vendredi 30 mars 2012

Un collectionneur sensible et enthousiaste

Un jour, c'est sûr, je reviendrai à Fontaine-de-Vaucluse.

J'y suis allé pour la première fois il y a une bonne quinzaine d'années, lors d'un séjour vacancier - mais "hors saison", comme on dit - passé dans les parages de René Char.

Le ciel du printemps était translucide, et j'avais dans la tête, en désordre, des vers de la Chanson pour Yvonne (*) :

******************La Sorgue
**************Chanson pour Yvonne

Rivière trop tôt par­tie, d’une traite, sans com­pa­gnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où com­mence ma mai­son,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est fris­son, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière sou­vent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des appren­tis à la cal­leuse condi­tion,
Il n’est vent qui ne flé­chisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la gue­nille et du soup­çon,
Du vieux mal­heur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des far­fe­lus, des fié­vreux, des équar­ris­seurs,
Du soleil lâchant sa char­rue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désal­tère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pou­voirs trans­mis et du cri embou­quant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au cœur jamais détruit dans ce monde fou de pri­son,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

René Char à Fontaine-de-Vaucluse, en 1966,
au cours d'un rassemblement protestant
contre l'installation d'une base de lancement de "fusées atomiques"
sur le plateau d'Albion.

Je ne sais pas s'il existe des "lieux magiques", mais il en existe qui rencontrent ce que l'on porte en soi, et où l'on est heureux d'être.

Cependant.

L'incroyable obscénité mercantile et putassière du monde réel, qui n'est jamais bien loin, y fait parfois irruption et vous éclate à la figure.

A Fontaine-de-Vaucluse, c'était un "Musée de la justice et des châtiments", qui faisait la retape en proposant de découvrir, en cave naturelle sans doute, l'exhibition d'une collection d'instruments de supplices légaux.

Un articulet du Figaro m'a permis d'en savoir un peu plus sur cet établissement. On y annonçait, en effet, que la société Cornette de Saint Cyr allait, le 3 avril, procéder à "dispersion" de la collection de ce musée "dans le cadre des ventes de prestige à l'hôtel Salomon de Rotschild, à Paris". Valérie Sasportas, la journaliste du Figaro Enchères, donne un aperçu tarifé des trésors qui attendent les acheteurs, et que j'aurais pu admirer si j'avais visité le "Musée de la justice et des châtiments" :

Trois cents pièces sont rassemblées. Ici, une chaise dite de tribunal d'inquisition, avec son assise en caillebotis garnie de clous pyramidaux en bois (lot 713, entre 200 et 300 euros). Là, une épée de justice, marquée «1756», avec sa poignée entièrement filigranée de fer (lot 701, entre 1 000 et 1 200 euros). Là encore un boulet de bagnard en fonte, avec sa chaîne (lot 694, entre 400 et 500 euros). Des entraves. Un masque de contrainte en fer martelé, avec les yeux et les narines ajourés, numéroté. Des portes de cellule. Et même le moulage du masque facial mortuaire et des deux mains de Syd Dernley, l'un des derniers bourreaux anglais (lot 772, entre 1500 et 1800 euros).

(D'autres détaillent différemment : "Guillotine, entraves, cordes d’exécution, écrase-mains, baignoire pour réceptionner les têtes, malle pouvant contenir jusqu’à quatre corps décapités, corde de pendaison "dédicacée" par l’exécuteur britannique Syd Dernley (...) "...)

Comme je ne pense pas me porter acquéreur de quoi que ce soit, il a été beaucoup plus intéressant pour moi d'apprendre, en lisant cet article, le nom du collectionneur qui tenait boutique à Fontaine-de-Vaucluse. Il s'agissait de Fernand Meyssonnier, "l'un des derniers bourreaux de la république Française, mort en 2008, et qui a collectionné pendant trente ans des objets et documents historiques sur la guillotine, le bagne, la prison, la peine de mort". Selon sa fille, qui est la vendeuse, c'était un "un homme «sensible, jovial, enthousiaste», arpenteur assidu des salles de vente".

Dans un article plus ancien du même quotidien, ce portrait se trouvait agrémenté d'une touche de militantisme humanitaire et démocratique :

Je voulais démontrer que, paradoxalement, la guillotine a été inventée dans un souci d’humanité et d’égalité. Sous l’Ancien Régime, le raffinement et la diversité des tortures infligées (la "question") étaient incroyables ! Atroce. En outre, il y avait inégalité devant la mort : la décapitation était réservée aux aristocrates. Les roturiers étaient pendus, brûlés ou roués. La Révolution a voulu mettre tout le monde au même niveau devant la mort.

Disait-il pour présenter sa collection...

Fernand Meyssonnier, avec son outil préféré,
qu'il possédait aussi en vrai, mais c'est mignon quand c'est petit.
(Photo : AFP/Gérard Julien.)

La journaliste aurait également pu ajouter quelques précisions biographiques sur l'ancien "exécuteur des sentences criminelles" - pour reprendre l'expression qu'il préférait employer, le terme de "bourreau" heurtant son exquise sensibilité, sa jovialité communicative et son enthousiasme conquérant.

Et notamment que ce brave homme, né en 1931 à Alger, commença sa carrière dès l'âge de 16 ans, comme aide, d'abord bénévole, de son père Maurice Meyssonnier, le "bourreau d'Alger", et qu'il participa à près de 200 exécutions capitales, jusqu'à son départ d'Algérie pour Tahiti, en 1961. Il fut donc un rouage indispensable d'une certaine politique avec une certaine forme de conscience, qu'il a détaillée avec complaisance à la fin de sa vie - interviews diverses, y compris chez Mermet, et publication d'un livre par l'anthropologue Jean-Michel Bessette (**).

Au gré de l'internet, on trouve ici et là des indications :

Personne n'est obligé de remplir les fonctions d'exécuteur. C'est en toute conscience qu'on fait ce choix. Nous étions des auxiliaires de justice. On touchait un salaire niveau smic, plus une prime de risque et une prime de tête, pendant la guerre d'Algérie. Mais chacun avait son affaire à côté : mon père tenait un bistrot, par exemple. En réalité, l'argent ne comptait pas. On faisait ça parce que les exécuteurs étaient reconnus et appréciés en Algérie. Et parce que cela nous apportait un tas d'avantages : port d'armes, transports gratuits, passe-droits auprès de la préfecture, etc

...

Au seuil de ma mort, je lis et relis l'historique de ces 200 exécutions : nous suivions tous les procès et j'ai tout conservé. Je reste persuadé que les condamnés étaient coupables, en majorité des terroristes FLN, poseurs de bombes ou auteurs de massacres effroyables. Si j'avais éliminé un innocent, mon existence ne serait qu'un long cauchemar. Je savais qui j'exécutais et pourquoi.

...

Il y avait des rituels pour les bourreaux comme le coup de rhum, la chemise blanche et la cravate noire avant d'officier, «rapide», mais «sans haine». Après, lui se lavait. Pas à cause du sang et de la mort, mais «c'est le fait de toucher un homme malhonnête, moralement pourri». Il était tellement persuadé qu'ils étaient «tous d'affreux criminels» qu'il n'a jamais cauchemardé. «Après l'exécution, on rentrait chez nous comme un entrepreneur après son travail ou un chirurgien qui vient de faire une opération, ni plus ni moins.»

Il m'est souvent arrivé de serrer la main d'un médecin ou d'un chirurgien - avec légèreté, car leurs mains font parfois des miracles -, mais il me semble que si j'avais eu à serrer celle de cet homme cordial à Fontaine-de-Vaucluse, dans son antre pédagogique aux supplices, il m'aurait fallu, moi aussi, me laver.

Et je sais que "tous les parfums de l'Arabie n'auraient pas suffi"...


PS : Des protestations se sont élevées pour dénoncer la vente de ces objets de collection, "manifestation morbide qui commercialise la torture", et "outrageante à l'égard de la mémoire des êtres humains qui ont été victimes de la torture"... La maison Cornette de Saint Cyr y a répondu en retirant de la vente la réplique de guillotine, haute de 4 mètres, "estimant qu’il s’agissait « d’un objet contemporain, trop proche dans l’histoire, avec une base émotionnelle pas suffisamment éloignée »". Ce qui tend à prouver qu'il faut du temps pour que le sang ait la même odeur que l'argent.

PPS : En dernière minute, voici ce que l'on peut lire dans Libération (20 h 49).

La vente aux enchères controversée d'instruments de torture prévue mardi prochain à Paris, est suspendue «dans un esprit d'apaisement», a annoncé vendredi la maison d'enchères Cornette de Saint Cyr.

«Devant l'émotion suscitée par cette vente, nous avons décidé de la suspendre afin que toutes les parties concernées puissent examiner dans le calme le contenu réel de cette collection», a déclaré le commissaire-priseur Bertrand Cornette de Saint Cyr.


(*) La Sorgue, Chanson pour Yvonne, poème de René Char, La Fontaine narrative, 1947, repris dans Fureur et Mystère - Poésie/Gallimard. Pour l'entendre dit par l'auteur, il faut aller visiter les Labyrinthes avec vue.

(**) Il s'agit de Paroles de bourreau aux Éditions Imago, 2002. Fernand Meyssonnier a fait savoir que Jean-Michel Bessette avait déformé ses propos.


Autre PS : Promis, demain je ne parlerai pas de guillotine...

jeudi 29 mars 2012

La mise à mort

L'acte étant en lui-même empreint d'une certaine gravité, il était de tradition de procéder à la mise à mort d'un être humain en y mettant les formes. Inventées ou platement véridiques, les petites histoires de la guillotine nous renseignent sur les délicates attentions dont le condamné à la peine capitale était l'objet.

Il y avait, pour commencer, son réveil avant l'aube, souvent évoqué. Deux ou trois matons expérimentés pénétraient avec célérité dans la cellule, afin de l'en extraire après l'avoir comme il faut entravé. C'est que le bougre pouvait se démener, et les costauds étaient suivis de précieuses personnalités qu'il fallait protéger. Parfois on lui passait la camisole de force, car l'usage voulait, sans doute, qu'on ne cogne pas trop fort. Estourbir l'homme qui devait mourir, et – cela va de soi – l'occire inconsidérément auraient été des fautes professionnelles graves...

Le condamné était emmené, à petits pas, dans les bureaux de la prison, où l'on signait une levée d'écrou. C'est donc un peu contraint mais presque libre qu'il allait pouvoir être décollé. On suppose que cette idée pouvait lui être comme une notable consolation qui s'ajoutait à celles que pouvaient lui prodiguer son avocat et tout ministre du culte à sa convenance...

Dans la plupart des récits, on raconte que l'administration lui accordait un petit verre d'alcool pour la route et une cigarette pour se détendre. Pour la gnôle, il s'agissait, semble-t-il, d'une rasade de rhum, probablement produit dans nos anciennes colonies et/ou nos futurs département ultramarins. On dit que le prisonnier récemment libéré pouvait, à sa demande, être resservi. Selon certains, il poussait parfois l'intempérance jusqu'à vider la bouteille. Mais, face au tabagisme, l'administration se montrait beaucoup moins laxiste, n'autorisant qu'une seconde cigarette, non par peur de voir son condamné être emporté par un foudroyant cancer broncho-pulmonaire, mais par crainte de perdre trop de temps à ces dernières inhalations nicotinées.

Une rapide toilette débarrassait prestement le condamné du col de sa chemise et des mèches de cheveux retombant sur son encolure, et le bourreau n'avait plus qu'à s'appliquer à ne pas massacrer son exécution.

Un point de vue.
(Dessin de Pancho, comme on lit,
prélevé sur l'histgeobox, qu'on peut lire.)


On conviendra que ces pratiques d'une exquise courtoisie sont fort éloignées de la mise à mort d'un condamné par la foule assemblée, ce que l'on présente parfois comme étant la forme originelle de l'exécution capitale, et l'un des actes politiques premiers des groupes humains en cours d'organisation. Progressivement enfouie dans les douceurs de la civilisation, cette scène primitive est restée présente. Les grandes exécutions théâtralisées en place publique où le souverain d'ancien régime conviait son bon peuple en étaient sans doute une réminiscence. Elles avaient en outre l'avantage de pouvoir faire la démonstration du pouvoir qu'il avait de "laisser vivre et faire mourir ses sujets" – pouvoir qui survécut longtemps sous la forme du droit de grâce présidentiel.

En république troisième, la guillotine a continué à être donnée en spectacle jusqu'en 1939. Elle avait été privée de son échafaud par un décret du 25 novembre 1870, mais elle attirait encore les foules. Si le record de quelques 50 000 à 60 000 spectateurs établi sous le second Empire n'a pas été égalé, il s'est trouvé tout de même 40 000 personnes pour assister à l'exécution d'un certain Joseph Martini, à Montpellier, en 1892. Le public, bon enfant, huait ou applaudissait les acteurs, et la République y faisait parade de son inflexibilité devant le crime – car, avec les progrès de la civilisation, la peine de mort était devenue affaire de pure justice.

Certains politiques ne sauront pas se montrer assez inflexibles en ces moments. Ce fut le cas de Georges Clémenceau, lors de l’exécution de l’anarchiste Emile Henry en 1894. Un journaliste de La Libre parole, le journal d’Edouard Drumont, raconte :

Mon voisin a un haut-le-cœur. Blême, il approche un mouchoir de sa bouche. Il chancelle. Des amis le prennent sous le bras, l’emmènent. Ce cœur sensible, c’est Clemenceau.

Durant le débat parlementaire sur l’abolition de la peine de mort qui se tint en 1908 – il n'y en eut pas d'autre avant 1981 -, Maurice Barrès put se gausser de "ce cœur sensible" en se réjouissant que le président du conseil ait jadis renoncé à une carrière médicale.

Il va sans dire qu'un excès de bravoure de la part du condamné posait un autre genre de problème... On lui demandait de mourir en homme, avec courage, mais pas de faire le cabot pour susciter l'admiration du public.

Ce Tigre qui n'aimait pas le sang.
Georges Clémenceau, par Edouard Manet.

Le 24 juin 1939, le président Albert Lebrun signait un décret visant à supprimer complètement l'admission du public aux exécutions capitales "en raison de manifestations regrettables" qui en avaient marqué le déroulement. On y précisait la liste très réduite des assistants autorisés et/ou requis, et on y envisageait même une étroite limitation de l’information :

"Aucune indication, aucun document relatifs à l'exécution autres que le procès-verbal ne pourront être publiés par la voie de la presse, à peine d'une amende de cent à deux mille francs."

Cette décision suivit de peu la publication dans la presse de photographies prises au cours de l'exécution de Eugen Weidmann, guillotiné devant la prison de Versailles, le 17 juin précédent. Une centaine de clichés aurait alors circulé - un film fut même tourné d'un balcon proche du lieu.

Jusqu'à l'abolition de la peine de mort, il ne fut plus jamais question de rendre à nouveau publiques les exécutions capitales, et personne ne proposa de les retransmettre à la télévision...

La dernière exécution publique, Versailles, 17 juin 1939.

Depuis le 9 octobre 1981, date de promulgation de la loi abolissant la peine de mort, la mise à mort d'un individu, eût-il avoué ou revendiqué quasi publiquement les crimes les plus condamnables, n'est plus, en France, un acte de justice.

On peut penser qu'en dehors d'un état de guerre déclarée, l'acte de tuer un homme peut être une simple affaire de police. Par maladresse, et cela relève de la bavure, ou par nécessité, et cela s'autorise de la légitime défense.

Autant dire que l'on peut s'étonner d'entendre un élu saluer un tel acte d'un tonitruant :

"Justice a été faite... et bien faite !"

Déclaration suivie d'un silence de mise à mort...



PS : La plupart des données factuelles ont été tirées d'un site dédié à la guillotine. L'anecdote sur Clémenceau vient d'un article d'Emmanuel Taïeb - qui ouvre bien d'autres perspectives que celle-là...

lundi 26 mars 2012

Une voix sans images

On ne peut évoquer Charlotte Delbo sans être pris de l'envie de donner l'envie de la lire.

Donc de faire entendre cette voix revenue "d'au-delà de la connaissance", "sans pouvoir même / expliquer comment".

De Aucun de nous ne reviendra, premier volume de sa trilogie Auschwitz et après :

Jusqu'à cinquante

L'homme s'agenouille. Croise les bras. Baisse la tête. Le kapo s'avance. Il a son bâton. S'approche de l'homme agenouillé et s'assure bien sur ses jambes.
Le SS s'approche avec le chien.
Le kapo lève le bâton qu'il tient des deux mains, assène un coup sur les reins. Eins.
Un autre. Zwei.
Un autre. Drei.
C'est l'homme qui compte. Dans l'intervalle des coups, on l'entend.
Vier.
Fünf. Sa voix faiblit.
Sechs.
Sieben.
Acht. Nous ne l'entendons plus. Mais il compte toujours. Il faut qu'il compte jusqu'à cinquante.
A chaque coup, son corps fléchit un peu plus. Le kapo est grand, il frappe de sa hauteur, de sa force.
A chaque coup, le chien jappe, veut sauter.
Sa gueule suit la trajectoire du bâton.
« Weiter », nous crie l'anweiserine parce que nous sommes immobiles sur nos bêches.
« Weiter. » Nos bras sont retombés.
Cet homme qu'on bat avec le bruit d'un tapis qu'on bat.
Il compte toujours. Le SS écoute s'il compte.
C'est interminable, cinquante coups de bâton sur le dos d'un homme.
Nous comptons. Qu'il compte, lui aussi ! Qu'il continue à compter !
Sa tête touche le sol. Chaque coup donne à son corps un sursaut qui le disloque. Chaque coup nous fait sursauter.
C'est interminable, le bruit de cinquante coups de bâton sur le dos d'un homme.
S'il s'arrêtait de compter, les coups s'arrêteraient et recommenceraient de zéro.
C'est interminable et cela résonne, cinquante coups de bâton sur le dos d'un homme.


Un extrait de la Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants, qui clôt le second volume Une connaissance inutile :

(…)
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d'argent
comment comment
vous pardonner d'être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d'être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
(…)


De Mesure de nos jours :

Un enfant m'a donné une fleur
un matin
une fleur qu'il avait cueillie
pour moi
il a embrassé la fleur
avant de me la donner
et il a voulu que je l'embrasse aussi
il m'a souri
c'était en Sicile
un enfant couleur de réglisse
il n'y a plaie qui ne guérisse
Je me suis dit cela
ce jour-là
je me le redis quelquefois
ce n'est pas assez pour que j'y croie.


PS : Ces textes de Charlotte Delbo ont tous été publiés aux Éditions de Minuit, et sont toujours disponibles.

samedi 24 mars 2012

Renaissance de l'art épistolaire, 2

Durant la guerre d'Algérie, Charlotte Delbo, comme d'autres ancien(ne)s résistant(e)s, d'autres ancien(ne)s déporté(e)s, a pris le seul parti qu'elle pouvait prendre : celui qu'elle estimait devoir prendre.

D'où ce premier livre, intitulé Les Belles Lettres.

Paru le 24 mars 1961.

L'avant-dire souligne l'ironie du titre choisi :

L'art épistolaire, qui fleurissait au XVIIe et au XVIIIe siècles, tombé en décadence au long du XIXe, s'est presque éteint au XXe siècle. De nos jours, marquises et religieuses portugaises font comme tout le monde : elles téléphonent.

Il a suffi que le Pouvoir prenne l'Histoire à rebours pour que le genre redevienne à la mode. De l'influence des institutions sur l'histoire littéraire.

Le livre présente un choix commenté, et documenté, de correspondances de l'époque déjà publiées, partiellement ou dans leur intégralité, dans des revues ou des journaux.

Dès l'abord, il faut convenir que le titre ne ment pas : il s'agit bien de belles lettres. Les plus jeunes d'entre vous - il y en a, forcément - pourront avoir l'impression qu'elles sont d'un autre âge. C'est vrai. En ces temps lointains où une blague vaseuse de moins de 140 caractères n'était pas considérée comme contribution à un débat, on écrivait à la presse après avoir soigneusement pesé ses mots. Ceux-ci n'avaient pas été rabaissés au niveau d'éléments de langage, et il y avait encore de "grands mots" qui pour tous faisaient sens. Ainsi, ignorant tout de l'éthique citoyenne à décervelage intégré, pouvait-on poser des "cas de conscience", faire appel au "sens moral" des individus et, même, parler de défendre "l'honneur de la France"...

Charlotte Delbo ne présente pas une sèche anthologie des missives qu'elle a sélectionnées. Elle les situe précisément, et c'est, somme toute, la moindre des choses. Mais surtout elle les fait dialoguer entre elles, en une sorte de théâtre d'idées dont elle serait à la fois la scénographe et la récitante.

En guise de prologue, Charlotte Delbo donne à lire quelques réactions - à commencer par celle de Jérôme Lindon - suscitées par un éditorial de Maurice Duverger (1), paru dans Le Monde du 27 avril 1960, intitulé Les deux trahisons. Un fait avait marqué les esprits au début de cette année-là : en février, avait été démantelé le "réseau Jeanson" (2) d'aide aux militants du Front de libération national algérien. Le procès de ses membre devait se tenir en septembre. Outre la question de l'aide au FLN, se posait celle du soutien aux jeunes insoumis et déserteurs de l'armée française...

Monsieur le professeur Duverger affirme, après diverses circonlocutions virtuoses (3) :

"Un soldat qui recevrait l’ordre de torturer aurait le devoir de désobéir, car la torture est un mal absolu quels qu’en soient les buts. Mais il n’existe aucun devoir ni aucun droit de désertion."

Il introduit cependant une exception, lorsque "les chefs militaires" "prétendent utiliser à des fins politiques l’armée que la nation leur confie", "essaient d’employer à un coup de force les jeunes citoyens soumis à l’obligation de servir", et "tentent de dresser leurs régiments contre le gouvernement et l’État", "l’insoumission devient pour les soldats un devoir de conscience". Et notre éminent juriste ne craint pas d'ajouter que c'est "un devoir qui ne se borne pas à la désertion, d’ailleurs, mais à l’obligation de tourner leurs armes contre les officiers factieux, afin de les mettre hors d’état de nuire".

Et de conclure la leçon :

Qu’on y prenne bien garde à l’extrême droite, comme à l’extrême gauche : il y a deux limites à ne pas franchir si l’on veut demeurer dans la communauté française. Aider ou approuver Francis Jeanson et ses amis, c’est un crime. Mais c’est un crime de même nature qu’aider ou approuver les entreprises de ceux qui essaient de transformer l’armée en garde prétorienne.

Les Belles Lettres ne sont pas une réfutation du texte de Duverger - dont seule la conclusion en forme d'impasse est citée -, mais la thématique est ainsi posée. Elle sera largement reprise et développée dans les diverses contributions retenues dans la suite.

On lira avec intérêt les analyses rigoureuses de Francis Jeanson, longuement cité, et de Jean-Paul Sartre. On entendra les silences d'Albert Camus et d'André Malraux (4)...

Et l'on constatera, sans en être étonné, la frilosité des éditorialistes de la gauche institutionnelle, condamnant, certes, la torture, mais trop soucieux - déjà ! - de leur respectabilité pour oser penser avec la moindre radicalité politique cette question du droit à l'insoumission.

Aucun d'entre eux, on s'en doute, ne signera la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie - encore nommée Manifeste des 121 -, rendue publique le 6 septembre 1960, au lendemain de l'ouverture du procès du réseau Jeanson.

Cette déclaration se terminait par :

Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu’il est désormais impossible de présenter comme des faits divers de l’aventure individuelle ; considérant qu’eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d’intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à se décider personnellement face à des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l’équivoque des mots et des valeurs, déclarent :

- Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien.

- Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

- La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.

A l'époque, on ne pouvait, sous peine de saisie, que citer des bribes de cette déclaration. Le Monde ne l'a jamais reproduite en totalité, et le livre de Charlotte Delbo ne le fait pas non plus. Il donne cependant la parole à bon nombre de signataires, et à leurs opposants, qui s'affrontent de manière parfois plaisantes, parfois moins...

Au procès du réseau Jeanson, la défense veut faire citer comme témoins les signataires du manifeste. Le commissaire du gouvernement s'indigne, estimant que "leur présence dans cette enceinte serait une insulte au tribunal". La tête haute, Simone Signoret écrit au président un petit billet formellement respectueux qu'elle termine par :

Rien dans ma vie privée ni dans ma vie professionnelle n'autorise quiconque à dire que ma présence où que ce soit puisse être une insulte pour qui que ce soit.

Charlotte Delbo ajoute en commentaire :

A un juge, président de tribunal militaire ! Une comédienne, qui sous Louis XIV n'aurait pas eu droit à sépulture chrétienne...

Des mesures punitives sont prises à l'égard des enseignants et universitaires qui ont signé. Laurent Schwartz (5), qui occupe la prestigieuse chaire d'analyse mathématique à l’École polytechnique, est destitué. A son ministre de tutelle, monsieur Pierre Messmer, qui lui avait écrit que son maintien dans le poste serait "contraire à la fois au bon sens et à l'honneur", Schwartz répond que, venant de lui, "les considérations sur l'honneur ne peuvent que [le] laisser froid".

Inutile de préciser que les arguments et la superbe détermination des signataires n'ont pas fait bouger d'un iota la gauche française, figée dans son attitude de modération tiédasse.

Et la guerre devait continuer encore plus d'un an.

Avec les mêmes méthodes : camps, prisons, interrogatoires, exécutions - sommaires ou non...

Ceci n'est pas une querelle d'intellectuels et de ministre. C'est de la liberté qu'il s'agit. Plus de 14 000 hommes sont actuellement détenus en France comme condamnés politiques.

Charlotte Delbo reproduit alors la lettre simple et émouvante qu'a reçue de sa femme un Algérien incarcéré, et qui avait été publiée par L'Express en février 1961.

Mais l'amie de Jacques Woog, guillotiné à la Santé, la femme de Georges Dudach, fusillé au Mont-Valérien, a tenu à clore son livre avec une "dernière lettre" :

Combien sont montés à l'échafaud, dans la cour de la Santé, dans la cour de Montluc, combien de Français dans les années 40, combien d'Algériens depuis 1954... Combien. Combien. Ils ont laissé des lettres d'adieu, brèves - il a peu de temps, celui qui va mourir - comme celle de Bousseta Hamou, guillotiné à la Santé, à Paris, au début de décembre 1960 :

********Ma chère femme,

Je serai mort sous peu car l'indépendance n'est pas gratuite. Le général de Gaulle m'exécute comme un criminel alors que je meurs Chahid. Tu peux être fière de moi et dire autour de toi : Vive l'A. L. N. ! Vive l'Algérie !



(1) Maurice Duverger, professeur de droit, éditorialiste et conseiller politique au journal Le Monde, eut un rôle majeur dans la reconnaissance des sciences politiques par l'université française. On peut aussi le voir comme un grand précurseur de nos actuels éditocrates. Sans ignorer qu'à partir de 1937, il fut un animateur fervent de la section bordelaise du PPF - Parti populaire français - et qu'il a été nommé titulaire de l'Ordre de la Francisque. Il semble qu'il ait su opter ultérieurement pour un rapprochement avec la Résistance.

(2) Francis Jeanson, philosophe proche de Sartre, en était le principal animateur.

(3) L'article de Maurice Duverger est reproduit en annexe de la plaquette d'Anne Simonin, disponible sur le site des Éditions de Minuit.

(4) André Malraux avait signé, en avril 1958, avec Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre, d'une Adresse solennelle à M. le président de la République pour protester contre la saisie de La Question d'Henri Alleg, et "somm[er] les pouvoirs publics (...) de condamner sans équivoque l'usage de la torture, qui déshonore la cause qu'il prétend servir"... Entre temps, il était devenu ministre.

(5) Laurent Schwartz, qui avait, en décembre 1957, organisé, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la soutenance de thèse in absentia de Maurice Audin mort sous la torture à Alger, était aux États-Unis quand ont été recueillies les 121 signatures. Son nom ne devrait pas figurer parmi ceux des premiers signataires, mais il a toujours demandé qu'on le considère comme tel.

vendredi 23 mars 2012

Renaissance de l'art épistolaire, 1

Parmi les sept livres remis à disposition par Les Éditions de Minuit pour marquer le cinquantième anniversaire des accords d'Évian, on trouve le premier ouvrage publié sous le nom de Charlotte Delbo, Les Belles Lettres, paru le 24 mars 1961. C'est plus tard, en 1965, que Jérôme Lindon publiera Le Convoi du 24 janvier, mémorial composé pour les 230 les femmes qui ont été transférées de Compiègne à Auschwitz par le convoi du 24 janvier 1943 et dont elle a fait partie. Puis, reprenant le premier volume déjà publié en 1965 chez Gonthier, Les Éditions de Minuit éditeront la trilogie Auschwitz et après : Aucun de nous ne reviendra (1970), Une connaissance inutile (1970) et Mesure de nos jours (1971).

Ces livres, avec son œuvre théâtrale publiée chez P. J. Oswald, auraient dû faire que l'on n'oublie pas son nom...

Mais un livre comme Les Belles Lettres, aujourd'hui réédité, devrait faire qu'on ne puisse plus présenter Charlotte Delbo comme une "déportée, survivante et témoin," qui "fut aussi écrivain par nécessité, pour rendre compte de son histoire et faire entendre sa voix dans l'Histoire", ainsi qu'on peut le lire dans une courte notice de BibliObs signée d'un(e) certain(e) L. L.

Charlotte Delbo (1913-1985),
(Photo : Eric Schwab.)

Issue, comme on dit, d'un milieu modeste, Charlotte Delbo avait commencé, après son baccalauréat, des études de philosophie. Elle avait, notamment, suivi les cours d'Henri Lefebvre, le futur auteur de la Critique de la vie quotidienne - publiée à partir de 1947 .

Ayant adhéré aux Jeunesses communistes en 1932, elle y avait rencontré Georges Dudach, un jeune journaliste qui devait devenir son époux deux ans après.

En 1937, elle rencontre Louis Jouvet, à l'occasion d'un entretien pour un journal d'étudiants. Jouvet, impressionné par la qualité de son travail de transcription et de réécriture, lui propose de devenir son assistante-secrétaire. Elle intègre donc la troupe du théâtre de l'Athénée, avec pour tâche principale de prendre note des cours et des mises en scène du maître et de les mettre en forme par écrit.

Au moment de la débâcle, Jouvet quitte Paris pour le sud de la France et Charlotte Delbo tente de gagner la Loire. Elle fait finalement demi tour et rentre à Paris. Elle retrouve le théâtre fermé et elle en assure la réouverture. Louis Jouvet décide de partir avec sa troupe faire une tournée en Amérique latine. Bien qu'on le présente comme un moyen d'échapper à l'emprise vichyste, il y a dans ce voyage une grande part d'ambiguïté : il a bien l'apparence d'une opération de propagande patronnée par le gouvernement et, lors des représentations, il n'est pas rare de voir les ambassadeurs du Reich et de l’État français afficher leur bonne entente...

Pour Charlotte Delbo, l'ambiguïté sera de courte durée. Un matin de septembre 1941, à Buenos Aires, elle fait irruption dans la chambre d'hôtel de Louis Jouvet - on raconte que celui-ci est encore en robe de chambre et il est difficile de ne pas penser à une scène de Drôle de drame. " Je rentre, il faut que je rentre tout de suite", lui dit-elle. Le drame n'est pas drôle : elle vient d'apprendre l'exécution d'un ami, Jacques Woog, condamné à mort par un tribunal spécial, créé par Pétain pour juger les "terroristes", et guillotiné dans la cour de la prison de la Santé (1). Elle a décidé de rejoindre son mari en France. Louis Jouvet tente de l'en dissuader, avec son tact un peu bourru : "Parce que tu te figures qu'on attend que toi, en France ? Tu te figures que ton mari sera content de te voir revenir ?... Une femme, c'est du souci pour le soldat." Charlotte Delbo quitte la troupe à Rio de Janeiro et prend un bateau pour le Portugal. Louis Jouvet insiste : "Reste, tu vas te jeter dans la gueule du loup". Elle arrive en France en novembre 1941, et entre dans la Résistance, aux côtés de son mari. Ils font partie du "groupe Politzer" et travaillent à la rédaction des Lettres françaises. Le rédacteur en chef, Jacques Decour, est arrêté le 17 février 1942 - il sera fusillé le 30 mai. Georges et Charlotte sont arrêtés le 2 mars et incarcérés à La Santé.

Georges Dudach a été fusillé le 23 mai 1942 au Mont-Valérien (2).

On est venu chercher Charlotte Delbo dans sa cellule, elle a pu le voir une dernière fois.

Le 24 août 1942, Charlotte Delbo est transférée au fort de Romainville, puis au camp de Compiègne et enfin à Auschwitz, parmi les 230 femmes du convoi du 24 janvier 1943.

"Auschwitz matricule N 31661. Un bon numéro, puisqu'on peut encore le lire sur mon bras gauche."

Durant l'été 1943, Charlotte Delbo et neuf de ses camarades sont envoyées au camp de Raïsko, pour travailler à l’acclimatation du pissenlit de Russie - le Taraxacum kok-saghyz dont les savants ingénieurs de l’IG-Farben pensaient pouvoir extraire du latex. On sait que de l'usine de la Buna, dont dépendait la plantation, ne sortira jamais le moindre petit kilogramme d'ersatz de caoutchouc...

Charlotte Delbo et ses camarades y passent l’automne et le début de l’hiver, avant de revenir à Birkenau, pour être ensuite envoyées à Ravensbrück.

Bien que, le 22 septembre 1944, le journal Combat ait annoncé sa mort, Charlotte Delbo a réussi à survivre. Prise en charge par la Croix-Rouge le 23 avril 1945, elle est évacuée vers la Suède et rapatriée en France où elle arrive le 23 juin 1945.

Louis Jouvet est lui aussi de retour avec la troupe de l’Athénée. La tournée s'était poursuivie, mais, à la suite de la nouvelle de l'arrestation de son assistante, Jouvet avait pris ses distances avec les autorités de Vichy et s'était montré moins aimable devant les parades des diplomates. A l'automne, Charlotte Delbo retrouve sa place. Mais elle doit assez rapidement partir pour prendre un temps de repos, et de soins, dans une clinique suisse, au Mont-sur-Lausanne. Elle y reste six mois.

Là, elle commence à écrire des fragments de ce qui deviendra son œuvre la plus personnelle. Certains sont publiés. Le 17 mai 1946, le Journal de Genève donne, sous la signature C. J. D., un texte intitulé Le matin de la libération, que l'on retrouve dans Une connaissance inutile. Seront également publiés, mais en France, semble-t-il, deux autres fragments, Lily et L’ours en peluche - tous deux repris dans Une connaissance inutile.

Rétablie, elle revient auprès de Jouvet jusqu'en 1947. Elle repart alors en Suisse, pour travailler à Genève, dans les services de l'ONU - d’abord à la Commission économique, puis aux Services techniques. Durant ces années, elle effectue plusieurs missions en détachement à Athènes et à Jérusalem.

En 1960, elle devient, au CNRS, collaboratrice du philosophe Henri Lefebvre, son ancien professeur.

Elle ne cessera d'écrire jusqu'à sa mort, le 1er mars 1985.


(1) Dix-huit exécutions capitales de ces fameux "terroristes" ont eu lieu derrière les murs de la Santé entre 1941 et 1944. Une plaque commémorative, sise à l'angle de la rue de la Santé et de la rue Jean Dolent, dans le quatorzième arrondissement de Paris, le rappelle aux promeneurs qui veulent bien la lire.

(2) En 1944, Elsa Barraine a dédié "à la mémoire de Georges Dudach, fusillé par les allemands" une pièce pour chœur et orchestre, reprenant le texte d'Avis, le poème de Paul Eluard qui ouvre Au rendez-vous allemand.


PS : Les éléments biographiques sont tirés des pages suivantes : Les Amis de Charlotte Delbo, Mémoire Vive et Sens public.

jeudi 22 mars 2012

C'est bien Lucky Luke qu'est le plus fort

La mise en scène a été presque parfaite.

Certes, le dénouement s'est fait attendre, et il était bien prévisible...

Certes, les répliques cultes étaient assez convenues et lourdement appuyées :

07h56: «Il veut mourir les armes à la main»

11h39: «Mohamed Merah est mort les armes à la main»,
confirme à notre envoyé spécial le ministère de l'Intérieur

Certes, les traits d'humour ont parfois manqué d'élégance :


Mais en quittant son fauteuil, tout en se demandant qui peut bien être cette @MdameMichu, le spectateur se sent très fier d'être le citoyen d'une France si forte.

Et si on lui posait la question, là, maintenant, il n'aurait peut-être rien contre le rétablissement de la peine capitale pour les terroristes.

A condition que cela soit aussi spectaculaire qu'à Toulouse, bien entendu.

mardi 20 mars 2012

Lancement d'une canditature

Annoncée le 27 février par l'hebdomadaire Le Point, la candidature de monsieur Patrick Poivre d'Arvor à l’Académie française a été confirmée jeudi dernier.

Avec des précisions :

L'élection a été fixée au 26 avril. Parmi les immortels, PPDA jouit de quelques solides soutiens, mais devra se méfier du clan des littéraires, guère enclin à accepter en son sein un auteur très populaire, mais soupçonné de plagiat. "Difficile de dire s'il sera élu dès sa première présentation, souligne l'un d'eux, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne devrait pas être ridicule et comptera quelques précieuses voix."

C'est assez logiquement en sa "page télé" que Le Figaro reprend cette importante nouvelle, ajoutant en manière d'exclusivité que le postulant au fauteuil 40 "peut d'ores et déjà compter sur le soutien d'Erik Orsenna".

Qui aurait déclaré :

"J'ai beaucoup d'amitié pour lui et je considère que c'est un très bon journaliste."

Cette insistance sur les qualités journalistiques de l'insipide monsieur Poivre rejoint, et conforte, l'idée émise par certains d'une académie désireuse d'améliorer son image. Lasse peut-être de servir d’entrepôt où viennent se ranger d'elles mêmes de vieilles potiches assez usagées - militaires plus ou moins galonnés, ecclésiastiques de diverses couleurs, anciens ministres et/ou présidents, gendelettres en phase terminale -, la prestigieuse institution envisagerait désormais d'accueillir également les fins de carrière médiatiques.

Pourquoi pas ?

Il faut bien admettre qu'avec PPDA une certaine idée du modernisme entrerait à l'académie, où il faudra bien songer à installer pour lui une salle de reprographie...

Portrait du futur académicien en photocopieuse.
(Photo empruntée au site d'un collège de l'académie de Grenoble.)

Dans le même temps, on apprenait que la candidature du neutrino pour le record du monde de vitesse n'a finalement pas été retenue par la communauté scientifique. Madame Laure Manaudou a adressé un message de soutien aux sept neutrinos qui, on s'en souvient, avaient été placés en garde à vue à la suite de ce prétendu exploit.

Ceux qui estiment que toutes les particules ne se valent pas ne peuvent que se désoler de ce cinglant démenti.

Et plus encore ceux qui avaient déjà célébré l'effondrement du paradigme relativiste einsteinien.

Selon une rumeur d'autant plus fiable qu'elle n'est pas reprise sur la toile, les frères Bogdanoff, alias Pipo et Pipo, avaient orienté leurs travaux dans cette direction et étaient sur le point de publier leurs résultats novateurs. Ils espéraient que cette brillante contribution à la connaissance scientifictive, venant compléter leurs thèses époustouflantes, attirerait l'attention des membres de l'Académie des sciences où ils rêvent d'être admis. Il semble que cela ne soit pas acquis, et madame Laure Manaudou leur a envoyé un message de sympathie du fond de son bassin...

Pipo et Pipo lui ont adressé un signe amical du salon du livre.

Récemment, sans doute pour se délasser de leurs ardus travaux scientifiques, les frangetons clonesques ont pris position dans la campagne électorale en cours :

"Mais nous voterons Sarkozy. Parce qu’il y a quelque chose d’indéplaçable en lui. Parce qu’il pose franchement cette question : de quelle vérité l’homme est-il capable ? Et puis, finalement, parce que c’était nous, parce que c’était lui, comme disait autrefois, sans détour, Montaigne à propos de La Boétie."

On en vient à se demander si cette vertigineuse profondeur de pensée, exprimée "sans détour" avec de solides références montaigneuses, ne ferait pas, au point où nous en sommes, des frères Bogdanoff de parfaits candidats pour un double fauteuil à l'Académie française...