lundi 22 novembre 2010

Polémique vaseuse dernier cri

Afin de participer au dernier chic de la polémique, celle déclenchée, le mois dernier, par le "mur" Facebook de monsieur Pierre-André Taguieff, madame Catherine David a eu la très riche idée de publier un court article intitulé, avec beaucoup de légèreté et de subtilité, Sakineh et Hessel, même combat.

On s'étonne tout de même un peu qu'il ne soit trouvé personne, à la rédaction du Nouvel Observateur, qui a publié ce "coup de sang" (sic) de madame David, pour simplement refuser de laisser passer ce titre nullissime, et l'article qui allait avec. La lecture de ce texte montre en effet que, malgré une certaine tendance au délayage, il est tout aussi nuancé, et surtout aussi pertinent, que le titre choisi.

Peut-être était-il urgent et important que le Nouvel Obs entre dans cette polémique prometteuse, de quelque manière que ce soit, fût-ce en pataugeant dans les amalgames les plus vaseux...

De ce point de vue, c'est une grande réussite, et madame David est en passe de devenir une célébrité.

Le dernier livre de Catherine David.

A l'origine de sa grande colère, il y a ce que l'on aurait vu sur le désormais fameux "mur" Facebook de monsieur Pierre-André Taguieff.

Cette épigramme voltairienne traficotée:

Un soir au fond du Sahel,
Un serpent piqua le vieil Hessel,
Que croyez-vous qu'il arriva,
Ce fut le serpent qui creva.

Et ce commentaire:

"Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu'on ait envie de lui écraser la tête."

L'humour de monsieur Pierre-André Taguieff et de ses amis de Facebook est tout à fait charmant.

Mais fut assez peu apprécié, et pas seulement par notre bonne madame David.

Stéphane Hessel enfin démasqué.

Que croyez-vous qu'il arriva ?

Ce fut Taguieff qui pleurnicha !

(Pardonnez-moi, j'ai déplacé le rythme et affaibli la rime... Mais tout le monde ne peut avoir le talent de monsieur Taguieff.)

Sa réponse à madame David, publiée dans le Nouvel Obs, qui, par le jeu des réponses aux réponses, initie un "débat" d'un intérêt fort médiocre, est introduite par un modèle de prose pleurnicharde de la plus belle eau.

Je ne m'en lasse pas :

J'avoue avoir été blessé par votre article sur BibliObs, stupéfié par la virulence de vos attaques, et aussi très étonné : comment avez-vous pu vous contenter de reprendre, sans y regarder de plus près, des attaques contre moi venant de milieux communistes, islamistes et «antisionistes» professionnels? Faire confiance à de douteux délateurs? Et ce, alors que je fais l'objet d'une véritable chasse à l'homme lancée par diverses officines? Qui est pourchassé dans cette affaire? Qui est mis au pilori? Et qui est encensé d'une façon aveugle et unanime, si ce n'est Stéphane Hessel? Faire passer aujourd'hui l'«icône» Hessel pour une victime relève du tour de force. Il n'est pas de figure «morale» aussi adulée et encensée dans l'espace médiatique. Ma situation est tout autre. Mais j'imagine que vous n'en avez aucune idée. Savez-vous que mes employeurs sont assaillis d'appels téléphoniques orchestrés, selon des tactiques d'inspiration maccarthyste, demandant des sanctions professionnelles contre ma personne? Que j'ai dû annuler toutes mes interventions publiques dans des lieux universitaires, compte tenu des menaces et des risques de «désordre»?

Malgré l'émotion compassionnelle qui vous étreint, il faut continuer pour découvrir que monsieur Taguieff ne saurait confirmer ce qui a été lu, il semble, sur son "mur" Facebook, car il a "supprimé rapidement tout le passage".

"Si j'ai supprimé le passage, c'est précisément parce que je pensais que la dimension littéraire de la satire ne serait pas perçue et que la métaphore polémique serait malencontreusement prise à la lettre."

Et pour bien montrer qu'il nous prend pour des demeurés, car cela non plus nous aurions pu ne pas le comprendre, notre auteur cite l'épigramme de Voltaire sur Fréron et nous explique que "non sans effronterie", il a substitué "Hessel" à "Fréron".

C'est vraiment gracieux de sa part. Nous n'aurions pu ne pas saisir le sel de son "effronterie", tant il est vrai que nous allons rarement aussi loin dans la "dimension littéraire"...

Sans parler de cette curieuse "envie de lui écraser la tête", qui a pourtant été le moteur initial des calamiteuses associations d'idées de madame David, monsieur Taguieff tente de revenir à son désaccord avec Stéphane Hessel, portant sur les "positions anti-israéliennes, de plus en plus radicales" de celui-ci. Il cite alors un des gribouillages (non privé, celui-là) de son "mur":

"Il aurait certainement pu finir sa vie d'une façon plus digne, sans appeler à la haine contre Israël, joignant sa voix à celles des pires antijuifs. Même le grand âge ne rend pas imperméable à la vanité, et ne met pas fin au goût d'être applaudi."

En plus de la "métaphore polémique" que nous avons tant de mal à comprendre, monsieur Taguieff peut aussi pratiquer le poncif dédaigneux envers le "grand âge".

Notre "sommité mondiale de l'histoire des idées et chercheur au CNRS", comme le présentent certains de ses amis, ne saurait terminer cette première réponse sans faire allusion aux deux attaques ad hominem qu'il développe depuis quelques temps en direction de Stéphane Hessel:

Tout ce que j'ai affirmé concernant certains faits de la vie de l'ancien diplomate (son statut de déporté politique alors qu'il est donné pour un «rescapé de la Shoah», sa pseudo-participation à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme, etc.) est fondé sur une lecture critique de ses propres témoignages (le problème, c'est qu'il varie beaucoup dans ses déclarations !), recoupés avec d'autres sources d'information.

En post-scriptum, monsieur Pierre-André Taguieff, après avoir incidemment précisé avoir écrit cette réponse "malgré les incitations de [s]on avocat" a l'extrême obligeance de nous renvoyer vers la pétition que ses amis ont mis en place pour le soutenir dans cette rude épreuve, et vers les sites du Crif, de la revue RING et du Causeur où l'on appelle à "sauver le soldat Taguieff"....

dimanche 21 novembre 2010

Louis Adamic, correspondant de guerre

Ses livres n'étant pas traduits en notre langue, Louis Adamic - né Alojz Adamič en Slovénie, et en 1899 -, est un journaliste-écrivain nord-américain longtemps resté à peu près inconnu en France. Mais les choses peuvent encore changer avec la première traduction complète de son Dynamite: a century of class violence in America 1830–1930 (paru en 1931) qui vient de sortir sous le titre Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique, aux éditions Sao maï. Cette traduction, qui s'accompagne de notes utiles et d'un index biographique, est signée de Lac-Han tse et Laurent Zaïche. Messieudames les libraires indépendants voudront bien noter que les livres des éditions Sao maï sont distribués par Court Circuit diffusion.

"Dynamite... That’s the Stuff"
("La dynamite, c'est le bon truc.")

La quatrième de couverture de cette édition cite amplement Jean-Patrick Manchette qui, en octobre 1979, souhaitant la traduction de "ce livre passionnant", disait:

Le polar est l’histoire de la criminalité et du gangstérisme, c’est-à-dire l'histoire de la violence obligée des pauvres après la victoire du capital. Vous croyez que j’exagère ? Lisez donc Dynamite, de Louis Adamic (...). On y voit lumineusement comment le syndicalisme américain s’est transformé en syndicalisme criminel quand la possibilité de la révolution a disparu et quand, par conséquent, la question n’a plus été que celle des fameuses " parts du gâteau".

Manchette ne citait Dynamite ! qu'à l'appui d'une de ses thèses sur le polar, et il en donnait donc un résumé un peu rapide. Mais on peut reprendre ce qu'il dit du polar pour l'étendre, à peine modifié, au livre d'Adamic. Dynamite ! permet certes de comprendre "lumineusement comment le syndicalisme américain s’est transformé en syndicalisme criminel", mais c'est surtout, pour le lecteur de 2010, un irremplaçable document sur "l'histoire de la violence obligée des pauvres", non "après la victoire du capital" - que je sache, cette victoire n'est pas encore totale -, mais pendant qu'elle semble s'affirmer et se confirmer.

En cela, le livre d'Adamic est une illustration parfaite du "mot" pénétrant, devenu si célèbre, de monsieur Warren E. Buffett, qui, en 2006, devant Ben Stein, du New York Times, déclarait:

“There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.”

("C'est la guerre des classes, d'accord, mais c'est ma classe, la classe des riches, qui fait cette guerre, et nous sommes en train de la gagner.")

Un valeureux combattant wobbly.
(IWW : Industrial Workers of the World
.)


A la fois historien, témoin et acteur, Louis Adamic, en se plaçant d'un point de vue qui n'est pas celui des amis de monsieur Warren Buffett, mais qui est le sien et qu'il assume très simplement, sans excès de moralisme ou de légalisme, retrace les grands débuts de cette guerre qui dure encore. Il en fait un récit solidement étayé et charpenté, d'un style sans fioritures, efficace, joliment acide et vachard dans les portraits qu'il esquisse. Comme je suis petit lecteur de polar, je ne peux pas dire que Dynamite ! se lit comme un livre de série noire, mais je peux tout de même dire que je ne l'ai pas beaucoup lâché...

Louis Adamic, photographié par S. Balkin, date inconnue.


PS: Les anglicistes acharné(e)s pourront trouver des extraits de Dynamite ! en version originale sur libcom-point-org.

A mes moments perdus, je picore Laughing in the Jungle, récit autobiographique où Adamic raconte comment il est devenu un Amerikanec. Gougueule bouxe en donne de larges passages.

samedi 20 novembre 2010

Philosophie républicaine à tous les étages

Malgré ma légendaire bonne volonté, j'ai du mal à me persuader que seul l'amour de la sagesse a conduit monsieur Luc Chatel, ministre de l'Éducation nationale de la jeunesse et de la vie associative, à parasiter l'écho qu'aurait pu avoir, sans lui, la Journée mondiale de la philosophie 2010, organisée par l'Unesco. Il y a un singulier manque d'éducation, nationale ou pas, à venir ainsi annoncer les dernières vagues idées de ses conseillers dans une réunion dont l'objectif est de "rassembler la communauté philosophique internationale et de stimuler la réflexion sur les problématiques contemporaines".

D'autant plus qu'au vu de son contenu, l'annonce aurait pu attendre au moins quelques jours.

La possibilité, pour les professeurs de philosophie, de prendre en charge l'enseignement de l'ECJS (éducation civique, juridique et sociale) dans les classes de seconde et première des séries générales, ne fait qu'étendre et officialiser ce qui se pratiquait déjà. J'ai vu, assez régulièrement, des collègues compléter de cette manière leur "service", afin d'effectuer la totalité de leurs "heures" dans un même établissement.

On saura gré, cependant, à monsieur Chatel de son amusant clin d'œil, quand il déclare, selon l'AFP, que "la République" se prête à l'approche philosophique.

Il n'a cependant pas précisé si la "traduction intégrale très particulière" de ladite République que promet Alain Badiou serait agréée par l'Éducation nationale.

Pas un mot non plus sur cet intéressant canapé Platon.

Les propos de monsieur Chatel ne souffrent pas, il est vrai, d'un excès de précision.

S'il annonce bien que, pour introduire la philosophie dans les classes de seconde et de première, le ministère mettra en place à la rentrée, dans les établissements volontaires, une expérimentation nationale, il reste très flou sur les modalités de cette expérimentation. Il me donne l'impression de rendre compte d'une discussion de "conseil d'enseignement" mené selon la technique éprouvée du "on pourrait faire ci, on pourrait faire ça".

D'une part au travers des "enseignements d'exploration" créés par la réforme du lycée (deux modules obligatoires au choix, tels "littérature et société", "images et langages" et "méthodes et pratiques scientifiques") ou lors d'"ateliers" organisés dans le cadre des deux heures hebdomadaires d'"accompagnement personnalisé".

Enfin, pour M. Chatel, les enseignants de philosophie doivent pouvoir "intervenir de manière ciblée au sein des cours d'autres disciplines". Par exemple, en physique-chimie, un prof de philo pourra "éclairer la portée philosophique" de l'étude de la structure et la matière, en abordant les notions "d'espace" ou de "relativité".

Suivi de la conclusion habituelle dans ce type de réunions parlotes:

Par ailleurs, le ministre donne "toute liberté aux équipes pour concevoir d'autres projets", sur la base du volontariat.

On ne précise pas, mais c'est sous-entendu, que si les volontaires étaient bénévoles, ou presque, cela serait parfait...

François Rude, Départ des volontaires de 1792 ,
communément appelé La Marseillaise.

L'effet des déclarations de monsieur Luc Chatel peut être estimé comme quasiment nul sur "la communauté philosophique internationale", et on peut le regretter.

En contrepartie, on peut observer que ses propositions ont aussitôt fourni un sujet de réflexion stimulant aux spécialistes nationaux des "problématiques contemporaines".

La dépêche de l'AFP nous fait part des réactions quasiment instantanées de monsieur Bernard-Henri Lévy ("Si c'est seulement un vague vernis donné aux élèves, ce serait absurde" car "la philosophie suppose un apprentissage") et de madame Elisabeth Roudinesco ("Si on veut réduire la philosophie à des sujets de société (...), si on veut dissoudre la philosophie dans des matières qui n'en sont pas, je ne suis pas d'accord").

Il suffisait d'attendre un peu pour connaître la position de monsieur Michel Onfray qui trouve qu'il s'agit là d'une "excellente initiative":

"Je me bats depuis longtemps pour que la philosophie soit enseignée dès la primaire. Je trouve que l'instaurer en seconde, c'est une excellente initiative, il faudrait ensuite le faire au collège, en primaire, en maternelle."

Et notre enthousiaste se porte presque volontaire:

"Bien sûr, il faut penser l'enseignement de la philo autrement. On ne fait pas de la philosophie en seconde comme en terminale. Il faudrait proposer aux enseignants de travailler de manière transversale avec des profs d'histoire, de sciences ou d'autres pour établir des thématiques, arrêter des œuvres", a poursuivi Michel Onfray. Il faudrait "surtout sortir de la confiscation de la philosophie par le cadre institutionnel et de la vision canonique de cette discipline", a ajouté le philosophe, qui a créé l'université populaire à Caen.

Il va peut-être réintégrer l'Éducation nationale...

Michel Onfray, philosophe hédoniste.


Beaucoup de philosophes médiatiques, ou qui aimeraient l'être, se sont précipités dans ce créneau propice.

Je ne les ai évidemment pas recensés...

J'ai noté la présence, parmi les intervenants sollicités par France-Soir, de madame Pascaline Dogliani, maître formatrice à l'IUFM de Melun et professeure des écoles, qui milite pour la pratique des "ateliers de philosophie" en classe maternelle, et dont l'expérience est le sujet du film de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier, Ce n’est qu’un début, sorti mercredi dernier:

"J’organise des ateliers philosophie avec mes élèves de maternelle. C’est un âge idéal car les enfants se questionnent sur la mort, l’amour… ils se posent des questions existentielles, mais aussi des questions sur tous les sujets qu’il faut apprendre à recevoir. Quand j’ai commencé les ateliers, en 2006, je ne savais pas trop ce que ça allait donner, puis j’ai pris conscience de leur beauté intellectuelle, de leur capacité à réfléchir. Le résultat est très positif : les élèves parlent mieux, ils apprennent à échanger leurs idées. Ils se construisent aussi, en développant un regard critique sur le monde qui les entoure. La terminale, c’est bien trop tard pour découvrir tout ça."

On peut s'étonner qu'une enseignante ait eu besoin de pratiquer des "ateliers philosophie avec [s]es élèves de maternelle" pour découvrir la "capacité à réfléchir" et la "beauté intellectuelle" des jeunes enfants qu'elle accueillait quotidiennement.

Mais on ne va pas lui dire que "c’est bien trop tard pour découvrir tout ça"...


PS: On pourra évaluer le "hors-sujet" de monsieur Chatel en consultant le programme très riche de la journée organisée à la maison de l'l'Unesco.

vendredi 19 novembre 2010

Le traumatisé du bocal

Pour lancer commercialement le dernier produit phare de la maison, Decision Points, de monsieur Georges W. Bush, le service de la communication de Crown Publishing Group n'a pas lésiné sur les moyens pour attirer le chaland:

A travers des épisodes captivants et encore jamais dévoilés, le président Bush emmène les lecteurs dans la propriété du gouverneur du Texas, la nuit des élections vivement contestées de 2000 ; il les convie à bord d'Air Force One, le jour du 11 Septembre, juste après l'attaque la plus foudroyante subie par les Etats-Unis depuis Pearl Harbor ; il les invite à la tête du Conseil de sécurité nationale, dans la Situation Room, quelques instants avant le lancement de la guerre en Irak ; et enfin, il les fait asseoir derrière le Bureau Ovale lors de toutes les décisions controversées qu'il a prises concernant la crise financière, l'ouragan Katrina, l'Afghanistan, l'Iran, et toutes les autres questions qui ont déterminé la première décennie du XXIe siècle.

(Comme je sens que vous mordez à l'hameçon, je tiens à vous indiquer que la traduction française est parue, sous le titre Instants décisifs, chez Plon, éditeur qui a l'extrême élégance de ne pas indiquer, sur son site, le nom du traducteur ou de la traductrice...)

Cet appel publicitaire se clôt sur un dernier argument, quasiment désespéré, pour briser les dernières résistances des derniers réticents :

Il nous dévoile également des détails intimes inédits sur sa décision d'arrêter l'alcool, sur sa découverte de la foi et sur ses relations familiales.

Du gratiné et du croustillant, peut-être...

On sait bien que dans les placards métaphoriques des meilleures familles traînent toujours quelques cadavres tout aussi métaphoriques...

Mais, apparemment, rien de tout cela dans les mémoires de président George Doublevé, hormis les cadavres de nombreuses bouteilles.

Cependant, afin de bien montrer l'étroitesse des liens l'unissant à sa mère - madame Barbara Bush, née Pierce -, monsieur George W. Bush a exhumé des placards de sa mémoire le souvenir d'une confrontation inattendue avec le bocal où Barbara avait placé, ou fait placer, l'embryon tout juste expulsé lors d'une interruption bien involontaire de grossesse en cours.

A son jeune fils, à peine adolescent, elle avait montré calmement le bocal en lui disant:

"Here’s the foetus."

Admirable leçon maternelle sur les choses de la vie !

Barbara et Georges Bush en famille, dans les années 1960.
Comme on peut le voir, il manque le bocal.

Interrogé sur sa réaction d'alors au cours d'un entretien accordé à la chaîne NBC, monsieur Bush a répondu:

"There's no question that affected me, a philosophy that we should respect life."

Ce que le Courrier International, se croyant tenu de combler ce qui semble une lacune du discours, traduit par:

"Il est bien évident que cela m’a touché [et que je me suis forgé] une philosophie qui veut qu’on respecte la vie."

Monsieur Bush lit alors un passage de son livre:

"I never expected to see the remains of the [fetus], which she had saved in a jar to bring to the hospital." the 43rd President of the United States read. "There was a human life, a little brother or sister."

Soit:

"Je ne m’attendais pas à voir les restes du fœtus, qu’elle avait mis dans un bocal pour l’emporter à l’hôpital. Il y avait là une vie humaine, un petit frère ou une petite sœur."

Personne, à ce moment-là, semble-t-il, n'a songé à expliquer au jeune garçon que ce qu'il voyait n'était que l'ébauche inaboutie d'une "vie" qui n'était " humaine" que dans le monde parallèle de ses fantasmes.

A 64 ans, il croit encore à la respectabilité du bocal.

Collection de "vies humaines" du Musée Dupuytren.

En songeant au nombre de "vies humaines" bien réelles de notre monde qui ont été éliminées de ce monde, et dans les pires conditions, à la suite des "décisions" de monsieur George W. Bush, ce tenant d'une "philosophie qui veut qu’on respecte la vie", on peut regretter que le bocal n'ait contenu quelque exemplaire produit de l'activité guerrière.

Un résultat d'amputation sur champ de bataille aurait pu suffire.

On ne sait jamais. Peut-être serait-il devenu pacifiste, au lieu d'adopter la bien mal nommée doctrine "pro-vie".



PS: Cette doctrine donne parfois lieu à de bien réjouissantes manifestations publiques.

Ainsi, pour son 24e anniversaire, un certain "mouvement" organise des récitations de rosaires, demain, dans quelques villes de France et d'ailleurs.

Vous pourrez y aller prier pour les âmes évaporées de vos bocaux.

mercredi 17 novembre 2010

La bonne soupe à la française

Certains ont bien rigolé, avouons-le, en apprenant, en 2008, que le président Nicolas Sarkozy, grand buveur d'eau plate et adepte du régime jockey, avait l'intention d'appuyer la demande de classement de la grande cuisine française sur la liste représentative du "patrimoine culturel immatériel de l'humanité" régulièrement mise à jour par l'UNESCO. Il avait alors déclaré, avec beaucoup de conviction, que la France pouvait être fière d'avoir "la meilleure gastronomie au monde".

Désormais, ça va un peu moins glousser dans les rangs des ricano-persifleurs. L'UNESCO n'a certes pas reconnu que la France possédait "la meilleure gastronomie au monde", mais les experts, réunis à Nairobi, ont jugé que le "repas gastronomique des Français", "avec ses rituels et sa présentation", dixit Le Monde, remplissait les conditions requises pour figurer sur cette fameuse "liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité".

Comme je n'ai pas écouté l'intervention de monsieur Nicolas Sarkozy - pourquoi perdre son temps à entendre ce qui se résumera en trois mots le lendemain ? -, j'ignore s'il a profité de son passage à la télévision pour annoncer cette grande avancée. Monsieur François Fillon, lui, n'y a pas manqué:

François Fillon a salué mardi ce classement de l'Unesco. "Il est particulièrement remarquable que la France soit le premier pays à être ainsi honoré pour son génie des arts de la table", souligne le premier ministre dans un communiqué. Selon François Fillon, "la cuisine est pour la France non seulement le produit d'une longue tradition historique mais aussi l'une des expressions les plus abouties de l'excellence de ses produits, de la qualité de ses savoir-faire artisanaux et de son rayonnement culturel".

De son côté, l'amicale des blogueurs de Trifouillis-en-Normandie, auto-proclamée réblouguique des ploucs, a déposé ce matin en préfecture les statuts de la Ligue Anti-Cholestérol, rapidement copiés sur ceux de la Ligue Anti-Tabac, afin de pouvoir attirer l'attention des pouvoirs publics, et notamment celle de monsieur Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, et celle de madame Nora Berra, secrétaire d'État chargée de la Santé, sur les dangers qu'une telle promotion de la grande bouffe ritualisée à la française peut faire courir à l'ensemble de la population de notre cher pays.

En 1973, déjà Marco Ferreri lançait un cri d'alarme.
(Affiche de Reiser.)

Il faut éviter de commettre un fâcheux contresens en interprétant cette heureuse décision du comité intergouvernemental chargé de se prononcer sur les candidatures. Ce qui est ainsi "classé" est un ensemble de pratiques, de rituels et de cérémonies qui font que le "repas gastronomique à la française" est ce qu'il est: une "pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes".

Monsieur Jean-Robert Pitte, président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires, qui accueille cette décision "avec joie, avec émotion, mais aussi avec modestie", a accordé un entretien au quotidien La Croix. Il y détaille ainsi nos spécificités:

La gastronomie française se distingue par ses rituels, ses pratiques, ses traditions vivantes et une certaine manière d’être à table. Une façon de dresser la table, de s’y installer, de goûter des saveurs particulières qui ont une personnalité, de valoriser les différences d’une région à l’autre. Associer certains vins à certains plats est une invention française. De même que le déroulé qui va des entrées au dessert et impose le pain, le vin et le fromage.

Autrement dit, ce qui distingue la "gastronomie française" serait un certain art de s'emmerder à table, pendant des heures, en dégustant des mets exquis, en savourant des breuvages délicieux, mais en cherchant vainement l'intérêt d'attendre tant de plats et tant de vins au milieu des bavardages convenus et insipides de la convivialité "à la française".

Faut-il le regretter ? Ces repas avec tout le tralala, dont l'origine remonterait, selon monsieur Pitte, à la cour de Versailles, se font de plus en plus rares dans les milieux populaires...

"Voyages du roi au château de Choisy " :
souper du samedi 8 janvier 1752 par Brain de Sainte Marie.
(Document RMN / Gérard Blot)

Pourtant, il y a tout lieu de penser que cette "pratique sociale coutumière" n'a pas entièrement disparu chez les heureux du monde d'en haut.

Le dîner mensuel que Le Siècle, le club de rencontres des élites françaises, organise pour ses membres dans les locaux de l'Automobile Club de France, place de la Concorde, est peut-être un exemple de "repas gastronomique à la française"... Seul un examen impartial par une commission ad hoc, mandatée par les ministères de la culture et de l'agriculture, pourrait nous assurer que ces dîners du Siècle sont bien représentatifs de notre "patrimoine culturels immatériel".

Ils font, en tout cas, partie de notre patrimoine politique depuis 1944, date à laquelle Georges Bérard-Quélin, patron de presse, a fondé ce club "réunissant des membres les plus influents de la « classe dirigeante » française afin de produire une synergie entre leur pouvoir".

Ce type de "synergie" porte aussi un autre nom, que vous pourrez trouver seuls, sachant que:

On y trouve une sélection des personnalités les plus puissantes de la société française, des hauts fonctionnaires, des chefs d'entreprises, des hommes politiques de droite ou de gauche, des syndicalistes, ou encore des représentants du monde de l'édition et des médias de premier plan.

L'arrivée des convives du dernier dîner du siècle, le 27 octobre, a été gentiment chahutée par une manifestation qui avait des faux airs de promotion pour le tout juste sorti film de Pierre Carles. Un articulet et une vidéo, sur le site de Bakchich, permettent de se faire une idée de la portée, que je trouve assez limitée, de cette action.

Une invitation à un "pique-nique collectif", devant l'hôtel Crillon, est lancée pour le prochain le prochain dîner, le 24 novembre.


Bien que persuadé que les membres du Siècle méritent beaucoup mieux que quelques lazzis rigolards, je relaie cet appel.

En espérant que C.F.C.-B.A.P. (Collectif Fin de Concession - Branche Armée... de Patience) saura faire preuve d'un peu plus d'imagination, ne serait-ce que pour accueillir dignement, mais fermement, madame Nicole Notat, qui vient d'accéder à la présidence du Siècle. Le 1er janvier 2011, elle succédera à monsieur Denis Kessler, ainsi que nous l'apprend Le Figaro.

mardi 16 novembre 2010

Le chaînon manquant

En définissant les ERS (établissements de réinsertion scolaire) comme le "maillon dans la chaîne de la réponse éducative" qui "manquait" très précisément "entre les classes relais et les centres éducatifs fermés", monsieur Luc Chatel, ancien-nouveau ministre de l'Éducation nationale, n'a pas précisé de quel alliage serait forgé ledit chaînon manquant. Les textes institutionnels, qu'ils soient de présentation générale, ou un peu plus officiels, ne permettent pas de déterminer clairement le dosage utilisé. Toutefois, le choix initial d'un régime d'internat délocalisé permet de penser que la "philosophie" de ce projet consiste, pour l'essentiel, dans l'application des méthodes, déjà anciennes, des "dispositifs relais" dans un environnement semi-carcéral (*).

Cette expression pourra éventuellement choquer ceux qui pourtant enfermeraient volontiers ces élèves, qui pour avoir été probablement labellisés bordéliseurs graves dans les collèges qu'ils ont fréquentés, n'ont pas reçu des services policiers et/ou judiciaires l'étiquette de délinquants signalés - c'est là une des conditions à leur affectation dans un ERS...

Mais je crois qu'il faut la maintenir.

On peut supposer qu'elle correspond assez à la manière dont les bénéficiaires de ce dispositif le perçoivent. Mais, comme on ne leur demande pas leur avis, on ne peut que "supposer"...

Pourtant, dans son compte-rendu de la visite de monsieur Luc Chatel à Saint-Dalmas-de-Tende, le journaliste Luc Cédelle rapportait ceci:

Lors d'une visite à l'intérieur du bâtiment, les officiels accompagnés de la presse ont brièvement rencontré les élèves. "C'est une prison ici", a lancé sur un ton rigolard l'un d'entre-eux, juste avant l'entrée de la délégation. Mais il s'est aussitôt fait remettre en place par une jeune camarade : "Arrête, tu vas nous donner la honte devant les gens." Lorsque les officiels arrivent, le même élève serre sagement la main au ministre, tandis qu'un de ses camarades devise avec Luc Chatel sur les vertus du sport.

Malgré le "ton rigolard", la boutade provocatrice est sans doute plus sincère et véridique que la sage poignée de main au ministre et le bout de conversation sportive - cela, je vous l'assure, il savait faire avant d'être envoyé en ERS.

Monsieur Luc Chatel à Saint-Dalmas-de-Tende
(Je ne me lasse pas de ce geste emprunté vers sa poche...)
Il est vu, cette fois, par Eric Gaillard/Reuters.

Les classes relais ont été mises en place, avec un objectif assumé de réinsertion scolaire, depuis déjà pas mal d'années, et ont fait l'objet de ce que l'institution nomme des "évaluations" - on pourra consulter par exemple, dans les archives, le rapport de juillet 2000. Il serait faux de dire qu'elles constituent une solution miraculeuse, et la plupart des enseignants qui se consacrent à ce travail souvent ingrat le reconnaissent.

Mais ce qui parait certain, c'est que, même assaisonnées d'après-midi sportives, les méthodes efficaces en classes relais risquent de perdre tout leur potentiel dans le déracinement d'un internat disciplinaire parachuté ici ou .

L'internat de Portbail (Manche), dépaysement garanti.
(Photo Ouest-France, c'est écrit dessus.)

La presse se fait l'écho des divers incidents qui ont accompagné la mise en place de deux de ces établissements "voulus par Nicolas Sarkozy" (c'est tout dire) dans deux bourgades rurales... L'écho est en général assez complaisant, insistant lourdement sur le fameux signifiant "neuf-trois" à la portée si redoutable.

On comprend bien, à la longue, que ces installations ont été hâtivement décidées.

Les bonnes/mauvaises raisons des enseignants et parents de Craon sont largement exposées.

On nous rappelle même les "réticences initiales" du SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissement, qui avait jugé que "concentrer des élèves en difficulté de sociabilité au même endroit, quels que soient les efforts et les moyens déployés, est une évidente prise de risque".

(Oui, ils causent comme ça, maintenant, les chefs d'établissements...)

Mais, outre celle des élèves concernés et/ou celle de leurs parents, est étrangement absente la voix de ceux qui pensent tout simplement que l'idée qui est à la bas de ce "projet ambitieux" est une idée stupide (**).


(*) Vendredi matin, à Craon (Mayenne), alors que les enseignants et les parents réfractaires à l'ERS se réunissaient et se concertaient "en vue des négociations de l'après-midi, avec Solange Deloustal, l'inspectrice d'académie", Ouest-France nous apprend incidemment, que "les neuf adolescents de l'ERS sont restés confinés dans leurs locaux. Derrière des volets à demi-ouverts ou complètement fermés". Expérience pédagogique ou réflexe pénitentiaire ? On ne nous dit pas comment a été organisé leur ouiquende et s'il ont eu accès à la promenade...

(**) TF1 (!) signale cependant, sur son site, la position de la FSU:

La FSU, première fédération syndicale de l'Education nationale, demande la suspension des établissements de réinsertion scolaire (ERS) compte tenu des problèmes rencontrés dans certains d'entre eux, a annoncé mardi à l'AFP sa secrétaire générale, Bernadette Groison. "Nous demandons la suspension des ERS et au ministre (Luc Chatel) d'ouvrir le débat avec la communauté éducative, car il s'agit d'une vraie question à laquelle a été apportée une mauvaise réponse", a déclaré Mme Groison. "Malheureusement, nous constatons aujourd'hui ce que nous avions dit : cela ne fonctionne pas d'exclure des jeunes en difficultés de leur milieu et de les mettre dans un autre milieu, fermé. Pourtant, notre responsabilité est grande à leur égard", a-t-elle ajouté.

lundi 15 novembre 2010

Un simple feu de poubelle

Alors que la dépêche était tombée assez tôt hier matin, il a fallu attendre un peu avant que les sites d'information ne lui accordent une place à la Une.

Il est vrai que ce n'était qu'un très banal feu de poubelle, et qu'un tel fait divers pose toujours un épineux problème de hiérarchie de l'information.

On accordera volontiers, dans ce délicat domaine, le premier accessit au site du Figaro qui sous le titre Incendie meurtrier dans un foyer de travailleurs immigrés, accompagné des mots clés "Sonacotra, feu, incendie, Dijon", publie une photographie de l'immeuble incendié, légendée "Le feu a fait quelque 130 blessés légers", avant d'en venir, dans le chapeau de l'article, au déjà très lourd bilan provisoire...

Le feu, parti d'une poubelle, s'est rapidement propagé dans les neuf étages de cet établissement de Dijon. Sept personnes sont mortes et quatre autres ont été grièvement blessées.

Avant d'arriver là, l'œil vagabond du lecteur moyen aura eu largement le temps de passer au titre suivant, et pourra en rester à "quelque 130 blessés légers". (1)

Copie d'écran, détail.

On notera, une fois n'est pas coutume, l'extrême précision toute comptable des informations transmises, durant la journée d'hier, à la presse, et ensuite au bon peuple.

Détails chiffrés sur les sept victimes:

Parmi les victimes, âgées de 40 à 60 ans, l'une est décédée après avoir sauté du septième étage et les six autres ont été asphyxiées. Trois sont de nationalité française, deux de nationalité sénégalaise, une algérienne et la dernière vietnamienne, d'après la préfecture.

Détails chiffrés sur les "onze blessés graves":

Les onze blessés graves, parmi lesquels figurent quatre enfants, ont été placés en caisson hyperbare dans les services hospitaliers de Nancy, Besançon, Metz, Lyon et Dijon. Six hélicoptères ont été mobilisés pour transporter ces blessés, qui souffrent essentiellement d'intoxication au monoxyde de carbone.

Détails chiffrés sur les "quelque 130 blessés légers":

La préfecture a indiqué que 141 des 190 résidents du foyer étaient présents au moment du sinistre. Tous ont été incommodés par les fumées et, sur les 134 personnes hospitalisées, 45 sont ressorties dimanche à 9h pour rejoindre en bus le Palais des Sports de la ville, où a été installé un site d'accueil.

Et enfin, détails chiffrés sur les moyens mis en œuvre:

Quatre-vingt-treize sapeurs-pompiers ont été engagés, dont trois ont été «légèrement intoxiqués et traités sur place», ainsi que neuf ambulances, quatre grandes échelles, cinq fourgons incendie, deux postes médicaux avancés et une cellule respiratoire.

A croire que la préfecture, en attendant la nomination d'un ministre de l'Intérieur, a directement envoyé le rapport attestant de la parfaite et irréprochable "gestion" de cette crise à l'AFP, sans attendre de savoir que monsieur François Fillon allait demander à monsieur Brice Hortefeux de se rendre sur place. (2)

Monsieur Brice Hortefeux en intérim.
(Photo Creusot-infos.)

Monsieur Nicolas Sarkozy, pourtant friand de faits divers dramatiques, ne pouvait se déplacer dans l'immédiat, trop occupé à "finaliser" la mise en scène de son remaniement-spectacle. Idem pour monsieur François Fillon, assistant metteur en scène désigné de la veille.

D'où ce petit rôle pour monsieur Brice Hortefeux, qui, selon Creusot-infos, "a vécu un accueil hostile dans le quartier Fontaine d'Ouche", quartier où est situé le foyer incendié, mais cela n'apparaît pas sur la minute de vidéo mise en ligne par l'AFP.

Creusot-infos nous apprend également que l'ancien/futur ministre a "salué la mémoire des victimes" et qu'il "a souhaité que l'enquête de la Police détermine rapidement les causes de l'incendie, en assurant que si celui-ci est criminel, les auteurs devront être confondus et poursuivis en justice".

(Je note que monsieur Brice Hortefeux, très prudent, n'a pas ajouté "et sévèrement condamnés", comme il aurait pu le faire en d'autres circonstances.)

L'enquête a été réglementairement ouverte, dimanche matin, par le procureur de Dijon, monsieur Eric Lallement, "en recherche des causes de cet incendie". Il a indiqué à l'AFP:

"Pour l'instant nous n'avons pas de qualification pénale pour ces faits. Nous ferons vraisemblablement des autopsies."

Sans doute pour s'assurer qu'il y a bien eu morts d'hommes.

Voisins ou résidents n'ont pas eu besoin
des résultats d'autopsie pour déposer des bouquets
sur les barrières du périmètre de sécurité.
(Photo Creusot-infos.)


(1) Une mise à jour à la mi-journée n'a modifié ni le titre de l'article ni la légende de l'illustration, mai corrigé "quatre autres ont été grièvement blessées" en "onze autres ont été grièvement blessées".

(2) Il n'y manque que les numéros d'urgence mis en place.

Cela m'étonnerait que l'on vienne sur ce blogue pour cela, mais je les copicolle:

- PC sécurité pour la mairie: 0380745151, appuyez ensuite sur la touche 9.
- Pour ceux qui souhaitent obtenir des informations sur les victimes, composez le 03.80.48.84.51
.


PS: Autant le dire aussi.

S'agissant de l'incendie d'un foyer de travailleurs immigrés, il fallait s'attendre à une ignoble floraison dans les commentaires des lecteurs de la presse en ligne...

Avant que sa remarque ne soit "envoyée au cimetière des commentaires", un pseudonommé Cartonrouge s'indignait, dans Libération, d'avoir entendu, sur TF1, un résident du foyer se plaindre de la lenteur des secours, lui qui venait d'un pays où il n'y avait même pas de pompiers...

Sur le site du Nouvel Observateur, un certain Lourdes a posté ceci:

Enfin voyons !
Il a été reproché aux pompiers (parfois très mal reçus par ces individus), d'avoir mis 9 minutes pour venir .
Un comble quand on fait '' Via Michelin '' on trouve 11 minutes nécessaires pour parvenir à cette barre d'immeubles depuis la caserne .

Je souhaite, avec la plus grande gentillesse, à ces "individus", de passer ne serait-ce que cinq minutes à attendre des secours au cœur d'un incendie... Ils me diront ensuite si, dans ces circonstances, le temps vécu ne s'étire pas jusqu'à l'insupportable.