article principal n'a reçu que 36 commentaires, et l'éditorial, 26 réactions. Une misère... Les trolls habituels ne sont même pas déplacés.

Il est vrai que Tonino Serafini, à qui a été confiée la présentation des documents collectés par Libération, s'est livré à un exercice de collage un peu brouillon, pour illustrer ce que le journal donne comme "l'essentiel": "sous prétexte de manque de place, des préfectures ferment les centres d’urgence aux sans-papiers", avec cet "enjeu":

Le gouvernement va-t-il interdire cette mesure illégale et immorale ?

Quel suspense ! Il a suffit que monsieur Benoist Apparu, secrétaire d'État au Logement, fasse une petite apparition pour annoncer "qu'une circulaire «hiver» serait envoyée «en fin de semaine» à toutes les préfectures rappelant notamment le principe de «l'accueil inconditionnel» dans les centres d'hébergement d'urgence", pour que les responsables de la rédaction du quotidien estiment que la question était résolue.

Il est vrai que le secrétaire d'État a été catégorique:

«J'ai fait appeler les trois préfectures, c'est réglé», a assuré Benoist Apparu, faisant état «soit de zèle soit d'une mauvaise application» des directives.

Vous voyez à quel point il est inutile de lancer des grands mots comme "discrimination", ou "xénophobie"...

En revanche, si vous voulez enrichir votre vocabulaire de gestionnaire, il me semble que vous devriez vous entraîner à conjuguer le verbe "emboliser".

C'est assez facile:

J'embolis e
Tu embolis es
...
Ils ou elles embolis ent.

Pas besoin de préciser ce que l'on entend par "ils ou elles", du côté de la DDCS du Calvados.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Apparu m’est apparu !

C’est monsieur APPARU, qui a été nommé ministre des gens à la rue.
Il va, paraît-il résoudre la crise du logement…
Autrement dit, de l’enterrement pour ceux qui sont encore vivants !
Il était temps…puisque plus personne ne veut plus endosser le costume de locataire, à part Fillon…

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Studio

Guy M. a dit…

Merci pour le lien.

La suite est sur le site, si j'ai bien saisi...